Dans sa lettre , il commence par rappeler que ce qui est « minable » c’est de qualifier son départ de « minable ». Bien qu’il ne veuille pas justifier les nombreuses raisons de son choix, il rappelle clairement qu’il part après avoir payé, selon lui, 85% d’impôts sur son revenu en 2012 et 145 millions tout au long de sa vie. Se sentant injurié par le Premier Ministre, il reproche à ce dernier de considérer que « le succès, la création, le talent, en fait la différence doivent être sanctionnés », rappelant au passage qu’il a créé des entreprises qui emploient 80 personnes. Voilà donc Obélix prêt à rendre son passeport et sa sécu.

Au-delà du tapage médiatique, cette lettre est importante à plus d’un titre.

D’abord parce que, grâce à un acteur de premier plan, les catégories quelque peu abstraites d’« incitations » et de « conséquences inattendues des politiques publiques » vont mieux pénétrer dans la zone de conscience d’une classe politique française essentiellement étatiste (à droite comme à gauche). Créer un impôt à 75% au-delà d’un million d’euros a effectivement des conséquences sur les incitations des riches et des gens créatifs. M. Hollande et son équipe peuvent qualifier cette mesure de « juste » parce que, comme le Président français l’a dit de manière célèbre, « il n’aime pas les riches », le fait est qu’on ne promeut pas le progrès économique en tapant sur les esprits créatifs qui réussissent. Voilà des politiques collectivistes obsolètes fondées sur l’envie et la désignation de boucs émissaires : elles ne seront efficaces qu’à générer la division et tuer la poule aux œufs d’or, c’est à dire, créer plus de pauvreté. Ce qui n’est pas exactement « juste » en définitive.

Deuxièmement, parce que M. Depardieu insiste sur le fait qu’il est européen, un « citoyen du monde » et demeure un « homme libre ». Il montre effectivement que grâce à la mondialisation nous sommes, dans une certaine mesure, libres d’échapper à la main lourde d’un État. La concurrence institutionnelle, et particulièrement la concurrence fiscale est une composante essentielle de notre liberté : il est crucial que les gens puissent « voter avec leurs pieds ». Bien entendu les politiciens européens, français en tête, souhaitent éliminer cette liberté – au nom de la « justice », de l’harmonisation, de l’égalité, de la solidarité etc. Cet épisode nous rappelle que si l’Europe devait se transformer en France géante, notre sort serait bien sombre. Et malheureusement, les récents efforts dans le sens de toujours plus de centralisation en Europe ne nous portent pas à être optimistes.

Enfin, pour être complètement juste dans l’analyse de cette « grève de Depardieu », il faut bien sûr mentionner les subventions au secteur du cinéma en France, qui ont probablement aidé de manière indirecte M. Depardieu à devenir riche et célèbre, même si globalement il a sans doute payé bien plus que ce qu’il a reçu, et a dû son succès essentiellement à son talent personnel. Pas complètement un vrai « John Galt » donc. Mais tout de même. Trait.jpg 'Emmanuel Martin, est directeur d’IES Europe et analyste sur LibreAfrique.org.