Le gouvernement, sans doute par application du principe de précaution politique, a décidé de limiter la taxe carbone à 17 € la tonne de CO2 pour son introduction, au risque de mécontenter les amis de M. Hulot. Ce chiffre est arbitraire et la référence faite au prix des quotas de CO2 ne répond à aucune logique économique. Son montant, même s'il l'inscrit dans la perspective des 100 € la tonne en 2030 généralement retenue, n'est pas de nature à modifier directement la consommation des Français. Après tout, ils supportent déjà une fiscalité sur l'essence équivalente à 260 € la tonne. Une variation de 10 $ le prix du baril correspond approximativement à une taxation de 20 € la tonne de CO2.

Consommation contrainte

En réalité la consommation d'essence, de gaz ou de fuel est une consommation très largement contrainte.

En revanche, le prix du carburant modifie le comportement des automobilistes lors de l'achat d'un véhicule. Les Français n'ont pas besoin du signal supplémentaire de la taxe carbone pour faire le choix du véhicule le plus économe si la possibilité leur en est offerte.

En revanche, s'il serait absurde de taxer notre électricité d'origine essentiellement nucléaire, il est tout aussi absurde de voir les gouvernements refuser que le prix du recours aux centrales thermiques polluantes en période de pointe soit répercuté dans les tarifs comme la logique économique l'exigerait.

La taxe carbone apparaît d'autant plus inutile que, si la production de pétrole doit culminer aux alentours de 2020 pour décliner ensuite, le signal prix du marché se substitue largement à cette taxe.

On rappellera qu'en 2001 le très sérieux rapport Boiteux avait proposé une taxation de 27 € la tonne de CO2 sur la base d'un pétrole à 24 $ le baril. La seule augmentation naturelle du pétrole aura prélevé l'équivalent d'une taxe carbone quatre fois supérieure. Si la hausse des prix doit sauver la planète, alors il faut considérer les cartels de producteurs, les spéculateurs ou les compagnies pétrolières qui ne répercutent pas les baisses comme des bienfaiteurs de l'humanité.

La taxe carbone suédoise souvent donnée en exemple ne prouve rien. L'essence n'est pas plus chère qu'en France, le parc automobile est loin d'être plus performant.

Un sentiment d'inutilité accru

Une taxe carbone affectée à des actions efficaces d'économie d'énergie thermique pourrait avoir sa logique. La restitution de son produit aux Français et plus particulièrement aux socialement méritants et aux politiquement menaçants selon des critères forcément imparfaits et des procédures discutables accroît le sentiment d'inutilité.

L'idée qu'il serait possible de lutter contre le réchauffement climatique par une simple manipulation des prix globalement indolore est séduisante mais chimérique.

À l'échelle de la planète, la taxe carbone ne risque guère d'être plus efficace. En effet, les perspectives les plus menaçantes de rejet de CO2 dans l'atmosphère sont liées au développement des pays pauvres. Il est profondément irréaliste de penser leur imposer des mesures de restriction énergétique inspirées de la taxe carbone. Difficile de contester le droit à l'automobile des plus pauvres quand nous tremblons à l'idée de pénaliser, même légèrement, l'automobiliste de province qui utilise sa voiture pour aller au travail. Difficile pour les pays développés de refuser à d'autres le droit au développement quand ils portent à ce jour l'essentiel de la responsabilité du stock initial de CO2 d'origine humaine présent dans l'atmosphère. À 100 € la tonne, leur dette vis-à-vis de la planète est déjà de plus de 100 000 milliards d'euros.

Derrière toute cette agitation fiscale, la réalité, c'est que la lutte contre le réchauffement climatique à l'échelle de la planète repose sur l'arrivée de nouvelles technologies et leur vitesse de diffusion, qui dépend elle-même de la prospérité de tous les pays de la planète.

Cet article a été initialement publié dans la page "débats" de l'édition du Figaro datée vendredi 18 septembre 2009; sous le titre : La taxe carbone : injuste et inefficace".