Elections : Alain Madelin juge le premier tour
Par Institut Turgot le jeudi 26 avril 2012, 11:46 - Article - Lien permanent
Ci-dessous l'interview accordée lundi dernier par Alain Madelin au journal Les Echos.
LES ECHOS : Comment analysez-vous les résultats de ce premier tour ?
Alain MADELIN : La France n’échappe pas à la règle qui veut que tous les gouvernants qui se représentent soient désavoués dans les urnes. Mais il faudra s’interroger sur la stratégie de clivage, d’exaltation d’un protectionnisme français et de rejet de l’Europe libérale adoptée par le président sortant.
Quant au score de Marine Le Pen, il montre qu’à trop légitimer le protectionnisme, on court le risque de trouver plus protectionniste que soi.
LES ECHOS : Quel regard portez-vous sur la campagne électorale ?
Alain MADELIN : Il existe un décalage énorme entre l’offre politique indigente présentée par tous les candidats et les enjeux de cette élection. La presse étrangère ne s’est pas privée de pointer la campagne la plus frivole des pays occidentaux. Les questions de fond n’ont pas été traitées. Pis, les politiques proposées, notamment en matière de fiscalité, auraient tôt fait de casser tout éventuel retour de la croissance. Si les candidats devaient appliquer leur programme, quel que soit l’élu, la France serait la championne du monde des impôts et des taxes.
LES ECHOS : Qui a le mieux porté, selon vous, les idées libérales ?
Alain MADELIN : Aucun candidat n’a porté les idées de libre-échange et d’économie de marché dans la campagne. On recommande à la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, pour sortir de leurs difficultés, de s’ouvrir et de privatiser. Mais en France, plus personne ne parle de privatisations ou d’épargne retraite… Toute remise en cause du rôle de l’Etat apparaît comme une attaque contre notre identité culturelle. Toute l’offre politique vise au retour d’un Etat protecteur et producteur. Selon un sondage récent effectué dans 25 pays, à peine un tiers de Français sont attachés au libre-échange, contre 70 % dans des pays comme la Chine ou le Brésil. Résultat, nos hommes politiques s’adressent d’abord à ce pôle dominant de l’électorat.
LES ECHOS : Verra-t-on reparaître ces questions de fond à l’occasion de la campagne du second tour ?
Alain MADELIN : Il est souhaitable que les débats du second tour en finissent avec les boucs émissaires trop faciles -la finance, les riches, les exilés fiscaux, les immigrés… -pour nous ramener à la question clef de la croissance. L’austérité ne suffira pas. Nous avons besoin de croissance. Cela passe inévitablement par une baisse de la dépense publique, un recentrage de l’Etat sur ses vraies fonctions et la libéralisation de l’économie, au moyen d’un renforcement de la concurrence et d’une fiscalité favorable à la croissance. Quel qu’il soit, le futur président se heurtera au choc des réalités.
Propos recueillis par Jean-Claude Lewandowski. Publié dans le Journal Les Echos en date du 23 avril 2012. Signalons aussi que le Nouvel économiste de cette semaine publie un longue portrait d'Alain Madelin sous le titre : "Alain Madelin rompt avec la droite"
Commentaires
Hélas, la campagne du second tour est jusqu'ici encore plus nulle que celle du premier. Et puisqu'il s'agit de séduire les électeurs de Marine le Pen, il y a peu de chances que ça s'améliore...
De toute façon c'est simple : si Sarko est élu, il ne lui adresse plus la parole ("cousu de fil brun"); s'il n'est pas élu, plus personne ne lui adresse la parole. Dans tous les cas, Alain Madelin va connaître le silence des profondeurs.
A propos d'épargne-retraite qu'il faudrait conseiller, il parait que le gouvernement portugais a siphonné des fonds de pension pour financer sa dette (et le grec aussi je pense, qui lui s'attaque aussi aux hopitaux et aux universités). Alors est-ce bien judicieux ?
De toutes façons des "haircuts" géants se profilent à l'horizon.
D'autre part j'ai des doutes sur les statistiques concernant l'approbation du libre échange. Le pourcentage de gens comprenant vraiment de quoi il retourne doit être infime, en particulier dans des pays où la très grande majorité de la population vit d'une économie de subsistance.
Alain Madelin a parfaitement resume l'immense frustration que beaucoup d'entre nous ont eprouvee tout au long de la campagne, et qui s'exacerbe encore plus depuis le premier tour.
Est il vrai que nos compatriotes attendent de l'Etat la solution a toutes leurs difficultes?
Si c'est le cas, nous sommes effectivement sur la voie de la Grece, et les extremes vont encore prosperer, au detriment des partis dits de gouvernement.
Heureusement mon incorrigible optimisme me fait esperer que l'alternance permettra peut etre de parler enfin vrai sous la pression de nos partenaires, des mechants marches, et cette finance tant decriee sur les estrades..
Jean-Claude, je serai beaucoup moins optimiste que vous. Je crains qu'on ne s'achemine inéluctablement vers un véritable divorce franco-allemand, donc européen.
L'austérité à elle seule ne peut supporter tout le poids de résorption de la dette. L'inflation, on n'y est pas encore. Les pouvoirs publics vont être inéluctablement amenés à accentuer leurs politiques de "répression financière", pour capter la plus grande part de l'épargne privée au profit de l'Etat. Cette tentation est évidente chez les socialistes et chez Hollande. Tous les pays s'y mettent, mais il y en a qui y montreront plus de zèle que d'autres (le nôtre en particulier). Les décisions prises dans ce sens sont contraires aux traités européens, et vont accentuer les pressions centrifuges à l'intérieur de l'UE, en faisant ressusciter certaines formes évidentes ou moins évidentes de frontières. C'est le retour vers les années cinquante et soixante, avant le grand mouvement de libéralisation de la fin des années 80 (avec les socialistes !).
Pour retrouver un niveau acceptable de dettes publiques, il faudra à des pays comme le nôtre, dix ou quinze ans, voire vingt ans de re-répression financière, avec, au cours de la dernière phase, le retour véritable de la grande inflation qui finira le travail une fois que les marchés auront été recloisonnés par la réglementation financière.
Je ne vois pas comment d'abord la zone euro, puis l'union européenne elle-même, pourront y survivre - du moins dans la forme d'intégration actuelle. Nous sommes partis pour un formidable rétropédalage vers l'économie de l'après-guerre. Nous pouvons seulement espérer qu'il restera alors suffisamment d'éléments de la présente mondialisation pour reprendre une nouvelle fois une véritable marche en avant une fois qu'au cours de ce processus auront été déconstruits les excès et les déséquilibres de l'état-providence contemporain
Nous avons appris en 1983, que les socialistes ont appris,...un peu. Les français ont été dégrisés par cette expérience.
Je pense que si FH est élu, après une brève euphorie, la réalité rattrapera tout le monde, et les socialistes seront capable de libérer partiellement l'économie et la société française. Mais les français ce jour là, apprendrons sur le terrain, en direct.
Après tout, qui a libéralisé la finance en France? P Bérégovoy, ancien syndicaliste et militant politique, qui, il est vrai n'était pas énarque, et donc a fait preuve d'un certain pragmatisme.
Mais bon! je regrette que nous n'ayons pas eu un vrai candidat libéral-libertarien, ayant le sens de la com et du marketing.
le niveau de la campagne est lié a la democratie .il faut s 'adresser a 90% d 'electeurs qui ont une notion de l 'economie proche de zero avec en plus le fait que la France est un pays malade de l 'egalitarisme , de l 'etatisme et avec des hommes politiques tres mediocres et des conseillers generalement fonctionnaires .Que de handicaps !
et héritière de son histoire monarchique,colbertiste, protectionniste et socialo communiste