Le problème, c’est le chômage, pas les chômeurs
Par Alain Madelin le jeudi 16 février 2012, 10:33 - Article - Lien permanent
En évoquant l'idée d'interroger directement les Français par référendum pour savoir si "les chômeurs avaient le droit de refuser une formation ou un emploi", le président de la République était assuré de déclencher une polémique
Assurément cette polémique était calculée et voulue par les fins stratèges populistes et droitiers de l'Elysée. Sans doute escomptent-ils aussi tendre un piège à la gauche et rabattre les électeurs du Front national. Mais la ficelle est trop grosse et le piège ne peut que se retourner contre eux.
Certes, toutes les études d'opinion montrent qu'il existe une majorité de Français pour expliquer les situations de pauvreté et d'exclusion par la "paresse" ou la "mauvaise volonté". Dénoncer "l'assistanat" peut être politiquement payant. Mais là, la manœuvre est cousue de fil brun.
Faire de cette question une affaire de "valeurs", dont on promet, le cas échéant, de laisser les français juges, contre des partenaires sociaux réfractaires; traiter dans une même démarche référendaire les chômeurs comme des immigrés clandestins qu'il faudrait reconduire de force dans les frontières du travail; instrumentaliser politiquement la détresse d'une partie de nos compatriotes, tout ceci constitue une faute lourde.
Ce que l'on attend d'un candidat, ce sont ses propositions pour sortir du chômage et non celles sur la meilleure façon de policer les chômeurs. C'est qu'il sache aussi - et c'est d'autant plus fort pour un président sortan t- unir les français et organiser le dialogue social.
Dire cela, ce n'est pas nier qu'il puisse y avoir toujours besoin de mieux adapter notre système d'indemnisation du chômage, de formation et de recherche d'emploi.
Sans nul doute des fraudes existent. Tout comme pour les impôts ou l'ISF. Mais c'est là une affaire de contrôles et de sanctions. Assurément, il faut aussi tout faire pour éviter que des familles entières ne s'enferment dans l'assistance et dans la dépendance. Nul doute qu'il faille encore développer la formation des chômeurs, rendre plus incitatif le passage d'une situation de dépendance à une situation de travail (c'était l'objet du RSA).
Pour tout cela, tous les instruments existent déjà. Un chômeur qui refuse deux offres "raisonnables" d'emploi peut être radié. La formation peut être incluse dans un "projet personnalisé d'accès à l'emploi", et son refus peut entraîner des suspensions d'allocations. La recherche d'emploi est contrôlée.
On peut certes vouloir encore perfectionner ces dispositifs, s'inspirer des recommandations de l'OCDE, des expériences plus ou moins réussies menées dans les autres pays. Mais ceci - il faut le rappeler - est d'abord de la responsabilité des partenaires sociaux depuis 1958. L'assurance-chômage, ce n'est pas l'assistanat. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un mécanisme ou par des cotisations assises sur les salaires, ceux qui ont un travail souscrivent une assurance pour le jour où ils pourraient être au chômage. Ils ont des droits en contrepartie de leurs cotisations.
Aujourd'hui, la sagesse commande de renforcer le domaine contractuel autonome des partenaires sociaux. Il serait exécrable de voir l'Etat dicter sa loi à l'assurance-chômage.
Il est vrai qu'au-delà de cet espace d'assurance couvert par les cotisations, il existe un espace de solidarité financé par l'impôt et qui légitime l'intervention de l'Etat et les efforts de réinsertion. Nul doute qu'il faille développer des parcours personnalisés, des formations adaptées et le cas échéant des emplois d'utilité sociale offerts par les entreprises ou les collectivités locales pour que les enfants ne parlent pas de leur père en disant qu'il est au chômage ou au RMI, mais qu'il travaille à la bibliothèque de la ville ou aux espaces verts.
C'est une question de dignité et d'estime de soi. Tout ceci constitue un champ de réflexion et d'actions raisonnable. Sûrement pas un objet de référendum.
Tout le monde sait bien d'ailleurs qu'il ne verra - heureusement - jamais le jour. Agiter aujourd'hui cette perspective, parler de référendum, c'est prendre le risque de stigmatiser des chômeurs qui n'en peuvent mais. C'est faire croire que l'Etat pourra rendre obligatoire des emplois qui n'existent pas. C'est méconnaître que le chômage a vite fait de briser des familles et de conduire à des situations de misère et de détresse. Et qu'au moment où il semble de bon ton de hiérarchiser les valeurs, le respect de cette détresse humaine, le devoir d'attention et de compréhension doivent l'emporter sur le désir de police.
C'est pour cela que je m'étais ému des propos maladroits et choquants de Laurent Wauquiez dénonçant "l'assistanat" comme un "cancer" de la société française, et prônant l'instauration punitive d'un travail obligatoire. C'est pour cela encore que j'avais mis en garde l'UMP qui, dans son programme, reprenait cette thématique de la "lutte contre les dérives de l'assistanat" en voulant alors croire que de telles propositions ne seraient pas reprises le moment venu par le président-candidat.
Cette stigmatisation des plus faibles n'est pas acceptable. Elle heurte de trop nombreux français. Elle ne sera pas acceptée.

La version originale de cet article d'Alain Madelin est parue dans le Huffington Post en date du 2 février 2012.
Commentaires
Le titre de ce papier est un slogan de politicien. Quand le chômage est volontaire, ce qui dans nos contrées n'est pas rares, et que le chômeur preste éventuellement au noir par ailleurs, le problème c'est AUSSI le chômeur. Si le système est responsable de tous les maux, la morale cesse d'exister. "Cousue de fil brun"... : foin de démagogie politicienne sur ce site, merci !
@ Drieu
Le chômeur est responsable! Ok et une fois qu'on a dit çà, qu'est-ce qu'on fait concrètement pour remédier à la situation? Personnellement, je pense que le système conditionne les comportements. Rien ne sert de pester contre certains comportements, qui plus est quand celui qui le fait est un responsable politique, c'est-à-dire quelqu'un qui a le pouvoir de changer le système pour modifier les comportements. Se plaindre de la nature humaine n'avance strictement à rien si l'on ne va pas plus loin. Personnellement, en l'espèce, je préfère un système incitatif à un système coercitif pour motiver les chômeurs à retrouver plus rapidement du travail.
@ lio : rien de ce qui est humain n'est parfait. Lorsqu'un système, par son imperfection, ouvre la voie à des comportements immoraux, cela n'exonère en aucune façon les acteurs de LEUR responsabilité. C'est une aberration de la théorie économique que de réduire les acteurs à leur comportement prétendument rationnel (quelle rationalité ?); tout est système et il n'y a plus de moral que l'aléa. Du point de vue éthique (et de la théorie économie quand elle ne se caricature pas elle-même), vaste blague. D'un point de vue moral, le problème du chômeur VOLONTAIRE est qu'il vit en parasite des contribuables, auxquels il VOLE littéralement leur argent. Il existe une différence entre celui qui ne paie pas ses impôts - ce qui n'est pas recommandable - qui ne donne pas à la collectivité une partie de la richesse qu'il a créée et le chômeur volontaire qui VOLE autrui d'une richesse qu'il N'A PAS créée (ce qui est la définition du vol au sens strict). La police n'est pas très efficace; est-ce que cela exonère le voleur, violeur ou découpeur de vieilles dames de sa responsabilité personnelle ?
@Drieu
Réduire un phénomène social massif à une problématique morale et individuelle n'est pas une bonne approche logique. Ce n'est pas non plus une approche politique positive.
La situation actuelle me fait penser à celle de l'Angleterre à la fin du XVIIIe siècle. On se demandait alors pourquoi il y avait beaucoup plus de pauvres que par le passé alors que la société anglaise n'avait jamais été aussi riche. Pour les secourir on les enfermait dans des poorhouses, véritables prisons sans jugement où on leur donnait une sorte de RSA et on leur trouvait des employeurs intérimaires qui en raison de cette allocation même pouvaient les sous-payer, tout en n'obtenant d'eux qu'un travail … sous-productif.
Ces pauvres qui avaient perdu toute dignité et dont les moeurs effaraient les gens de bien de l'époque avaient été chassés de chez eux et avaient perdu le lopin de terre qui jusqu'alors leur permettait de vivre comme tout un chacun dans leur paroisse, aussi pauvre fût-elle, par le mouvement des enclosures. Ces enclosures qui globalement et à terme ont enrichi l'Angleterre, avaient cependant détruit le vieux pacte social qui protégeaient les habitants des campagnes de l'indigence.
Ne font-ils pas penser à l'armée de chômeurs dans la France d'aujourd'hui ?
Merci.Enfin une analyse de haut niveau sur ce blog.Avec Gilles Dryancour,
vous sauvez l'honneur des libéraux.Vu les réactions, c'est pas gagné
@ Drieu
"La police n'est pas très efficace; est-ce que cela exonère le voleur, violeur ou découpeur de vieilles dames de sa responsabilité personnelle ?"
Bien sur que non mais se lamenter qu'il y ait "des voleurs, violeurs ou découpeurs de vieilles dames" et ce, malgré la police, n'avance à rien. Ce que l'on attend, et vous en serez très certainement d'accord, c'est des réponses concrètes et efficaces pour résorber les problèmes, pas des constats stériles sur la nature humaine.
Moi ce que je voudrais, c'est de pouvoir choisir mon assurance chômage, et avec, mon niveau d'indemnisation.
J'aimerais décider de m'assurer contre ce risque ...ou de ne pas m'assurer.
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