L’euro/dollar US a rechuté (en dépit des tensions US liées à la négociation entre Obama et les Républicains sur le relèvement de la dette publique des USA qui n’est pas encore certain) et le franc suisse contre l’euro est resté proche de son plus haut historique.

C’est donc peu dire que les mesures arrêtées, en dépit du concert d’auto-congratulation des pseudo-”élites” politico-financières “bling-bling”, n’ont pas convaincu les acteurs des marchés.

Pourquoi? Parce tout un chacun sait très bien que les centaines de milliards engagés - via les Etats par les contribuables - pour éviter la sortie de la Grèce et d’autres Etats de la zone euro, qui ne peuvent plus vivre dans le carcan de la monnaie unique, ne seront jamais remboursés, tout en endettant encore plus la Grèce et ses bienfaiteurs, avec pour conséquence d’aggraver la récession économique et le chômage de masse dans lesquels les a mené l’excès d’endettement initial. Au lieu de faire sortir lesdits Etats de l’euro et de leur permettre le retour à leurs anciennes monnaies nationales, pour pouvoir organiser la restructuration de leurs dettes et leur donner ainsi la bouffée d’oxygène dont ils ont absolument besoin afin de rétablir leur compétitivité, c’est la fuite en avant qui a été décidée.

Comme les Etats créditeurs (l’Allemagne principalement) - de peur de se ruiner- refusent toute “Europe des transferts” généralisés, qui est seule en mesure de prolonger quelque temps la durée de vie de l’Union monétaire européenne, et que les peuples européens ne veulent pas aller vers le fédéralisme complet (euro-bonds, gouvernement économique de la zone euro, construction du “Grand État européen” et ministre des finances unique, renoncement des Etats-nations à toute politique budgétaire indépendante, etc.), qui est seul en mesure d’équilibrer la zone monétaire et économique non optimale dans laquelle ils ont été enfermés par des dirigeants politiques de circonstance n’ayant pas respecté les traités initiaux (lesquels organisent une Union d’États-nations souverains et non pas une fédération), ni le refus déjà démocratiquement exprimé des citoyens d’aller vers plus d’Europe intégrée (rejet populaire du traité de Maastricht par exemple), la monnaie européenne n’a pas d’avenir mais continuera de ruiner tant les Etats que les peuples européens.

L’euro unique n’existe d’ailleurs déjà plus puisque, comme le montre la divergence croissante entre les taux des obligations nationales intra-européennes, il y a en réalité un euro-allemand, un euro grec, un euro italien, etc. Quant à la Banque centrale européenne, qui se dirige vers encore plus de “Quantitative Easing” inflationniste en rachetant, puis en monétisant les obligations européennes les plus pourries (alors que ses statuts et les traités initiaux le lui interdisent), elle ne peut que devenir à terme insolvable. Ce qui va s’accélérer avec la nomination au poste de président de la BCE, que Trichet va bientôt quitter, de Mario Draghi (l’ancien associé de Goldman Sachs qui avait organisé les swaps de dettes pour cacher la réalité des endettements grecs et italiens), imposée par le lobby bancaire qu’il protégera au maximum comme il l’a lui-même déclaré.

Il n’y a guère que le président de la Bundesbank, que l’on a fait taire, à avoir protesté contre les mesures prises.

La seule porte de sortie raisonnable dans le respect des traités initiaux, c’est de revenir aux monnaies nationales gagées par des encaisses-or maximales, pas seulement pour les PIIGS mais aussi pour la France et autres “grands” Etats, en s’inspirant de la politique qu’avait menée le général de Gaulle dès son retour au pouvoir en 1958, l’euro actuel n’étant plus conservé que par cinq Etats, l’Allemagne, l’Autriche. les Pays-Bas, le Luxembourg et la Finlande.

En effet, pour solder l’endettement massif de la France accumulé sous la IVéme République et la perte de valeur constante de la monnaie nationale pendant la même période, de Gaulle décida avec raison en décembre 1958 de dévaluer fortement le franc français de 17,55% et de revenir à l’équilibre strict des finances publiques (en particulier, en mettant progressivement fin aux ruineuses guerres coloniales et au drame algérien). Puis, le 1er janvier 1960, il créa le nouveau franc sur la base de l’échange d’un nouveau franc avec 1oo anciens francs, mais en accumulant des réserves massives d’or visant à garantir ainsi la stabilité retrouvée de la nouvelle monnaie. Tout en participant au Marché commun européen sur la base du respect de l’indépendance et de la souveraineté de la France, c’est-à-dire en refusant toute dérive fédéraliste européenne.

Résultat: la France connut près de dix ans de stabilité monétaire, de budgets équilibrés, d’excédents de commerce extérieur, de croissance économique, d’absence de chômage et de progrès social. Aucun gouvernement n’a fait mieux depuis. De Gaulle n’était pas un étatiste ni un keynésien en matière monétaire mais un libéral (à l’image de son conseiller Jacques Rueff) persuadé qu’il fallait le plus possible couper le lien entre le pouvoir politique et l’émission monétaire et, pour ce faire, revenir à l’étalon-or.

Le général n’a pas pu convaincre les dirigeants occidentaux de l’époque d’aller dans ce sens, mais il avait fait du nouveau franc français quasiment un franc-or. Le succès de sa politique monétaire et économique il n’y a pas si longtemps montre que c’est encore possible, à la condition de refuser qu’elle se décide “à la corbeille”, c’est-à-dire dans le seul intérêt des oligarchies financières actuellement représentées par les grandes banques qui dictent aux hommes politiques leur conduite à tenir - comme on a pu le constater lors du triste sommet de Bruxelles -. Banques qui, contrairement à ce qui vient d’être faussement prétendu par Sarkozy et Merkel, ont sauvé leur mise puisqu’elles ne seront pratiquement pas impactées dans l’affaire grecque, les pertes étant finalement supportées par les contribuables de toute l’Europe et même non européens (Américains, Chinois, Suisses, etc.) compte tenu de l’engagement financier lourd du FMI, Lagarde continuant la même politique que celle de Strauss-Khan.

C’est à l’occasion de la prochaine crise affectant inéluctablement le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie voire la France que les banques perdront des montants considérables quand plus personne ne pourra procéder au “bail-out” des poids lourds de l’UEM. Ce qui est dramatique, c’est qu’un peu partout en Europe, et en France en particulier, presque toutes les formations politiques - qu’elles soit supposées de droite (UMP) ou de gauche (PS) - vivent dans la même célébration du mythe de “l’euro salvateur” au lieu de se rallier à une politique libérale limitant le plus possible le pouvoir central interventionniste et l’influence des banques, comme les Nouveaux Républicains et Tea Party sont en train d’essayer de la mettre en place aux USA en luttant pied à pied contre le socialisme centralisateur d’Obama en réalité organisé au profit du lobby bancaire qu’il a installé au pouvoir.

Le même de Gaulle disait qu’

Une bonne monnaie, c’est une monnaie ni forte ni faible mais une monnaie stable

et que, pour y parvenir, il faut la gager sur

"Le seul actif tangible et ne portant la marque d’aucun État en particulier, c’est-à-dire l’or“.

Telle est la leçon que les acteurs des marchés vont vraisemblablement infliger aux hommes politiques dans les mois à venir, prouvant encore une fois que toutes les monnaies fiduciaires de papier, au surplus apatrides et rejetées par les peuples comme l’euro qui ne profite qu’au cartel bancaire, plus ou moins vite perdent totalement leur valeur en terme de pouvoir d’achat vis-à-vis de l’or -dont le prochain objectif de hausse se situe vers 1.800 USD l’once-.

Tant que les hommes politiques européens ne poseront pas la question de ce que doit être l’Union européenne, à savoir rester une association d’États-nations souverains ou bien de les faire disparaitre dans une fédération supra-nationale, et qu’ils n’obtiendront pas l’accord unanime de leurs peuples au moyen de référendums démocratiques en faveur de ce changement radical, l’Union des 27 et la monnaie européenne (qui n’est adoptée que par 17 d’entre-eux) iront à veau-l’eau de crise en crise jusqu’à l’explosion politique et sociale généralisée. D’autant que l’euro n’est pas une monnaie stable, ainsi qu’en témoignent ses fortes variations depuis sa création, et que sa sur-évaluation actuelle a des effets économiques désastreux pour la plupart des 17 pays qui l’ont adopté dans un contexte international de dévaluations compétitives conduites par la Chine avec son yuan et les USA avec leur dollar sous-évalués qui leur permettent de tirer un bénéfice maximum de la mondialisation. Il n’y avait aucune nécessité technique de créer une monnaie unique en Europe, mais ceux qui l’ont voulu ont crû qu’elle accélèrerait l’intégration complète supposée irréversible des Etats européens dans un Super-État unique. C’est probablement exactement le contraire qui se produira ainsi que de Gaulle, dont le génie politique et stratégique n’est plus à démontrer, l’avait prévu. Heureusement pour elles, la Grande-Bretagne, la Suisse et quelques autres n’ont pas participé à cette funeste réalisation!

L’économiste Pascal Salin prophétisait au moment de la création de l’euro que, dans quelques années,

L’euro apparaitra rétrospectivement comme une tentative pathétique pour essayer de reconstituer les modes de fonctionnement de l’Union soviétique à l’époque d’internet”,

en particulier parce que

L’Europe ne souffrait pas du fait qu’elle n’avait pas de banque centrale unique mais, bien au contraire, qu’il y existait des banques centrales” (nationales),

c’est-à-dire des faux-monnayeurs professionnels patentés par la puissance publique, dont de Gaulle avait compris que, pour en finir avec l’instabilité structurelle, il fallait les reconvertir en simples entrepôts de conservation et de compensation des réserves d’or mais surtout ne pas leur confier la gestion de la monnaie, ainsi que ce fut d’ailleurs heureusement le cas pendant la plus longue période de l’histoire moderne. Tout est là !

Le baromètre du désastre monétaire, financier et boursier annoncé, c’est quand l’or (la meilleure valeur refuge) monte en francs suisses (la moins mauvaise des monnaies fiduciaires de papier), ce qui à nouveau a recommencé depuis trois semaines. Trait.jpg L'original de ce texte de Pierre Leconte a été publié sur le site du Forum Monétaire de Genève, en date du 25 juillet 2011, sous le titre : "Pourquoi les Etats européens doivent-ils s’extraire au plus vite du fiasco de l’euro".