Une telle hystérie est à l’image de l’ignorance scientifique du public, et de la prédisposition d’un tel public à assimiler la répétition d’information à la vérité. Elle révèle aussi l’utilisation de telles faiblesses par les hommes politiques, par les activistes environnementaux, et bien d’autres encore, après vingt années de battage médiatique.

Le climat change en permanence. Nous avons connu des ères glaciaires et des périodes plus chaudes, où des alligators vivaient au Spitzberg. Les âges de glace se sont succédés selon un rythme de cent mille ans au cours des sept cent mille dernières années, alternant avec des périodes qui se révèlent plus chaudes qu’aujourd’hui, malgré des niveaux de concentration en CO2 plus faibles que de nos jours. Plus récemment, nous avons connu la période chaude de l’Optimum médiéval et le Petit Age Glaciaire. Au cours de cette dernière période, les glaciers alpins se sont avancés, au désespoir des populations des villages submergés. Depuis le début du dix-neuvième siècle, ces glaciers se retirent. Franchement, nous ne comprenons pas complètement ces phénomènes d’avance et de recul.

Pour de modestes changements climatiques associés à des dixièmes de degrés, il n’est pas nécessaire de rechercher des causes externes. La terre n’est jamais en parfait équilibre. Les évolutions de la masse des océans, au sein desquels la chaleur migre entre les couches profondes et la surface, entraînent une variabilité sur des échelles de temps allant de quelques années à quelques siècles. Une étude récente, (Tsonis et al, 2007), semble indiquer que ce type de variations suffit à rendre compte de tous les changements climatiques depuis le dix-neuvième siècle.

Pour le réchauffement observé depuis 1979, il se pose une autre question. Le rôle dominant de la convection due aux cumulus dans les zones tropicales implique que la partie supérieure de la troposphère subisse un réchauffement deux à trois fois supérieur à celui observé en surface. De fait, tous les modèles climatiques font bien apparaitre un tel phénomène. Mais les données d’observation ne le montrent pas, et cela veut dire qu’il y a quelque chose de faux dans les mesures. Il est bien connu qu’au dessus de 2000 mètres d’altitude, les températures tropicales sont bien homogènes sur un plan horizontal, de telle sorte qu’il n’y a pas de problème d’échantillonnage. En dessous de 2000 mètres, la variabilité horizontale est bien plus importante, et, en conséquence, nous sommes confrontés à un gros problème d’échantillonnage.

Dans ces circonstances, il est raisonnable de conclure que le problème réside dans les mesures de température de surface, et que la tendance actuellement retenue est trop importante d’environ 60%. Cette tendance affichée est même plus grande que ce que les modèles auraient calculé, si l’on n’avait pas eu arbitrairement recours à l’astuce d’un facteur de refroidissement, les aérosols. Cette divergence a été rapportée par Lindzen (2007) et par Douglas et al (2007). Inévitablement, en science climatique, lorsque les données contredisent les modélisations, on peut compter sur une petite coterie de scientifiques pour modifier les données. Ainsi, Santer et al (2008), arguent qu’en élargissant les marges d’incertitude pour les observations et pour les modèles, on élimine l’incohérence. Qu’il faille en permanence corriger les données pour les faire coller aux modélisations est totalement non crédible et révélateur d’une certaine corruption au sein de la communauté scientifique du climat.

Il se révèle qu’il y a une manipulation bien plus fondamentale et non ambigüe du rôle des rétroactions pour augmenter le réchauffement du aux gaz à effet de serre, ce qui montre également que tous les modèles exagèrent la sensibilité climatique. A ce point, il faut bien noter que l’effet de serre s’exerce en s’opposant au refroidissement du climat par la réduction du flux net de rayonnement s’échappant vers l’espace. Cependant, la contribution du CO2 à lui seul ne conduit pas, en fait, à un réchauffement aussi important (environ 1° C pour chaque doublement de la concentration en CO2).

Les modèles climatique prédisent des réchauffements plus importants parce que, dans ces modèles, la vapeur d’eau et les nuages amplifient fortement ce qui résulte du CO2. Il s’agit d’une rétroaction positive. Cela veut dire que des augmentations de température de surface s’accompagnent de réductions du flux net de rayonnement vers l’espace, ce qui augmente le réchauffement du à l’effet de serre. Tous les modèles climatiques montrent une telle réponse au forçage du à la température de surface. Mais les observations par satellites du budget radiatif de la terre nous permettent de déterminer si une telle diminution de flux accompagne bien les accroissements de température de surface. Or il apparait que les mesures des instruments satellitaires ERBE (Barkstrom, 1984, Wong et al, 2006) montrent, dans la nature, une rétroaction fortement négative à l’effet direct du CO2 (Lindzen et Choi, 2009), en profond désaccord avec le comportement des modèles. Cette analyse démontre clairement que même lorsque toutes les modélisations concordent, elles peuvent être fausses malgré tout, et c’est la situation actuelle pour toutes ces importantes questions de sensibilité climatique. Malheureusement, la publication de Lindzen et Choi comportait quelques erreurs ; cependant, comme le montre un article actuellement en cours de révision, ces erreurs n’avaient pas de répercussion sur les principales conclusions.

Selon le GIEC des Nations Unies, le forçage du aux gaz à effet de serre d’origine humaine atteint déjà environ 86% de ce que l’on attend d’un doublement de la concentration en CO2 (dont la moitié provenant du méthane, des oxydes nitreux, des gaz fluoro-carbonés et de l’ozone), et, d’autre part, les prédictions alarmantes dépendent de modèles pour lesquels la sensibilité à un doublement de la concentration en CO2 dépasse 2° C, ce qui implique que nous aurions déjà du observer beaucoup plus de réchauffement que nous n’en avons constaté à ce jour, et ce, même si la totalité du réchauffement constaté était exclusivement due à l’humanité. Cette contradiction est rendue encore plus vive par le fait qu’il n’y a pas eu de réchauffement global statistiquement significatif depuis les quatorze dernières années.

Les modélisateurs justifient cette situation, comme nous l’avons déjà noté, en argumentant que les aérosols ont annulé un part importante du réchauffement (voir Schwartz et al, 2010), et que les modèles tiennent compte de la variabilité naturelle sans forçage de manière adéquate. Pourtant, un document récent (Ramathan, 2007), montre que les aérosols peuvent aussi bien réchauffer que refroidir, alors que des scientifiques du Hadley Center for Climate Research ont notifié récemment que leur modèle ne traitait pas la variabilité naturelle interne de façon appropriée, démolissant ainsi le fondement de l’affirmation emblématique du GIEC (Smith et al, 2007). Il est intéressant de noter (mais pas inattendu !) que la communication britannique n’insiste pas là-dessus. Ils ont plutôt spéculé sur l’hypothèse que la variabilité naturelle interne pourrait s’effacer en 2009, permettant ainsi au réchauffement de reprendre. Reprise ? Pourtant, le fait que le réchauffement a cessé pendant les quatorze années passées est acquis. On notera que, plus récemment, les modélisateurs allemands ont différé la date de la « reprise » à 2015 (Keenlyside et al, 2008).

Les alarmistes du climat répondent que certaines des années les plus chaudes enregistrées appartiennent à la décennie passée. Cela n’a rien d’étonnant, vu que nous sommes dans une période relativement chaude, mais cela n’indique rien quant à la tendance.

Cette évidence étant posée (et je n’ai fait que présenter quelques évidences parmi beaucoup d’autres), il en ressort que le réchauffement d’origine anthropique a été grandement exagéré, et que les bases sur lesquelles se fondent les alarmes dues à ce réchauffement sont, de même, réduites. Et pourtant, il est important de noter que même si le réchauffement d’origine anthropique était significatif, les raisons de s’alarmer demeureraient minces.

Les ours polaires, la banquise d’été arctique, les sècheresses régionales et les inondations, le blanchiment des coraux, les ouragans, les glaciers alpins, la malaria, etc, tout cela ne dépend pas de quelque différence de température moyenne globale, mais d’un nombre énorme de facteurs régionaux incluant les températures locales, l’humidité, la nébulosité, les précipitations, la direction et l’importance des vents. L’état des océans est également souvent primordial. Notre capacité à prévoir chacun de ces facteurs sur des périodes de quelques jours est déjà minime. Et encore, chaque prévision catastrophiste dépend du fait que chacun de ces facteurs se situe dans une plage spécifique. Le risque d’occurrence de n’importe quelle catastrophe spécifique est proche de zéro. C’était d’ailleurs le cas des prévisions antérieures de famine pour les années 1980, du refroidissement global des années 1970, du bug de l’an 2000 et de bien d’autres. Au plan régional, les fluctuations de température d’une année à l’autre sont quatre fois supérieures à la moyenne globale. Toutes ces variations ne peuvent être qu’indépendantes de la moyenne globale, car sinon, la moyenne globale varierait beaucoup plus. Il s’agit simplement de noter que des facteurs autres que le réchauffement global sont plus importants dans toute situation spécifique.

Ce n’est pas pour dire que des désastres ne sont pas à prévoir : il y a toujours eu des désastres par le passé et cela ne changera pas dans le futur. Combattre le réchauffement climatique par des mesures symboliques n’y changera certainement rien. Par contre, l’histoire nous enseigne que les progrès en matière de richesse et de développement peuvent accroitre considérablement notre résistance aux catastrophes.

A la lecture du texte ci-dessus, on peut raisonnablement se demander pourquoi cette alarme actuelle, et, en particulier, pourquoi cette inflation alarmiste incroyable des quatre dernières années.

Lorsqu’un sujet tel que le réchauffement global est en cour pendant plus de vingt ans, ils se font de nombreux ordres du jour pour l’exploiter. Les intérêts du mouvement environnemental pour acquérir plus de pouvoir, d’influence et de dons sont suffisamment clairs. Il en est de même pour les intérêts des bureaucrates pour lesquels le contrôle du CO2 est un rêve qui se réalise. Après tout, le CO2 est un produit de notre respiration même. Les politiques peuvent y voir l’opportunité de taxations qui seront acceptées allègrement, parce que nécessaires à la sauvegarde de la terre. Des nations y voient la possibilité d’exploiter ce thème pour gagner des avantages de compétitivité.

Mais, maintenant, les choses vont bien plus loin. Le cas d’ENRON, cette firme du Texas aujourd’hui en faillite, est exemplaire à cet égard. Avant de se désintégrer dans un feu d’artifice de manipulations malhonnêtes, ENRON a été l’un des lobbyistes les plus acharnés pour Kyoto. Elle avait souhaité devenir une entreprise traitant des droits d’émission du carbone. Ces droits pouvaient potentiellement s’élever à des milliers de milliards de dollars, et les commissions se compter en milliards de dollars. Les Hedge Funds envisagent activement cette possibilité, comme le fit feu Lehman Brothers. Goldman Sachs s’est massivement investi dans le lobbying pour la loi « Cap and Trade », et se situe en bonne position pour ramasser les milliards. Ce n’est probablement pas par accident qu’Al Gore lui-même est associé à ces activités. La vente d’indulgences bat déjà son plein, avec des organismes qui vendent déjà des compensations à l’empreinte carbone de certains, tout en affirmant que ces compensations ne sont pas la bonne solution. Les possibilités de corruption sont immenses. Archer Daniels Midlands, numéro un de l’agro-alimentaire américain, a fait pression avec succès pour obliger l’ajout d’éthanol à l’essence, et la demande d’éthanol qui en a résulté contribue déjà à la hausse importante des prix du maïs, et est à mettre en relation avec la détresse du monde en développement. Et finalement, il y a de nombreux individus bien pensants qui ont permis aux propagandistes de les convaincre qu’en acceptant la vision alarmiste du changement climatique d’origine humaine, ils répandent l’intelligence et la vertu. Pour eux, c’est leur bien-être psychique qui est en jeu.

Avec de tels enjeux, on peut sans hésitation suspecter la présence d'un sentiment d’urgence provoqué par l’éventualité que le réchauffement aurait cessé, ainsi que par l'impression que le consensus sur l'idée que ce réchauffement serait du dans une large mesure à l’homme serait en train de se désintégrer. Pour ceux qui sont engagés dans les projets les plus vénaux, il est alors véritablement impérieux d’agir vite, avant que le public ne prenne conscience de la situation. Toutefois, pour les leaders plus sérieux, la nécessité de résister courageusement à l’hystérie est claire.

Gaspiller des ressources à lutter symboliquement contre l’actuel changement climatique n’est pas un substitut à la prudence. Pas plus que la supposition que le climat terrestre ait atteint son niveau de perfection au milieu du vingtième siècle n’est un signe d’intelligence. Trait_html_691a601b.jpg

Réferences:

- Barkstrom, B.R., 1984: The Earth Radiation Budget Experiment (ERBE), Bull. Amer. Meteor. Soc., 65, 1170–1185.

- Douglass,D.H., J.R. Christy, B.D. Pearsona and S. F. Singer, 2007: A comparison of tropical temperature trends with model predictions, Int. J. Climatol., DOI: 10.1002/joc.1651

- Keenlyside, N.S., M. Lateef, et al, 2008: Advancing decadal-scale climate prediction in the North Atlantic sector, Nature, 453, 84-88.

- Lindzen, R.S. and Y.-S. Choi, 2009: On the determination of climate feedbacks from ERBE data, accepted Geophys. Res. Ltrs.

- Lindzen, R.S., 2007: Taking greenhouse warming seriously. Energy & Environment, 18, 937-950. Ramanathan, V., M.V. Ramana, et al, 2007: Warming trends in Asia amplified by brown cloud solar absorption, Nature, 448, 575-578.

- Santer, B. D., P. W. Thorne, L. Haimberger, K. E. Taylor, T. M. L. Wigley, J. R. Lanzante, S. Solomon, M. Free, P. J. Gleckler, P. D. Jones, T. R. Karl, S. A. Klein, C. Mears, D. Nychka, G. A. Schmidt, S. C. Sherwood, and F. J. Wentz, 2008: Consistency of modelled and observed temperature trends in the tropical troposphere, Intl. J. of Climatology, 28, 1703-1722.

- Schwartz, S.E., R.J. Charlson, R.A. Kahn, J.A. Ogren, and H. Rodhe, 2010: Why hasn't the Earth warmed as much as expected?, J. Climate, 23, 2453-2464.

- Smith, D.M., S. Cusack, A.W. Colman, C.K. Folland, G.R. Harris, J.M. Murphy, 2007: Improved Surface Temperature Prediction for the Coming Decade from a Global Climate Model, Science, 317, 796-799.

- Tsonis, A. A., K. Swanson, and S. Kravtsov, 2007: A new dynamical mechanism for major climate shifts, Geophys. Res. Ltrs., 34, L13705, doi:10.1029/2007GL030288

- Wong, T., B. A. Wielicki, et al., 2006: Reexamination of the observed decadal variability of the earth radiation budget using altitude-corrected ERBE/ERBS nonscanner WFOV Data, J. Climate, 19, 4028–4040. Trait_html_691a601b.jpg

Richard Lindzen est titulaire de la chaire de météorologie au prestigieux Massachussetts Institute of Technology. L’article a été publié le 15 janvier dernier par le GWPF créé par Lord Nigel Lawson sous le titre "A Case Against Precipitous Climate Action".