Nous vous conseillons de suivre la conférence de Bertrand Lemennicier en affichant également ce diaporama. La caméra a filmé la suite des diapos présentées, mais ne reste pas suffisamment longtemps sur chacune d'elles pour en permettre une lecture attentive.

Lemennicier analyse spatiale des votes et les élections présidentielles 2012 (1)

Le modèle de Bertrand Lemennicier indique qu'il faudrait que François Hollande réunisse actuellement, sur son nom, au moins 32,5% des intentions de vote exprimées dans les sondages pour qu'il soit sûr d'être élu au second tour. Or son score dans les sondages des trois derniers mois reste inférieur à ce chiffre. D'où la prédiction qu'il ne sera pas élu.

L'analyse présentée dans son texte du 12 février était fondée sur les résultats des sondages du mois de janvier. Bertrand Lemennicier a refait ses calculs en tenant compte des sondages publiés au cours de la première quinzaine du mois de mars. Ceux-ci ne modifient pas ses conclusions. Au contraire : la distance du candidat Hollande par rapport à l'électeur médian national a tendance à s'accroître, ce qui serait signe d'un affaiblissement supplémentaire de ses chances d'être le vainqueur.

Une telle divergence des conclusions auxquelles arrive Bertrand Lemennicier par rapport aux prédictions que livrent les sondages pour le second tour pose évidemment un réel problème. Comment expliquer un tel écart des pronostics ?

Rappelons qu'il s'agit d'un modèle qui est fondé non sur un sondage des intentions de vote telles qu'elle sont actuellement exprimées, mais sur une analyse rétrospective de la manière dont, dans le passé, les sondages d'opinion se corrélaient avec le résultat final des élections. Le modèle indique seulement que si les électeurs continuent de se comporter "rationnellement" - c'est à dire qu'au second tour ils votent pour le candidat qui est le plus proche de leur préférence première indiquée par leur vote du premier tour -, normalement François Hollande ne devrait pas être élu.

Ceci laisse évidemment ouverte la possibilité que, pour une fois, à la différence de ce qui se passait lors des élections précédentes, un grand nombre d'électeurs se comportent de manière "irrationnelle" - c'est à dire votent au second tour pour le candidat qui est en fait le plus éloigné de leur préférence première. Autrement dit, qu'une proportion assez large d'électeurs qui, traditionnellement, votent à droite décident pour une fois de voter pour le candidat de gauche simplement parce qu'il éprouvent un violent sentiment de rejet vis à vis de Nicolas Sarkozy.

La question que l'on est ainsi amené à se poser est de savoir si la violente campagne médiatique dont le Président est l'objet depuis de nombreux mois peut suffire à inciter un nombre suffisant d'électeurs votant traditionnellement pour le candidat de droite à modifier leur choix pour cette élection.

La réponse n'est pas évidente, comme le fait d'ailleurs apparaître clairement la discussion qui a suivi l'exposé de Bertrand Lemennicier.

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On peut, d'un côté, estimer que le sentiment anti-Sarko est aujourd'hui si intense qu'il rend plus que probable un tel vote sanction. On peut aussi penser que beaucoup de gens qui, lorsqu'ils sont sondés, expriment publiquement un fort sentiment anti-Sarkozy (sans que cela les engage à quoi que ce soit) votent finalement de manière différente lorsque, dans l'isoloir, ils sont finalement confrontés à la perspective d'élire un Président qui n'appartient pas, et que tout oppose au camp et aux idées pour lesquels ils ont l'habitude de voter - autrement dit que, dans l'isoloir, ils reviennent à un comportement "rationnel".

C'est ce qui rend les prochaines élections doublement intéressantes. Nous allons pouvoir tester en grandeur nature si réellement des réactions psychologiques de court terme (et notamment les cascades médiatiques) peuvent suffire à modifier significativement les résultats d'une élection dans un sens différent de ce que l'analyse des comportements électoraux de long terme permettraient de prévoir - sachant qu'à l'heure actuelle la majorité du corps électoral se situe plutôt à droite, et l'est encore plus que ce n'était le cas lors des élections précédentes.

Les projections de Bertrand Lemennicier ont été révisées depuis la date de la conférence pour tenir compte de l'évolution des sondages jusqu'au 15 avril 2002. Une version actualisée de son texte publiée en février a été mise en ligne sur son site (cliquer ici>). Selon ces derniers calculs, il apparaît que l'élection de François Hollande devient désormais tout à fait possible, sinon probable - alors que les estimations du mois de février semblaient exclure un tel résultat. (18 avril 2012) Trait.jpg

Vous pouvez aussi vous contenter de télécharger les enregistrements audio de la soirée :

- l'exposé de Bertrand Lemennicier,

- la discussion qui a suivi.