.Cependant, contrairement à cette prédiction, le continent est très affecté par la récession. La crise a assombri plus encore les perspectives économiques de l’Afrique et l’incertitude plane sur combien de temps encore la récession va durer. Déjà l’impact de la crise financière sur le développement se traduit de manière évidente par une prévision de taux de croissance de 3,3% cette année, soit moitié moindre que sur la moyenne de la décennie passée.

Cela a affecté les progrès significatifs de l’Afrique lors de la dernière décennie et exacerbe d’autant l’impact des augmentations spectaculaires des prix alimentaires et la volatilité des cours du pétrole, qui ont alimenté l’inflation et atténué les perspectives de croissance.

Par l’intermédiaire des liens financiers de l’Afrique avec le reste du monde, des pays tels que l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Ghana et le Kenya ont été touchés les premiers : les marchés d’actions ont été déprimés, les flux de capitaux se sont inversés et il y a eu des pressions sur les taux de change. En Afrique du Sud ou au Nigéria par exemple le financement externe des entreprises et des banques se fait rare. L’effet de la crise peut même s’intensifier parce que le tarissement du crédit au niveau global accentue directement l’impact de la récession, accroissant les risques du financement du commerce international et les autres flux de capitaux.

En même temps, les devises locales de nombreux pays africains ont connu une dépréciation, et il y a eu des baisses importantes des cours sur les marchés d’actions, les investisseurs étrangers vendant des proportions importantes de leurs parts.

L’impact

L’impact de la récession mondiale sur le continent est extrêmement important. Il menace les progrès atteints grâce aux réformes économiques mises en place pour assurer que l’Afrique soit une destination plus attractive pour les capitaux privés. De plus, la crise a généré des fuites massives de capitaux, entrainant des dépôts de bilan dans de nombreux secteurs.

Pour l’Afrique, un ralentissement des flux entrants de capitaux privés affectera négativement les économies qui se sont reposées sur ces flux pour financer l’investissement qui est tant nécessaire, en particulier l’investissement d’infrastructure. Dans la même veine les prix des marchandises s’effondrent, ce qui cause du tort aux exportateurs mais aide les importateurs.

Il y a eu une réduction des flux entrants de capitaux privés et une fuite des capitaux. Les prévisions des entrées nettes de capitaux table sur une baisse de 300 millions de dollars en deux ans, soit une baisse de 25%. Les sorties de capitaux mènent à brader les titres.

Par exemple au Nigéria, les prix des titres ont chuté, les investisseurs étrangers se retirant pour minimiser leurs pertes. Au même moment le All Share Index (ASI) et la capitalisation du marché ont décliné inexorablement depuis des mois. L’ASI est passé d’un pic de 66271 sous les 25000, ce qui correspond à 89,2 milliards de dollars et 23,3 milliards de dollars de capitalisation respectivement. C’est une baisse de plus de 100 %.

Comme la crise économique affecte les exportations, de nombreux pays ont noté une réduction significative de leurs recettes d’exportation. Et cela a eu un impact sévère sur les flux de revenus des États. De plus, une chute brutale des prix ces derniers mois pour des marchandises telles que le platine, le cuivre, le nickel ou l’or a ralenti la croissance économique et mené à une baisse significative des revenus. La crise a affecté aussi les transferts annuels d’argent en provenance de la diaspora africaine, généralement 15 milliards de dollars. Les pays africains souffrent d’une forte dépendance à ces transferts : en pourcentage des revenus d’exportation, les transferts représentent 60% au Lesotho, 40% en Ouganda et entre 15 et 25% au Sénégal, en Guinée-Bissau, au Togo, au Bénin et au Burkina-Faso.

Il ne fait pas de doute que la plupart des pays du continent sont en position de vendeurs, et les économies occidentales, en position d’acheteur. Ainsi, les produits agricoles et minéraux tels que le pétrole, le platine, le cuivre, le café, le cacao, les fleurs, mais aussi le tourisme, seront affectés du fait de cette crise. Déjà les gains générés par la libéralisation du commerce international sont en train de s’éroder. Alors que la crise financière a fait plonger les prix des marchandises, le libre échange a décliné lui aussi.

Le flux de commerce international se réduit déjà sur le continent. Selon les Ministres des finances africains et les Gouverneurs de banque centrale, les économies africaines pourraient subir des pertes de revenus d’exportations de l’ordre de 578 milliards de dollars sur les deux prochaines années.

Face aux impacts sérieux de la crise financière dans les pays développés, on constate de nombreux retours en arrière en matière de politique de libéralisation du commerce, avec un retour en force du protectionnisme. A cet égard, de nombreux pays développés ou en développement, ont érigé un certain nombre de barrières aux importations.

Par exemple, en novembre dernier les dirigeants du G20 ont signé une promesse les engageant à éviter les mesures protectionnistes. Pourtant, selon la Banque Mondiale, durant la deuxième moitié de 2008, 17 pays du G20 ont mis en place 47 mesures qui restreignent en fait le commerce international.

Face à de telles menaces, les représentants du monde entreprises au G20 ont détaillé les impacts. Par exemple, sur 78 mesures, 66 impliquaient des restrictions commerciales, et 47 ont effectivement pris effet par la suite selon une recherche récente publiée par VoxEU.org.

Selon Antoine Bouet et David Laborde de l’International Food Policy Research Institute, les hausses de droits de douane ne comprennent que près de la moitié de ces actions. Si tous les pays faisaient de même, le taux mondial de droit de douane sur les importations doublerait et le commerce mondial chuterait de 7,7%. Ces mesures protectionnistes ont déjà réduit les exportations de l’Afrique de 30 %.

De manière ironique, de nombreux pays prendront des mesures protectionnistes moins évidentes, en jouant sur les normes sanitaires, techniques ou les autorisations. Il ne fait aucun doute qu’une montée du protectionnisme constituerait un obstacle sérieux à la reprise interne comme mondiale, en particulier pour les pays africains.

L’aide pour la croissance.

Après des décennies d’échec de l’aide internationale et des obligations faramineuses de remboursement de prêts, la Banque Mondiale vient de mettre à nouveau sur la table un « prêt sans intérêt » de deux milliards, pour atténuer les effets de la crise financière mondiale.

L’accent important mis sur l’aide, les prêts et l’effacement de la dette ont fait passer les interventions de l’Occident comme responsables de la réduction de la pauvreté en Afrique. Cependant, après des décennies d’aide extérieure en Afrique, ces politiques ont causé du tort plutôt qu’aidé l’Afrique. De plus, contrairement à ce qui était prévu, l’aide a échoué à stimuler la croissance ou la réforme, et par conséquence, a encouragé le gaspillage et la corruption.

Par exemple, l’aide a financé 40% des dépenses militaires en Afrique. De la même manière, l’annulation de la dette n’a pas permis d’empêcher que les pays africains s’enfoncent à nouveau dans l’endettement. Le soi-disant prêt sans intérêt ne fera encore qu’alourdir insidieusement la dette des pays récipiendaires.

Un survol de l’Afrique aujourd’hui nous révèle que la plupart de cette aide extérieure et de ces prêts est utilisée pour financer des projets boiteux, des « éléphants blancs ». Il est intéressant de constater que la plupart de ces projets sont DRAINPIPE, jamais finis et donc abandonnés. Par exemple, le projet d’Ajaokuta Steel a englouti 4 milliards de dollars mais n’a jamais été achevé. Au moment où les militaires partaient en 1998, il se disait que le projet avait généré des gains de l’ordre de 2 millions de dollars pour les divers dirigeants de l’État.

Ainsi, les appels à un nouveau Plan Marshall et un accroissement de l’aide extérieure des nations occidentales sont sans doute une mauvaise idée. En dollars d’aujourd’hui, sous l’égide du Plan Marshall plus de 100 milliards de dollars ont été déboursés sur quatre années après la deuxième guerre mondiale. L’Afrique é déjà reçu l’équivalent de 5 Plans Marshall. De plus l’aide en faveur de l’Afrique a connu une tendance à la hausse et se situe à des niveaux historiquement élevés. L’assistance nette au développement en Afrique était de 24 milliards de dollars en 2003, ce qui signifie que la région reçoit actuellement des niveaux d’aide comparables à ceux du Plan Marshall.

L’avenir

Au vu des effets de la crise financière, que réserve donc l’avenir à l’Afrique en termes de développement et de croissance économique ? Il y a des défis à la fois pour les pays africains eux-mêmes et pour les pays occidentaux. La libéralisation du commerce international au sein de l’Afrique et en dehors constitue le potentiel le plus important pour aider l’Afrique à émerger de la pauvreté. Pourtant c’est un domaine qui a connu peu de progrès. Les négociations sur la libéralisation du commerce international sont dans l’impasse et la menace du protectionnisme pointe son nez.

Il ne fait aucun doute que l’Afrique reste une des régions les plus pauvres et les moins libres économiquement de la planète. L’Occident devrait faire tout ce qui est ne son pouvoir pour aider l’Afrique à s’intégrer dans le grand concert mondial. De ce point de vue, les pays occidentaux devraient éliminer les mécanismes de distorsion du commerce international et les restrictions qui demeurent encore sur les exportations africaines, ainsi que mettre un terme aux subventions agricoles occidentales.

Alors que l’occident a un rôle à jouer pour intensifier le développement en Afrique, ce sont les Africains eux-mêmes qui devront mettre ne place les changements nécessaires pour combattre les effets de la crise financière et la pauvreté. En réalité, les obstacles majeurs à la croissance économique en Afrique se situent au niveau des politiques publiques et des institutions africaines, telles que les réglementations coûteuses des affaires et une faible protection des droits de propriété.

La première chose à l’ordre du jour est que les pays africains devraient développer des institutions efficaces et créer un environnement favorable pour l’essor entrepreneurial. De nombreuses entreprises en Afrique sont informelles. Elles ont été forcées d’adopter cette solution du fait de procédures formelles étouffantes. Les encourager à entrer dans le formel en éliminant les barrières artificielles à l’entrée accélèrera le développement.

L’Afrique ressent plus fortement l’effet de la crise financière parce que le continent a échoué à diversifier ses exportations au delà des richesses de son sous-sol qui a représenté une vache à lait pour les États depuis des années. Si le prix de ces marchandises décline, il est évident que les revenus vont être affectés. Le continent africain pourrait se porter mieux si les pays du continent pouvaient diversifier leurs exportations et arrêter de se reposer sur des exportations mono-produit.

En plus de ces questions, le commerce intra-africain n’a pas été véritablement encourageant. De nombreux pays africains ne commercent pas entre eux. Le pourcentage des exportations intra-régionales africaines dans les exportations vers le reste du monde est d’un ridicule 9%. Ce pourcentage est de 43% en Asie. Cette raison seule est déjà responsable du déclin de la part de l’Afrique dans le commerce mondial, passant de 6% à moins de 2% sur les 26 dernières années.

L’Afrique doit préparer son avenir pour surmonter les effets de la crise actuelle. Sortir de cette crise ne pourra pas arriver par chance. Il est important que l’Afrique, pour relever les défis du 21ème siècle, pose comme priorité de promouvoir la liberté économique, l’état de droit, la protection des droits de propriété, et surtout le démantèlement des barrières aux affaires. Voilà le plus sûr moyen de surmonter la récession actuelle, éliminer la pauvreté et favoriser la prospérité et ne pas se reposer simplement sur l’aide extérieure.

Ces institutions favorables à la croissance ont fonctionné ailleurs et elle elles peuvent aussi fonctionner en Afrique.

Merci de votre attention.