Retraites : la prochaine réforme est bien partie
Par Alain Madelin le samedi 8 janvier 2011, 22:04 - Article - Lien permanent
L’objectif est atteint, la réforme est votée et promulguée.
Mais loin du tumulte de la bataille, un nouveau rendez-vous a été discrètement fixé : un amendement du Sénat prévoit pour 2013 une « réflexion nationale » sur « les conditions de mise en place d'un régime universel par points ou en comptes notionnels ».
Ce rendez-vous s’annonce plus apaisé. Car paradoxalement, derrière l’opposition frontale des syndicats et de la gauche, des avancées ont eu lieu, des propositions intéressantes ont vu le jour.
Parmi elles, l'une revient comme un refrain : la volonté d'instaurer, précisément, un régime par points
Cette réforme était cependant nécessaire. Même si elle n’était inscrite au programme du Président de la République, dans une Europe criblée de dettes, un geste fort s'imposait pour montrer la détermination de la France à réduire ses déficits sociaux. La solution retenue pour faire face à cette urgence, à savoir le relèvement de l’âge de la retraite, est en ligne avec les réformes engagées par beaucoup d’autres pays européens. Reste qu’elle n’est pas sans problèmes.
Tout d'abord, la réforme pose la question de l’équité. Des différences entre travailleurs demeurent selon leur régime. A carrière identique, un salarié du privé bénéficie d'une pension plus faible qu'un fonctionnaire. Les décotes pour années manquantes restent importantes. Elles pénalisent les carrières courtes et les femmes. Ceux qui ont une carrière longue cotisent plusieurs trimestres sans bénéfice. On est loin du principe « à cotisations égales, retraites égales ».
Deuxièmement, l'équilibre financier n'est pas durablement assuré. Le déficit des caisses d'assurance-vieillesse avoisinera 25 milliards en 2030. On se heurte là aux limites de l'actuel système, qui distribue de faux droits en promettant des pensions sans savoir s'il disposera des ressources pour les financer. Une vérité crue, illustrée par un dessin qui a fait le tour du monde : Madoff interrogé sur l'origine de son escroquerie, répond piteusement « Je me suis inspiré du régime de retraites des Français ».
Le moment de vérité a longtemps été repoussé. Grâce à l’inflation d’abord qui permettait de payer ces faux droits en fausse monnaie. Par l’augmentation des cotisations ensuite. Par la fuite en avant dans l’endettement des générations futures enfin. Cette dernière voie est aujourd’hui bouchée. Les faux droits à la retraite ne peuvent qu’être dévalués. C’est le sens du recul de l’âge de la retraite. Mais à la liquidation des engagements intenables par des épreuves successives (1995, 2003,2010), mieux vaudrait substituer un système de vrais droits, celui de la retraite par points.
Longtemps promue à droite et au centre, un tel régime par points trouve aujourd'hui des partisans à gauche. Depuis le début, la CFDT prône une retraite par points calquée sur le modèle suédois, tout comme Jacques Attali, Thomas Piketty ou Terra Nova. Le PS lui-même propose un système qui s'y apparente : fondé sur un « compte temps » qui permettrait une « retraite choisie ». Qu’importe alors l’âge officiel de la retraite dès lors que, comme doivent en convenir les socialistes, celle-ci se devra d’être minorée par rapport à la retraite à 62 ans. Il y a une certaine satisfaction pour l’auteur de ces lignes, qui a promu un tel projet en 2004 dans un livre co-signé avec l’économiste Jacques Bichot – « Quand les autruches prendront leurs retraites » –, à relever un tel consensus.
On peut déjà dessiner les contours de la prochaine réforme.
Des droits à pension calculés en points : chaque euro cotisé donnerait droit à des points, comme dans les systèmes complémentaires Agirc-Arrco. Les pensions seraient proportionnées au nombre de points accumulés au cours de la vie.
Un équilibre financier assuré : la valeur d'un point serait déterminée en fonction des recettes des caisses. Seul l'argent disponible serait distribué. La valeur du point inciterait à travailler davantage. Un simple calcul économique, plutôt que des querelles politiques, permettrait de fixer la valeur du point. Pour bénéficier d’une pension plus élevée, trois choix seraient possibles : travailler plus longtemps, cotiser davantage ou souscrire une retraite complémentaire.
Une retraite à la carte avec neutralité actuarielle : Fini le même âge de départ pour tous. Chacun pourrait choisir son âge de départ en fonction de sa situation personnelle. Les pensions seraient proportionnelles aux cotisations mettant fin aux décotes pénalisantes et aux injustices.
Les droits acquis respectés : Un système par points permettrait l’intégration progressive de tous les régimes au sein d’un régime universel incluant les régimes spéciaux.
La pluri-activité ne serait plus pénalisée : les points acquis en tant que salarié du privé, puis en tant qu'indépendant ou que fonctionnaire s'additionneraient simplement. Les actifs menant de front plusieurs activités cumuleraient leurs points.
Les avantages familiaux refondés : les mères de famille obtiendraient des points de compensation pour chacun des enfants qu’elles ont élevés. Ainsi serait valorisé l’effort démographique essentiel à un système de retraite par répartition.
Complété par l'impôt pour la solidarité nationale : Un régime de vrais droits ferait assurément apparaître des problèmes de pensions minimums ou de catégories marginalisées pour lesquelles il est légitime de faire appel à la solidarité nationale et donc à l’impôt. La différence politique autour d’un système par points se cristalliserait sans doute sur la part réservée à cette solidarité nationale et sur le type d’impôt mobilisé, mais au moins cela se ferait sur des bases claires.
Vivement donc la prochaine réforme ! Le Chef de l’Etat et le Sénat gagneraient, dans leur sagesse, à engager dès maintenant une réflexion indépendante pour préparer le rendez-vous de 2013.

La version originale de ce texte a été publiée dans La Tribune en date du 29 novembre 2010.
Commentaires
"Un équilibre financier assuré : la valeur d'un point serait déterminée en fonction des recettes des caisses. Seul l'argent disponible serait distribué.(...) Un simple calcul économique, plutôt que des querelles politiques, permettrait de fixer la valeur du point."
Cela reste malheureusement parfaitement utopique, sinon faux. L'équilibre financier de tout système collectif, dans nos "pays de vieux", impose d'augmenter la charge qui pèse sur les actifs ou de contraindre l'ensemble des pensions versées aux performances économiques de la nation, quel que soit le nombre de retraités.
Notons au passage que l'adhésion (supposée ?) de Thomas Piketty à ce système par points démontre sans ambiguïté qu'il s'agit d'une mauvaise solution. Sans parler d'Attali... quelle référence !
Un système par points, même d'origine suédoise garantie, produira tout aussi sûrement des faux droits que le système actuel. La seule solution économiquement viable est d'instaurer un régime de retraite privé, reposant sur des comptes d’épargne retraite individuels.
Pour alimenter le débat, je ne saurais trop vous appeler à lire http://blog.georgeslane.fr/category...
dont la conclusion est :
"Bref, la répartition, qu’elle soit par points ou par autre chose, est une réglementation qui, dans le meilleur des cas, tend à faire vivre le travailleur au jour le jour - dans le pire, elle a tendu à détruire le temps -.
Il reste qu'elle détruit l’épargne et fait cheminer l’économie sur la voie de l’artifice et de l’arbitraire, une voie sans issue.
La seule voie à issue est celle de la capitalisation qui tend à prendre en considération le temps, à gérer l'avenir et apporte croissance et développement."
Il faut préciser que la Suède à un système par points et une dose de capitalisation égal (si je me souviens bien) à 2,5% de la masse salariale.
Un très grand "Bravo" à Alain Madelin pour avoir le premier, dès 2003, popularisé cette proposition. Maintenant, il faudra voir si les intentions débouchent complètement.
A ceux qui geignent parce que "oh mais c'est pas une capitalisation gna gna gna":
1 - Un régime par point "à cotisations définies" est structurellement équilibré - seul la valeur du point ne peut en aucun cas être garantie, le retraité devient solidaire de l'état général de l'économie. Donc même si ce n'est pas ce dont vous rêvez, c'est un progrès immense par rapport à la situation actuelle.
1 bis- ce serait l'occasion de mettre en place un régime UNIQUE: le même calcul de l'ouvrier au président de la république en passant par le fonctionnaire. Plus de privilèges, de passe-droits.
2 - Gérer le risque politique de l'épargne retraite sur 50 ans est difficile: quatre pays européens viennent d'annoncer, sous des formes diverses, le vol de l'épargne retraite de leurs citoyens pour financer leur état providence.
3 - Pas de capitalisation sans un système monétaire sérieux. Les risques de retour d'une inflation monétaire explosive (monétisation, monétisation, et monétisation) sont trop importants avec le système actuel.
3bis - un régime par capitalisation "à prestations définies" peut faire faillite aussi. Voir le marasme des FDP publics aux USA.
4 - Un régime "répartition à cotisations définies" serait un gros progrès par rapport au système actuel, éloignerait le spectre de la faillite, et surtout permettrait d'enclencher une réflexion saine pour une transition vers plus de capitalisation (voire la capitalisation intégraale) sans être pressé par le temps.
Allez, un peu de lecture:
http://www.objectifliberte.fr/2010/...
http://www.objectifliberte.fr/2010/...
http://www.objectifliberte.fr/2010/...
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Vincent, vous avez raison. C'est sans doute un grand mieux. Sauf... sauf que le système des points n'empèche en rien les pouvoirs publics de gaspiller l'argent collecté pour les retraites, et de mener une politique qui in fine conduit à la réduction progressive, au fil des années, du montant réel des pensions qui seront effectivement versées. Et c'est là, comme ne cesse de le clamer Georges, le hic, le gros hic. L'équilibre financier sera assuré. Tous les retraités seront servis au prorata de leurs droits en points. Mais si le montant réel des retraites versées diminue au fil des ans, parce que l'argent collecté n'est pas capitalisé et ne rapporte rien, et qu'une grande partie est gaspillée en frais bureaucratiques indus pour générer des biens politiques, quel est finalement l'avantage ? Tout le monde sera floué de la même manière... Ce sera sans doute un gros progrès dans l'égalité ! Mais nous ne serons pas sortis d'un système où le montant de nos retraites reste gouverné par le jeu des marchés et des intérêts politiques.
Reste à espérer que ce soit comme une sorte de système intermédiaire, un sas qui permettrait d'éduquer les gens et assurerait ainsi une sorte de transition progressive vers de réels mécanismes de capitalisation. Je n'y crois pas trop. C'est la même idée que Madelin applique dans le domaine de la santé. Mais on peut aussi bien démontrer que les institutions partiellement de marché qu'il préconise peuvent dans ce cas jouer aussi bien en faveur d'une réétatisation et bureaucratisation complète du système de santé, que comme un sas vers l'élargissement des logiques de concurrence.
Le système par points est certainement un grand progrès puisqu'on distribue réellement ce qui est collecté (donc fini les déficits) et qu'on tient compte de l'effort de cotisation de chacun.
Mais il n'en demeure pas moins que de telles retraites seront toujours très modestes dans une population vieillissante où peu d'actifs financent un système comprenant beaucoup de retraités.
Il est donc tout aussi urgent à mon avis de favoriser la mise en place d'un deuxième socle de retraite, un système de capitalisation individuel géré par le privé. La montée en puissance de ce système permettant à terme de sortir de la répartition. Je ne comprends pas pourquoi l'Etat et les "partenaires sociaux" (puisque curieusement c'est eux qui discutent des retraites) sont sourds à la capitalisation.