Pays musulmans : les facteurs de l'islamisme
Par Yves Montenay le dimanche 11 mars 2012, 16:07 - Article - Lien permanent
Pourquoi des musulmans sont-t-ils devenu islamistes ?
Pour certains c'est un faux débat : si être islamiste, c'est gouverner au nom de la religion, tous les gouvernements des pays musulmans ont toujours été islamistes.
Mais c'est tout aussi vague que de dire que tous les gouvernements européens, jusqu'à leur laïcisation, étaient « christianistes ».
En fait, si en Europe tout se faisait alors avec une connotation religieuse, ou royale (qui lui était théoriquement rattachée), la politique comme la vie sociale faisaient une large place aux considérations autres que religieuses. Ce n'est qu'exceptionnellement, en chrétienté, comme en islam que la religion est devenue relativement totalitaire : Calvin, Savonarole, dans une moindre mesure l'Espagne à certaines époques, par exemple pour la chrétienté; ou certains endroits du monde musulman au onzième siècle, ou encore l'Arabie ou l'Iran d'aujourd'hui.
De toute façon l'opinion des masses n'entrait pas directement en compte, ou du moins pas comme aujourd'hui où les dernières élections ont été relativement libres, et où l'islamisme est représenté par des partis politiques « à l'européenne » (souvent style années 1930 et suivantes, je veux dire dans un éventail allant du populisme au nazisme en passant par le communisme). Et la victoire électorale de ces partis, très relative en Tunisie et au Maroc mais pas ailleurs, nous suggère que les musulmans d'aujourd'hui sont islamistes.
On a oublié les musulmans de jadis, pourtant abondamment décrits par les orientalistes, de très nombreux voyageurs qualifiés, puis, dans certains pays, par les « coloniaux » (terme moins ambigu que « colon », qui connote péjorativement). Non seulement nous, Occidentaux, avons oublié ces musulmans de jadis, mais « eux », les musulmans d’aujourd’hui, ne les ont jamais vus.
Quelques malins se sont taillés de grand succès en projetant des extraits de vieux films, à l’endroit de leur tournage, dans des centres de grandes villes : les spectateurs étaient ébahis de voir déambuler « ici, là où nous sommes ! » leurs concitoyens d’alors en décolleté, en frac, ou en costumes traditionnels disparus, certains particulièrement «folkloriques » chez les Ottomans, turcs ou non (Istamboul était largement multiethnique et notamment grecque et arménienne).
La raison de cette transformation est l’action des traditionalistes, dont une partie est devenue depuis islamiste, c'est-à-dire ralliée à des mouvements politiques, violents ou non suivant les pays et les époques. Mais pourquoi ce succès alors que depuis 1800, et surtout la fin du XIXe, les traditionalistes semblaient sur le déclin ?
Cela vient de la combinaison de plusieurs phénomènes, dont certains ont une composante démographique.
La première est que l’occidentalisation ne touchait que les villes, peu peuplées, où la proportion d’Occidentaux, ou « d’occidentalisables » (voir plus bas la description de la bourgeoisie urbaine) pouvait donc rapidement devenir importante, colonisation ou pas, et que les campagnes, donc l’immense majorité, étaient restées traditionalistes. Cela a donné plus tard des troupes aux intellectuels « réactionnaires », que cette occidentalisation révulsait. Mais cette réaction restait entre lettrés en arabe classique, alors que les Occidentaux étaient surtout en contact avec les « modernistes », qui, comme les Jeunes Turcs, réagissaient à la japonaise : « analysons ce que font les Occidentaux pour pouvoir les rattraper ».
Cela confortait la vision occidentale, française notamment, selon laquelle les sociétés allaient «naturellement » vers plus de sécularisation, puis de laïcité, oubliant les « réactions » qui avaient émaillé leur propre histoire. Les Occidentaux sont encore récemment tombés dans le même travers, en croyant que le « printemps arabe » était le fait de l’ensemble du peuple.
Un « réactionnaire » particulièrement efficace fut Sayed Qobt, un des fondateurs des « Frères Musulmans » en 1928, et surtout leur inspirateur. Il avait été particulièrement révulsé par un séjour aux Etats-Unis, et cite une réunion d’adolescents des deux sexes (bien innocente selon nos critères actuels) sous la houlette d’un pasteur, ce qui illustrait le caractère diabolique et corrompu de l’Occident. L’action efficace de ce parti de masse, bien organisé à la manière d’alors sur le modèle communiste ou nazi, est une étape-clé du passage du traditionalisme à l’islamisme. Il n’a renoncé à la violence que dans les années 1990.
Tout cela a eu lieu à une époque où les campagnes se déversaient dans les villes : Le Caire a au moins 15 millions d’habitant; Istamboul, 13; et Karachi « 13 à 20 » ! : l’explosion démographique et l'urbanisation ont, d'une part, transformé les ruraux en banlieusards, et d'autre part rendue minoritaire la bourgeoisie urbaine qui faisait l'interface avec l'Occident, et était dénoncée par les traditionalistes comme non seulement corrompue, mais complice des « colons ». Circonstance aggravante pour ces « réactionnaires », cette bourgeoisie comprenait une bonne part de la population locale chrétienne ou juive, souvent formée dans des écoles à l’occidentale. Il reste quelque chose aujourd’hui de cette hostilité, par exemple envers les Coptes en Egypte, même si une grande part d’entre eux est aussi misérable que leurs compatriotes musulmans.
Ajoutons, ce qui n’est connu du grand public que seulement depuis quelques mois, que les islamistes ont été traqués par des gouvernements détestés, donc sont « du bon côté » et qu'ils ont une gigantesque activité charitable, allant du soutien scolaire à la création et au fonctionnement d’hôpitaux modernes, activité en partie financée par l'argent des pays pétroliers. Ces pays, Qatar et Arabie surtout, y ajoutent un appui électoral direct (dépenses de campagne en Tunisie et en Egypte, peut-être au Maroc), et, si besoin, un appui militaire en hommes, armes ou argent (Lybie, Syrie), pour « monter dans le train » d’événements leur ayant échappé au départ.
Revenons en arrière : parallèlement à cette activité charitable ancienne, les islamistes ont bénéficié de l’isolement intellectuel accentué par le départ des Occidentaux et de beaucoup d’occidentalisés dans les années 1950, 60 et suivantes (1980 en Iran), tels les Grecs d’Istamboul, les Juifs, un nombre croissant de chrétiens, une bonne part de l’élite musulmane. Cet isolement intellectuel, confirmé par les rapports du PNUD des années 2.000 sur les pays arabes, est d’ailleurs souhaité par les islamistes, qui y contribuent en ajoutant une censure sociale à la censure étatique et, le cas échéant, par la violence, voire le meurtre (Egypte, Algérie).
Autre raison de l’évolution vers l’islamisme : les médias et l’école. Les Occidentaux estimaient confusément que les médias modernes et la scolarisation devraient compenser l’éloignement intellectuel et humain que nous venons d’évoquer. C’est parfois vrai (voir la première phase du « printemps »), mais souvent faux.
En effet, les médias modernes jouent aussi bien "contre" que "pour" les islamistes : ce ne sont que des outils. Ainsi, Al Jezirah, média moderne très professionnel et très écouté dans de nombreuses langues (sauf le français, à notre demande), non seulement est globalement favorable aux traditionalistes et aux islamistes, mais ne manque pas une occasion d’exposer les malheurs des Palestiniens et de rappeler l’appui de l’Occident à Israël. De même internet est utilisé par toutes les tendances, des féministes aux djihadistes. Et ces médias sont utilisés par des musulmans du Nord comme du Sud. Certes, il y a aussi les médias occidentaux, largement consultés par les franges anglophones et francophones (Maghreb et Liban surtout, depuis le départ d’une bonne part des francophones égyptiens et iraniens). Mais ces médias occidentaux, y compris leurs versions en langue locale, agacent par ce qui est ressenti comme islamophobe ou pro-israélien (bien que ce ne soit pas toujours l’avis d’Israël).
Quant à la scolarisation, elle a certes été un progrès matériel en apprenant à écrire et compter, mais intellectuellement elle a été un endoctrinement massif, religieux et hypernationaliste. A ce titre, elle diffuse notamment une description diabolisée de la colonisation, officiellement pour des raisons de « renforcement de l’identité nationale », en fait pour légitimer les (ex)pouvoirs en place. Cette identité étant largement religieuse, les programmes scolaires de gouvernements islamistes ne devraient pas changer sur ce point, et devraient seulement être expurgés du culte de la personnalité du précédent dirigeant. Bref la scolarisation de masse n’est pas « occidentalisante », seule une scolarisation privée et coûteuse l’est.
Enfin, l'Occident, ce fut le socialisme, puis un libéralisme qui s'est révélé un moyen de passer des fiefs aux copains, parfois au détriment des anciens, qui réagissent aujourd’hui, telle l'armée en Égypte ; donc les idées économiques occidentales sont « mauvaises ». Dans ce contexte, le libéralisme économique des islamistes peut être un progrès (le CNRS et des cercles de gauche les accusent de « faire rentrer le capitalisme par la fenêtre »), si le pouvoir ne les corrompt pas.
Entre « les délices de Capoue » apportés par le pouvoir et un libéralisme économique qui pourrait à terme faire pénétrer de «mauvaises idées » (voir la Chine : « ouvrir la fenêtre sans faire entrer les mouches »), les islamistes vont devoir faire face à des problèmes très nouveaux pour eux.
D’ailleurs, après les avoir sous-estimé, il ne faudrait pas les surestimer non plus : un tiers des Egyptiens, les deux tiers des Tunisiens et une proportion importante, mais difficilement chiffrable des Marocains et des Algériens, se situent en dehors de leurs idées, même chez des musulmans pieux. De plus, ils n’ont pas de doctrine politique au-delà du « retour à la vertu ».
Donc, soit ils évolueront, soit ils seront critiqués et devront alors choisir entre répression (comme en Iran) ou départ « démocratique ». Mais quid de l’armée, qui ne les aime pas, s’ils choisissent la répression ? On retombe sur cette éternelle question, comme, en son temps, en Amérique latine et beaucoup de pays d’Afrique et d’Asie.
Commentaires
Lors de son intervention précédente, Monsieur Montenay avait déclaré que l’islam était favorable au libéralisme, parce que son fondateur Mahomet était commerçant ! Cela m’avait bien fait rire.
On se demande pourquoi Monsieur Montenay continue d’intervenir sur ce sujet, alors qu’il se garde bien de partir d’une analyse de l’islam en tant que phénomène totalitaire, c’est-à-dire d’une religion qui prétend tout régenter, y compris la société civile, et dont le but est de s’imposer au monde entier, par la force ou par la ruse. Chaque musulman étant appelé à participer à la conquète, y compris en émigrant.
D’autant plus que l’entreprise d’islamisation du monde dure depuis quatorze siècles. Ses succès et ses revers n’ont dépendu que du rapport de forces entre le monde musulman et les autres, et non de l’importance relative des islamistes par rapport aux musulmans supposés “modérés”. Car comme le disait Mohammed V, “Il n’y a qu’un seul islam”, les “modérés” seront toujours les otages des “extrèmistes” car ceux-ci ont le Coran pour eux, auquel on ne peut changer une virgule. Et il est interdit à tout musulman de sortir de l’islam.
Le surprenant regain de vitalité de l’islam depuis 50 ans - et d’agressivité, bien entendu, ne tient qu’à l’enrichissement des pays arabes par le pétrole.
La malédiction de l’Europe, c’est qu’elle a besoin du pétrole arabe. C’est pour cela qu’elle a conclu avec la Ligue Arabe tous les traités dénoncés par Bat’Yeor, obligeant l’Europe à laisser venir une immigration de peuplement musulmane, et à favoriser chez elle la pratique de la religion mahométane.
Et si Monsieur de Fontenay lisait les textes fondateurs de l’islam, il se rendrait compte que rien n’est plus opposé au libéralisme que cette religion ( on pourrait dire cette civilisation).
Les pays qui adoptent la charia comme principale source du droit sont principalement théocratique. Les pays musulmans sont donc tous islamistes.
La Turquie fait encore exception, mais c'est par l'action de Mustapha Kemal, dont les propos sur Mahomet interdisent de citer l'oeuvre à l'appui de l'islam.
Aussi sûrement que les pays occidentaux sont fondés sur les droits humains, élaborés sous culture chrétienne, les pays musulmans sont fondés sur la charia.
Et les pays en voie d'islamisation sont en transition de la première vers la seconde catégorie.
L'amalgame entre royaumes chrétiens et l'islamisme, résumé dans le néologisme "christianiste", est faux.
En effet ces royaumes distinguaient Dieu et César. L'Église y avait autorité sur la morale et ses extensions naturelles: l'instruction et la vie intellectuelle (où les pays chrétiens ont excellé en comparaison des autres); la charité et la santé. La morale était un absolu.
Le reste de l'autorité revenait au roi, d'où le terme "régalien", qui perdure bien que l'État ait depuis 100 ans repris en main toute autorité.
Quand on est attaché à une idée, on doit s'intéresser à son histoire et prendre garde à la déraciner. C'est le christianisme qui a posé les bases de la séparation entre religion et État, dont la laïcité actuelle n'est que le dernier développement, et qui n'est pas compatible avec l'islam.
Il est intéressant d'analyser le laïcisme socialiste jacobin selon les mêmes critères. Sous prétexte de séparer l'Église et l'État, il attribue la sphère de celle-la à celui-ci, et la confine dans le secret des logis en attendant de l'effacer complètement. Cette séparation signifie donc, en fait, la fusion de toutes les autorités dans les mêmes mains. Ainsi voit-on l'État définir la morale enseignée à nos enfants, qui perd dès lors son caractère absolu - premier non-sens. Et comme la morale est indissociable de la spiritualité, l'État laïciste enseigne l'athéisme à nos enfants.
Je doute fort qu'il s'agisse d'un progrès par rapport aux États chrétiens, qui se bornaient à l'autorité régalienne et laissaient à Dieu ce qui lui revient...
Si je comprends bien ces deux commentaires, un analyste doit partir d'une idée fixe et se borner à l'illustrer. Dans le premier cas que l'islam est totalitaire (ce qui ne veut rien dire, car ce qui existe concrètement, c'est tel ou tel dirigeant musulman), dans le deuxième, que le christianisme a toutes les qualités. Ce n'est plus l'analyse c'est de la propagande.
Étudier les différents pays, les différentes époques, les différents points de vue et surtout aller voir sur place et discuter n'est pas intéressant. Et si on est un ennemi irréductible de l'islam (oublions une seconde que ça n'a aucun sens), il vaut mieux se renseigner sur son ennemi avant de sortir d'énormes bêtises. On éviterait celle de George Bush, qui, pour lancer sa guerre contre le terrorisme à parlé de « croisade », ignorant que le terme n'avait le sens qu'il croyait que dans un milieu chrétien, et sapant ainsi son action dès le départ en rejetant 1 milliard et demi d'alliés potentiels, car l'immense majorité des hommes de toutes les religions est opposée au terrorisme. Dont d'ailleurs les musulmans sont statistiquement, et de loin les premières victimes.
Petit rappel pour ceux qui ne lisent pas les sources étrangères : les témoins musulmans de l'arrivée des croisés dont on a retrouvé les écrits (un peu comme le bourgeois d'Orléans qui a décrit l'arrivée de Jeanne-d'Arc) sont effarés par l'arrivée de personnes étranges et cruelles qui font rôtir les enfants à la broche lorsqu'ils manquent de nourriture. Que l'anecdote soit vraie ou fausse, elle existe et ressort probablement dans les prêches et les programmes scolaires ; les conseillers de George Bush auraient dû le savoir !
Et pour rester sur une source occidentale, le chroniqueur chrétien de la première croisade, nous avons tous appris à l'école qu'après la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon, les chevaux pataugeaient jusqu'à la poitrine dans le sang des habitants de la ville. Cela aurait dû suffire pour imaginer que cela n'avait pas laissé un bon souvenir !
Cela n'enlève rien à l'élan mystique de certains croisés, mais est nécessaire à la compréhension du monde aujourd'hui !
Je réagis une deuxième fois à ces commentaires, ainsi qu'à ceux, assez analogues sur le fond à mes autres articles depuis un an. Il est toujours aussi navarnt de voir des réactions stéréotypées à des articles qui sont très nuancés et qui prennent le soin d'évoquer beaucoup d'événements historiques.
Ici comme ailleurs, je constate avec surprise le poids des idées reçues que l'on ne remet pas en question malgré une information libre et contradictoire.
Je vais me borner à un exemple : pour beaucoup d'Occidentaux, les musulmans sont des massacreurs ; et pour beaucoup de musulmans les massacreurs sont les chrétiens, et maintenant "les juifs" (comprendre : les Israéliens).
L'histoire ancienne comme récente montre qu'il y a eu des massacres dans tous les sens entre musulmans, juifs et chrétiens, mais chacun pense que l'autre a massacré plus que lui, soit parce qu'il est aveugle à ce que fait son camp, soit parce qu'il lui trouve de bonnes raisons, que bien sûr l'autre n'a pas dans le cas inverse !
Or premièrement le nombre de morts n'a aucune raison d'entraîner des conséquences morales ou opérationnelles (condamner, voir chasser "l'autre") : ce n'est pas parce qu'un fanatique tue un chrétien au fond du Pakistan qu'il faut taper sur un Marocain en France, ou encore ce n'est pas parce qu'un soldats juif raciste (qualifié ainsi du fait des discours qu'il tient) tabasse ou tue un Palestinien qu'il faut taper sur un juif français ou américain etc. Bien sûr, certains fanatiques le font : affaire de Toulouse, et, en sens inverse massacre de supposés islamophiles par le chrétien pratiquant Brevik en juillet 2011. Mais tenir des discours analogues ferait de nous-mêmes des fanatiques !
Et deuxièmement il ne faut jamais se risquer à dire que « l'autre » a massacré plus que vous car on peut tomber sur quelqu'un qui va vous montrer que c'est faux. J' ai participé à une discussion entre chrétiens indignés contre l'islam, qui avaient tout simplement oublié l' exécution par des chrétiens serbes de 8000 musulmans à Sébrenica, donc en pleine Europe et en 1995 ! En sens inverse beaucoup de musulmans oublient les 2 ou 3000 morts chrétiens et juifs du 11 septembre, ou en accusent le Mossad !
Autre exemple : je ne me risquerais certainement pas à dire que la religion chrétienne s'est répandue avec moins de violence que la religion musulmane (sans que soit chiffrable, il me semble que de Charlemagne aux conquistadors et bien d'autres il y a eu beaucoup de conversion par l'épée alors que, sauf au Maghreb, l'islam s'est plutôt répandu pour des raisons d'ascension sociale au fil des siècles dans les pays chrétiens conquis, et par ses missionnaires-commerçants dans des pays de religions, disons, moins concurrentielles comme l'animisme ou l'hindouisme). Dans le doute je dirais que je n'en sais rien, au lieu de hurler. Mais cette diffusion relativement lente et pacifique de l’islam tant en terrain conquis qu’en terrain visité (par exemple l’Indonésie, le pays musulman le plus peuplé) est tellement opposée à la conviction de certains qu'ils se ferment à toute information contraire.
Et j'ai beau bien connaître la guerre d'Algérie, je ne sais pas si l'armée française a tué plus de musulmans que le FLN n'a tué de civils, musulmans surtout. Pour des raisons abstraites, je pense que le FLN a tué davantage (organisation moins disciplinée, rivalités locales, élimination des rivaux potentiels pour une future prise de pouvoir, provocations pour déclencher des représailles etc.), mais concrètement je n'en sais rien et je pense que personne ne le sait ! Je viens d'avoir le témoignage d'un SAS qui a servi la France deux ans dans les montagnes algériennes, et qui dit que l'armée française et le FLN ont tué dans sa circonscription environ 150 civils chacun sans autre raison que de « se faire respecter » (version douce de « terroriser » ou « de faire des représailles »). Bien entendu le gouvernement algérien s'exprime, notamment dans les programmes scolaires, comme si seuls les Français avaient tué des civils. Mais ce serait régresser de vouloir que la France face de même ( en sens inverse) et donc ait une histoire officielle réduite à la propagande !
Vous voyez que je veille à tenir des propos symétriques, mais cette symétrie elle-même me vaut beaucoup d'hostilité ; c'est pourtant nécessaire si on veut rester analyste. Sinon on finit par croire à sa propre propagande et donc on risque de se fanatiser.
Que de mensonges,d'approximations et contre-vérités dans cet article!
Il y a tellement d'erreurs que je ne pas par où commencer!
Monsieur Montenay,Said Qotb ne fut pas un fondateur des frères musulmans,mais seulement l'un de ses membres et un de ses nombreux idéologues(par ailleurs il fut assassiné par le régime très laic de Nasser,comme quoi laicité ne veut pas dire démocratie,ce qui est toujours bon à rappeler surtout en FRANCE).
Ensuite,vous dites qu'ils ont renoncé à la violence seulement en 1990,ce qui est une erreur grossière.En effet,au départ,les FM étaient un parti légaliste et non violent,ce n'est qu'après la répression nassérienne qu'une partie de ses membres(surtout les plus jeunes) se sont radicalisés et ont pu parfois commettre des actes violents(mais toujours sans commune mesure avec la répression de la dictature).Cette violence fut immédiatement rejetée et condamnée par l'ancienne garde des FM,qui elle,malgré la répression,a toujours euovré dans un cadre légal.
J'ai peur que n'ayant pas les connaissances nécessaires pour traiter le sujet,vous vous enfermez dans des caricatures et des simplismes.
Lorsqu'on parle de l'islamisme,la moindre des choses serait de définir ce terme.
Or on a l'impression que pour vous l'islamisme est un bloc monolithique et homogène,que Al Qaida et le Premier Ministre Turc,Erdogan,c'est la meme chose!
Ensuite,je ne comprends pas pourquoi vous assimilez les termes "islamistes" et "traditionnalistes".
Or rien n'est plus faux.
L'islamisme est une mouvance politique réformiste des sociétés musulmanes,datant du 19 ème siècle:elle prend naissance en Egypte où des chefs religieux réformistes s'opposent à ceux qu'ils appellent les "traditionnalistes".
Il leur reprochent justement leur conservatisme,leurs méthodes d'éducation dépassée,leur faiblesses scientifiques et éducatives face à l'occident,et pronent un islam "réformé",restant fidèle à ses sources,mais s'adaptant à la modernité,notamment scientifique.
Il ne s'agit absolument pas de réactionnaires,de fanatiques analphabètes,comme semblez l'entendre.Parmi les plus grands penseurs de l'islamisme,on trouve Al Afghani qui a étudié à la Sorbonne,où il a notamment répondu aux thèses de l'orientaliste Renan,Mohammed Abdou( égyptien francophone),Rachid Rida'syro-libanais),Ben Badis (algérien),Ibn Ashour(tunisien),An Nursi(Turc),Shariati(l'un des inspirateurs de la révolution iranienne,ayant étudié à la Sorbonne,francophone,souvent décrit comme un islamo-marxiste notamment pour ses points de vue sur l'économie).
Il s'agit d'une mouvance fond qui traverse les sociétés musulmanes depuis la fin du dix-neuvième siècle qu'on ne peut balayer d'un revers de main,en disant que ce sont des "tarditionnalistes",réactionnaires",opposés à la modernité.
C'est devenu un truisme en occident que d'opposer modernité et islamisme.
Or les études sérieuses faites par des spécialistes de l'islam et du monde musulman prouvent tout à fait l'inverse.
Que ce soit Olivier Roy,Emmanuel Todd ou encore François Burgat,ils démontrent tous que non seulement l'islamisme(de tendance réformiste comme les frères musulmans,Ennahda,AKP,et à ne pas confondre avec le salafisme littéraliste qui prévaut dans les pétro-monarchies du Golfe,grandes amies de l'occident)ne s'oppose pas à la modernité,mais qu'il en est le produit.
Modernité,au sens de l'accès au savoir,l'alphabétisation de masse,baisse du taux de fécondité,participation politique plus large.
Ainsi la République Islamique d'Iran est l'un des pays musulmans les plus avancés au niveau de la science,de la technologie,au niveau de l'éducation.
Le taux d'alphabétisation est proche de 100% pour la jeune génération,il y a plus de femmes à l'université que d'hommes,le taux de natalité y est inférieur à celui de la France(1.8 enfant par femme en Iran contre 2.1 enfant pour la France!).
Il faut rappeler que le taux de natalité en Iran en 1979 avant la révolution islamique était de 6 enfant par femme!
Bref que de données scientifiques et objectives qui contredisent toutes les thèses simplistes(et islamophobes) sur ce pays.
Il faut préciser que toutes ces avancées et progrès ont été accompli alors que l'Iran fait l'objet de l'ostracisme occidental,vit sous un blocus économique,financier(et maintenant pétrolier)imposé par les américains.
Mais bon en ces temps d'islamophobie,toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire!
Si vous voulez vous instruire sur les pays musulmans,car le manque de connaissances sur ce blog est criant,lisez Emmanuel Todd("le rendez-vous des civilisations","après l'empire"),Olivier Roy,François Burgat"l'islamisme en face",Olivier carré et notamment son livre sur les "frères musulmans 1928-1982_2001".
Il est évident que vous ne connaissez rien au monde Arabe et encore moins à l'islam ,l'islamisme.
Vous avez foncé à l'aveuglette, peut-être choquée par certains termes, et votre commentaire ne correspond absolument pas à ce que j'ai écrit ici ou ailleurs. Je suis factuel et appelle « analphabète » quelqu'un qui ne sait ni lire ni écrire, c'est-à-dire l'immense majorité des populations arabes il y a 100 ans, vivant par ailleurs à la campagne. Jamais je n'ai appelé « analphabète » un intellectuel quelle que soit son opinion.
Avant de me taxer d'ignorance, et d'être à la limite de l'impolitesse, lisez mon livre et mes différents papiers, notamment sur Todd, ou sur les situations politiques dans des différents pays, ou ma lettre « Échos du monde musulman » . Et tout simplement mes interventions antérieures chez Turgot.
Je suis d'accord sur certains points cités, par exemple que les islamistes sont loin d'être un bloc. Je me fait d'ailleurs attaquer par les islamophobes qui mettent tout dans le même sac ; là aussi lisez-moi !
Pour rester simple, le terme "islamistes" regroupe un ensemble de partis politiques, qui ont des caractéristiques nationales très différentes, alors que les traditionalistes peuvent avoir les mêmes opinions mais ne les traduisent pas politiquement. Ou encore que les djihadistes traduisent leurs opinions par la pression sociale et souvent la violence, mais en général pas par des partis politiques organisés. Il se trouve que ces partis islamistes se sont trouvés en tête des élections récentes, d'où le titre de ce papier.
Attention aussi à bien définir le vocabulaire qui n'est pas normalisé. Par exemple ce que vous dites sur les réformistes est attribués dans d'autres textes aux salafistes, ce qui donne à ce mot un sens différent de celui d'aujourd'hui.
Bref autant je suis d'accord pour que l'on remette chaque terme dans son contexte, autant je ne comprends pas votre impolitesse gratuite, alors que je serais heureux d'échanger avec quelqu'un de compétent.