Taxer le capital comme le travail : idées fausses et fausse symétrie
Par Alain Madelin le samedi 6 octobre 2012, 15:37 - Article - Lien permanent
A propos de l'une des dispositions les plus contestées du projet de budget 2013, Alain Madelin revient sur quelques vérités essentielles.
Au-delà de la réaction des pigeons, qui illustre quelques cas particuliers, le problème de fond est celui d’avoir transformé un slogan politique simpliste en mesure gouvernementale : «les revenus du capital devraient être taxés comme les revenus du travail».
Partagé par la droite et par la gauche, ce slogan réalise une fausse symétrie : les revenus du capital ne sont pas du tout de même nature que ceux du travail. Cette erreur d’analyse entraîne aujourd’hui un cataclysme fiscal . Je rappelle que le capital c’est de l’épargne, et l’épargne c’est du travail accumulé qui a déjà payé l’impôt sur le revenu.
Ensuite, quand vous investissez cette épargne dans des entreprises, dans des activités rentables, elle créé à la fois des richesses, des emplois et des recettes fiscales. Enfin en bout de course, elle paie l’impôt sur les sociétés. Et c’est précisément parce qu’on considère que le capital est plus imposé que le travail, en raison de cette multiplication des impôts,et au regard de la personne qui, au lieu d’avoir épargné, aurait consommé la même somme, que l’on a créé des régimes destinés à atténuer cette sur-taxation fiscale ; notamment le "Prélèvement libératoire forfaitaire".
C’est la raison pour laquelle ce régime fiscal particulier du capital a existé quels que soient les gouvernements, et que cette distinction existe quasiment dans tous les pays. Si quelques pays ont une fiscalité similaire pour le capital et le travail, c’est parce qu’ils ont diminué l’imposition du travail pour la ramener au plus faible niveau de l’imposition du capital, comme les pays de «flat-tax» où vous avez la même imposition de 13, de 14 ou de 20% pour tous.
Néanmoins si le capital n’est pas identique au travail, capital et travail sont dans un même bateau. Il ne faut jamais oublier qu’il faut un haut niveau de capital pour faire un haut niveau des salaires.
Mon coiffeur à Dakar est peut-être meilleur que mon coiffeur à Paris, il a, à peu près, la même productivité, et pourtant il doit gagner dix fois moins. Qu’est-ce qui fait la différence ? C’est que mon coiffeur français est dans un univers hautement capitalistique : même les emplois les moins qualifiés, ou les gens les moins productifs bénéficient du niveau de capital d’un pays. Lorsque l’on parle de relocalisation ou de compétitivité, ceci nécessite des investissements gigantesques, notamment dans des machines, des robots ou des innovations. Décourager le capital, c’est une politique qui, à terme, se révèlera profondément anti-sociale, car elle bridera, limitera, voire entraînera une diminution des salaires.
C’est la raison pour laquelle présenter cette mesure au nom de la justice sociale est une erreur. La justice sociale, c’est un compromis, certes d’une part entre des inégalités supportables au regard de l’opinion, mais d’autre part avec des critères d’efficacité économique au regard de la croissance. N’oublions pas que la croissance est le meilleur moteur du progrès social et de la création d’emploi.
Aujourd’hui devant les réactions, le gouvernement entend corriger le tir. Et sans doute corrigera-t-il les erreurs les plus visibles, comme la situation des start-up innovantes. Mais le mal est fait. C’est le concept même de la taxation identique du capital et du travail qu’il faudrait remettre en cause. Ce sera d’autant plus difficile que la droite, hier au pouvoir, défendait la même idée. Sans que personne ne réagisse.
La grande erreur de cette mesure, selon moi, c’est de présenter cette pseudo "égalité fiscale" comme juste et normale. Or, elle n’est ni juste, ni normale. On ne peut s’isoler fiscalement de l’Europe et du monde sans entraîner une forte perte de compétitivité fiscale aux effets absolument dévastateurs.
Un président normal devrait nous proposer une fiscalité normale, dans la moyenne européenne voire la moyenne haute, compte tenu de notre niveau de dépenses publiques. Et ajouter le cas échéant des taxes de solidarité transitoires à la manière de l’Allemagne pour payer sa réunification. A persévérer dans cette voie, une chose est sûre, jamais Monsieur Hollande ne sera le Président de la croissance.
Alain Madelin
Commentaires
Pardonnez-moi, Alain, mais votre raisonnement ne vaut pas tripette, car il repose sur une confusion entre la taxation du CAPITAL, cette aberration française, et la taxation des REVENUS du capital. Votre raisonnement s'applique à merveille à la taxation du capital. Mais il n'a rien à dire sur la taxation des revenus du capital. En vertu de quoi les REVENUS du capital devraient-ils se trouver moins taxés que les revenus du travail ? Parce que le travail - par exemple, celui des entrepreneurs - contribue moins à l'économie que le capital ? Allons donc... Le vrai enjeu est de réduire drastiquement la taxation des revenus du travail dans le même temps que l'on augmente celle des revenus du capital.
@Drieu
"Le vrai enjeu est de réduire drastiquement la taxation des revenus du travail dans le même temps que l'on augmente celle des revenus du capital."
Je serais plutôt d'accord avec ceci :
Le vrai enjeu est de réduire drastiquement la taxation des revenus du travail autant que celle des revenus du capital.
Plutot d'accord avec Drieu. Le salaire n'est il pas le revenu du capital humain ? Pourquoi taxer plus le revenu de ce capital que le revenu d'un autre type de capital. Cela dit la convergeance doit avoir lieu vers le bas et c'est au revenu du travail de baisser plus vite que le revenu du capital. Cela ne change pas le fait que la progressivite de l impot est une aberration car il empeche le capital (humain ou non) de se former.
@Drieu
"En vertu de quoi les REVENUS du capital devraient-ils se trouver moins taxés que les revenus du travail ?"
Peut-être parce que le capital a déjà été taxé une fois, préalablement! Qu'est-ce que le capital : des revenus du travail non dépensés (épargne) et qui ont déjà été taxés! Certes, on peut dire : alors taxons moins les revenus du travail et plus ceux du capital. Mon problème avec çà, c'est que, ce faisant, vous tuez l'épargne et donc l'investissement futur. Et donc la croissance future. De toute façon, il n'y a pas selon moi de bon impôt et ce quelle que soit la base imposable.
@Lio le capital a déjà été taxé, mais certainement pas ses REVENUS ?
Dans les revenus du capital,au moins la moitié correspond à l'inflation.Ce n'est pas un gain mais seulement un réajustement de la valeur de la monnaie.donc taxer à égalité les revenus de l'épargne et du travail correspond en fait à taxer 2 fois plus l'épargne.
@vozuti Ah, oui ? Si je place en actions ou devises et que je fais 15% en deux mois, contre 3% d'inflation sur un an, il est où, le rapport de moitié ? Si je revends les parts de mon entreprise avec une plus-value de 3000%, il est où, le rapport avec l'inflation ?
De plus ce que dit Vozuti est vrai aussi pour les revenus du travail. Dailleurs l'inflation n'est rien d'autre qu'une taxe qui impact tous les revenus.
drieu,si on pouvait gagner en moyenne 15% par mois par l'épargne,tout le monde le ferait et personne ne travaillerait.avec votre raisonnement, jouer au loto rapporte encore plus.si l'on place son argent à 4% maximum avec une inflation minimum de 2%,le revenu réel est divisé au moins par 2. avec l'épargne on perds donc 50% du fait de l'inflation,tandis que sur un salaire on perds 0,2% à la fin du mois.
@ vozuti : les revenus du capital, ce n'est pas que l'épargne. Les nombreux entrepreneurs français qui vont s'établir en Belgique n'en ont rien à fiche de l'épargne, sinon d'"épargner" les 3000% de plus-value sur les actions de la boite qu'ils ont créée. Le rapport que vous faite entre l'inflation et les revenus du capital ne vaut que pour les malheureux épargnants qui font aujourd'hui du 4%. Mais cela n'a rien d'un rapport universel. Et JLER a tout à fait raison de souligner que l'inflation est une taxe qui impacte de toute façon tous les revenus, y compris ceux du travail.
drieu,l'inflation impacte les revenus du travail si on ne les dépense pas tout de suite, c'est à dire si l'on épargne.et ce sont les épargnants qui sont la cible de ce nouvel impot.ceux qui gagnent gros en bourse ne sont pas visés puisqu'ils ont les moyens de se domicilier à l'étranger.
@ Drieu
"le capital a déjà été taxé, mais certainement pas ses REVENUS ?"
C'est çà, taxer le capital et vous n'aurez plus d'épargne pour financer les investissements, seuls générateurs de croissance.
http://www.contrepoints.org/2012/10...
ERRATUM :
C'est çà, taxez le capital (ou ses revenus) et vous n'aurez plus d'épargne pour financer les investissements, seuls générateurs de croissance.
http://www.contrepoints.org/2012/10...
@ Lio, je ne crois pas que vous ayez compris la remarque. La question n'est pas de savoir s’il faut taxer le capital ou son revenu et je suis d’accord pour dire que l'un comme l'autre décourage l'épargne. La question est de savoir s’il est normal qu’il y ait une différence de taxation entre les revenus du capital et celui du travail et sur quelle base. Le seul argument qui a été donné est de dire que celui-ci est déjà taxé, ce qui a été réfuté par Drieu à juste titre à mon avis. Maintenant imaginer le cas suivant : J’hérite de 100 000Eur. J'ai 2 choix.
- Soit j'investi dans un appartement pour gagner les loyers
- Soit je fais une formation (un MBA ou je ne sais quoi) pour le même prix pour exercer une position plus importante et donc augmenter mon salaire.
Trouvez vous logique que je sois plus taxé sur mon augmentation de salaire (provenant de nouvelles compétences que j’ai pu acquérir dans le cadre d'une formation) que sur mon investissement immobilier ?
Trouver cet écart injustifiable, ne signifie pas que nous ne trouvions pas les niveaux d'impositions trop élevés.
Je pense que vous avez raison sur l’épargne et sur la formation du capital mais vous avez une vision trop restrictive de ce qu’est le capital. Il est aussi un ensemble de savoir faire, competences dont la rémunération n’est rien d’autre que la rémunération du travail. La simplification juridico-fiscal travail/capital est juste une aberration économique qui donne lieu a une aberration fiscale.
JLER,vous avez bien esquivé le problème de l'inflation avec votre exemple sur les loyers.en espérant que votre locataire vous paiera et ne détériorera pas trop votre appartement! et si vous placez vos 100000 £ en assurance vie comme la plupart des français,vous trouvez normal de payer sur 4% alors qu'il vous reste seulement 1,5 % après inflation?
JLER,les revenus sous forme de loyers sont taxés dans l'impot sur le revenu comme des salaires,votre exemple est donc hors sujet.pour les taxes sur le capital, essayez de comprendre l'explication que je vous ai donnée sur l'inflation,au lieu de chercher à contredire obstinément en cherchant des faux exemples.
Vozuti, ne soyez pas si obtus, et si vous avez raison sur le fait que mon exemple n'est peut être pas adapté, et bien remplacez simplement l'investissement dans l'immobilier par un investissement dans un produit financier (assurance vie ou je ne sais quoi) ca ne change rien.
Maintenant votre point sur l'inflation :
Première question : Seriez vous donc d’accord pour aligner la taxation du revenu du capital et du travail si il n’y avait pas d’inflation ?
Ensuite : L’inflation est belle est bien un impôt, mais un impôt sur le capital et n’ont pas le revenu du capital. Donc si vous avez 2% d’inflation, c’est comme si vous aviez un ISF de 2% (sans prendre en compte les effets de seuil). Maintenant la question est de savoir ce qui forme ce capital. Et bien certes les revenus du capital, mais aussi les revenus du travail.
JLER,si l'inflation n'existait pas les taxes sur les revenus du capital seraient probablement déja alignées sur celles des salaires puisque ce serait logique. pour le reste,lorsque vous pretez votre argent,vous demandez au minimum un taux de revenu au moins égal à l'inflation;sinon vous perdez de l'argent.donc mettre des taxes sur le taux d'inflation est aussi absurde que de taxer un travailleur bénévole qui ne touche aucun salaire. alors,vous esquivez le problème en appelant cela un impot sur le capital.mais vous ne faites que déplacer l'absurdité,puisque cela revient à faire payer un impot sur la fortune à tout le monde,y comprit au smicard qui dispose seulement d'un livret A. on n'est plus très loin du moment ou l'état français confisquera la totalité des biens privés,en utilisant des arguments comme les votres pour dire que c'est normal.