Obélix en grève : un petit air de John Galt...
Par Emmanuel Martin le lundi 17 décembre 2012, 15:25 - Billet d'humeur - Lien permanent
Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a qualifié le comportement de notre Gérard national de « minable » et Yann Galut proposé de déchoir « Obélix » de sa nationalité française. Voilà de quoi motiver la lettre ouverte de Gérard Depardieu au Premier Ministre dans le Journal Du Dimanche, ce 16 décembre.
Depardieu jette un menhir dans la mare. Et certains verront sans doute un parallèle avec John Galt, le héros du roman d’Ayn Rand, ''La Grève''. Car Gérard a décidé de faire grève.
Dans sa lettre , il commence par rappeler que ce qui est « minable » c’est de qualifier son départ de « minable ». Bien qu’il ne veuille pas justifier les nombreuses raisons de son choix, il rappelle clairement qu’il part après avoir payé, selon lui, 85% d’impôts sur son revenu en 2012 et 145 millions tout au long de sa vie. Se sentant injurié par le Premier Ministre, il reproche à ce dernier de considérer que « le succès, la création, le talent, en fait la différence doivent être sanctionnés », rappelant au passage qu’il a créé des entreprises qui emploient 80 personnes. Voilà donc Obélix prêt à rendre son passeport et sa sécu.
Au-delà du tapage médiatique, cette lettre est importante à plus d’un titre.
D’abord parce que, grâce à un acteur de premier plan, les catégories quelque peu abstraites d’« incitations » et de « conséquences inattendues des politiques publiques » vont mieux pénétrer dans la zone de conscience d’une classe politique française essentiellement étatiste (à droite comme à gauche). Créer un impôt à 75% au-delà d’un million d’euros a effectivement des conséquences sur les incitations des riches et des gens créatifs. M. Hollande et son équipe peuvent qualifier cette mesure de « juste » parce que, comme le Président français l’a dit de manière célèbre, « il n’aime pas les riches », le fait est qu’on ne promeut pas le progrès économique en tapant sur les esprits créatifs qui réussissent. Voilà des politiques collectivistes obsolètes fondées sur l’envie et la désignation de boucs émissaires : elles ne seront efficaces qu’à générer la division et tuer la poule aux œufs d’or, c’est à dire, créer plus de pauvreté. Ce qui n’est pas exactement « juste » en définitive.
Deuxièmement, parce que M. Depardieu insiste sur le fait qu’il est européen, un « citoyen du monde » et demeure un « homme libre ». Il montre effectivement que grâce à la mondialisation nous sommes, dans une certaine mesure, libres d’échapper à la main lourde d’un État. La concurrence institutionnelle, et particulièrement la concurrence fiscale est une composante essentielle de notre liberté : il est crucial que les gens puissent « voter avec leurs pieds ». Bien entendu les politiciens européens, français en tête, souhaitent éliminer cette liberté – au nom de la « justice », de l’harmonisation, de l’égalité, de la solidarité etc. Cet épisode nous rappelle que si l’Europe devait se transformer en France géante, notre sort serait bien sombre. Et malheureusement, les récents efforts dans le sens de toujours plus de centralisation en Europe ne nous portent pas à être optimistes.
Enfin, pour être complètement juste dans l’analyse de cette « grève de Depardieu », il faut bien sûr mentionner les subventions au secteur du cinéma en France, qui ont probablement aidé de manière indirecte M. Depardieu à devenir riche et célèbre, même si globalement il a sans doute payé bien plus que ce qu’il a reçu, et a dû son succès essentiellement à son talent personnel. Pas complètement un vrai « John Galt » donc. Mais tout de même.
'Emmanuel Martin, est directeur d’IES Europe et analyste sur LibreAfrique.org.
Commentaires
Il serait intéressant de savoir comment est subventionné le cinéma en France.
Pouvez-vous nous renseigner ?
Plus précisément il serait intéressant de voir si on peut retrouver une trace du total des subventions touchées par les films de Depardieu. Pour cela il faudrait faire une véritable recherche. Qui est volontaire ?
Quand aux subventions au cinéma français, en général, il y a certainement bien des papiers que vous pouvez retrouver en faisant une recherche rapide sur le web. C'est un sujet bien documenté.
john galt se serait vraiment volatilisé avec tous ses biens, en plantant quelques grosses productions françaises de cinema... certes il crache un peu dans la soupe avec les subventions du cinéma , mais n'a pas forcement tord sur le traitement financier qu'il a subit et sur l'amateurisme du gouvernement.
Si on se contente de faire les lois pour le plus grand nombre seulement et rester ainsi au pouvoir le roman de phiosophie economique de Rand deviendra réel, sauve qui peut !!!
On pourrait faire le meme exercice avec le sport de haut niveau largement subventionne par l etat. Ce n'est pas a mon sens une raison qui justifie la position du gouvernement. Dailleurs concernant le projet d un parlementaire PS sur la nationalite francaise, je me permet de rappeler le debat il y a 1, 2 ou 3 ans sur la suppression de la nationalite francaise pour les crimes de sang. Comme on voit, lutte des classes, lutte des races.... meme combat... meme solution. Les collectivismes menent aux memes resultats. Je commence a me demander si nous ne sommes pas tous entrainer a grande vitesse vers la route de la servitude...
Les Echos du 10/12/12 :
"Les députés dopent le crédit d'impôt pour les tournages de cinéma. Le plafond de cette niche fiscale va être quadruplé et l'assiette des dépenses éligibles est élargie". Lire la suite de l'article, çà vaut le détour.
Tout ce battage autour de Gérard Depardieu, c'est du grand n'importe quoi, symptomatique du virage socialiste que le pays a pris il y a fort longtemps. Quelles que soient les raisons du départ de Depardieu en Belgique (pourquoi ne seraient-elles que fiscales après tout?), il a le droit d'aller où bon lui semble sans avoir à se justifier auprès de tel ou tel. Demande t-on des comptes aux 400 000 français vivant et travaillant à Londres et qui payent leurs impôts en Grande Bretagne? En réalité, tout le monde s'en contrefiche. En revanche voir des poules aux oeufs d'or comme Depardieu ou Arnault quitter le territoire, cela fend le petit coeur de tous ceux qui vivent à leurs crochets et qui comptent sur les plus productifs pour continuer à vivre pépères. Certains parlent de solidarité nécessaire alors que le pays va mal. Tout d'abord, si le pays va mal, ce n'est nullement la faute des Depardieu, Arnault et consorts au contraire. Ensuite, ce sont les comptes publics qui vont mal par la faute de leurs gestionnaires, les gouvernements successifs. Ce seraient plutôt à ceux qui ont pris la facheuse habitude de dépenser sans compter l'argent des autres de faire des efforts pour rétablir l'équilibre de leurs comptes plutôt que de demander un effort supplémentaire aux autres. Ce pays nage en plein paradoxe : on prétend vouloir lutter contre l'appauvrissement en condamnant l'enrichissement. On matraque les riches et on s'étonne que ceux-ci partent. Maltraîtez votre chien et vous verrez qu'il finira par vous quitter. On veut une chose et son contraire. Cela ne peut pas donner de bons résultats.
Toute la polémique au sujet de l'expatriation de Gérard Depardieu n'a aucun sens. L'acteur est un citoyen d'un pays de l'Espace Schengen, et à ce titre il bénéficie de la règle de libre circulation des personnes et des biens dans tout cet espace. N'importe quel citoyen peut s'établir dans le pays de son choix, parmi les pays membres, sans avoir à justifier sa décision. Les injures proférées par le premier ministre sont scandaleuses, et traduisent la panique du gouvernement devant les conséquences de sa politique fiscale confiscatoire vis à vis des citoyens fortunés. Bernard Arnault, Depardieu, ne sont que les révélateurs d'un flux qui s'accélère et prive le pays de capitaux et de contributions fiscales qui pèseront lourd sur l'économie. Moins nous aurons de riches, plus il faudra plumer les classes moyennes, et moins on pourra nourrir l'assistanat public des pauvres. Voilà où mènent les promesses électorales démagogiques et inconsidérées.
Bien vu, Emmanuel, bravo !
@hlepage : pas du tout d'accord avec vous. Si la circonstance d'avoir bénéficié des "subsides" de l'Etat, dans un contexte aussi étatisé que le nôtre, nous privait du droit d'en changer, nous serions tous condamnés à mourir dans le village qui nous a vu naître !
Cher Drieu, vous me faites dire une chose que je ne dis pas. Il est bien évident que la part de subventions dont il fut le destinataire n'a rien à voir avec ce qu'il juge bon de faire ensuite, et donc ce qu'il est libre de faire. C'est une information purement factuelle qui pourrait cependant avoir un certain intérêt purement rhétorique dans le débat avec ceux qui se déchaînent contre lui.
Bonjour Michel, heureux de vous retrouver ici.
On ne saurait être trop d'accord avec vous. Ce qui m'inquiète le plus est cette dérive du langage, cette sorte d'emballement dans les invectives et les accusations qui donne le sentiment que "les jacobins de 1792" sont de retour. A quand les tribunaux révolutionnaires économiques avec Mélanchon-Montebourg-Duflot en nouveaux Fouquier-Tinville !