Le fantasme à la mode : la croissance par le fédéralisme
Par Yves Montenay le mercredi 23 mai 2012, 11:10 - Article - Lien permanent
Tout le monde souhaite la croissance, le problème est qu'on ne sait pas comment faire. Le dernier fantasme est de pousser au fédéralisme. C'est prendre un bulldozer pour chasser le lézard.
De Gaulle dirait "Ils sautent comme des cabris en criant : croissance, croissance !". Tout le monde souhaite le beau temps, sauf les agriculteurs, mais c'est une profession "passéiste". Tout le monde souhaite la croissance, sauf les écologistes, mais ils doivent "la fermer" devant l'urgence de faire face à la crise.
Le problème est qu'on ne sait pas comment faire pour déclencher la croissance, ou plutôt, que ce "comment faire" est rejeté par l'opinion, donc par les politiques, et n'est pas à la mode chez les intellectuels, donc chez les économistes qui tiennent à leur notoriété.
Il faut en effet respecter la rigueur budgétaire pour se désendetter (on s'y est solennellement engagé devant les électeurs, les pays étrangers et les marchés), tout en ne la respectant pas pour ne pas "étrangler la croissance". On cherche à jongler entre les contraires et, actuellement, ce qui est à la mode, c'est de prévoir un endettement qui n'en serait pas un, par exemple "les eurobonds" ou toute autre potion magique. Cette dette qui n'en serait pas une permettrait de déverser de l'argent "là où il faut" (c'est-à-dire, on ne sait pas où) pour faire redémarrer la croissance.
C'est donc un cafouillage intellectuel total, excusable parce qu'on ne sait pas vraiment ce qui se passe. Pour générer la croissance, tout s'éclairerait si l’on se souvenait comment ont émergé "les émergents" ou, si, aujourd'hui, on regardait ce que font nos voisins (taisez-vous, c’est libéral, donc mal vu et passéiste.). On verrait que les Italiens et – en principe – les Grecs font des réformes qui ne coûtent rien en débloquant toutes sortes de freins. Mais comme les freins en question sont des clientèles électorales, il n'est pas question d'en parler.
Bref pour l'instant, on s'accroche à la potion magique des eurobonds. Problème : pour eux, comme pour les autres potions imaginées depuis deux ans et qui se sont révélées inefficaces, il faut une Europe fédérale. Mais les peuples tiennent à leurs États-nations, et les élus ne sont pas suicidaires. Donc motus. Mais il faut le faire quand même, car ceux qui sont menacés par la crise actuelle et ont les moyens de remplir les corridors de tous les pouvoirs veulent absolument sauver leurs intérêts et poussent au "fédéralisme sans le dire". Sans le dire au peuple, mais c'est pour son bien, car on voit qu'il aurait tendance à dériver vers le populisme. Et puis, le fédéralisme, c'est la voie vers "une Europe grande puissance qui pourra dire son mot sur la scène mondiale".
Oui, mais quel mot ? En quelle langue ? En anglais bien sûr ! Ceux qui pensent autrement sont des passéistes (le principe, comme ses conséquences pratiques mériteraient pourtant quelques débats). Et pour dire quoi ? Les Français et les Anglais ont quelques compétences en politique internationale, notamment africaine (ce qui ne veut pas dire qu'ils ont toujours raison), mais les autres l’ignorent ou s'en désintéressent.
Par ailleurs ,la grande majorité des pays européens s'enfonce dans une crise démographique qui les fera peut-être disparaître assez vite, Allemagne comprise. Est-il vraiment nécessaire de s'enchaîner à eux ? Dans un premier temps, nos retraites, qui devraient déjà être amputées de quelques années de plus pour garder leur montant mensuel dans le seul cadre français, devraient très rapidement être divisées par deux dans un cadre fédéral pour éviter aux autres Européens de mourir de faim. Et puis, se fondre dans un continent devenu un gigantesque asile de vieillards, ce n'est pas une question uniquement financière. Voilà déjà une deuxième question qui mériterait un débat. Et il y en aurait bien d'autres.
Et tout ça pourquoi ? Parce qu'on ne voit pas clair dans une solution financière. Et pour dire qu'on aura tout tenté pour "la croissance", qui en fait, demande toute autre chose.
La version originale de cet article d'Yves Montenay a été publiée sur lecercle.lesechos.fr en date du 21 mai 2002.
Commentaires
on se trouve dans cette situation parce que nos dirigeants ont mis la charrue avant les boeufs en créant une monnaie unique qui devait nous rapprocher sous la férule de Bruxelles. l'Allemagne pour sa partie Est a laissé filer les déficits par
et la France par tradition politique colberto socialiste en permanence
On pouvait déjà discuter de la pertinence des fameux 3% de Maastricht mais avec les 2 exemples franco allemand ,partout la dépense publique a été élevée au rang de divinité suprême
ceci d'autant plus facilement qu'en démocratie il est plus facile d'être élu en distribuant l'argent que l'on emprunte que celui que l'on obtient des impôts ou que celui que l'on économise sur la gestion.
Les créateurs de l'UE avait comme modèle le Féderalisme pour empêcher l'Allemagne et la France de continuer à s'entretuer de génération en génération seulement voila en 58 De Gaulle est arrivé par tromperie au Pouvoir et le vieux nationaliste a parlé de l'Europe des nations pas d'un Etat fédéral qu'il exécrait
De Gaulle parti ,les successeurs ont mené des politiques ambiguës ,signant des accords en catimini à Bruxelles ,accords dont ils dénoncent les conséquences une fois rentrés à Paris
Des mesures de type fédéral sont prises mais les politiques nationales continuent
ou sont les coopérations Franco Allemandes EADS ça commence à faire loin .l'Allemagne, la France et tous les autres se tirent la bourre sur les marchés internationaux ,au grand plaisir des chinois qui ob tiennent des transferts de technologie bien plus avantageux (TGV chinois)
les opinions à qui on a menti depuis 50ans chérissent à nouveau le nationalisme .Dans ces conditions l'UE Fédérale ne se fera pas et pourtant il y avait là des économies budgétaires possible notamment dans le domaine militaire.
on peut penser que l'Allemagne finira par se tourner vers l'Est et que
nous finirons seuls ce qui en soit ne serait pas plus mal ,à condition d'admettre que la Grande France phare du monde, c'est fini et de devenir une grande suisse....
cette seul évocation fait sourire jaune vu la mentalité socialiste mâtinée de nationalisme de nos contemporains.
comme tout bon liberal , je suis pour l 'Etat minimum donc il y a beaucoup de marges de manoeuvre pour retrouver la croissance parmi elles les privatisations a outrance et sans tabous - edf ratp hopitaux culture caisse des depots - mais il faut s 'attaquer a des interets enormes et pour cela un seul mandat- 5ans- pour tous les politiques est necessaire.Neanmoins,cela arrivera qu 'en cas de crise tres violente en France ;
Pour ce qui concerne la demographie , c 'est un phenomene tres lent et en France la venue de 200000 personnes par an attenue beaucoup ce phenomene .idem en espagne avec les hispanos et en allemagne avec les turcs .
Quant au federalisme avec l 'anglais comme langue cela arrivera mais les français seront les derniers car c 'est un peuple tres conservateur , tres timoré, et depressif