Une analyse de l’islam partiellement fondée, mais globalement fausse
Par Yves Montenay le mardi 26 octobre 2010, 23:10 - Article - Lien permanent
J’ai été destinataire d’un document qui me semble l’occasion de « déminer » un débat pollué par de faux problèmes, alors que les vrais sont déjà suffisamment graves.
Voici, en deux mots, ce que ce document dit : Ne concevoir l’islam que comme une religion est un piège mortel pour les Européens : l’islam, totalitarisme guerrier, utilise notre conception de la « religion » comme cheval de Troie pour la conquête subversive de l'Europe.
L’auteur considère comme « établies » ces caractéristiques totalitaires et guerrières de l’islam, et en ajoute d’autres très classiques sur la laïcité et l’impossibilité des réformes.
Des analyses de ce genre envahissent la toile. Elles sont ni vraies ni fausses, elles sont partielles et leurs conclusions reflètent les données choisies ou considérées comme « évidentes ». Ainsi, je connais suffisamment l'histoire mondiale et celle du développement pour défendre avec rigueur et exemples solides que l'Europe occidentale est à l'origine de tous les progrès mondiaux, ou au contraire de toutes les catastrophes par ses armes, ses microbes, ses pillages et ses massacres. Ainsi il est exact que l'islam exerce une forte pression sociale sur ses membres, qui commence par « les marqueurs » évoqués dans l’article et qui va dans certains cas jusqu'à un certain totalitarisme. Il est exact également que certains musulmans rêvent dans les studios de télévision par exemple de reconquérir l’Andalousie « démocratiquement », c’est à dire par la simple force du nombre. Il est exact qu’ils diabolisent la bida (innovation, certes, mais plutôt au sens d’hérésie). Et l'on pourrait continuer ainsi à accumuler des exemples tout à fait exacts et inquiétants.
Mais on peut également faire l’exercice symétrique et donner des exemples tout aussi réels de lieux et d’époques tolérantes, pacifiques et cultivées de musulmans à la fois religieux au sens européen et purement privé du terme, tolérants, charitables, totalement assimilés etc. Je pourrais y ajouter ceux de musulmans devenus laïques, catholiques ou athées. Et, après ces deux analyses sérieuses, bien documentées et néanmoins contradictoires, nous ne serions pas plus avancés.
En fait le vrai problème n'est pas là. Il est que les islamophobes sont inquiets, souvent à juste titre, des informations qui leur remontent. Et donc qu'ils estiment que ceux qui ne partagent pas leur avis sont des inconscients, voire des traîtres. En fait le clivage n'est pas où ils pensent, du moins dans mon cas et ceux des connaisseurs de l'islam, musulmans ou pas, que je rencontre en France ou dans leur pays, et qui sont issus des milieux les plus modestes comme les plus instruits. Le clivage passe entre les défenseurs de l'État de droit (liberté d'information, tolérance, respect de l'individu, liberté de conscience et notamment absence de pressions sociales ou religieuses) et ses adversaires. Les adversaires en question sont bien entendus les terroristes, les traditionalistes dogmatiques, et les islamistes. Donc chez Turgot notamment, nous sommes tous dans le même camp.
Ce qui nous sépare est ailleurs. Je cherche à combattre de mauvaises informations qui ne peuvent qu'affaiblir notre position, et, corrélativement, nous nuire stratégiquement en stigmatisant des alliés potentiels. Nos discussions portent donc sur des questions d'information et de stratégie, et non de principe.
Je rappelle que je suis familier des pays musulmans, où je passe un grand nombre de semaines très denses par an à avoir des contacts approfondis. J'écoute et mets à jour mes connaissances politiques économiques et sociales, et, à cette occasion, je fais là-bas une action symétrique à celle que je fais ici : rectifier les erreurs factuelles sur la perception de l'Occident et rappeler que celui-ci est un allié dans la lutte contre ceux de leurs coreligionnaires qui les emmerdent (c'est le terme employé) ou les terrorisent.
Pour revenir maintenant à l'article qui est l'occasion de ma réaction, je vais me borner à l'aspect information, car j'estime qu'il contient des erreurs factuelles, et que ces erreurs mènent à une conception holistique de l'islam, qui induit à son tour des erreurs stratégiques. Tout cela, je le répète, en étant d'accord sur les dangers ainsi que sur le respect des grands principes.
D'abord, qu'est concrètement l'islam ? Il y a les textes fondateurs, qui sont très loin d’être cohérents, complétés par les avis très divergents d’une foule d’exégètes et de lettrés. Il y a surtout des individus musulmans qui, en quasi totalité, ne peuvent lire ni le Coran ni la sunna (tradition), rédigés dans une langue incompréhensible pour eux, ce qui les amène à suivre (ou non) des imams au profil aussi varié que les pasteurs protestants, avec lesquels ils partagent une certaine génération spontanée. Bref on est très loin du holisme de cet article qui parle de l’islam comme d’une personne ayant des convictions et une stratégie, alors qu’il n’y a ni pape, ni église et que n’importe qui lance les fatwas et contre-fatwas les plus variées, à la grande joie des critiques, qui ne se privent pas de médiatiser les plus sanglantes ou les plus consternantes.
De plus l’article fourmille d’affirmations péremptoires, certes répandues, mais en général imaginaires. Par exemple, l’islam s’est très rarement diffusé par la violence, sauf dans une certaine mesure au Maghreb. Les conquêtes ont été parfois rudes (tout comme les conquêtes catholiques ou autres, comme celle de l’Algérie), mais également souvent sans douleur pour les populations (les Arabes ont défait les armées byzantines, et n’ont fait aucune violence contre la population syrienne qui est restée chrétienne, et a été heureuse de voir partir des occupants leur imposant leur variante du christianisme … et une forte pression fiscale) ; les conversions se sont généralement faites au fil des siècles, notamment pour des raisons fiscales ou de standing, et sont restées souvent peu nombreuses, comme en Europe centrale et orientale. En Afrique subsaharienne et en Asie « jaune » (dont le premier pays musulman par le nombre, l’Indonésie), les conversions se sont faites sans conquête, par le commerce et l’attirance intellectuelle de populations animistes, hindouistes ou bouddhistes. Donc au total, pas de grande différence avec l’expansion chrétienne. Un musulman vous dira que prosélytisme chrétien et la prétention universaliste de cette religion ont largement valu ceux de l’islam.
La laïcité ? A part le cas extrême de la France d’une part, de l’Arabie et de l’Iran d’autre part (où d’ailleurs les régimes sont mal supportés), beaucoup de pays, musulmans ou non, et notamment les États-Unis, conjuguent prégnance religieuse et rivalité entre le palais et la mosquée, le temple ou l’église ; la doctrine officielle de l’Indonésie est une série de principes transreligieux etc. Donc rien d’univoque ni de prédéterminé là non plus.
Les tentatives de réformes ? Elles ont été nombreuses et parfois abouties : égalité des statuts entre musulmans et non musulmans dans l’empire Ottoman au XIXè, puis celles appliquées en Turquie, Tunisie, Maroc, toutes sous influence intellectuelle française, certes, (et en allant plus vite que nous pour les droits des femmes en Turquie), mais qui montrent que c’est possible. Cela sans parler de l’institutionalisation de l’islam autour de l’an 900 (un peu comme pour l’église catholique du Bas empire), qui est tout sauf un retour aux origines.
Finalement l’islam d’aujourd’hui me rappelle la chrétienté du Moyen Âge. Notre société était alors profondément religieuse et assez répressive, mais le politique s’était émancipé, tout en respectant les formes religieuses vis à vis du peuple. Cette chrétienté dénonçait et massacrait les Juifs, les hérétiques ou soit disant tels, et, à l’occasion, les musulmans. Mais elle était par ailleurs travaillée par ses élites, les unes en voie de sécularisation, tandis que les autres se vautraient, papes compris, dans la richesse et la « corruption » (pour prendre le terme utilisé par les musulmans d’aujourd’hui lorsqu’ils visent certains de leurs dirigeants, et qui a le sens que lui donnaient naguère les Européens).
Souvenons nous que l’imprimerie a ensuite permis la Réforme et la sécularisation, accompagnées de troubles violents. Je pense qu’Internet est l’imprimerie d’aujourd’hui. Je partage donc le souci de se préparer aux troubles violents des périodes de transition, mais ne vois rien de figé chez les musulmans, comme rien n’était figé dans la chrétienté d’alors. Je pense que l’histoire ira beaucoup plus vite qu’à la Renaissance, du fait de la présence de l’Occident, de ses médias et de sa supériorité sur les lettrés traditionnels que lui donnent son niveau scientifique et économique, sans parler de sa pratique de la liberté. C’est pour cette défense de l’État de droit qu’il faut se battre, et la masse des musulmans nous suivra, pour peu que nous nous expliquions au lieu de faire circuler des rumeurs insultantes et que nos actes ne contredisent pas nos paroles : certains exemples donnés par Israël, considéré comme “hyper occidental” et américain, sont à cet égard stratégiquement catastrophiques. Cela passe par des contacts humains qu’il faut prendre la peine de rechercher, plutôt que de décréter que les « modérés » (terme en usage, mais impropre) n’existent pas.
La crispation islamiste est certes vigoureuse et sanglante (pour les musulmans surtout), mais je lui vois un avenir type ETA, organisation dangereuse, mais de plus en plus coupée des masses… Ce rejet est largement commencé en France et dans les élites du Sud, Iran compris, où les islamistes « dégoûtent la population de l’islam ».
Commentaires
il serait peut-être temps de changer de lunettes; allez habiter en banlieue type 93 (il y en bien d'autres) ou faire un petit tour en turquie par exemple.
je connais moi aussi pour y avoir séjourné longtemps les pays musulmans, arabie entre autres, et il y a longtemps que je ne me fie plus aux propos lénifiants , accompagnés de sourires aguicheurs, des musulmans.
seuls les fait comptent; allez construire une moquée en arabie, vous m'en direz des nouvelles; allez voir l'état des chrétiens au moyen orient...
Cher Monsieur,
Merci pour ces explications réfléchies et donc fort intéressantes ; il me semble cependant que vous minimisez quelque peu cette "crispation" ainsi que l'influence délétère d'un certain nombre de pays qui poussent très manifestement leurs pions en instrumentalisant la religion dans le but de défendre leurs intérêts tout en affaiblissant leurs adversaires.
Quoi qu'il en soit, il existe d'autres avis que le vôtre qui sont nettement plus critiques vis-à-vis de cette religion et en perçoivent toutes les menaces, au moins sur le moyen terme.
Quant à moi, j'espère simplement que les "modérés" (je sais que ce terme est considéré comme impropre et déplaît mais je n'en trouve pour l'instant pas d'autre) seront en mesure d'amener une réforme profonde des textes qui sous-tendent celle-ci ainsi que son adaptation à la modernité - même si un certain nombre de personnes en doutent... - sinon tout ceci risque fort de se terminer mal!
Cher Monsieur,
Merci pour ces explications réfléchies et donc fort intéressantes ; il me semble cependant que vous minimisez quelque peu cette "crispation" ainsi que l'influence délétère d'un certain nombre de pays qui poussent très manifestement leurs pions en instrumentalisant la religion dans le but de défendre leurs intérêts tout en affaiblissant leurs adversaires.
Quoi qu'il en soit, il existe d'autres avis que le vôtre qui sont nettement plus critiques vis-à-vis de cette religion et en perçoivent toutes les menaces, au moins sur le moyen terme.
Quant à moi, j'espère simplement que les "modérés" (je sais que ce terme est considéré comme impropre et déplaît mais je n'en trouve pour l'instant pas d'autre) seront en mesure d'amener une réforme profonde des textes qui sous-tendent celle-ci ainsi que son adaptation à la modernité - même si un certain nombre de personnes en doutent... - sinon tout ceci risque fort de se terminer mal!
Désolé pour le doublon dû à une mauvaise manipulation! Serait-il possible de l'éliminer?
Merci
Cher monsieur,
Merci pour votre analyse profonde et globale. Mais vous prenez un risque en écrivant cela, c'est justement d'être victime d'attaques extrêmes car vous prônez la voie du milieu, la plus difficile et la plus exigeante, celle de l'intelligence et de la réflexion. En effet, inscrire sa vision dans une perspective historique large incluant une vision lucide du passé de nos sociétés occidentales au Moyen-âge est toujours plus ardu que celle des imprécateurs islamistes ou islamophobes car cela nécessite de la culture, des connaissances, une absence de préjugés. Bravo pour votre écrit et il est dommage de ne pas lire plus souvent de telles analyses intelligentes et qui s'inscrivent dans une temporalité plus longue chère à Braudel!
Encore bravo!
Alors, que je vous explique...
Avez-vous déjà vu un escroc qui vous prévient qu'il va vous escroquer AVANT de vous escroquer ? Non, bien évidemment que non. L'escroc vous prouve que vous pouvez lui faire confiance, sur de petites affaires, nombreuses et VOUS en concluez que vous pouvez lui faire confiance pour une affaire aussi grosse que la somme des petites affaires. Et là, patatras, l'escroc vous escroque et vous n'avez AUCUN recours car c'est vous qui lui avez donné les clefs ! C'est le principe de l'islam, et ça peut se dérouler sur plusieurs générations. La Mosquée de paris a attendu 80 ans avant de tenter de rétablir les délits d'opinion et blasphème en portant plainte contre Houellebecq pour sa déclaration "l'islam est la religion la plus con, quand on lit le coran on est effondré, effondré". Et encore il a été bien gentil parce que moi je demande aux internautes de lire d'abord la biographie de mahomet afin qu'ils prennent conscience de qui fut VRAIMENT le "beau modèle" comme l'appellent les musulmans. Le principe de l'islam c'est de courber le dos en position de faiblesse et de frapper en position de force, c'est ce que dit le coran, c'est ce qu'a fait mahomet, c'est ce qu'ont fait les musulmans depuis le début, c'est ce qu'ils font actuellement et c'est ce qu'ils feront toujours car par construction l'islam EST violent et n'est PAS modifiable La différence entre modérés ou intégriste c'est juste l'évaluation du rapport de force à un moment donné. Les modérés estiment qu'actuellement les musulmans ne sont pas assez forts pour frapper, les intégristes estiment au contraire que les musulmans peuvent commencer à frapper. Tous s'entrainent à l'égorgement une fois par an et se retrouvent au pélerinage de La Mecque pour s'entraîner à balancer des cailloux à la tête des infidèles dans l'attente de le faire pour de bon quand ils le pourront. Robert Redeker est condammné à mort et se terre quelque part en france pour avoir dit cela mieux que moi. Le pire c'est que hormis les imams, qui sont des manipulateurs conscients, les fidèles lambda sont eux totalement inconscients de la manipulation dont ils sont victimes. La guerre sainte, le fameux jihad, leur est insidieusement inculqué par un lent et régulier empoisonnement à la violence (égorger, lapider...) qui les rend inconsciemment prompts aux déchainements de violence collective, comme on a pu le voir avec l'affaire des caricatures de mahomet.
Nous ne voulons pas que nos pays occidentaux soient peuplés de gens comme en Afrique ou dans les pays arabes. Nous n'avons rien de commun avec la civilisation de ces gens. S'ils le veulent, ils peuvent choisir de vivre ainsi chez eux, mais ce n'est pas notre choix. Nous voulons garder notre identité et nous sommes fiers de nos réalisations. Nous voyons bien, au contraire, que la multiculturalité n'apporte rien de bon. Elle est seulement acceptée et prônée par ceux qui sont nés là-bas. Nous n'en voulons pas.
Chacun chez soi !
J'aimerais que M. Montenay ait raison. Mais je partage le scepticisme de Daredevil, pour les raisons que j'explique, sans aucune originalité, dans le petit texte suivant : "L'islam expliqué aux non-musulmans", sur le blog Expression libre, de LOmiG, 18 mai 2010.
L'analyse historique de M. Montenay me laisse sur ma faim, notamment sur le mode de propagation de l'islam, "très rarement diffusé par la violence, sauf dans une certaine mesure au Maghreb". Les armées musulmanes n'ont-elles pas, en un temps très court après la mort de Mahomet, mis à genoux un empire, celui des Sassanides iraniens, et gravement entamé un autre empire, l'Empire romain d'Orient ? L'irruption de l'islam en Inde n'a rien eu de pacifique, à ma connaissance. Il est de fait que l'agressivité n'est pas le seul mode de propagation de l'islam, la diplomatie, la pénétration paisible par des marchands, l'imitation de la conversion d'un souverain, les intrigues de cour, les invitations de souverains à s'établir, l'intérêt bien compris d'un prince à éviter les attaques de ses voisins musulmans, ainsi que le soufisme, ont joué leur rôle, spécialement pour la Chine, le sultanat de Malacca, l'actuelle Indonésie (ceci étant, le soufisme au sens précis semble intéresser nettement plus les intellectuels occidentaux que la très grande majorité des musulmans). Mais il ne faut pas idéaliser : le royaume de Majapahit est tombé militairement devant le sultan de Demak. Et une fois l'acculturation islamique opérée, la nature de la doctrine fait que l'hostilité vis-à-vis de l'extérieur ou de l'intérieur non-musulman peut s'activer très facilement : on le voit en Malaisie et en Indonésie aujourd'hui. En Asie centrale, les opérations militaires ont joué un rôle important, notamment en repoussant les Chinois. En Afrique sub-saharienne la diffusion de l'islam semble s'être appuyée sur le contrôle du commerce du sel, de l'or, mais aussi, un peu moins innocemment, des esclaves ; aussi par les confréries ; et, point à ne pas négliger, même s'il n'est assurément pas orthodoxe, sur le prestige des charmes et amulettes, permettant de capter un peu de la puissance divine, la sourate 36 étant dotée de vertus
Petit ajout que je crois utile. J'ai tendance à prêter attention aux gens qui, vivant continuellement dans le monde musulman, et ayant gardé leur liberté et leur franc-parler, nous disent ce qu'ils voient. C'est ainsi que le jésuite Henri Boulad, qui, je le précise, est égyptien (sa famille est d'origine syrienne), ne partage pas du tout l'optimisme de M. Montenay. Voir sa vidéo sur Dailymotion sous le nom "Egypte : Père Henri Boulad sur l'Islam" (10 minutes). Il met en garde les Occidentaux et leur discours politiquement correct : "Vous vous réveillerez quand il sera trop tard". Il précise : "Au nom du libéralisme, vous êtes en train de laisser pénétrer le fanatisme et l'intolérance en raison de l'immigration. Vous vous faites avoir, car l'islam n'est pas compatible avec la société démocratique. Ce n'est pas une question d'individus - la plupart d'entre eux sont très gentils et sympathiques - mais de système. C'est une société de type totalitaire, et quand ils deviendront majoritaires en Europe, il sera trop tard. Il faut savoir qu'une mosquée n'est pas qu'un lieu de culte et de prière, c'est souvent aussi un lieu de propagande, car islam et politique sont inséparables. Cela, l'Europe fait semblant de ne pas le savoir. Malheureusement, même l'Église catholique, en France, au Vatican, ne se fait conseiller que par des islamologues « soft »". Boulad appelle les musulmans à réformer l'islam, mais il ne semble guère y croire.
Sur le plan purement logique (je ne parle pas du ton), je ne vois pas de contradiction entre les commentaires 1 à 9 (sauf le 5) et mon article ; on pourrait presque dire qu'ils en illustrent la moitié : ils exposent les comportements de certains musulmans et en induisent une "nature", une "essence" de l'islam qui s'imposerait à tous. Par contre, je ne vois pas de commentaire sur l'autre moitié, alors que c'est à elle qu'il faudrait s'attaquer si l'on n'est pas d'accord. Je la résume en 2 mots : parler "d'essence" de l'islam n'a pas de signification concrète : il y a des individus et de États musulmans qu'il faut connaitre si l'on ne veut pas faire de contresens.
Et surtout ce qui compte, c'est d'en tirer des conclusions pratiques : par exemple, le wahhabisme dispose de beaucoup d'argent pour diffuser un comportement qui insupporte le reste du monde, musulman ou pas (je ne parle pas du terrorisme, mais du prosélitisme socio religieux). Que faire, en France et sur le plan international ?
C'est là qu'il peut y avoir discussion : je pense par exemple qu'il faut former les imams (comme l'ont commencé conjointement la Mosquée de Paris et l'Institut catholique) pour les contrer. Ou qu'il faut faciliter l'assimilation par le travail (chacun en voit des exemples réussis) au lieu de pousser nos meilleurs diplômés "musulmans" à partir pour le Maghreb, l'Angleterre et les États-Unis en ne les embauchant pas et en leur envoyant des remarques désobligeantes : ils vont nous manquer, non seulement économiquement, mais surtout comme modèles d'intégration et comme diffuseurs de "bons" comportements.
mille excuses, je voulais dire "église" en lieu de mosquée;
tout ça pour dire, pour en terminer, que je ressent dans cet article toute la puanteur qui se dégage du grand orient...
j'ai comme des antennes...
Faut vite aller voir la marmotte, monsieur.
Elle a fini de plier le chocolat.
Adieu.
Dans sa réponse, Yves Montenay insiste sur une prémisse importante de son article, savoir le rejet de toute pensée essentialiste. Je crois en effet que ce point est capital, mais, justement, je vois les choses différemment. Il n'y a pas à craindre qu'une "essence" soit une entéléchie mystérieuse, incapable d'appréhender le réel et même susceptible de l'obscurcir. Une essence, c'est simplement l'ensemble des caractères définitoires d'une doctrine. Et les doctrines importent par les effets concrets qu'elles entraînent. Si les essences ne sont que des illusions, pourquoi continuons-nous de parler de "démocratie", d'"état de droit", de "totalitarisme", de "marché", et ainsi de suite ? A chacun de ces mots s'attache un ensemble de propriétés définitoires d'un système.
Exemple. Dans mon petit texte sur l'islam du blog Expression libre, je parle brièvement de la "fitra". On pourrait penser que c'est une affaire purement théologique qui ne nous concerne guère si nous ne sommes pas musulmans. Or bien entendu il n'en est rien, la preuve étant l'insistance qui a été mise à son insertion dans la Déclaration du Caire des droits de l'homme en islam. La doctrine de l'innéité de l'islam est une des justifications de la vision que le musulman a du non-musulman, avec les conséquences très concrètes que cela emporte (c'est pourquoi Alain Besançon a bien raison d'y insister). Par exemple, de la fitra dépend l'idée que les juifs et les chrétiens ont tordu les Ecritures, et ceci a des effets très directs sur le statut qu'il convient de leur affecter.
L'islam n'est pas un gaz amorphe qui se contente de prendre la forme de l'enceinte dans laquelle il se trouve. L'islam a bel et bien une structure doctrinale. Le caractère opératoire de l'essentialisme dans le monde empirique se démontre par le fait que, chaque fois que l'islam est en position dominante, ou même en situation de montée de pouvoir, les mêmes effets généraux s'ensuivent du point de vue des non-musulmans, quels que soient le pays ou l'époque. Observons par exemple ce qui se passe en ce moment au Proche Orient, en Malaisie, à Aceh, aux Philippines, à Dearborn (Michigan).
Deux mots sur la situation dans l'Extrême est, parce que les Français sont, de façon compréhensible, obnubilés par le Moyen Orient, le Maghreb et la Turquie. Rassurant, la presse nous le répète inlassablement, tel est l'islam du plus grand pays musulman du monde, l'Indonésie (86 % de musulmans). N'empêche que la charia s'est introduite à des degrés variables dans la législation de 16 des 32 provinces. A Padang, capitale de la province du Sumatra occidental, les femmes doivent porter le foulard, qu'elles soient musulmanes ou non, et les hommes doivent porter une robe blanche. Il devient de plus en plus difficile de construire une église chrétienne. La province d'Aceh invite les touristes à venir "observer le mode de vie d'une communauté qui respecte les lois coraniques et applique la charia" (comme l'a dit un représentant de l'industrie touristique), ce qui promet de studieux voyages d'étude. L'adultère y sera désormais puni de lapidation. Les observateurs qui aiment vraiment observer feraient bien de s'intéresser à l'Indonésie, non seulement à Aceh, mais aux Moluques, à Célèbes, à la province de Papouasie, et de rapporter les exploits de la milice du Laskar Jihad et de l'organisation terroriste Jeemah islamiyah. A vrai dire la reprise en main par l'orthodoxie était commencée dès le XIXème siècle, et la loi coutumière (adat) reculait déjà devant la charia, en dépit des assurances selon lesquelles l'Indonésie constituerait depuis toujours un modèle particulièrement œcuménique. Sous Sukarno et sous Suharto, tout était fait en pratique pour empêcher la lecture du Coran en traduction ; or beaucoup de musulmans avaient une maîtrise imparfaite de l'islam, d'où, pour une part, leur modération tant vantée, et déplorée par les docteurs de l'islam orthodoxe. Maintenant, également, les textes arabes des radicaux de l'islam ont enfin été traduits. Depuis 1996, l'atmosphère de l'islam indonésien est en train de changer, et vite. Les radicaux s'en prennent non seulement aux hindouistes et aux chrétiens, mais aussi aux hérétiques ahmadis, dont la doctrine rejette la violence. La majorité reste encore assez raisonnable, mais tout peut basculer. En Malaisie également : il suffit de demander aux hindouistes dont des centaines de temples ont été démolis, comme jadis aux Indes. Et dans le sud de la Thaïlande. Ne parlons pas de Mindanao. A Brunei (67 % de musulmans), qui reconnaît théoriquement la liberté religieuse dans la constitution octroyée par le père de l'opulentissime sultan actuel, l'introduction d'une bible est interdite, des obstacles sont mis à l'entretien et la réparation des temples bouddhistes et hindous et des églises chrétiennes. Les musulmans Huis de Chine, naguère laxistes, ont pris contact avec le Proche Orient, le foulard se répand chez les femmes. Les Ouïgours du Xinjiang se rebellent, soumis qu'ils sont à la brutalité de la politique de Pékin, et les jeunes se montrent logiquement sensibles au radicalisme.
Cette discussion m'évoque les différences d'appréciation concernant le communisme naguère. Je crois que ceux qui ont vu clair sur le communisme sont ceux qui ont pris au sérieux l'existence d'une "essence" du communisme, et non pas ceux qui ont été uniquement sensibles à leurs contacts avec des individus communistes, qui pouvaient être sympathiques, courageux, etc. Le communisme s'est établi dans des pays de traditions très différentes, avec des sociétés et des histoires différentes. Mais le résultat a toujours été calamiteux, de la Havane à Pyongyang. C'est parce que les effets concrets du communisme ont toujours dépendu de l'application d'une doctrine, d'une "essence" du communisme.
La formation d'imams français dont parle M. Montenay est une bonne chose dans son principe. Mais ne nous faisons pas d'illusions. Restera suspendue la question essentielle, celle sur laquelle Henri Boulad met le doigt. Ces imams vont vite se trouver confrontés à des problèmes qu'ils devront résoudre à l'intérieur de l'islam, et que les non-musulmans, pourtant directement concernés, ne pourront pas résoudre à leur place. Et ce sont des problèmes qui tiennent à l'"essence" de l'islam. Quel est le statut du Coran ? Quel est le mode d'emploi du Coran ? Faut-il toujours considérer Mahomet comme un "beau modèle" ? [Albert Johnson, plus haut, n'a pas tort d'évoquer cette difficulté, capitale]. Que faire avec les hadiths ? Peut-on définir l'islam comme une religion, et le dissocier du politique et du social, donc en renonçant à la charia ? Quid de la fitra ? Quel doit être le statut des non-musulmans, y compris dans un pays dominé par les musulmans ? Toutes ces questions se résument en : l'essence de l'islam peut-elle être modifiée ? Depuis l'échec du moutazilisme, il y a pas loin d'un millénaire, il ne le semble pas. Je ne dis pas que c'est impossible. En attendant, restons lucides.
Je ne comprends pas du tout comment un site sensé être intelligent peut présenter des arguments aussi ineptes ! Tout ce que dit ce Monsieur a été contredit par les faits historiques. Le reste n'est complaisance et propagande.
"Ils" aiment d'ailleurs dire que la vérité est évolutive. Cela dit tout et ne correspond pas aux critères de la pensée occidentale. Nous savons que l'Arabie Saoudite a beaucoup d'argent pour acheter des partisans. Nous espérons que notre interlocuteur ne fait pas partie des bénéficiaires.
Quand on a lu le discours du Président Obama au Caire, tout aussi tendancieux car truffé des contrevérités historiques habituelles, répandues urbi et orbi par la propagande musulmane, on a compris comment les choses se passent. Hypocrisie et propagande sont la norme, hélas ! Le baise-main du "président" Obama au Roi d'Arabie fut un évènement que je considère comme l'humiliation suprême et la concrétisation du sponsoring probable de ce "président" d'opérette.
Je suis fatigué de lire des analogies entre l'islam et le christianisme du Moyen-Âge, époque que ni vous ni moi ne comprenons, alors que c'est la dynamique qu'il faut considérer: L'enseignement chrétien ne comporte pas d'ordre à imposer, la notion même de charia en est absente. Il ne comporte qu'une morale, et il est donc moteur de transformations des mentalités et non de bouleversements politiques.
Or la dynamique est claire: Vers la liberté. Ce qui a été accompli par les peuples de culture chrétienne ne l'a été nulle part ailleurs. Même les prétendues périodes obscures ne l'ont pas été tant que cela, et pas longtemps. Quant aux guerres, elles furent portées par l'expansion démographique, comme il était hélas naturel, et non (ou marginalement) par le christianisme, comme dans le cas des croisades, dont on oublie qu'elles témoignent de modération quand on considère leurs préalables.
L'islam n'a aucun rapport et toute analogie est absurde. Vous noyez le poisson.
La seule question est: Devons-nous tolérer que soit enseignée sur notre sol une doctrine en contradiction frontale avec nos valeurs d'égalité entre hommes sans égard au sexe ou à la religion; de liberté de conscience et d'expression; de démocratie; de compromis entre les différentes convictions; de neutralité de l'espace public; de monopole étatique de l'exercice de la coercition; de respect des droits de l'homme.
À mon avis il est vain d'espérer perpétuer cette culture s'il existe des écoles coraniques et des mosquées, car on y enseigne le contraire.
Par ailleurs je n'accepterai JAMAIS qu'on interdise des propos VRAIS sous prétexet qu'ils indisposent les musulmans.
Tant que la sunna ne sera pas expurgée des récits de tortures, pillages, génocide et pédophilie de Mohamed, je dirai qu'il fit tout cela, et je n'accepterai pas qu'on m'intime le silence.
Tout simplement parce que c'est vrai, et que la liberté d'expression n'a plus de sens si la vérité n'est plus un argument décisif pour pouvoir l'exercer.
L'islam dont parle Montenay est un nouvel islam non dit, artificiel, au sens d'un lac artificiel, celui d'être sage lorsqu'il est maintenu à distance, quoique cependant influencé positivement pour une part par l'Occident, et qui donne alors en effet l'illusion aux élites que fréquente Montenay qu'elles vivent le même islam des origines, celui qui aurait apporté la civilisation à une Europe barbare etc, sauf que ces mêmes élites promeuvent plutôt dans le quotidien, y compris français (puisqu'elles dominent les instances de l'UOIF) l'islam canal historique, celui d'un Ben Laden light en réalité, afin de tenir leurs masses sous le joug ; il suffit de voir ce qui se passe dans les pays musulmans pour le comprendre ; faire des affaires avec les élites marocaines, tunisiennes, libanaises, est une chose, comprendre que ces élites sont de plus en plus rejetées par une population capable de se jeter dans des bras hostiles comme ce fut le cas en Algérie dans les années 90 en est une autre... le poids acquis par les Frères musulmans en Egypte, le poids du Hezbollah, celui du Hamas, ne peuvent pas seulement s'expliquer par la misère et la présence d'Israël. D'autres forces symboliques sont en jeu liées à l'histoire propre de l'islam qui est un volcan permanent s'il n'est pas dominé.
Par ailleurs, sur un plan historique, il n'est pas vrai que le statut de dhimmi n'existait pas sous les Turcs, mais son joug dépendait de la situation locale, ainsi les juifs pouvaient être moins opprimés en Turquie même qu'en Afrique du Nord, mais Albert Memmi a noté qu'en cas de problèmes les sultans n'hésitaient pas à montrer les juifs du doigt comme bouc émissaire, aussi les grands pogroms slaves ne surpassaient pas en réalité les multiples exactions que connurent les juifs en islam, ne parlons pas des Almoravides, et des Almohades... Et que dire des chrétiens d'Orient actuellement qui n'ont de cesse pourtant de donner des gages pro palestiniens anti-israéliens etc...Enfin, sur un plan doctrinal, le vrai chef des croyants c'est le Commandeur c'est-à-dire le Calife qui a démontré sa capacité d'imiter le Prophète, voilà pourquoi il n'y a pas de clergé véritable chez les sunnites etc (et c'est le Guide qui fait office de Calife chez les shiites) : tout est ouvert en islam pour celui qui sait le démontrer... en ce sens l'islam est surtout politique, et extensif au sens impérialiste qui n'est pas l'apanage de l'Occident, de même que l'esclavage, ce fut d'ailleurs le génie politique de l'islam qui attira l'admiration des chefs nazis : créer une vision totale qui tienne chaque seconde de l'existence jusqu'au moindre souffle.
Opposer islam et islamisme est en tout cas un non sens, Ben Laden c'est l'islam des ancêtres (salafisme), et il a bien plus d'échos chez les jeunes générations nourries par ailleurs de la culture scissioniste des sixties, mais ceci mériterait d'autres développements...
En conclusion Montenay a un raisonnement logique pas politique, ce qui est le propre souvent des libéraux qui n'ont pas lu Machiavel et superficiellement Hobbes :-)
J'ajoute que je ne croirai en l'existence d'un "islam modéré" en France que lorsque les diverses institutions islamiques (Mosquée de Paris, CFCM...), non seulement cesseront de réclamer des sanctions contre les "islamophobes", mais dénonceront sans relâche ceux des musulmans qui réclament de telles sanctions.
A ce sujet, j'aurais d'ailleurs apprécié que M. Montenay, qui dans son texte use du terme "islamophobes", rappelle fermement que l'"islamophobie" -- pas plus que la "discrimination" ou la "diffamation envers l'islam" -- ne sauraient légitimement constituer des délits, comme c'est pourtant le cas actuellement en droit français, du moins pour ces deux derniers.