Institut Turgot

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Indignés : pour la fin du capitalisme de copinage et un retour à la démocratie responsable

Partager sur facebook Partager sur twitter Partager sur wikio

Le mouvement des indignés, parti de Madrid au printemps dernier, a célèbré ses six mois le samedi 15 octobre. Le mouvement fustige le capitalisme et prône un retour à la démocratie. 

A bien des égards ce message est juste, pour peu qu’on ne fasse pas de confusions.

Les effets de l’Euro

Avant toute chose, il faut sans doute rappeler que si l’Europe est dans la situation actuelle c’est aussi du fait des conditions de l’entrée dans l’Euro. Quand un Milton Friedman avertissait que la zone euro volerait en éclats à la première récession, les intellectuels et les eurocrates le ridiculisaient. Pourtant, une politique monétaire commune, c’est un taux d’intérêt commun (le taux d’intérêt directeur de la banque centrale étant un vestige de la planification centralisée). Ce taux « moyen » sur une zone aux performances économiques hétérogènes était une erreur manifeste : dans les pays où la croissance était faible (Allemagne, France) ce taux moyen était trop haut, étouffant d’autant la croissance ; dans les pays où la croissance était forte, pour des raisons démographiques (Irlande, Espagne), il était trop bas, générant des bulles de mal-investissement. Par ailleurs, la zone Euro a permis à des pays comme la Grèce de bénéficier de la signature Euro (= Allemagne) et donc d’emprunter à des taux avantageux. Pour mieux s’endetter. Et qui respectait Maastricht ?

Erreur de technocrate donc. Et les indignés devraient justement s’indigner de ce que les technocrates qui nous ont mis dans ce pétrin accaparent toujours davantage de pouvoir, au mépris de la démocratie. Les slovaques sont-ils contre le Fonds Européen de Stabilité Financière (sic) ? On trouvera un deal pour le leur imposer. La démocratie européenne c’est « faisons voter les gens jusqu’à ce qu’il disent oui à nos propositions de technocrates ». Comme pour le traité constitutionnel en Irlande - conception curieuse de la démocratie. Le FESF est en réalité une « solution » à la Ponzi à une échelle ahurissante, consistant à tenter de sortir d’une crise de la « dette pourrie » avec toujours plus de « dette pourrie ». Cela permet de sauver les emplois des banquiers irresponsables en passant la facture de leurs pertes aux contribuables et aux générations futures.

Capitalisme de copinage

De ce point de vue, les indignés, notamment devant Wall Street, ont raison de critiquer le capitalisme… de copinage. Mais pas le capitalisme au sens large : Steve Jobs et Bernard Madoff (ou Henry Paulson) ce n’est justement pas la même chose ! La confusion règne donc. Critiquer les sauvetages des banquiers est une chose, cracher sur n’importe quelle grosse entreprise en est une autre. La différence est justement la proximité des soi-disant capitalistes avec le politique, et la possibilité de faire socialiser les pertes de son entreprise. La fameuse revolving door entre banque et État doit donc être fermée : aux USA un Secrétaire au Trésor ne devrait plus avoir travaillé pour Goldman Sachs, en France un PDG de grande banque ne devrait plus avoir travaillé au Ministère des Finances ou du Budget.

Démocraties dysfonctionnelles 

Les indignés s’insurgent également contre les plans d’austérité, suite à la crise des dettes souveraines. Ces plans d’austérité résultent directement de crises des finances publiques : d’abord liées à la baisse des rentrées fiscales du fait de la récession et donc de l’augmentation du chômage et des dépenses sociales après l’éclatement de bulles de mal-investissement dues à l’euro (comme en Espagne) ; liées ensuite à l’endettement généré par les dépenses inconsidérées décidées par les hommes politiques suite à l’accès à des taux avantageux (notamment en Grèce) ; mais plus généralement, traduisant une crise du modèle d’État Providence et administratif qui vit largement au-dessus de « nos » moyens : ne pouvant financer l’explosion des dépenses par l’impôt ou la planche à billet, il a été « décidé » que c’est la dette qui prendrait le relais (La France en est le parfait exemple).

Il est crucial de comprendre que les mécanismes de contrôle démocratique de la dépense publique ne fonctionnent plus depuis longtemps. Parlement fantoche avec des représentants cumulards et des organes de contrôle et d’évaluation émasculés (comme en France), politiciens qui redistribuent des privilèges au mépris de l’État de droit (comme en Grèce), décentralisation complexe sans autonomisation budgétaire et fiscale, favorisant la course aux votes par la dépense (comme en France encore), modèle social corporatiste de type Ancien régime (comme en Grèce ou en France) ou chaque corporation tire la couverture à soi en termes d’avantages – avec l’argent des autres, non paiement de l’impôt sur le revenu (fondement du lien « taxation-représentation ») par une partie significative de la population (de manière légale par une progressivité « pro-pauvres » ou par la fraude) ayant le sentiment que ce sont « les autres qui paient »… Le contrat démocratique est brisé. 

Les indignés devraient ainsi affiner leur message : la fin du capitalisme de copinage et un retour à la démocratie responsable.

Emmanuel martin est analyste sur www.UnMondeLibre.org site sur lequel a été publiée la version originale de ce texte.

Partager sur facebook Partager sur twitter Partager sur wikio

Commentaires

1. Le mardi 18 octobre 2011, 16:27 par G.M.

Ceux que vous appelé les "indignés" ne veulent pas la fin du copinage capitaliste mais la fin du capitalisme et d'avantage de copinage mais avec eux. Ce qu'ils cherchent, c'est une dicature communiste dont ils auraient le contrôle absolue.

2. Le mardi 18 octobre 2011, 19:33 par christophe G

Parfaitement d'accord avec cet article mais doublement en accord avec ce premier commentaire.
CG

3. Le mardi 18 octobre 2011, 22:25 par daredevil2007

Pratiquer les amalgames est un moyen de délégitimer les autres pour mieux avancer ses propres pions (cf. Gramsci)
Bravo pour cet article fort juste!

4. Le mercredi 19 octobre 2011, 02:06 par Bruno

Modernes contre modernes comme l'aurait écrit le regretté Murray.

5. Le mercredi 19 octobre 2011, 06:07 par Elivacle

Les indignés devraient effectivement affiner leur message et lui laisser toute la puissance de la cohérence :
la fin du capitalisme de copinage...et le retour au capitalisme responsable.

6. Le mercredi 19 octobre 2011, 11:23 par Konebien

indignés =altermondialistes
révolutions du jasmin=charia
il ya beaucoup de manipulés comme d'habitude et des apprentis sorciers.
problème métaphysique du libéralisme comment empêcher les énormités du capitalisme financier? est ce possible? certains disent mais oui il suffit de les laisser faire faillite. Certes mais si la Faillite fait s'écrouler notre monde ????????? je n'ai pas de réponses Trop d'Etat nous a conduit à notre situation présente mais pas d'Etat du tout ???

7. Le mercredi 19 octobre 2011, 16:09 par Otto

@ Konebien
On pourrait essayer un état limité - sans arme nucléaire et sans banque centrale.

8. Le jeudi 20 octobre 2011, 09:15 par toto

Le problème du capitalisme occidental c'est que la théorie du "ruissellement" ne marche plus (alors qu'elle semble fonctionner dans certains pays émergents).
Théorie selon laquelle le développement des inégalités accompagnant une croissance forte finit par bénéficier aussi aux plus pauvres, les dépenses des plus riches finissant par améliorer la situation des plus pauvres.
Aux Etats-Unis ça ne marche plus depuis Reagan.
La majorité des gens doit donc se demander où est son intérèt, une fois bien informée (ce qui n'est pas toujours évident). Et son intérèt n'est pas forcément une économie dynamique paradoxalement.

9. Le jeudi 20 octobre 2011, 10:11 par konebien

un Etat limité surement puisque n'en déplaise à beaucoup la source de nos malheurs vient d'un Etat providence devenu obèse et qui fournit le carburant à la spéculation
pas d'armes nucléaires?si les autres les gardent ou en développent (Iran) ce choix me parait hasardeux
la seule chose qui fera hésiter à la 3eme guerre mondiale sera encore l'existence d'une arme ne faisant que des perdants
peut être êtes vous trop jeune pour avoir connu la crise de Cuba .sans l'arme nucléaire la 3 éme guerre mondiale aurait eu lieu
certains militaires soviétiques ont réussi à convaincre Kroutchev qu'il n' y aurait pas de gagnant.c'est sans doute pour cela que nous pouvons échanger sur ce blog...
le problème c'est l'homme ,pas les théories qui sur le papier rivalisent d'intelligence mais qui ,dans les faits, invariablement donnent des résultats désastreux
Donner le Pouvoir régalien sans contrôle est dangereux ,d'autant plus que les organismes de contrôle sont tout de suite phagocytés par le "ROI"
mais laisser une société sans pouvoir désigné invariablement aboutit à la guerre civile et à l'anarchie .Certes c'est le but de quelques uns.ça me parait quand même très utopique,ce ne sont pas les anarchistes espagnols décimés par leurs frères communistes pendant la guerre civile qui pourraient prétendre le contraire
ne pas s 'organiser contre une menace extérieure est suicidaire et prétendre que l'anarchie généralisée nous protégerait de la prédation c'est prendre ses désirs pour des réalités .
conclusion il faudra bien nonobstant les théories faire revenir l'Etat aux seules fonctions Régalienne avec contrôles réels (empêcher les cumuls de mandats ,empêcher les pantouflages ) et lui permettre en cas d'abus de droit (exemple les salaires indécents des banquiers et autres PDG ) la possibilité d'y mettre fin tout comme il a le droit en principe d'empêcher la constitution de monopole aux USA.Tout cela n'est pas parfait et trés utopique :connaissez vous des hommes suffisamment vertueux pour l'accepter spontanément?

10. Le jeudi 20 octobre 2011, 23:00 par Olivier Ferry

@ Konebien
Je suis content de votre commentaire : "le problème c'est l'homme" ou "connaissez vous des hommes suffisamment vertueux..." mais il y a un problème annexe qui a trait aux théories économiques. Muhamad Yunus, inventeur du micro crédit et prix Nobel de la Paix 2005 disait dans son discours de réception qu'il reprochait à la théorie libérale classique de ne connaître chez l'homme d'autre motivation que la maximisation du profit. Il considérait que cela réduisait l'homme à une seule dimension. Il a prouvé par ailleurs que la rapacité des usuriers du Bangladesh strérilisait toute tentative de développement dans son pays et que le système bancaire à l'occidentale était totalement inadapté à la situation.
En s'appuyant au contraire sur le désir des mères de famille de fournir à leurs enfants une vie digne il a mobilisé des trésors d'ingéniosité et leur a fourni les moyens dont elles avaient besoin. Je ne sache pas que Yunus, même s'il n'est pas misérable, ait accumulé une fortune comparable à celles qui figurent dans Forbes. Nous avons aussi chez nous un Louis Galois qui a refusé de percevoir le salaire que lui destinait le conseil d'administration d'Airbus. Il n'est pas sur la paille non plus, mais il fait reverser une partie de ses revenus directement à des associations d'après ce que je crois savoir. Je nuancerai donc un peu le propos. D'après moi le problème ce sont LES hommes. Il y a trop peu de Yunus ou de Louis Galois. En plus, les qualités que je viens de citer ne font pas la une des média. Nos problèmes économiques sont donc aussi largement culturels.
Daredevil fait référence à Gramsci, lui aussi a raison. Gramsci avait parfaitement compris et théorisé la force des idées et la façon de s'en servir à des fins que ni vous ni moi n'approuvons. Il reste que la culture a ceci d'extraordinaire que nous pouvons, individuellement, la passer au crible et la choisir mais une fois intégrée c'est un moteur d'une puissance invincible. En effet, partagée par des millions d'individus elle a la puissance des foules. Tout le XXème siècle nous l'enseigne.
Pour revenir à l'économie en tant que théorie ou élément de la culture elle ne peut pas se contenter d'une vision unidimensionnelle de l'homme comme le souligne Yunus. Il faut que tous ses raisonnements soient marqués par une conception de l'homme plus riche et plus complète. Notre droit civil utilise abondamment la notion de "bon père de famille". Cette notion n'existe pas en économie, pourquoi ?

11. Le lundi 24 octobre 2011, 16:56 par konebien

oui il y a toujours quelques exceptions qui confirment la règle...et même parait il dans le pire des hommes i y aurait toujours une part de bonté..
néanmoins constatons que nos démocraties fonctionnent sur la loi du plus grand nombre,pas ,des exceptions..
vous avez du constater comme moi la déclaration duCNT aujourd'hui .la charria sera la base de la réglementation Lybienne ...et d'ores et déjà le leader dit modéré vient de déclarer que les femmes ne pourront plus divorcer
ça ressemble à un "remake" Iranien..
nous attendons les résultats Tunisiens je sens que l'odeur du jasmin va nous paraître frelatée...
La culture de l'islam n'est pas soluble dans la démocratie.Mais pourquoi s'obstiner tant à vouloir planter partout des pseudo démocraties quand déjà chez nous il y a tant à redire.
je crois que beaucoup d'intellectuels prennent leurs désirs pour des réalités et ne peuvent s'empêcher de recommencer à chaque nouvelle occasion

Fil des commentaires de ce billet

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.