On se complaît à énoncer des évidences, alors que la question fondamentale est à peine abordée: pourquoi BP fore-t-elle à 1500 mètres de profondeur, alors que l'exercice y est particulièrement risqué et coûteux? Les réserves situées en sol américain ou au large des côtes seraient-elles épuisées? C'est ce qu'affirme le président Obama, mais c'est carrément faux !

Si les compagnies pétrolières s'aventurent maintenant en haute mer, c'est tout simplement parce qu'elles y sont contraintes par la Maison-Blanche qui, pour satisfaire les groupes environnementaux, a adopté une réglementation dont nous subissons maintenant les effets pervers.

D'une part, en rendant pratiquement impossible l'extraction de charbon ou d'uranium, ainsi que la construction de centrales électriques au charbon et de réacteurs nucléaires, les États-Unis ont fait du pétrole leur principale source d'énergie.

D'autre part, toujours pour des raisons environnementales, Washington a prohibé l'exploitation de la quasi-totalité des réserves faciles d'accès. Entre autres, on a interdit les forages dans l'Artic National Wildlife Refuge (ANWR) et au large des côtes de la Floride, du Pacifique et de l'Atlantique. La réglementation environnementale a donc incité les compagnies pétrolières à exploiter les zones profondes du golfe du Mexique, alors que les risques y sont plus importants et la capacité à réagir en cas d'accident, plus faible. En réalité, si la fuite ne se situait pas à 1500 mètres de profondeur, il aurait été infiniment plus facile de la contrôler et le désastre environnemental auquel nous assistons, impuissants, n'aurait pas eu lieu!

Si la réglementation environnementale est responsable du forage en haute mer, il reste que BP est l'auteur de la catastrophe, qu'elle n'avait pas de plan de contingence, et qu'elle doit incontestablement assumer la responsabilité des dégâts.

À cet égard, il est légitime que le président Obama exige que BP acquitte la facture.

Reproches injustifiés

En revanche, quelles que soient les erreurs commises par BP avant l'accident, les reproches et les menaces que Washington lui adresse relativement à ses efforts pour colmater la fuite sont injustifiés.

Est-il nécessaire de préciser que BP ne profite aucunement de la marée noire et qu'elle a tout intérêt à ce que le déversement cesse le plus rapidement possible? N'est-il pas évident que la perte de milliards en répandant quotidiennement 25 000 à 80 000 barils du précieux liquide dans le golfe ne fait certainement pas partie du modèle d'affaires de la pétrolière? En un mois, l'accident lui a déjà coûté près d'un milliard de dollars, auquel il faut ajouter 500 millions que la compagnie s'engage à verser pour étudier l'impact de la catastrophe, ainsi que la chute de capitalisation boursière de l'ordre de 50 milliards. Il faut aussi tenir compte des coûts de nettoyage qui pourraient atteindre 16 milliards et du fait que BP s'expose à des poursuites de centaines de milliards.

Les discours grandiloquents du président Obama, tout comme la pression qu'il exerce fièrement sur BP, sont stériles. C'est comme être immobilisé derrière un véhicule en panne et klaxonner frénétiquement dans l'espoir de le faire avancer. En revanche, ils ont le mérite de faire oublier l'échec des plans de relance, le chômage élevé et la morosité de l'économie. La marée noire aura donc fait au moins un gagnant!

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Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l'Institut économique de Montréal. Cette chronique est tirée du site de l'IEDM. Elle a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.