Drogues : pour une distribution réglementée
Par Alain Madelin le mercredi 29 juin 2011, 18:52 - Article - Lien permanent
Il n’y a pas, d’un côté ,de prétendus rêveurs laxistes partisans de la libéralisation de la drogue et, de l’autre, des sécuritaires responsables, mais le constat, de plus en plus partagé, de l’échec des politiques répressives.
La prohibition fait de la drogue une considérable source de profits, tant pour des mafias internationales (qui en arrivent à menacer les états eux-mêmes) que pour de tentaculaires réseaux domestiques de distribution de drogues (avec leurs guerres de gangs ou la main mise sur des cités entières…). Avec aussi la tragique criminalité de tous ceux qui sont conduits à voler ou à se prostituer pour payer leur dose.
Voilà pourquoi je souhaite depuis longtemps, non pas une dépénalisation de l’usage du cannabis (solution bâtarde qui maintient le trafic), ou sa commercialisation contrôlée par l’Etat (au risque d'un report du trafic vers d’autres drogues plus dangereuses), mais la distribution réglementée de l’ensemble des drogues selon des modalités différentes (plus ou moins accompagnée médicalement).
Faute de réussir à arrêter tous les trafiquants, il s’agit de les éliminer en asséchant leurs profits. Il s’agit surtout d’éradiquer les réseaux de distribution qui viennent dans les boîtes de nuit, ou à la sortie des établissements scolaires faire le prosélytisme de l’usage de drogues de plus en plus dangereuses et addictives. Il s’agit encore de contrôler la qualité des drogues en circulation, de veiller à l’interdiction pour les mineurs, et pour la conduite automobile, à l’instar de l’alcool, de développer une intense action de prévention.
Ceci appelle bien entendu beaucoup de questions. Sur les risques de levée du rôle de l’interdit , ou la nécessité d’une coordination internationale dans le cadre de traités complexes, afin de ne pas servir de base d’approvisionnement aux petits trafiquants du monde entier. Mais le débat est légitime.
Il est cependant trop sérieux pour en faire un enjeu électoral
Commentaires
Libéraliser la commercialisation de drogues, fussent-elles "douces", et soumises au contrôle de l’Etat, serait-elle si judicieuse que cela ?
Car enfin, si l’on a souhaité libéraliser le commerce, les banques ou l’éducation, ce n’est pas sans raison : c’était parce que l’intervention de l’Etat semblait inutile, et méconnaissant les règles les plus élémentaires du droit. En va-t-il autant pour la drogue ?
Toute notre société s’est constituée autour du double postulat selon lequel il est des biens « dans le marché », dont la vente doit être totalement libre (sans aucune immixtion de l’Etat), et des biens « hors marché » dont la vente doit, elle, être totalement interdite (l’Etat étant ici dans son rôle en interdisant leur vente). Ainsi, la société s’organise-t-elle autour de deux grands principes : l’économie de marché libre, d’une part, et un certain nombre de sujets autour desquels tout commerce doit être prohibé, d'autre part. Tel est le cas du corps humain : aucune société humaine civilisée n’admet qu’un homme puisse être dépecé et vendu en pièces détachées, car même si l’on prétendait invoquer « la liberté de choix » ou « la liberté de vendre ses organes », on pourrait répondre par l’intégrité du corps humain, valeur plus fondamentale que la consommation. cette dernière n’est en effet valable que pour deux types de biens : ceux qui sont objectivement utiles (nourriture, eau potable, logement, médicaments…) et ceux qui, en dépit d’une utilité purement subjective, participent de l’essor de la société, et dont ni la production, ni la consommation ne méconnaissent aucun droit, ni ne font de tort à personne (luxe, art, œuvres de l’esprit, informatique…). Or, qu’en est-il de la drogue ? Peut-on seulement supposer qu’elle soit un produit comme les autres ?
Argument éthique : elle ôte aux hommes leur libre-arbitre.
Argument utilitariste : elle coûte plus cher à la société qu’elle ne rapporte aux "producteurs" (ne serait-ce qu’en couts de santé, les drogués étant pris en charge par le contribuable, via nos généreux régimes de santé publique…).
Argument social : elle génère des effets pervers imprévisibles. Il ne faut en effet pas oublier que, contrairement à d’autres biens, qui risquent simplement de vous ruiner vous, si vous en consommez trop, la drogue ne met pas seulement la vie de son consommateur en danger, mais également celle des tiers (enfants obligés de se prostituer pour payer la drogue des parents, victimes d’un accident de la route causé par un chauffard camé…).
Comme en toute chose, ce sont aux adversaires de notre civilisation de démontrer qu’ils ont raison. Or, qui peut légitimement soutenir la drogue, en justifiant de son utilité ou de sa conformité avec les principes du droit ? Personne.
Dépénaliser la consommation de la drogue serait un très mauvais signal donné à tous ceux qui méconnaissent, délibérément, les valeurs de notre société, en leur démontrant qu’ils peuvent bafouer la loi.
Car, en ce qui concerne l’argument selon lequel la répression aurait échoué, il est possible de douter de ce que les hautes sphères laissent la police réellement appliquer la loi. Ne pas décourager le développement de la drogue en banlieue, c’est indirectement donner du travail à tous ceux qui n’en n’ont pas, en raison de la médiocrité du système d’enseignement francais et d’une fiscalité entravant toute création d’emploi. Plutôt que de réformer l’école, l’université, le code du travail… plutôt que d’investir dans des missions régaliennes utiles (police…) l’Etat préfère financer des jeux olympiques ou des expositions d’art contemporain, multiplier les réglementations pour justifier le recrutement de fonctionnaires… Et je ne parle pas des pays corrompus qui préfèrent voir le peuple cultiver le pavot, ou mâcher du qat... plutôt qu'innover, et suivre des études pour s'élever de leur condition.
Quant aux clients, qui sont-ils ? Souvent des « fils à papa », hauts placés. Que peut faire un agent de police face à un fils de diplomate, qui fait de la promotion pour la drogue dans son lycée ?
Enfin qui, dans les faits, se drogue ? Ceux qui travaillent ? Ils n’en ont pas le temps : ils travaillent, justement. Les pauvres, je veux dire ceux qui ont des difficultés financières ? Eux non plus n’en ont pas le temps : ils travaillent et gagnent à peine de quoi payer leur loyer. Ils ont donc d’autres problèmes. En fait, les drogués sont, pour paraphraser Alain Peyrefitte, « des paumés », entendons : les rejetons débiles (riches ou pauvres d’ailleurs) de trente ans de socialisme, c’est-à-dire des gens que l’on a éduqué dans le relativisme culturel et la haine des valeurs bourgeoises (famille, travail, esprit d’initiative…) et qui, faute de modèle, perdent toute volonté, n’ont aucune créativité et préféreront toujours se shooter en imputant leurs problèmes aux autres plutôt qu’affronter en face l’affligeante médiocrité de leur propre existence.
Victor de Broglie disait : « n’est libre que qui veut l’être, pour tout de bon, que qui consent à payer la liberté en labeurs, en soucis, en risques, en privations, et à ne goûter le fruit de l’arbre qu’après l’avoir planté de ses mains et arrosé de ses sueurs. » Si l’on adopte cette vision de la liberté, on voit mal ce qui peut justifier l’assimilation de la drogue avec d’autres biens ou services et, partant, la nécessité d’en libéraliser la vente.
Tout à fait d'accord avec les arguments développés avec fougue par Philippe JAUNET. Quant aux arguments de Alain Madelin, ils sentent la démission à plein nez, la faiblesse morale de ceux qu'on qualifie de "nos élites" . Et cette tribune d'Alain Madelin sur la dépénalisation de la drogue est écrite au moment même ou une expérience grandeur nature arrive à son terme en Hollande : et c'est un échec lamentable , de l'avis même de ses promoteurs. La classe politique française, totalement inféodée aux idéaux de la gauche caviar, est décidément bien nulle et sans énergie. Et le libéralisme ne doit pas servir de couverture à l'impuissance politique
Désolé monsieur Madelin je ne partage pas votre opinion.Libéral ne veut pas dire laxisme;
ce qui est en jeu ce n'est pas la liberté de chacun d'abuser de son corps (surtout quand on fait payer les conséquences à la société) ;ce qui est en jeu c'est la santé physique et mentale des Français.
En libérant la consommation dans certains pays on a augmenté la consommation .La conduite auto sous emprise de cannabis multiplie les probabilités d'accidents par 2,5 et en cas 'un mix alcool
+ cannabis par 6,5
les spécialistes admettent que l'autre risque est le déclenchement brutal de paranoïa et Schizophrénie chez les sujets prédisposés ;sans compter les cancers du poumon et la baisse de fertilité chez les hommes par atteinte des spermatozoïdes; et pour finir , pour bon nombre, passage à de s drogues dites dures
la proposition de l'ex ministre de l'intérieur est une défaite nous ne pouvons gagner donc nous devons libérer.A ce compte la défaite pour les autres drogues est également prévisible sauf à considérer que les trafiquants ne chercheront pas à compenser leurs raisons d'existence.
Finalement ,dans cette société ,le dealer en chef deviendrait l'Etat ajoutant les autres drogues à sa panoplie tabac / alcool
voila des recettes importantes en amont en perspective... mais combien de dépenses de santé et pertes de vie en aval?
A quel titre allons nous dire aux jeunes et moins jeunes il ne faut pas conduire drogués.Quelle cohérence y aurait il dans cette démarche?
la chasse aux dealers coûtera toujours moins chère que la libéralisation.
La seule solution libérale inapplicable serait de considérer que chacun peut acheter ce qu'il veut MAIS dés lors 'il ne dépend plus de la sécu au nom du sacro saint principe liberté rime avec responsabilité personnelle
mai 68 a des limites
@PJ, Berdol, Konebien :
Le cannabis est nettement MOINS dangereux que l'alcool, qui est en vente libre.
De mémoire de flic, on a très rarement, voire jamais, vu un drogué en état d'ivresse canabique provoquer une bagarre, un viol, un inceste, ou que sais-je encore. Alors que des types bourrés qui commettent des attrocités sont monnaie courrante. Et pourtant, l'alcool est en vente libre.
Ajoutons que la "dangerosité" imputée au cannabis dépend très fortement de son dosage. Or, justement, la vente réglementée permet de contrôler les dosages effectivement vendus.
J'adore l'argument "ah, si on fume du cannabis bourré, on est encore plus dangereux au volant". Bon, alors si on légalise le cannabis, faut interdire l'alcool !!
La sociologie du toxico par M. Jaunet est d'un simplisme touchant. Mais les "effets pervers" que vous imputez à la drogue SONT LES EFFETS PERVERS DE LA PROHIBITION. Si des gens se prostituent pour se droguer, c'est parce que la dose coute 50 ou 100 euros, pas 2.
Enfin, une part importante du problème de santé lié à la drogue est liée aux excipients de coupage (détergents, talc...) qui ne sont pas spécialement étudiés pour aller dans le corps humain.... Des excipients médicalement "physio compatibles" rendent moins aigus le problème de santé publique.
La politique de guerre contre la drogue a permis d'alimenter les dictatures les plus dures, notamment dans leur phase d'accession au pouvoir. Les khmers rouges et Vang Pao (du laos) avaient partie liée pour financer la guerre contre les pouvoirs en place. Les talibans se rebecquetent grace aux marges sur l'opium. Le mexique est devenu un champ de bataille.
C'est dans la société de prohibition que les dealers deviennent chef d'état. Hashim Thaci, le nouvel homme fort du Kosovo, est un mafioso patenté, traficant d'a peu près tout ce qui permet de bonnes marges.
Quand au passage des drogues "douces" (terme impropre, mais bon) aux drogues dures, il est grandement facilité par l'unification des circuits de distribution "underground", les fumeurs tombant facilement sur des "dealers multiproduits". Une légalisation prévoyant une séparation des circuits (bureaux de tabac pour le cannabis, dispensaires para hospitaliers pour les produits "blancs") a pour effet immédiat de séparer le problème.
Enfin, j'affirme (sans pouvoir le prouver, mais l'hypothèse se tient) que lorsque la dose vendues par des labos capitalistes, produite en grande série, de qualité constante, vaudra 2 euros le shoot au lieu de 100 euros, et bien IL Y AURA MOINS DE NOUVEAUX ENTRANTS dans la drogue, parce que à ce prix, il n'y aura plus aucun intérêt au deal de rue et à son marketing particulièrement aggressif (ah, les premières doses gratuites...)
je lis : "Comme en toute chose, ce sont aux adversaires de notre civilisation de démontrer qu’ils ont raison. Or, qui peut légitimement soutenir la drogue, en justifiant de son utilité ou de sa conformité avec les principes du droit ? Personne."
Le fait de dépénalise la drogue ne signifie pas qu'on en "soutienne" la consommation. Que je sache, personne ne "soutient l'alcoolisme", ou "le recours frénétique aux prostituées". La "répression morale" des consommations destructives doit être laissée à la libre appréciation de chacun. De même, un employeur doit pouvoir discriminer (à l'embauche, au licenciement) contre une personne dont le comportement est manifestement troublé par ces consommations. Le législateur peut évidemment interdire la conduite sous l'emprise des drogues (il le fait) et se donner les moyens de détecter les abus. Mais de grâce, ne dites pas que ceux qui soutiennent la légalisation sont des "apologues de la drogue". C'est une réductio ad diabolicum du raisonnement légaliste.
Bref, je ne vais pas réécrire toute la littérature sur le sujet en un commentaire de blog, mais je suis à 200% sur la même ligne qu'A. Madelin sur ce sujet.
Quelques liens pour finir
http://cannabis.free.fr/ (bon recueil de textes)
http://www.objectifeco.com/economie... (auto pub)
http://www.danger-sante.org/categor...
on a déjà la peste et le choléra autant y ajouter la mort aux rats...
Puisqu'on ne peut lutter contre le crime organisons le business pour l'Etat,donc autorisons tout le reste... le buraliste sera content ,les impôts aussi.
on aura un peuple de zombis ,excellent pour le Pouvoir en place?Déjà qu'une majorité de français est pour plus de pouvoir d'achat et plus de protection douanière... Pauvre Bastiat
@ Vincent : mis à part que vous et M. Madelin tenez le même langage que Don Emilio Barzini dans un célèbre monument du cinéma, je tiens à répondre sur un point.
Je ne discuterai pas de la différence entre l'alcool et la drogue, Rien que tenir une comparaison entre "prise d'alcool" et "inceste" démontre l'inanité de l'argument. Effectivement, "je bois un verre de rosé avec mon dîner" et "tiens, si j'allais sodomiser mon fils de trois ans" ne sont pas une suite logique. mais "je consomme de la drogue" et "tiens, si je me jetais par la fenêtre j'ai l'impression de voler", oui. Naturellement tout est une question de dosage, disent les partisans des drogues. Mais la différence entre l'alcool et la drogue c'est qu'on ne peut pas doser.
Sinon, INEPTIE : "Le fait de dépénalise la drogue ne signifie pas qu'on en "soutienne" la consommation."
Le problème est : si, justement. Cessez de vous leurrer à ce sujet, le droit est une science normative. Un exemple permet de le comprendre. Dire : "tu ne tueras point" ne signifie pas : "les hommes sont libres, ils peuvent faire ce qu'ils veulent comme c'est joli, mais ce serait bien qu'ils ne se tuent pas les uns les autres, faisons-le leur comprendre sans le leur imposer parce que c'est maaaal" mais au contraire, que la société a fait le choix de condamner l'homicide qui porte atteinte à une valeur fondamentale, la vie, tout en organisant les cas où l'homicide est justifié (légitime défense). Et tant que le droit reste à de tels interdits - relisez Hayek sur le sujet - une société libérale peut se développer, car l'homme sait ce qu'il peut faire, ce qu'il ne peut pas faire. En revanche c'est à partir du moment où les règles de droit appellent des solutions différentes (comme en matière de réglementation économique, bancaire, comptable... où l'on interdit, sans le justifier, des manières de faire ne posant aucun problème, par volonté d'uniformiser) qu'elles sont mauvaises, parce que quand plusieurs solutions sont possibles il n'y a pas de place pour la loi, mais au contraire pour les combinaisons individuelles.
Légaliser la drogue, ce n'est donc pas se battre pour plus de liberté (la liberté de qui ? du banlieusard qui, au lieu de chercher à développer sa propre boite, va cramer les quelques cellules qui lui restent ???) mais bien abrutir certaines classes défavorisées (du reste j'aimerai qu'on me démontre que le coût de la drogue baisserait sur un marché libéralisé, dès lors qu'il s'agit d'un marché "trusté" par les mafias).
Le relativisme socialiste a beau frapper certains libéraux - tout se vaut, il ne faut pas porter de jugement, chacun fait ce qu'il veut .... - ce type de comportement revient à banaliser tout ce qui mettra à mal la société.
Comme l'a parfaitement souligné konebien : "La seule solution libérale inapplicable serait de considérer que chacun peut acheter ce qu'il veut MAIS dés lors 'il ne dépend plus de la sécu au nom du sacro saint principe liberté rime avec responsabilité personnelle". Je ne pense pas que cette solution soit inapplicable, mais tant qu'une réforme n'est pas menée à ce niveau, rien ne sera réglé.
A l'appui de la proposition de A.Madelin:
Les résultats de la dépénalisation de la conso au portugal: très positifs.
http://www.contrepoints.org/2011/07...
principal enseignement: la conso n'augmente pas. au contraire.
Donc, la peur du "peuple de zombis" semble quelque peu exagérée. En fait, le plus probable est que dans une société ou le marketing des dealers est très aggressif car très intéressant, ils arrivent à toucher la quasi totalité de leur public cible. Ce n'est pas parce que demain, la drogue serait légale que vous vous précipiteriez dessus compulsivement !
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@ PJ : Quant à votre comparaison avec Barzini, elle semble dénoter quelque incompréhension fondamentale du problème. La seule chose que redoutent les mafias, c'est une légalisation. Le langage d'AM (et le mien) est absolument HONNI par les mafias. Si vous ne comprenez pas cela...
vous ajoutez: "j'aimerai qu'on me démontre que le coût de la drogue baisserait sur un marché libéralisé, dès lors qu'il s'agit d'un marché trusté par les mafias"
Il se trouve que Christian Michel, intellectuel libertarien bien connu, a dirigé un laboratoire pharmaceutique qui produisait (sous controle draconien) de la drogue légale à usage médical.
Il raconte son expérience sur Libéralia (je ne trouve plus le lien, il faudra que vous cherchiez...): malgré la surveillance et la réglementation dont il faisait l'objet, il arrivait à produire une substance 100 fois moins chère (à peu près) que la drogue mafieuse. Et pour cause: le process de fabrication de la drogue, une fois industrialisé, est le même que celui d'un comprimé d'aspirine, de voltarène ou de viagra, dans le principe.
Ajoutons que, comme matière première, la police lui remettait une partie des "prises" opérées sur les trafficants. Et la boite de C.Michel était toujours perplexe sur l'incroyable mauvaise qualité du produit: impuretés, excipients dangereux que les junkies s'injectaient dans les veines avec le principe actif, etc...
Imaginons que demain, le marché, au lieu d'être livrées à des mafias s'arrogeant un monopole de fait sur un territoire par la violence, soit confié à une dizaines de boites dument aggréées comme celles de C. Michel, boites incapables d'établir un monopole et soumises aux lois anti ententes. Donc dans l'impossibilité d'opérer une captation du "surplus consommateur".
Les mafias sont "wiped out". Elles ne peuvent pas produire des doses de qualité égales à celles des labos légaux à des prix comparables. Le produit des labos légaux, sans être innofensif, est nettement moins dangereux pour l'addict que le produit mafieux.
Et donc le modèle de distribution mafieux à base de dealers individuels obligés d'opérer eux même à forte marge, et de recruter férocement de nouveaux clients, "à la tupperware", est rendu totalement obsolète, puisque le dealer sait que, s'il convainc un nouveau consommateur, une fois les doses gratuites épuisées, celui ci ira acheter le produit légal.
Et d'ailleurs, le dealer, lui même souvent consommateur, n'a plus besoin de former une pyramide de consommateurs pour payer son vice.
bref, dans un marché légalisé, les mafias sont hors jeu. Voir ce qui s'est passé avec l'alcool aux USA.
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Prenons le problème autrement (utilitariste):
La solution A fait de la drogue un problème de santé publique.
La solution B fait de la drogue un problème de santé publique plus grave, de délinquance, de corruption de la vie politique, de renforcement des mafias, d'éclosion de pouvoirs mafieux, de financement de mouvements anti démocratiques violents, de prétexte à la promulgation de lois liberticides,...
Notons que les problèmes comportementaux "collatéraux" (conduite en état d'ivresse, comportements agressifs, etc...), sont les mêmes que le produit soit légal ou pas. Donc peuvent être ramenés à la question du nombre de consommateurs.
La solution A plonge X personnes dans la consommation, mais on ne connait pas bien X, parce qu'on a jamais vraiment essayé la solution A.
La solution B plonge Y personnes dans la consommation.
Votre opposition à la solution A vient de ce que vous craignez que X>>Y.
Quelques exemples, tout comme la théorie économique, montrent que cela a peu de chance d'être le cas. Ajoutons que même si X légèrement > Y, vu tout ce que la société gagne par ailleurs, franchement, ça en vaut la peine.
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Un argument supplémentaire de type "moral" : la conso de cannabis, en France, est "dépénalisée" de fait, puisque la police ne vous arrêtera pour conso que de façon arbitraire, quand elle voudra étoffer ses stats, et que plus aucun juge ne vous condamnera pour consommation.
maintenir la conso parmi les crimes pénalisables permet juste au pouvoir d'avoir un prétexte pour exercer son arbitraire vis à vis de quelqu'un qui lui déplairait.
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etc, etc, etc...
@ Vincent : le problème n'est pas que la consommation de drogue puisse ou non augmenter avec la libéralisation. je m'étonne même que vous posiez le problème en ce sens, ca me rappelle une controverse épistolaire entre Benjamin Constant et Jeremy Bentham. Le problème est au niveau individuel, pas des statistiques ou des généralisations. Vous parlez du Portugal, de l'Espagne ? Des pays qui ont préféré libéraliser le marché des drogues que leur économie réelle. Pour en arriver où ? A un échec total, car derrière les racontars officiels on trouve des situations où les jeunes n'ont d'autre choix, pour arrondir leur fin de mois, qu'à vendre de la drogue (cf. Barbate, à proximité du Maroc). Et le problème n'est pas qu'en agissant ainsi, ils mettent en cause les lois de l'Etat ; le problème est soit (i) qu'ils mettent en danger autrui en commercialisant de la drogue ou (ii) qu'ils consomment ce qu'ils vendent. Dans ce cas c'est le cercle infernal : salarié le jour, dealer la nuit, ils arrivent défoncés au boulot et sont licenciés ; chômeurs, ils utilisent l'argent du contribuable pour se droguer et ca recommence, ils ne trouvent rien, arrivent au bout de leur chômage et doivent continuer à dealer. Et, devinez quoi ? Il arrive que ces gens aient des enfants. Pour les faire vivre, le dealer occasionnel cumule les boulots, donc met en danger sa santé, etc, etc.
A mon humble avis, mieux vaut prévenir que guérir.
A ce titre, la comparaison avec l'alcool et la Prohibition est hors de propos : les USA ont interdit l'alcool pour des raisons puritaines et quasi-religieuses, pas pour des arguments de fond. En revanche, un cas intéressant n'est autre que l'absinthe, que l'Etat a très bien fait d'interdire, cet alcool étant totalement différent de nos rosés, demis et autres gewurztraminer habituels.
Et pour finir sur votre argument utilitariste "même si X légèrement > Y, vu tout ce que la société gagne par ailleurs, franchement, ça en vaut la peine" je le trouve effrayant. Et vous même en conviendrez. J'imagine d'emblée la scène: votre fille de seize ans s'est fait violer à la sortie de l'école. Vous allez voir la police, qui vous dit; "désolé cher monsieur, sachez bien que je partage votre peine, à titre personnel je suis contre le viol, croyez-le bien, mais depuis la libéralisation des moeurs, il n'existe plus aucune loi incriminant les pratiques sexuelles atypiques, ni pour protéger le consentement individuel. Je ne peux donc poursuivre le violeur de votre fille, d'ailleurs je n'ai pas d'argent pour le faire, l'Etat préfère financer les banques et réguler les marchés plutot que de faire son métier naturel ; la police." Ulcéré, vous allez trouver une officine privée de police - imaginons, pour les besoins du raisonnement, que l'on vive dans une société libertarienne en devenir. Que répond le policier privé ? "Mais monsieur, vous allez perdre 10000 euros pour rien ! Comme l'ont démontré d'éminents économistes, la libéralisation du viol n'a guère causé d'augmentation des violeurs. Les statistiques justifient donc l'abandon de ces lois, inventées par d'odieux fonctionnaires pour justifier leur train de vie. car enfin, opérez un rapide bilan coûts/avantages ; solution A : une jeune fille violée est traumatisée à vie, et un violeur mis en prison ; solution B: une jeune fille violée est traumatisée à vie, le violeur, satisfait sexuellement, décuple sa productivité et, surtout, reste à l'air libre pour faire marcher l'économie, enfin le contribuable y gagne, puisqu'il ne finance plus la police étatique et voit ses impôts diminuer. Donc vous le voyez : comme ca ne changera rien pour votre fille, il faut cesser les frais parce que, "franchement, ça en vaut la peine."
Philippe Jaunet, vous êtes saturé de préjugés sur un sujet que vous ne maîtrisez visiblement pas, préjugés dont vous inférez des généralités qui sont doublement erronées (par défaut de base, et par le fait même de l'inférence). Ainsi les drogués sont des paumés. Connaissez-vous Ernst Jünger ? En dépit de son nationalisme, l'un des plus grands philosophes du XXe siècle. Jünger s'est drogué, de toutes les façons mais avec maîtrise, tout sa vie, avant de mourir largement centenaire. Autant pour les paumés.
De plus des arguments qui débutent par "Votre fille de 16 ans se fait violer, etc." me paraissent inutilement désagréables. Vincent Bénard, qui se défendra d'être un spécialiste de la question mais qui l'est pourtant, vous offre l'opportunité de vous instruire, saisissez-la.
Etreint par le doute à ce sujet, je me pose quelques questions :
- comment concilier addiction et échange volontaire ?
- comment peut-on dire qu'on libéralise la consommation si on contraint la production (tiers médical, distribution étatique) ?
- la consommation n'est-elle pas déjà libéralisée dans les faits (puisque le million de consommateurs réguliers n'est manifestement pas sanctionné) ?
Merci de m'éclairer.
@ Drieu Godefridi : Il serait aussi possible de citer Verlaine, et d'autres grands noms de la littérature, des lettres ou de la philosophie pour justifier l'usage de drogues. Tout comme il serait possible d'en référer à Aragon pour justifier l'aveuglement face aux dérives du régime communiste, ou à Celine pour légitimer l'antisémitisme populiste de ceux qui honnissent "les cent familles". bref, une forme particulière de sophisme, qu'on appelle aussi argument d'autorité. Car il est exact que des personnes comme Jünger sont à même de se "maîtriser". Si vous vous connaissez bien, et que vous connaissez vos limites. Seulement, et j'avoue ne pas être spécialiste de la question médicale - pas plus qu'aucun intervenant dans le débat qui se tient ici - la drogue entraîne l'accoutumance, et le besoin d'augmenter à chaque fois la dose. D'où un phénomène d'addiction qui justifie que l'Etat intervienne, à des fins de police. pas uniquement en punissant, j'en conviens, mais en faisant usage de ses pouvoirs de contrainte - intervention du reste admise, puisqu'aucun de mes contradicteurs ne va jusqu'au bout de sa logique et ne plaide pour une libéralisation intégrale de la drogue, ce qui est pourtant la seule alternative à l'interdiction de principe que je défends. Prenons la fabrication de montres de luxe, de journaux ou de chewing-gum. Parce que ces biens sont des produits de marché et qu'ils ne génèrent aucun danger pour la société, je suis pour une libéralisation totale de la production, ce qui entraîne l'abolition de toutes les lois protectionnistes, antitrust, de commerce... qui en entravent la production et l'échange. Rien à voir avec la drogue, qui reste quelque chose de dangereux.
Maintenant, et en toute cordialité, il est également possible de "s'instruire" en passant une journée en correctionnelle, à voir les ravages provoqués par la drogue. Une réalité bien éloignée du petit monde artistique qui affectionne les bien mal nommés "paradis artificiels"... Une réalité plus terne, mais vraie.
Le lien vers le texte de Christian Michel est là:
http://www.liberalia.com/htm/cm_int...
(La page d'accueil http://www.liberalia.com ne fonctionne plus, mais le lien est toujours accessible.)
Excellent texte, que j'avais découvert il y a des années, et qui montre les effets pervers de la prohibition.
Inutile de s'imaginer que toute legalisation soit envisageable.
Les trafiquants sont contre, et un jour, ils racheteront la France.
L'argument moral reservé a la prohibition de l'alcool est une tartufferie integrale... (L'alcool fait plus de morts en France que toutes les drogues illegales reunies), un classique des moralistes a geometrie variable, tout comme ce sophisme repugnat "l'abus d'alcool"(Et pourquoi ne criminalise-t-on pas "l'abus d'alcool"...?)
La drogue n'est pas belle a voir ?
Essayez les alcooliques anonymes, c'est pas mal non plus.
Au fait, "l'abus nefaste de tabac " justifie sa legalité aussi ?
Le tabac a des aspects positifs ?
Après il reste l'alternative d'une VRAIE repression avec condamnation a mort des trafiquants et punition très sevère des consommateurs.
Lettre morte aussi en general, surtout sur le volet consommateurs (Qui alimente l'hydre du trafic dont la tete repousse toujours), parce que là, on s'approche du totalitarisme.
Resultat, statut quo et echec.
Mais bon, si on s'interesse a la politique de la CIA avec les Black Panters, de la DEA avec les barons de la drogue en amerique du sud (Un coup "agents free lance" du gouvernement US balancant leurs concurents-sic-, un coup criminels-?-), ou meme le finacement de contras, et ce qui est moins connu, le financement de guerilleros anti communistes en indochine par le premier patron d'Europe 1 via sa flotte aerienne transportant de l'opium pour le rafinner en heroine...
(Evitons aussi de se demander comment cet argent de la drogue est blanchi. où, et par qui...)
...Et bien on a compris que le trafic de drogue est voulu, protegé par les etats, et que ce debat est sterile, les plus pitoyable etant les torquemadas moralistes qui oublient un peu vite qu'en politique, il n'y pas de morale.
Et la drogue est un sujet eminement politique.
Dernière chose ce genre de phrases:
"Enfin qui, dans les faits, se drogue ? Ceux qui travaillent ? Ils n’en ont pas le temps : ils travaillent, justement. Les pauvres, je veux dire ceux qui ont des difficultés financières ? Eux non plus n’en ont pas le temps : ils travaillent et gagnent à peine de quoi payer leur loyer. Ils ont donc d’autres problèmes. En fait, les drogués sont, pour paraphraser Alain Peyrefitte, « des paumés »"
Quelqu'un qui ecrit ce genre de chose perds immediatement toute credibilité sur le sujet. il y surement une eglise pour ce genre de poncif diabolisant lamentable.
Aujourd'hui la drogue est partout....Les yuppies qui jouaient en bourse dans les années 80 etaient des socialistes convaincus, ca devait etre pour ca qui'il alimentaient le trafic de cocaine, pour saper la societé occidentale a coup d'OPA(Ca n'est sans doute pas du travail...) ! Idem le fils de nicolas Sarkozy, grillé en son temps a fumer des joints, a aussi un "problème de repères"...
Il suffit aussi de se promerner a la Goute d'Or ou autre gheto francais pour constater que les pauvres ne se droguent jamais...
Aujourd'hui les drogues touchent toutes les classes sociales (La cocaine s'est efroyablement democratisée, la prohibition etant d'une efficacité redoutable...), tous les milieux, tous les bords politiques, et tous les ages...
Le drogué hippie chevelu, racaille de banlieue, ou cocainé mondain, c'est un cliché valable pour quelqu'un qui ne connait pas le problème, et se contente de jetter de l'eau benite sur le "diable drogué"...
Ca marche très bien, les trafiquants vous remercient encore...
@ William Burroughs. Avec tout le respect que je vous dois, monsieur (ou madame qui refusez de révéler votre identité véritable) gardez vos appréciations pour vous.
Je ne jette pas d'anathème religieux sur ceux qui se droguent. Droguez et crevez la gueule ouverte, ca ne me fera ni chaud ni froid je ne vous connais pas, ni n'ai la moindre envie de vous connaître. Seulement je refuse qu'un drogué mette en péril la vie d'autrui. Et tous vos beaux discours ne changeront rien à cette détermination, ni aux faits : la drogue tue.
Maintenant, juste une question : connaissez vous la biographie exacte de l'écrivain (enfin, c'est généreux de dire ca...) dont vous avez pris le pseudonyme ? Relisez-là, c'est assez édifiant et plombe toutes vos belles remarques. A bon entendeur...