Apparemment oui. C'est du moins ce que suggère Yanis Varoufakis dans une analyse publiée en février 2014 sur son blog : "Bitcoin, a flawed currency blueprint with a potentially useful application for the Eurozone", que je viens de retrouver en partant de la lecture d'un papier paru sur FTAlphaville.

Il est clair que, pour Varoufakis, le point central du processus qui explique le drame grec et la descente aux enfers de son pays, c'est le caractère hyper restrictif (vu d'Athènes) de la politique monétaire menée par la BCE depuis la fin de la grande panique financière 2008/2009. Autrement dit le principe du "one-size-fits-all" qui est le fondement de l'Union monétaire et de la monnaie unique. A travers ses différents écrits, il apparaît clairement que, pour lui, lorsqu'il dénonce les ravages de l'austérité, ce qui vient en premier ce ne sont pas tant les dispositions budgétaires et fiscales préconisées par le FMI que la politique de la BCE qui, selon lui, depuis 2010, a enfermé l'économie grecque dans un engrenage mortel de déflation cumulative dont il décrit d'ailleurs de manière intéressante les différentes étapes en s'inspirant des célèbres travaux d'Irving Fischer. (De ce point de vue son article a le mérite, dans sa première partie, d'offrir une description du mécanisme de "déflation par la dette" plus détaillée et poussée plus loin que ce que l'on trouve généralement en référence dans la théorie économique).

Dans l'esprit de Varoufakis, l'adversaire, l'ennemi, c'est donc d'abord la Banque centrale européenne. Ou, plus précisément, la forme d'organisation institutionnelle de l'Union monétaire qui aboutit en fait à la création d'une sorte de mécanisme d'Etalon-or renforcé au niveau régional. Lorsqu'une économie est prise dans un processus de déflation, remarque-t-il, il est normale de considérer que la première des responsabilités d'une banque centrale est d'y répondre en élargissant son offre monétaire (monetary easing) afin de mettre fin à la baisse cumulative des prix. Or, insiste-t-il, c'est précisément ce que les statuts de la BCE interdisent de faire, du moins dans le cas grec (ou celui des autres pays atteints par la déflation post-2008), puisque les banques centrales nationales ne sont plus que des agences locales dont le rôle est seulement d'appliquer les consignes venant de Francfort. D'où la question qu'il se pose : n'y aurait-il pas, pour les autorités gouvernementales d'un pays de la zone embourbé dans une telle situation, un moyen de desserrer l'étouffement monétaire qui l'enserre et d'échapper aux effets de cet étalon-or qui ne dit pas son nom, en créant lui-même le supplément de liquidités qui fait si cruellement défaut à son économie ? Et cela sans pour autant abandonner l'euro comme monnaie officielle, ni violer trop ouvertement les traités .

En résumé, la solution qu'il préconise est la suivante. Il s'agirait pour l'Etat grec (mais rien n'interdirait que les autres pays de la périphérie fassent de même) de mettre en place un système de paiement parallèle assis sur des recettes fiscales futures et qui resterait libellé en Euro. De plus, ce mécanisme - qui donnerait naissance à ce qu'il appelle des FT coins FT non pas pour Financial Times  mais comme Future Taxes coins) - pourrait être fondé sur l'utilisation d'un modèle d'algorithme à la Bitcoin qui devrait garantir que ce système d'assignats reste suffisamment transparent pour éviter qu'il n'en soit fait un usage politique abusif et destructeur. En voici les grandes lignes, telles qu'il les décrit ( en anglais) :

You pay, say, €1000 to buy 1 FT-coin from a national Treasury’s website (Spain, Italy, Ireland etc. would run their separate FT-coin markets) under a contract that binds the national Treasury: (a) to redeem your FT-coin for €1000 at any time or (b) to accept your FT-coin two years after it was issued as payment that extinguishes, say, €1500 worth of taxes.

Each FT-coin is time stamped i.e. in its code the date of issue is contained and can be used to check that it is not used to extinguish taxes before two years have passed.

Every year (after the system has been operating for at least two years) the Treasury issues a new batch of FT-coins to replace the ones that have been extinguished (as taxpayers use them, two years after the system’s inauguration, to pay their taxes) on the understanding that the nominal value of the total number of FT-coins in circulation does not exceed a certain percentage of GDP (e.g. 10% of nominal GDP so that there is no danger that, if all FT-coins are redeemed simultaneously, the government will end up, during that year, with no taxes).

Once in possession of an FT-coin, you can either keep it in your FT-coin e’wallet or you can trade it. To make sure that the system is fully transparent and that transactions are completely free, FT-coin could be run by a Bitcoin-like algorithm designed and supervised by an independent non-governmental national authority. Just as in the case of Bitcoin, the total amount of FT-coins can be fixed in advance, at least in relation to a variable not in the government’s control (i.e. nominalGDP), while every single transaction (including the tax extinction using FT-coins) is monitored fully by the community of FT-coin users on the basis of the blockchain pioneered by the infamous Mr Nakamoto.

As an FT-coin is about to ‘mature’ (i.e. to reach two years of ‘age’), the demand for it will obviously rise from those that do not possess FT-coins of that vintage (as it allows for a major reduction in their current taxes). FT-coin owners with equivalent tax liabilities will have no reason to sell (as they will want to use it themselves  to extinguish their own taxes) but those who have ‘stocked up’ on FT-coins (to a tune beyond what they need to pay their taxes), as an alternative to putting their money in the bank or in the stock exchange, will be selling; possibly with a view to buying freshly minted FT-coins.

The great advantages of such a scheme is that it creates :

  • - a source of liquidity for the governments that is outside the bond markets, which does not involve the banks and which lies outside any of the restrictions imposed by Brussels or the various troikas
  • - a national supply of euros that is perfectly legal in the context of the European Union’s Treaties, and which can be used to increase benefits to society’s weakest members or, indeed, as seed funding for some desperately needed public works
  • - a mechanism that allows taxpayers to reduce their inter-temporal tax bill.
  • - a free and fully transparent payment system outside the banking system, that is monitored jointly by every citizen (and non-citizen) who participates in it.

Ce type de projet fait immédiatement penser à une variante d'assignats digitaux qui seraient en quelque sorte moralisés par le double fait

  1. que le processus de création et d'extinction de ces billets virtuels serait géré selon des procédures décentralisées d'enregistrement faisant appel au procédé de la blockchain mis au point par les inventeurs du bitcoin (et repris dans tous les autres projets de cryptomonnaies alternatives); et

  2. que le contrôle de ces émissions électroniques serait confié à une Commission indépendante dont le rôle serait de veiller à ce que leur montant ne dépasse pas une norme fixée a priori (par exemple en pourcentage du PNB).

L'idée semble ingénieuse et attractive, notamment en raison de son gadget moderniste (la référence à Bitcoin - l'algorithme, pas la monnaie !). Elle pose de nombreux problèmes clairement évoqués dans les commentaires qui accompagnent l'article de l'ancien ministre des finances grec. Par exemple, ces FT coins sont rien moins que l'équivalent de bons du Trésor à deux ans, auxquels serait garanti un rendement annuel minimal de... 22% ! Or il est vraisemblable que les accords de prêts négociés pour sauver la Grèce interdisent à celle-ci de procéder à de nouvelles émissions de dette, même sous une forme aussi exotique que les FT coins. Par ailleurs, comment être certain que le recours au mécanisme d'un Commission indépendante garantisse qu'il ne sera pas fait abus de cette nouvelle facilité pour l'Etat grec d'obtenir ainsi des liquidités supplémentaires, et de les utiliser à des fins (politiques ?) toutes autres que celles pour lesquelles le système a en principe été mis en place ? C'est un problème classique. Le projet Varoufakis n'est que le énième avatar d'une pensée constructiviste fondée sur une conception angélique de l'Etat et de l'action publique dont nous savons d'expérience qu'il n'y a rien à attendre pour résoudre les vrais problèmes des peuples.

Néanmoins ce texte est très intéressant en ce qu'il nous présente sans doute une piste pour imaginer comment pourrait éventuellement se faire la reconversion de l'actuel régime de monnaie unique issu des Accords de Maastricht vers un système européen de monnaie commune et concurrentielle tel que celui proposé par les anglais à l'époque du Gouvernement Major, et généralement présenté comme alternative à l'euro actuel par les économistes les plus libéraux. Les commentaires de ces derniers restent toujours au niveau de la théorie et des grands principes. A ma connaissance, aucun ne s'est encore véritablement posé la question de savoir comment cela pourrait concrètement se faire. 

Varoufakis se défend de l'idée qu'il pourrait s'agir de faire apparaître une monnaie parallèle. Il ne s'agit, insiste-t-il, que de permettre à l'Etat grec, pour une période de temps transitoire, de contourner les rigidités du diktat de la BCE pour accéder  aux liquidités supplémentaires dont son économie ne pourrait se passer sous peine d'effondrement systémique, mais qui lui seraient refusées par Bruxelles et Francfort. La monnaie officielle de la Grèce serait toujours l'euro, les FT coins resteraient libellés et librement convertibles en euros. La Grèce resterait membre de la zone euro. Il n'en est pas moins vrai que son analyse laisse transparaître la possibilité de scénarios où l'aggravation de la crise économique en Europe conduirait un ou plusieurs pays en graves difficultés, comme la Grèce aujourd'hui, à adopter ce genre d'expédient - ouvrant ainsi peut-être la voie à une négociation générale pour procéder à la refondation complète du système; une refondation qui offrirait enfin la possibilité de corriger les défauts congénitaux qui sont aujourd'hui bien identifiés, mais que la technostructure bruxelloise se refuse toujours à admettre pour ne pas avoir à reconnaître les graves erreurs commises dès l'origine par suite de conceptions monétaires bornées. 

Que ce soit ce super trostkyste de Varoufakis qui, pour de toutes autres fins, et à partir de considérations qui n'ont rien à voir avec l'éthique libérale, nous suggère la vision d'un tel scénario, n'est pas sans ironie.


NOTE 2 (12 août) : COMMENT ON CREE UNE MONNAIE PARALLELE 

Ma première note sur le FTcoin de Yanis Varoufakis m'a incité à chercher à en savoir davantage sur les travaux en cours concernant les projets de monnaies parallèles. Cette recherche a occupé une bonne partie de mes mois de juillet et août . Elle m'a permis de mieux comprendre ce qui se cachait derrière les reproches adressés à l'ancien ministre grec des finances qui ont motivé son départ (on l'accuse d'avoir confié, en toute discrétion, à l'un de ses collaborateurs la tâche de « piller » le fichier des comptes fiscaux logé dans les ordinateurs du Ministère).

Dans un premier temps (lundi 27 juillet), Varoufakis a expliqué qu'il s'agissait, parallèlement au déroulement des négociations de Bruxelles, d'organiser en secret une plate-forme électronique qui aurait permis de mettre instantanément en place un système de paiements de secours interne à la Grèce au cas où la fermeture du robinet des apports d'urgence de la BCE l'aurait contraint, du fait de la pénurie de liquidités, à ordonner aux banques de fermer leurs portes (ce qui s'est vérifié). Le lendemain (mardi), l'ancien ministre s'est lui même fendu d'un article dans les colonnes du Financial Times confirmant que l'objet était bien de permettre à l'Etat et aux entreprises grecques de court-circuiter le système européen de paiements interbancaires dans l'éventualité d'un événement de ce type. Mais il précise aussi qu'en autorisant des flux de paiement et de compensation directs entre le Trésor et les entreprises via la création de comptes-bis à partir de la liste des numéros fiscaux individuels copiés sur les registres de l'administration fiscale, il s'agissait de débloquer la circulation d'importantes masses de liquidités en quelque sorte gelées par l'abus des délais de paiement si couramment pratiqué dans ce pays tant par les entreprises que par le Trésor public lui-même. Autrement dit, cette copie du fichier des contribuables sur une nouvelle plate-forme électronique bénéficiant des innovations les plus récentes en matière de gestion de réseaux virtuels, pouvant aller jusqu'à l'utilisation de la technologie des smartphones personnels, aurait permis d'aller précisément dans le sens des demandes de Bruxelles en manière de modernisation et de recherche d'une plus grande productivité fiscale.

Le principe des « monnaies locales »

Au-delà de l'auto-justification pour se dédouaner personnellement, l'intérêt de ce déballage est de confirmer que Varoufakis avait bel et bien, dès son arrivée au Ministère, constitué auprès de lui une petite équipe d'experts initialement chargés de réfléchir, sinon de préparer la possible mise en place d'une quasi-monnaie de complément, totalement électronique, ne bénéficiant pas d'un statut de «cours légal », n'ayant donc pas pour objet de réinventer une nouvelle Drachme, mais néanmoins susceptible de se métamorphoser en Nouvelle Drachme au cas où les événements l'auraient exigé. Sauf que pour se concrétiser, du fait même de sa caractéristique de réseau tout électronique, ce projet nécessitait de disposer dès le départ d'une gigantesque base de données telle que celle abritée dans les ordinateurs du Ministère. Seule la mise à disposition de ce fichier des contribuables pouvait assurer la création et la diffusion d'un nouvel instrument de paiement appelé à circuler parallèlement à la monnaie officielle.

D'après ce que l'on peut déduire des descriptions plus complètes données par les auteurs d'autres variantes apparemment cousines, voire même jumelles du projet Varoufakis, l'objectif initial n'était pas d'émettre une nouvelle « monnaie » au sens fort du terme, mais de mobiliser au niveau national des techniques de réseau du genre de celles mises à contribution, de manière beaucoup plus modeste, dans les expériences actuelles de « monnaies » locales, ou régionales, comme celle par exemple du Gallico qui se développe en Bretagne et a récemment fait l'objet d'un reportage assez détaillé à la télévision.

Dans le droit européen, rien n'empêche une association d'imprimer des billets privés sous forme de promesses de paiement qui n'ont pas un pouvoir libératoire légal mais bénéficient de l'engagement personnel et purement volontaire d'un réseau de commerçants et de producteurs de les honorer en paiement de prestations ou de services rendus à des personnes qui les leur présentent. Rien n'empêche non plus cette association de recevoir des dons et subventions, ou tout simplement des cotisations d'adhésions dont elle peut utiliser le produit pour attribuer par exemple des crédits de développement à des projets de développement d'entreprises qui lui semblent particulièrement méritant. Rien n'empêche enfin l'association de nouer des liens avec une banque, ou un groupe de banques qui acceptent d'appuyer son action en lui offrant l'usage d'une plate-forme virtuelle spécialisée où tous les adhérents du réseau ont un compte libellé en unités du titre d'échange émis par le réseau. Les avantages économiques du système viennent des effets de réseau liés par exemple au partage d'une liste d'informations sélectionnées qui simplifient le choix des adhérents quant à l'accès à certaines prestations, aux garanties que le label de l'association offre par sa politique de sélection des membres et sa discipline de respect de certaines qualités ou d'adhésion à certaines valeurs (comme la promotion d'une identité régionale valorisante), par la protection commerciale et territoriale implicite qu'elle apporte à certains producteurs en orientant en priorité vers eux la demande de ses membres, enfin par les crédits qu'elle peut leur attribuer avec le soutien du groupe bancaire auquel elle est associée.

Le développement d'un tel réseau demande beaucoup d'efforts et de talents pour démarcher et convaincre les gens à en faire partie, ce qui limite sa capacité et sa vitesse de diffusion. Mais imaginons que l'association qui imprime et gère les Gallicos ait accès au fichier régional des contribuables, avec leurs adresses, leurs caractéristiques familiales et professionnelles, le détail de leurs revenus, l'étendue de leur patrimoine, leur numéro de compte fiscal, etc... Imaginons aussi que le Conseil Régional (s'il en avait le pouvoir) décide que les contribuables pourraient désormais régler leurs impôts régionaux et locaux indifféremment en Euros ou en Gallicos. Qu'il se propose même d'offrir à ceux qui règlent en Gallicos un rabais d'impôt de 10 ou 15%, et qu'il obtienne des compagnies locales de transport urbain qu'il subventionne, ou même de la SNCF dont il prend en charge une partie des frais afférant à la circulation des Trains Express Régionaux, qu'ils acceptent d'accorder aux usagers la possibilité de payer leurs voyages en Gallicos, via les touches de leur smartphone (bien sûr)... Cela devient alors une toute autre affaire ! On a une maquette à échelle réduite de ce qu'il serait aujourd'hui question d'expérimenter à l'échelle nationale d'un pays comme la Grèce avec pour objectif, par ce moyen, de redonner à son gouvernement une marge autonome d'action conjoncturelle échappant aux contrôles tâtillons de la Troïka.

Un exemple : le projet TAN

D'après ce que je comprend du projet Varoufakis, ou des quelques autres qui lui ressemblent – notamment le projet TAN (Tax Anticipation Notes) de ses collègues Robert Parenteau et Trond Andresen, ou le projet GREC (Government Reimbursement Echange Credits)de l'économiste Alan Harvey, directeur éxécutif de l'Institute for Dynamic Economic Analysis -, l'économie générale du système serait en quelque sorte la suivante.

L'Etat suscite la création d'un organisme chargé de l'émission de billets virtuels libellés dans une unité quelconque (par exemple, admettons que ce soient des TANs, comme dans le projet d'Andresen et Parenteau, dont on peut signaler incidemment qu'il a été endossé par Wolfgang Munchau qui fait partie des principaux éditorialistes du Financial Times). Il s'agit d'une sorte de titres au porteur électroniques, à valeur perpétuelle, librement transférables à des tiers, qui ne rapportent pas d'intérêt mais dont la spécificité est que le Trésor public s'engage à les accepter, pour une valeur 1 TAN = 1 Euro, en réglement d'une dette fiscale exigible, lorsqu'ils lui sont présentés par des personnes privées ou des entreprises.

L'émission se fait non pas par souscription publique, mais, comme dans les banques, par une opération classique de crédit au bénéfice d'un numéro de compte enregistré dans l'ordinateur central en charge de la gestion du système. Il s'agit d'une plate-forme électronique complexe à laquelle chaque détenteur d'un compte en TAN peut avoir accès pour procéder à certaines opérations via l'utilisation de son smartphone personnel. La technologie pour la gestion de ce genre de réseau de masse est désormais disponible et opérationnelle. Elle découle de l'expérience pionnière qui se déroule depuis dix ans au Kenya avec le système MPESA de transfert de monnaie par téléphone mobile mis au point et développé par Safaricom, le monopole local de télécommunications, en sous-produit de son fichier national d'abonnés. Un autre expérience du même genre est actuellement en cours en Ecuador.

L'acte initiateur du processus d'émission est la décision de l'Etat de régler ses comptes (salaires, achats, tranferts sociaux, subventions) en partie en TANs, et non plus totalement en Euros. On parle d'une proportion de 10%, voire 15%. L'organisme d'émission crédite le compte que le Trésor y possède du montant des sommes en TANs qui sont ensuite virées par fil direct aux comptes personnels des employés de l'Etat, de ses fournisseurs, et des pensionnés affiliés au régime public de retraite. On peut imaginer que cet organisme soit une institution non gouvernementale, voire carrément privée, placée sous l'autorité de contrôle et de tutelle d'une commission indépendante, éventuellement composée de référents et trustees étrangers (comme pour les Currency Boards chers à Steve Hanke). C'est ce qu'évoque l'ancien ministre des finances grec. Mais le schéma même du système suppose qu'il ait directement accès aux données des services fiscaux – d'où l'affaire du fichier reprochée à Yanis Varoufakis.

Mais pourquoi les salariés ou les fournisseurs de l'Etat accepteraient-ils d'être en partie payés par la remise de tels billets électroniques ? Quelle valeur peuvent-ils avoir pour eux ? La réponse consiste pour l'Etat à privilégier le paiement des impôts et taxes publiques en TANs plutôt qu'en Euros. Comment ? En offrant à tout contribuable qui s'acquitte de sa dette par virement électronique en TANs de bénéficier d'une remise par exemple de 5 ou 10%. D'un côté on aura des gens qui possèdent des TANs mais qui n'en auront pas l'usage dans la mesure où ils gagnent trop peu pour être soumis à l'impôt (fonctionnaires au smic, petits retraités), ou qui auront trop de TANs par rapport à ce qu'ils doivent payer d'impôts, et de l'autre des contribuables qui n'ont pas de TANs (les employés du privé, les commerçants, les entrepreneurs) et qui désirent s'en procurer pour bénéficier de la remise d'impôt, ou d'autres qui ont trop peu de TANs pour s'acquitter d'une dette fiscale importante. Il existera donc une demande de TANs qui donnera naissance à un marché d'échanges et qui, dès le départ, leur conféreraune valeur positive. Une bourse aux TANs sera instituée auprès de l'organisme d'émission. On peut aussi imaginer que les banques proposent à leurs clients un service d'intermédiaires de proximité entre offreurs et demandeurs de TANs.

Des TANs pour régler ses impôts

Tous les contribuables ayant intérêt à bénéficier de la remise fiscale et, dans un premier temps, leur nombre étant sans doute plus grand que ceux qui reçoivent directement les distributions mensuelles de TANs, la demandedevrait donc être importante, le prix du TAN variant en fonction du rapport entre la masse de TANs créés à la demande de l'Etat pour faire face à la part de ses besoins de paiements en TANs, et le montant total des impôts et taxes susceptibles d'être acquittés en TANs. En fait, cette valeur variera en fonction des dates d'échéances fiscales. Le prix du TAN sera d'autant plus haut qu'on se rapproche de ces échéances, et d'autant plus bas qu'on s'en éloigne, suscitant ainsi une demande d'arbitrage de la part des contribuables : l'avantage de la remise sera d'autant plus appréciable que le contribuable aura pris soin d'acheter ses TANs plus tôt par rapport à sa date d'échéance fiscale, au moment où le cours est bas. Il faut par ailleurs tenir compte de ce qu'une économie en crise profonde où les liquidités sont rares se caractérise par l'existence d'un stock important d'arriérés de paiements, dans un sens comme dans l'autre, de la part des contribuables vis à vis de l'Etat, mais aussi de l'Etat vis à vis de ses fournisseurs. D'où une source de demande supplémentaire de la part de contribuables en retard incités à profiter de l'avantage fiscal ainsi offert pour réduire la note de leurs arriérés et des pénalités qui vont avec.

Le problème de l'acceptation de voir une partie de son revenu, de sa retraite ou de ses prestations réglée en TANs et non en Euros n'est pas une question facile. Une réponse partielle pour l'Etat consiste à essayer de donner un contenu concret, une visibilité qui permette d'objectiver son usage aux yeux de ceux qui en sont le principal vecteur de diffusion et qui appartiennent pour la plupart à des classes moyennes et populaires peu au fait des subtilités de l'arithmétique financière. C'est ainsi que l'Etat peut user de son influence et de son autorité pour obtenir que les entreprises de transports (train, réseaux urbains), les compagnies de services publics (électricité, gaz), voire les théâtres et les réseaux de cinémas et d'animation culturelle acceptent les TANs comme instrument de règlement de leurs prestations (on monte dans le bus, on achète son billet de cinéma et on paie en TAN en cliquant sur son smartphone). Mais l'argument principal est bien sûr de leur faire valoir que, dans un environnement qui ressemble de plus en plus à une situation de déflation/dépression, il vaut mieux se voir garanti le paiement en TANs d'une partie somme toute limitée de leur revenu qui peut être reconvertie en Euros, même à un prix de vente inférieur au pair, mais qui a toutes chances de ne pas trop s'en écarter (du fait de la clause de rachat fiscal), que de se voir imposé une coupe brutale et définitive de 10% de son revenu en euros, ou tout simplement de se retrouver brutalement au chomage. Un tel accord devrait pouvoir être obtenu dans le cadre d'une négociation sociale nationale motivée par l'urgence économique, qui permettrait de maintenir la fiction d'une participation volontaire nécessaire pour que ce projet de quasi-monnaie parallèle ait un caractère légal aux yeux de la législation européenne.

Même problématique pour les entreprises fournisseurs de biens et services achetés par l'Etat. Actuellement elles ne sont pas payées du tout (plus exactement, leur volume d'impayés est considérable). Avec ce nouveau système, l'Etat va leur fournir des TANs, en lieu et place d'euros qu'il n'a pas, qu'elles pourront utiliser pour réduire et payer leur propre arriéré d'impôts, ou bien qu'elles pourront revendre contre de vrais euros à d'autres entreprises qui elles aussi ont encore des dettes fiscales. Une autre forme d'emploi possible sera de négocier avec leurs personnels qu'ils acceptent eux aussi de se voir payer une partie de leur salaire en TANs, comme pour les employés du secteur public, en utilisant les mêmes arguments (la déflation salariale). De tels accords leur permettront de ne plus avoir à se procurer les euros nécessaires au paiement d'une partie des salaires, et donc de desserrer l'étau monétaire qui les étrangle du fait de la pénurie générale de liquidités, et même d'améliorer marginalement leur compétitivité relative en abaissant leurs coûts en euros. De ce fait, à la marge, de nouvelles choses pourront être entreprises, des emplois pourront être maintenus qui ne pouvaient plus l'être en raison du climat général d'asphyxie monétaire. Et plus le nombre de salariés payés en TANs progresse, plus le nombre de commerçants acceptant les paiements en TANs augmentera, incitant dans la foulée davantage de fournisseurs et de fabricants à rejoindre eux-mêmes le mouvement.

Ainsi, plus l'emploi des TANs se répand par effets de réseau et osmoses successives, plus on économise sur les besoins d'approvisionnement en euros, une sorte de masse monétaire de substitution se développe dont l'alimentation ne dépend plus de la BCE, et l'espoir peut renaître d'enrayer enfin l'implacable engrenage cumulatif de la dépression. Le desserrement de l'étau monétaire, aussi limité soit-il, ranime les affaires ; ce qui rapporte davantage de recettes fiscales qui, à leur tour, permettent de desserrer le carcan budgétaire empêchant l'Etat d'augmenter ses dépenses et prive l'économie des effets de multiplicateur élevé qui , dit-on, caractérisent habituellement une telle situation. Ces effets seront d'autant plus forts que le supplément de dépenses publiques ainsi rendu possible sera lui-même automatiquement générateur d'une émission et d'une circulation supplémentaire de TANs. Tout cela sans que l'Euro cesse d'être la seule monnaie légale du pays, sans qu'il soit besoin de sortir de l'Eurozone, et sans qu'il soit nécessaire de faire de nouveau appel au concours de créanciers étrangers.

Du point de vue de la comptabilité publique, l'émission de TANs représente une dette de l'Etat vis de l'organisme qui les crée, mais une dette sans échéancier ni contrainte de remboursement du principal comme pour les emprunts perpétuels dont les Etats d'autrefois étaient coutumiers (cf les consoles britanniques, système d'obligations perpétuelles). De ce fait, il s'agit d'une dette qui n'apparaît pas dans les compte publics et qui ne pèse donc pas sur l'endettement de l'Etat (elle devrait au contraire contribuer à sa réduction du fait des effets de reprise qu'elle est susceptible d'engendrer). Par ailleurs, le mécanisme se présente comme une forme de titrisation de dettes fiscales futures. On y trouve une logique de création de valeur analogue à ce qui se passe lorsqu'un établissement financier titrise l'encaissement de flux futurs de loyers hypothécaires ou de remboursements de cartes de crédit dont les recettes attendues se trouvent injectées dans le circuit de la vie économique avant même qu'elles ne se matérialisent.

Ce schéma est très sommaire. On peut imaginer un certain nombre de variantes et d'améliorations ponctuelles. Par exemple, le projet GREC propose que l'émission de ces titres de paiement ne soit pas seulement électronique, mais qu'une partie fasse l'objet d'une impression de véritables billets physiques. Son auteur, Alan Harvey considère que cela est indispensable en raison de ce que, comme nous l'avons vu, ce sont des employés et les retraités, c'est à dire une majorité de petits revenus, qui seront les principaux vecteurs de diffusion de ces nouveaux instruments de paiement. Le problème est que cela augmentera très fortement les coûts de fonctionnement du système alors que l'usage d'une plate-forme électronique est très peu coûteux, et que sa mise en place peut s'effectuer dans des délais très rapides. Se pose aussi le problème de ces petites gens, souvent âgés, qui restent rebelles à la technologie du smartphone. Une solution pourrait être trouvée qui consisterait, comme en France avec les Chèques postaux, à utiliser le réseau des agences postales. Par ailleurs, Harvey conseille également de profiter des avantages du système pour accorder aux employés de l'Etat et aux retraités un ajustement à la marge de leurs revenus ce qui ne pourrait qu'avoir des effets bénéfiques sur la demande globale en cette période de dépression (n'oublions pas que le PIB grec est actuellement à -30% par rapport au niveau atteint en 2007, ce qui correspond au chiffre américain de la pire année de la Grande dépression des années trente).

Une zone Euro à monnaies multiples ?

La solution proposée est de facture typiquement Keynésienne. Elle est fortement biaisée d'un point de vue idéologique, ce qui lui donne un caractère certain d'angélisme, commun à tous les grands projets économiques de type constructiviste. Pour expliquer la situation dans laquelle le pays se trouve, elle sous-estime, voire ignore résolument la responsabilité des facteurs d'offre dans les blocages de la croissance dont elle est victime (comme l'hyper fiscalisation récemment analysée et dénoncée à juste titre par l'économiste supply-sider Alan Reynolds). Aux yeux de ses auteurs, les seuls coupables sont la politique d'austérité imposée par la tutelle des créanciers ainsi que le concept même de monnaie unique qui conduit dans les faits à interdire au gouvernement grec la moindre liberté de manœuvre d'action conjoncturelle alors même que l'économie du pays est toujours en chute libre.

Néanmoins, aussi criticable qu'il puisse l'être sur de nombreux points (comme par exemple le fait qu'une réussite de l'opération requiert que la Grèce ait déjà fait de sérieux progrès sur la voie de la réforme de ses services fiscaux, ce qui n'est apparemment pas encore le cas), l'un des intérêts de ce schéma est de suggérer que l'introduction d'une sorte de monnaie parallèle dans une économie en crise de la zone euro ne répondrait pas nécessairement au scénario catastrophe souvent évoqué. Son mérite est de laisser penser qu'il existe de véritables raisons pour qu'une telle opération raisonnablement menée, sans qu'on puisse pour autant garantir qu'elle engendre véritablement la reprise que ses auteurs en attendent (il y a plutôt des raisons d'en douter), ne se traduirait pas nécessairement par un effondrement spectaculaire et quasiment instantané de la nouvelle monnaie de paiement par rapport à l'euro, rendant alors inévitable une sortie brutale et unilatérale de l'Eurozone, d'autant plus désastreuse qu'elle devrait se faire dans l'improvisation la plus totale. Si l'on admet la plausibilité d'un scénario plus calme, sans grand drame, de développement d'une telle monnaie secondaire, on peut alors rêver à une évolution qui, progressivement, ferait école dans d'autres pays de la périphérie européenne, et permettrait d'envisager à terme une conversion de l'Eurozone vers un système dual de monnaie européenne commune et concurrentielle (en lieu et place de la désastreuse monnaie unique que nous connaissons).

C'est clairement ce à quoi songent ceux qui travaillent sur ce concept. Tous considèrent que ce qu'ils imaginent actuellement pour la Grèce devrait en fait servir de précédent pour tous les autres pays de la périphérie en proie aux mêmes types de difficultés, même si elles sont moins sévères. L'un d'entre eux, Steve Randy Waldman, va même jusqu'à suggérer que la seule manière de porter remède aux défauts institutionnels de l'euro responsables de son échec serait de généraliser à tous les pays membres de la zone euro – même l'Allemagne ou la France et ceux du Nord - la pratique pour l'Etat de régler ses dépenses internes (et seulement celles-là) dans une unité de paiement parallèle du type TAN ou équivalent. Un sujet qui interpelle et mérite approfondissement.

NOTE 3 (20 août) : COMMENT REPARER L’EURO ?

Mon intérêt pour les monnaies parallèles m'a conduit à essayer d'en savoir plus sur les auteurs et ce qui se cache derrière. A l'évidence, ce sont des keynésiens. Mais, plus précisément, quel type de keynésiens ?

Par ailleurs, tous partagent le point commun de voir dans l'Euro monnaie unique et les dispositions spécifiques du Traité de Maastricht la cause principale des malheurs économiques de l'Europe depuis la grande récession de 2008-2009. L'Euro est un échec, et, disent-ils, il ne pouvait en être autrement. C'est l'Euro qui bloque la sortie de crise et enferme les économies européennes dans une phase durable de stagnation, lorsqu'il ne s'agit pas de dépression pure et simple (comme en Grèce). C'est ainsi que, s'ils ont développé leurs projets de monnaie alternative essentiellement par référence au drame grec, en réalité ils ne cachent pas que l'ambition de leurs recherches est aaussi d'apporter la réponse institutionnelle qui devrait permettre de corriger la faille fondamentale responsable de ce désastreux échec.

Cette problématique n'est pas sans intérêt pour nous autres libéraux puisque, après tout, nous ne disons pas de choses très différentes. Comme eux nous considérons que c'est au cœur de la mécanique de l'euro et du concept de monnaie unique que se niche le moteur des déconvenues européennes actuelles. Comme eux nous ne portons guère la BCE dans notre cœur. Enfin, comme eux, nous récusons le concept de monnaie unique et considérons qu'il eut été préférable de se doter d'un modèle d'euro à monnaies multiples (sauf que pour eux ce choix n'est qu'un second best qui résulte de l'absence d'intégration fédérale).

Ces rapprochements apparents m'ont incité à chercher à en savoir davantage sur l'essence de leur système de pensée. Même lorsque je suis profondément en désaccord avec quelqu'un, il me paraît essentiel de commencer par comprendre pourquoi il pense ce qu'il pense et fait ce qu'il fait. Le décryptage du cadre de vision de l'adversaire me semble toujours être une chose essentielle.

Les héritiers de Wynne Godley

Très vite il m'est apparu que leurs écrits partageaient un point commun, celui de se référer à la pensée d'un économiste britannique dont je n'avais jamais encore entendu parler: un certain Wynne Godley, professeur à Cambridge, décédé à l'âge de 83 ans en 2010.

J'ai aussitôt consulté sa biographie sur Wikipédia. On y apprend qu'il est né en 1926, qu'il a fait ses études à Oxford, puis passé trois années au Conservatoire de musique de Paris, ce qui l'a propulsé sur une carrière de musicien en tant que hautbauiste (joueur de hautbois) dans un grand orchestre philarmonique britannique. A l'arrivée de la trentaine il change brutalement d'orientation et intègre les équipes du Trésor britannique en tant qu'économiste en charge de la prévision conjoncturelle à court terme. C'est à ce titre qu'il prépare, pour le compte du premier ministre travailliste Harold Wilson, la dévaluation de la Livre de 1967. En 1970, à l’appel de Nicholas Kaldor, il rejoint l'université de Cambridge dont il dirigera le département d’économie appliquée. Bien que connu pour ses convictions de gauche et sa violente opposition à l’expérience néo-libérale de Madame Thatcher, sa réputation de prévisionniste (il est d’un des rares économistes britanniques à avoir vu venir la crise de la livre de 1992) lui vaut l’honneur de faire partie du comité de 7 sages mis en place par Norman Lamont, le Chancelier de l’Echiquier de John Major. A cette époque, il se fait notamment remarquer par ses grandes diatribes contre le Traité de Maastricht et le projet de monnaie européenne dont il prophétise, dans la presse, que les défauts et les lacunes ne peuvent que conduire, tôt ou tard, à une nouvelle grande crise européenne, aussi bien politique qu'économique. En 1995, il quitte l’Angleterre pour les Etats-Unis. Il rejoint le Levy Institute où il croisera pendant quelques mois un autre grand keynésien spécialiste comme lui de l’étude des fluctuations et crises économiques, le professeur Hyman Minsky (décédé en 1996).

Ce que ne dit pas cette biographie est que Godley est en fait, aux côtés de Joan Robinson, Piero Sraffa et Nicholas Kaldor (les plus connus), l’un des principaux protagonistes de la célèbre querelle dite des deux Cambridge qui, dans les années 1960/1970, déchira le mouvement keynésien en les opposant à leurs collègues américains de Cambridge (Massachussets), Paul Samuelson et Robert Solow. Wynne Godley reproche en particulier à la synthèse néo-classique dont ils sont les auteurs d’apauvrir, voire de pervertir l’essentiel du message de Keynes en réintégrant ses grandes intuitions macroéconomiques (comme l’utilisation du concept de demande globale) dans le cadre d’une théorie classique de l’équilibre de marché fondée sur une conception idéaliste de l’optimisation des comportements individuels. C’est ainsi que, par exemple, il reproche aux modèles post-keynésiens contemporains de continuer à reposer sur la fiction d’entreprises dont le comportement resterait guidé par le seul objectif de maximisation du profit, alors qu’en réalité les choix faits par les acteurs économiques relèvent plus de l’application de règles de décision tacites et approximatives (qui diffèrent selon les phases d’un cycle économique) que d’une recherche permanente d’optimisation. Cette critique le conduit à entreprendre la construction d’un grand modèle formel d’explication des crises économiques qui, à la différence de tous les modèles économétriques en usage aujourd’hui dans les administrations publiques et les banques, redonne au secteur bancaire et à la finance un rôle explicite dans l’enchaînement des processus responsables des grandes ruptures économiques et financières observées. Ce qui rejoint le programme de recherche sur lequel Hyman Minsky s’est fait connaître et qui, après 2008, assurera sa notoriété (posthume) cependant que nous continuons d’ignorer que le modèle formel de Godley s’était très tôt révélé particulièrement efficace pour prévoir la crise de la bulle internet, puis ce qui allait se passer en 2007-2008.

Dynamique macroéconomique de l’endettement

Bien que le lien avec notre actualité ne soit pas nécessairement évident, cette histoire nous concerne car elle permet de mieux comprendre le dérapage passionnel et passionné du débat sur la Grèce au lendemain de l’arrivée au pouvoir de Syriza, du fait même des antécédents intellectuels de son ministre des finances. La clé nous en est donnée par une série d’articles sur la crise publiée en 2012 par Martin Wolf, le grand éditorialiste du Financial Times.

Dans cette série, conçue pour justifier la position de ceux qui s’opposent aux politiques d’après crise dites d’austérité, Martin Wolf se réfère non pas à la version la plus classique et la plus traditionnelle de la doctrine keynésienne (la plus grande efficacité des relances par la politique budgétaire en période de sous-emploi, l’effet multiplicateur de la dépense publique), mais à une variante qu’il tire tout droit du dernier livre de Wynne Godley publié en 2007. Il s’agit d’un tableau inspiré des travaux précédents de James Tobin qui donne une vision macroéconomique des comptes et flux financiers de revenus et de dépenses, et donc d’endettement ou de désendettement, entre les quatre grands secteurs constitutifs de l’économie que sont les ménages, les entreprises, l’Etat et le reste du monde. L’idée principale est que si, par définition, revenu global = dépense globale il en résulte nécessairement que le solde consolidé des flux financiers positifs et négatifs entre ces quatre entités macroéconomiques doit être égal à zéro. Ce qui signifie que si le compte financier de l’un des secteurs devient négatif (déficitaire), il implique automatiquement l’apparition d’un excédent compensatoire ailleurs. Et l’inverse.

Martin Wolf applique cette grille de lecture à l’économie américaine pour l’ensemble de la période 1990-2011. Il constate que le compte financier de l’Etat US évolue d’une manière exactement inverse du secteur privé (entreprises + ménages). Lorsque l’économie américaine est en pleine croissance, le secteur privé s’endette, son compte est déficitaire, cependant que l’Etat, lui, accumule les excédents et réduit son endettement. Lorsque l’économie tourne au ralenti, le privé dépense moins et épargne plus, son compte devient excédentaire cependant que celui de l’Etat redevient déficitaire. On observe la même relation inverse pendant la crise : entre 2002 et 2007, le privé passe brutalement d’un déficit croissant qui durait depuis plusieurs années à une situation d’énorme excédent compensé par le fait que le déficit public (gouvernement fédéral + états et collectivités locales) bat alors tous ses records historiques.

Mais lequel entraîne l’autre? Est-ce le désendettement massif des ménages et des entreprises qui pousse l’Etat dans les abysses du déficit, ou est-ce l’inverse ? Pour Martin Wolf et ses amis post-keynésiens la lecture des courbes ne laisse aucun doute : chronologiquement, tout a commencé par le changement d’attitude des ménages vis à vis de leur endettement dès avant même que ne se manifestent les premiers signes de crise; puis ce sont les entreprises qui, à leur tour, se sont mises à opérer des coupes brutales pour réduire le poids de leurs dettes sur leurs comptes d’exploitation selon un schéma qui correspond parfaitement au modèle de balance sheet recession proposé par un autre keynésien de choc, l’économiste japonais Richard Koo de Nomura Securities, à partir d’un développement des idées d’Irving Fisher sur la debt deflation (qui sont explicitement reprises et affinées dans certains écrits de Yanis Varoufakis). D’un univers de business as usual on est donc brutalement passé à un nouvel environnement dominé par une obsession cumulative du désendettement très éloignée de la manière dont les modèles de prévision représentent opérationnellement les mécanismes d’optimisation des décisions dans l’entreprise. C’est ce processus - par rapport auquel l’Etat est totalement neutre - qui entraine l’économie dans une récession n’ayant en vérité plus rien de commun avec les rouages des fluctuations conjoncturelles ordinaires. Dans ce schéma, l’effet de la crise sur le déficit public est purement mécanique. L’effondrement de l’activité entraîne d’un côté l’explosion des dépenses de transfert (indemnités de chômage) et, de l’autre, la chute des recettes fiscales. Le creusement du déficit est donc un phénomène subi. Il est la nécessaire contrepartie comptable de la politique de désendettement des ménages et des entreprises que révèle la réapparition d’un excédent massif du privé vis à vis des autres secteurs de la matrice financière macroéconomique.

Maintenant, suggère l’éditorialiste britannique en s’inspirant toujours du tableau construit par Godley, admettons que les pouvoirs publics, pour des raisons politiques, ou parce qu’ils sont liés par des engagements internationaux (comme par exemple ceux de l’Union monétaire), refusent cette plongée dans le déficit. Pour l’empêcher, ils choisissent de réduire leurs prestations, d’arrêter certaines dépenses, de retarder des investissements...La contrainte de l’équilibre global des comptes financiers ne laisse alors plus aucune place à la présence d’un excédent privé. Celui-ci doit disparaître. L’ajustement se fait par le supplément de déflation que la compression des dépenses publiques au titre de la politique de rigueur (ou d’austérité, selon le terme que l’on préfère) impose à l’activité économique déjà sévèrement comprimée par les stratégies privées de désendettement. Encore moins de revenu, toujours moins de dépense, dans un tel contexte le discours d’orthodoxie budgétaire se révèle désastreux, voire suicidaire. La politique des pouvoirs publics vient surimposer ses propres effets à la dynamique récessive en cours. Elle prend une tournure carrément pro cyclique, à l’inverse même de ce que l’on attend normalement d’un gouvernement responsable. En temps normaux cette influence perverse pourrait être contrée par un usage approprié des instruments de politique monétaire (baisse des taux). Mais du fait même de l’ampleur des processus de désendettement, on n’est plus en des temps normaux. La priorité désormais donnée au désendettement provoque une telle chute des taux (quasiment zéro) qu’en pratique l’outil monétaire traditionnel ne peut plus servir à rien (phénomène de trappe monétaire). Résultat : l’austérité, disent les keynésiens, ne peut qu’ajouter au malheur des gens en transformant le processus récessif en un véritable engrenage de debt depression à l’image de ce qui s’est passé aux pires moments de la grande crise des années trente.i

Le péché congénital de l’Euro (version keynésienne)

Pour Varoufakis et ses collègues économistes telle est précisément le mécanisme qui explique la grande stagnation dans laquelle s’est enlisée l’économie européenne depuis la crise, ainsi que le caractère d’autenthique dépression qu’elle revêt dans les parties les plus méridionales de son espace (en particulier la Grèce). Un mécanisme qui plonge ses racines dans la nature même de la construction institutionnelle mise en place avec la création de l’euro.

Selon eux, le problème central vient du divorce radical introduit entre responsabilités monétaires et politique budgétaire. Avec l’euro, les question monétaires ont été intégralement transférées à la BCE. De ce fait, les pays membres de la zone euro ont perdu toute souveraineté monétaire. Les banques centrales nationales ne sont plus en quelque sorte que les agences locales de la super banque centrale installée à Francfort. En revanche chaque gouvernement conserve de jure sa souveraineté fiscale et budgétaire, c’est à dire la liberté de décider de ses impôts, de ses dépenses, et de la manière de les financer (sous réserve, en principe, des limites plafonds globales introduites dans les critères de Maastricht, puis révisées par le Traité de Lisbonne). Mais, expliquent-ils, cette liberté (souveraineté) est tout à fait illusoire dès lors que le rapport de l’Etat à sa monnaie n’est plus substantiellement différent de celui qui caractérise les relations entre un Etat souverain et une monnaie qui lui est étrangère. Le fait même qu’un gouvernement se trouve désormais contraint de régler ses dettes en une monnaie dont il ne contrôle plus l’émission, et qu’il ne puisse plus appuyer ses choix budgétaires sur sa capacité, ne serait-ce qu’exceptionnelle, à soutirer des chèques de sa banque centrale implique qu’en réalité chaque pays de l’Union se trouve concrètement dépossédé de toute capacité d’authentique régulation conjoncturelle autonome. Tant que les conjonctures nationales restent relativement en phase, ce n’est peut-être pas grave, mais cela peut rapidement devenir catastrophique en cas de récession aggravée dans un pays (ou un groupe de pays membres) par rapport aux autres, pour des raisons nationales spécifiques (un choc électoral, par exemple). Ainsi que le résume l’un d’entre eux, citant un article de Wynne Godley datant de 1997 (The Economist), le danger est que, face à une crise locale d’ampleur exceptionnelle (comme actuellement en Grèce), les contraintes ainsi imposées à l’autonomie d’initiative conjoncturelle d’un gouvernement n’entraînent en définitive toute la zone Euro dans un tourbillon déflationniste dont elle ait ensuite le plus grand mal à s’extraire.

Un outil pour réparer l’Euro

Pour ces économistes keynésiens, il va de soi qu’idéalement la solution à moyen/long terme se trouve dans la constitution d’un “gouvernement économique” qui permette de reconstituer la solidarité du couple politique monétaire/politique budgétaire au niveau de l’ensemble de la zone Euro, dans le cadre d’une constitution fédérale. Mais, pour le court terme, face à l’urgence, la seule issue possible consiste à redonner au plus vite des marges de manoeuvre nationales aux pays les plus menacés en les laissant recourir temporairement à l’émission de quasi monnaies alternatives à usage exclusivement domestique. D’où les projets de certificats nationaux type TAN, FTcoin, etc.

C’est là évidemment l’essentiel, mais certains auteurs soulignent aussi que, au-delà de l’aspect purement conjoncturel, ce type d’innovation aurait pour avantage de corriger l’un des vices les plus rédhibitoires de l’actuelle constitution monétaire européenne : à savoir d’encourager dans toute l’Europe l’aggravation du degré d’interpénétration et de consanguinité financière entre les Etats européens et les grandes banques européennes, en particulier dans les pays où les comptes publics sont les plus dégradés. Puisque ceux-ci ne peuvent plus compter sur les concours monétaires directs de leur banque centrale nationale pour faire face aux urgences conjoncturelles, il est en effet inévitable qu’ils se tournent vers leurs banques commerciales et attendent d’elles qu’elles soient les premières et les plus empressées sur les marchés à se porter acquéreurs de leurs émissions de dette publique. Et ceci d’autant plus que le système européen de paiement, paradoxalement, encourage ce genre de détournement via le mécanisme de l’octroi de facilités d’urgence aux établissements de crédit (Emergency Liquidity Assistance - ELA) par rapport auquel les banques centrales nationales conservent une certaine autonomie d’initiative, sous la contrainte d’une censure de la BCE qui ne peut s’exercer que si elle bénéficie d’un vote (peu probable, sauf circonstances exceptionnelles comme aujourd’hui à propos de la Grèce) des deux-tiers des membres de son conseil. Cette dérive se trouve également renforcée par l’application aux banques des nouvelles règles prudentielles de gestion qui les contraignent à accroître leurs ratios d’actifs sûrs - c’est à dire pour l’essentiel de titres publics.

Il en résulte une série de conséquences analysées par Steve Randy Waldman, un libertarien de gauche, à priori peu suspect de connivences keynésiennes mais cependant très intéressé (comme beaucoup de libertariens) par cette question des monnaies parallèles :

  1. le système bancaire devient l’hôtage de la dette publique et de la manière dont les marchés financiers réagissent aux perspectives d’évolution des dettes souveraines - ce qui est l’un des éléments qui ont pesé lourd dans les décisions de la BCE de 2010 et 2011 qui ont en définitive prolongé et amplifié les facteurs de la crise grecque;

  2. la politique économique se retrouve de facto exclusivement dictée par les intérêts des créanciers extérieurs alors que la spécificité d’une politique nationale est naturellement de chercher à concilier les intérêts contradictoires de ceux qui prêtent à l’Etat et de ceux qui profitent ou vivent de ses services d’une manière qui ne peut être envisagée de la part d’une institution externe (qui, de plus, est elle-même juge et partie puisque devenue, de par sa propre politique, l’un des créanciers les plus engagés);

  3. l’Eurosystème, en laissant aux Etats en difficulté la possibilité de contourner impunément les contraintes formelles du Pacte de stabilité, a pour effet pervers d’affaiblir la motivation des créanciers domestiques à se mobiliser pour favoriser l’émergence de coalitions politiques budgétairement et fiscalement plus responsables (il ne faut pas seulement incriminer ce qui serait la propensité naturelle des grecs à frauder le fisc, il faut aussi faire un peu de Public Choice à la Buchanan);

  4. le résultat est un engrenage systémique qui fait renaître les crispations nationales au sein de la communauté européenne et conduit à ressusciter des affrontements de plus en plus ouverts entre intérêts nationaux au sein même d’un espace politique pourtant conçu pour assurer leur dépassement (avec, en particulier, un processus de repolitisation subreptice des actions de la BCE - comme on l’a vu lors de la décision d’imposer la fermeture des banques grecques - en totale contradiction avec ses statuts et sa mission, et récemment fort bien documenté par Frances Coppola).

Admettons maintenant qu’un pays comme la Grèce se dote d’un mécanisme de type TAN. L’Etat décide de payer une partie de ses dépenses, y compris les retraites et les dépenses de transfert, en certificats nationaux que les citoyens grecs, et eux seuls (hormis les étrangers travaillant ou ayant des affaires dans le pays), peuvent utiliser pour payer leurs impôts avec une remise. Il y récupère la capacité de faire de nouvelles dépenses sans devoir pour autant accroître son endettement externe. Mais ce nouveau régime, ne peut lui donner une nouvelle marge de liberté budgétaire que pour autant que ces certificats sont véritablement acceptés par la population - plus précisément ses employés et fournisseurs à qui il demande de faire le sacrifice d’une part de pouvoir d’achat en euros, ce qui représente une forme d’épargne forcée à leurs dépens - et qu’émerge un marché suffisamment actifs où ceux qui sont payés en TANs peuvent librement les revendre à ceux de leurs concitoyens ayant besoin d’en acquérir pour s’acquitter de leurs dettes fiscales. Le système ne peut donc fonctionner que si les échanges se font avec une décote aussi réduite que possible par rapport au pair avec l’Euro, ce qui signifie que, pour une fois, une large partie de la population aura désormais intérêt à s’organiser politiquement pour veiller à ce que : 1. la collecte de l’impôt s’effectue de la manière la plus efficace possible, et 2. que l’Etat maîtrise ses projets de dépenses de manière à ne pas faire s’effondrer le prix des certificats. Ainsi que le résume Waldman, “ This would restore the natural tension in domestic politics, a balance that Eurozone institutions unintentionally destroyed, between domestic constituencies with an interest in taxation, and other domestic interests who would be net payers of tax and so lobby to streamline expenditures”.

Imaginons ensuite que, conformément à ce que propose Waldman, ce nouveau type de pratique budgétaire soit généralisé à l’ensemble des pays de la zone - même ceux qui se distinguent par le comportement exemplaire de leurs pouvoirs publics, mais qui n’y perdraient rien -, on se retrouve avec une Union monétaire dont l’Euro reste la monnaie de compte et de règlement officielle, où les Etats récupèrent une certaine capacité autonome de régulation conjoncturelle nationale, mais où les risques et les coûts associés à ce surplus de liberté budgétaire retomberont nécessairement sur le seul portefeuille des contribuables (et électeurs) nationaux. Les problèmes de hasard moral liés au financement des déficits par des investisseurs extérieurs à la politie nationale disparaissent. On revient à une situation de normalité où le déficit devrait être un acte dont les coûts politiques, et pas seulement financiers, sont soigneusement soupesés. Par ailleurs, on coupe définitivement le pont entre l’Etat, ses besoins budgétaires et les banques comme source principale de financement.

Conclusion : “This would restore to Eurozone states some of the tools they lost for managing domestic shocks, without requiring unpopular transfers or politically destructive borrowing from other states. It would strengthen Eurozone states as polities. The lesson of the Asian Financial Crisis and the extraordinary reversal of financial flows that many Asian countries were subsequently able to engineer is that the strength of a state is largely a matter of its capacity to mobilize domestic risk-bearing, rather than rely upon external finance. Eurozone institutions unintentionally short-circuited that capacity. It’s time to restore it”.

Sortir ou réparer ?

L’Euro est un échec. Il devait assurer la convergence des économies : c’est l’inverse qui se produit. Il devait nous apporter la stabilité économique et financière, faire de l’Europe la championne de la productivité (Traité de Lisbonne) : les résultats enregistrés depuis la crise sont désastreux, l’Europe est tout à l’arrière du train de la reprise. Il devait être le catalyseur, l’élément d’entraînement d’une Europe politique en construction continue. On sait ce qu’il en est advenu : l’euroscepticisme ne cesse de s’aggraver, le nombre des extrémistes anti-euro et anti-européens ne cesse de progresser, le nationalisme réapparaît comme une idéologie de masse débouchant sur des excès de langage que l’on ne croyait pas revoir de si tôt. Les Conseils européens redeviennent des foires d’empoigne où s’expriment et s’affrontent des visions politiques et idéologiques incompatibles.

Bien sûr, il y a eu la crise, mais celle-ci n’est pas seule en cause. Cette déconvenue est très largement le produit de tares et erreurs structurelles de nature institutionnelle datant des origines mêmes de la conception de la monnaie unique. Alors faut-il abandonner ou réparer (réformer) l’Euro ? Les keynésiens qui s’opposent à l’Euro ont une vision du problème qui n’est évidemment pas celle des libéraux qui s’accordent cependant sur le diagnostic. Je viens de présenter le point de vue des premiers. Dans une autre note, je donnerai celui des libéraux.

Henri LEPAGE

Références

Financial Times, Peter Spiegel, July 27, « Yanis Varoufakis defends Plan B Hack »

Peter Spiegel, Financial Times, July 27, « Varoufakis unplugged, the London call transcripts »

Yanis Varoufakis, Financial Times, July 28, « Something is Rotten in the Eurozone Kingdom »

Credit Writedowns, Robert Parenteau, 9 décembre 2023, « Full Employment in the periphery without the euro exist ».

Credit Writedowns, Robert Parenteau, 16 février 2015, « Tax Anticipation Notes : A Timey Alternative Financing Instrument for Greece ».

Real-World Economics Review Blog, Alan Harvey, March 28, 2015, « A Detailed Program Proposal for a Complementary Currency in Greece ».

Cato Institute, Commentary, Alan Reynolds, July 17 2015, « Greece is Taxed to Death ».

Real-World Economics Review, Alan Harvey, June 2015, « Updated proposal for a complementary currency for Greece »

Interfluidity, Steve Randy Waldman, July 23rd, 2015, « How to Fix the Euro ».

Edward Fulbrook, “The Premonitary Five: Godley, Wray, Forstater, Mosler and Bell”, RealWorld Economics Blog, 20 juillet 2012

Wynne Godley, “Maastricht and All That”, London Review of Books, 8 octobre 1992

Jonathan Schlefer, “Embracing Wynne Godley, and Economist Who Modeled the Crisis”, The New York Times, 10 septembre 2013

Martin Wolf, “A handy tool - but not the only one in the,box”, Times, 4 janvier 2015

Martin Wolf, “Debt, deleveraging and crisis in the US”, Financial Times, 12 juillet 2012

Martin Wolf, “The balance sheet trecession in the US”, Financial Times, 19 juillet 2012

Martin Wolf, “Getting out of debt by adding debt”, Financial Times, 25 juillet 2012

Martin Wolf, “Objections to providing fiscal support for deleveraging”, Financial Times, 27 juillet 2012

Martin Wolf, “Ways to accelerate private-sector deleveragingFinancial Times, 30 juillet 2012

Richard Koo, “The World in Balance Sheet Recession : causes, cure and politics”, RealWorld Economic Review, n°58

Rob Parenteau, “Full employment Policy in the periphery without the euro exit”, CreditWritedowns, 9 décembre 2013

Rob Parenteau, “Tax Anticipation Notes: A Timely Alternative Financing Instrument for Greece”, CreditWritedowns, 16 février 2015

Alan Harvey, “Updated proposal for a complementary currency for Greece”, Real-WorldEconomicsReview, n°71, 2015

NOTE

i) Un autre exemple d'application de cette méthodologie macroéconomique nous est donné par un article de Frances Coppola sur la Finlande : http://www.coppolacomment.com/2015/08/a-finnish-cautionary-tale.html