L'Autriche est La Mecque de ce courant, Ludwig von Mises est leur prophète, et "La Route de la Servitude", le célèbre ouvrage de Friedrich von Hayek, leur Bible.

On les désignent habituellement sous le vocable de « Goldbugs », étiquette qui, selon l'école à laquelle on appartient, emporte une connotation plus ou moins positive ou négative. Le camp des disciples d'Hayek est persuadé qu'ils détiennent la vérité. A l'inverse les héritiers de Keynes considèrent qe que ce sont eux, les « Autrichiens », qui sont fous. D'où le titre de cet article.

Ce qui qui les oppose est de savoir comment le système monétaire et financier international devrait – ou ne devrait pas – fonctionner. Autrement dit, son mode de gouvernance.

Le champ de bataille

Il est n'est pas exagéré de dire que Keynes est l'économiste le plus connu et le plus écouté dans le monde d'aujourd'hui. Il a passé sa vie à plaider pour une intervention active de l'Etat dans la gestion de l'économie. Sa conviction était que, si les marché sont livrés à eux mêmes, ils génèrent des déséquilibres qui engendrent le chômage et d'inutiles souffrances pour les populations. Il est donc du devoir de l'Etat d'utiliser tous les outils budgétaires, fiscaux et monétaires dont il dispose pour ramener l'économie à l'équilibre.

Les théories de Keynes se sont traduites, au niveau international, par la mise en place du système des accords de Bretton Woods, qui datent de 1944, et à la rédaction desquels Keynes lui-même a directement contribué. La plupart des Etats ont abandonné l'étalon-or et rattaché leurs monnaies au dollar US devenu, après la guerre, la monnaie mondiale dominante. Dans ce système, le dollar restait convertible en or au taux de 35 dollars l'once. Chaque pays conservait, sous certaines conditions, la possibilité de dévaluer (ou réévaluer) sa monnaie par rapport au dollar, mais il était prévu que la correction des déséquilibres relevait en priorité des interventions du Fonds Monétaire International que l'on venait de créer, et dont le quartier général se trouvait à New York.

C'est ce système qu'Hayek a toujours combattu. Au nom de ce que toute interférence publique avec le libre fonctionnement des lois économiques conduit à l'inefficacité et à la destruction des libertés. Son livre "The Road to Serfom" (La route de la servitude)repose sur deux idées de base. D'abord que laisser les marchés fonctionner librement, sans entraves, est le meilleur moyen d'obtenir une allocation efficace des ressources. Ensuite que toute ingérence de l'Etat dans le libre fonctionnement de l'économie conduit nécessairement à la dictature et à l'oppression – d'où le titre de l'ouvrage. A cet égard, il faut se rappeler que Hayek fut le contemporain d'Hitler et de Staline, tous deux adeptes ostensibles d'une dictature socialiste.

Quant au système monétaire international, Hayek était partisan de l'Etalon or. Sa caractéristique est que la valeur d'une monnaie est liée au stock global d'or détenu dans les coffres de sa banque centrale. Si la balance commerciale du pays est durablement déficitaire, cela s'y traduit par un réduction de la base monétaire, qui déclenche un processus de déflation des prix, et par là même incite ensuite les capitaux à revenir. Si l'or afflue dans les caisses de la banque centrale en raison d'un excédent durable du commerce extérieur, cela entraîne une croissance non contrôlée de la masse monétaire qui, à son tour, crée de l'inflation, et incite les détenteurs de capitaux à aller voir ailleurs pour y trouver des occasions d'investissement moins chères. C'est ainsi, par ce double mécanisme, que le système s'auto-équilibre, sans que l'Etat ait besoin de s'en mêler.

Depuis qu'en 1973 les Etats-Unis ont définitivement tourné le dos à l'étalon-or et abandonné le régime de Bretton Woods, les deux parties ne cessent de s'affronter. En position de défense on trouve quasiment tous les keynésiens qui expliquent que revenir à l'étalon-or traditionnel ramènerait tous les maux de la déflation – une entrave majeure à la croissance et à la prospérité économique. En position d'attaque se trouvent au contraire les disciples d'Hayek pour qui c'est l'Etat qui est toujours la cause de tous nos maux économiques et sociaux.

Des deux adversaires, lequel a raison ?

En fait, les deux à la fois. Ou, plutôt, il vaudrait mieux dire que chacun a un peu raison et en même temps un peu tort, dans la mesure où, quelle que soit la solution qui prévaut, cela vaut toujours mieux que le chaos monétaire et l'anarchie.

Des économistes de la Banque d'Angleterre ont récemment entrepris de comparer les résultats économiques associés à chacun de ces régimes monétaires depuis le début du 20ème siècle. Le tableau ci-dessous montre que le taux de croissance moyen enregistré sous le régime Bretton Woods fut le double de celui de l'époque de l'Etalon or, et 100 points de base au dessus de la performance du système actuel . Quant à l'inflation, l'étalon-or bat tous les autres systèmes, tant Bretton-Woods que le régime actuel, et de très loin.

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Ceci dit, là où les enseignements sont particulièrement intéressants, c'est lorsque les auteurs de l'étude s'intéressent à l'effet de chaque régime sur le rythme des crises monétaires. Leurs travaux révèlent en effet que tant l'Etalon-or que Betton-Woods étaient, de ce point de vue, infiniment supérieurs au système actuel. A l'époque de Bretton-Woods, on a enregistré en moyenne 0,1 crise bancaire par an. Depuis 1972, nous en comptons en moyenne 2,6. La même chose pour les crises monétaires. Pendant toute la période de l'Etalon-or, le monde a vécu avec 0,6 crises monétaires par an en moyenne; chiffre qu'il faut comparer aux 3,6 que nous avons connu depuis 1972. De ce point de vue, ainsi que le montre le tableau ci-dessous, le système actuel est clairement le pire de tous.

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Si l'on peut faire confiance à l'étude de la Banque d'Angleterre – et il n'y a pas de raison d'en douter -, alors, l'évidence qui s'impose est que notre système monétaire international actuel est en pleine faillite.

Certains conclueront que le système keynésien de Bretton-Woods était peut-être meilleur que l'Etalon-or à la Hayek.

Mais la seule chose dont nous soyons sûrs était que, chacun ayant ses propres avantages et ses propres faiblesses, il y a toutes chances pour que le débat ne s'arrête jamais. Grâce à cette étude, nous disposons cependant, aujourd'hui, de faits concrets et réels sur la base desquels on peut discuter. Trait.jpg

Article de John Maxfield publié sur le site The Motley Fool sous le titre "Are Goldbugs Crazy", en date du 24 janvier 2012. Nousdevons à Jerry O'Driscoll, du Cato Institute, d'avoir attiré notre attention dessus. Traduction d'Henri Lepage