Bienvenue dans le monde de l'hypercroissance
Par Alain Madelin le lundi 18 avril 2011, 21:18 - Article - Lien permanent
Et si l’on abandonnait un temps notre quotidien économique morose pour une
brève excursion dans un futur somme toute très proche, disons une dizaine
d’années, en observant de plus près les tendances lourdes qui, aujourd’hui,
dessinent un nouveau monde ?
De ce voyage dans le temps et l’espace, on ne peut revenir qu’avec une bonne nouvelle !
C’est une très forte croissance - sinon même une hypercroissance - qui s’annonce.
Une croissance propulsée par deux puissants turboréacteurs.
Le premier, c’est celui de la mondialisation ; celui d’une croissance que nous qualifi erons de ricardienne en référence au grand économiste britannique du début du XIXe siècle, David Ricardo, et à sa théorie de l’avantage comparatif. Sous une forme plus moderne, elle explique une croissance tirée par l’optimisation de l’emploi de talents toujours plus nombreux à l’échelle de la planète.
Le second propulseur, c’est l’innovation. C’est là une croissance schumpétérienne, en référence au grand économiste autrichien du début du XXème siècle, Joseph Schumpeter, et à ses théories sur l’importance de l’innovation et de la destruction créative.
La croissance ricardienne d’abord.
Elle est à l’oeuvre depuis la chute du mur de Berlin avec l’arrivée, dans les circuits du libre-échange mondial, de plusieurs milliards d’hommes ayant acquis les libertés de produire, d’acheter et de vendre. Alors que la mondialisation semblait laisser l’Afrique à l’écart et buter sur un monde arabo-musulman soi-disant hostile au progrès et à l’ouverture, voici que l’Afrique trouve le chemin de la croissance et que le monde arabo-musulman bascule, donnant un nouvel élan à notre croissance ricardienne.
Certes, tous nos nouveaux malthusiens expliqueront que nous n’aurons jamais assez d’énergie, de matières premières, de nourriture pour supporter une telle croissance. Et qu’au surplus celleci menace la survie même de notre planète au travers du réchauffement climatique.
Mais, une fois encore, n’en doutons pas, les sombres prévisions malthusiennes seront déjouées comme elles l’ont toujours été dans le passé par le progrès et l’innovation.
D’autant qu’une vague de croissance innovatrice sans précédent s’annonce.
La croissance schumpeterienne ensuite.
Dans les laboratoires de recherche des universités ou des entreprises, dans les cartons des ingénieurs, de fabuleux projets se préparent. Nous sommes au pied d’un Himalaya de progrès scientifiques et techniques et nous n’avons encore grimpé que de quelques mètres.
Après la civilisation rurale et la civilisation industrielle, voici la troisième grande vague de l’histoire de l’humanité, celle de la civilisation ouverte du savoir numérique. Avec, devant nous, l’augmentation faramineuse des puissances de calcul, de la capacité des mémoires, l’extrême miniaturisation des processeurs, l’extension de la connexion des personnes et celle aussi des objets et des machines.
Devant nous aussi, la robolution, celle des usines (et la robocalisation), celle aussi de notre vie quotidienne. Les nanotechnologies qui dessinent de nouveaux matériaux et de nouvelles formes de vie, atome par atome. La révolution des nouvelles énergies, celle de l’énergie solaire, des piles à combustible, de la production de pétrole bleu à partir d’énergie solaire de phytoplancton et de gaz carbonique...
Devant nous encore, l’exploration par la science des frontières du vivant avec la nouvelle chimie, la biologie synthétique permettant de créer des micro-organismes génétiquement modifiés pour produire carburants ou médicaments. Les neurosciences encore qui nous apprennent à mieux connaître notre cerveau, à mieux l’utiliser, ou le remplir. À le réparer aussi.
Devant nous toujours, les progrès de la génétique. De la médecine prédictive à la médecine moléculaire, de la thérapie génique à la reconstruction réparatrice de l’homme. Avec tous les défis de l’allongement de la vie et les questions éthiques que poseront les manipulations génétiques qui prétendront à l’amélioration de l’espèce humaine elle-même. Voilà qui donne le vertige.
D’autant que ces inventions - et bien d’autres encore que l’on ne saurait imaginer aujourd’hui - commenceront à se croiser et à se fertiliser mutuellement dans la décennie 2020-2030. Une décennie fabuleuse et déjà si proche.
Mais qui dit croissance schumpétérienne signifie qu’à côté de ce processus de création existe un processus de destruction des activités dépassées par le progrès. Car l’invention de l’un (le photocopieur) est la ruine de l’autre (le papier carbone).
Or, nous savons que sur le marché politique de nos vieux États providence, les forces du passé savent se faire entendre. Que ++le coût de l’argent artificiellement bas freine la nécessaire destruction des vieilles activités moins compétitives++ pour transférer vers d’autres secteurs plus prometteurs le capital et les talents.
Dans le climat frileux et anxiogène de la France d’aujourd’hui, la tendance est forte à protéger le passé par rapport au futur, à favoriser les rentes et à pénaliser les talents.
Notre classe politique, toutes tendances confondues, a les yeux de Chimène
pour les politiques malthusiennes et keynésiennes. Nous restons le pays de Méline,
de Maginot, et du principe de précaution, à l’antipode des croissances ricardienne et
schumpeterienne.++ Si nous avons d’indiscutables atouts, il nous faudra encore une
vraie révolution culturelle et politique pour que nous puissions tirer parti de l’hypercroissance
du nouveau monde++.

La version originale de cet article d'Alain Madelin a été publié dans La Tribune, en date du 28 février 2011.
Commentaires
Bonne analyse!
"Notre classe politique, toutes tendances confondues, a les yeux de Chimène pour les politiques malthusiennes et keynésiennes. "
Voilà! je crois que c'est la phrase la plus importante de son article (bon au demeurant), car rien ne peut changer puisque cette même classe politique contrôle tout les leviers!
bonjour a vous
oui trés bonne analyse
j'espére trés sincérement que vous avez encore
une influence sur la classe politique Francaise !
pour ma part , je souhaite que de véritables réformes libérales
soient appliquées en FRANCE sinon ce sera le FMI ou l'ALLEMAGNE
qui prendront la situation en main et nous aurons alors de véritables
réformes certainement dans la douleur !
bien cordialement
Alain LIOT
excelente analyse au niveau global... ramené au niveau local j'ai bien peur que notre pays soit plus dans la destruction "schumpéterienne" au nom du principe de précaution car il n' y a pas d'entreprises sans prises de risque
De quelle croissance parle t'on?
Tout entrepreneur est intéressé par la croissance monétaire de ses bénéfices.
A l'échelle macro, cela se traduit par la croissance du PIB. Or dans un système purement Autrichien d'étalon-Or, il n'y a pas de croissance de la masse monétaire, donc pas de croissance monétaire du PIB. Dans un système monétariste, la croissance du PIB est telle que P(prix) augmente peu. Mais comment y arriver sans cycles de bulles et dépressions?
Admettons même que la quantité Q soit en hyper croissance.
S'il s'agit d'objets physiques ayant une longue durée de vie, la limite en est l'espace terrestre. Ce pari là est invraisemblable.
On doit donc supposer qu'une grosse partie de ce Q soit composé d'objets périssables ou souvent renouvelés, ce qui cadre bien avec l'idée de progrès technologique permettant d'améliorer le frigidaire, la voiture, etc...
Mais là encore il y a une limite, celle des matières premières rares entrant dans la fabrication des composants.
Que ce soient les infrastructures consommatrices de cuivre, ciment, ou les ordinateurs consommateurs de lithium, il y a toujours des matières premières.
Or leur hausse est sans précédent. Le signal des prix est tel que la supposée hypercroissance va en être freinée.
Il y a aussi la croissance de la population et surtout celle de l'appétit culinaire qui provoque une hypercroissance de la hausse des denrées agricoles, malgré l'excellente croissance de la technologie OGM.
Alors il y a peut être une limite à l'hyper-croissance.
Selon Alain Madelin, l'économie de la connaissance serait un formidable relai de croissance.
Oui, mais depuis 2001, les investisseurs préfèrent les infrastructures et les matières premières. Et à en croire Jim Rogers, le célèbre investisseur, ce sont les fermiers qui rouleront en Lamborghini. Rogers prévoyait le changement de paradigme depuis 1996, il achetait du charbon, du thé..
Les fortunes prochaines sont peut être plus du côté des producteurs de minerais et de denrées agricoles, c'est à dire l'Australie, la Russie, l'Argentine, le Brésil, le Chili...alors que les nations de haute technologie verront leur croissance limitée par la hausse des matières premières et l'impossibilité de pratiquer le "pricing power", vu la concurrence.
Aussi je recommande la lecture de l'analyse faite par Jeremy Grantham, de GMO, l'une des grandes références de l'investissement :
http://www.zerohedge.com/sites/defa...