Mais nous espérions que les dirigeants européens auraient la sagesse de laisser la Grèce, puis les autres Etats du sud de la zone euro qui sont incapables d'honorer leurs dettes souveraines devenues trop importantes par rapport à leurs capacités de remboursement, au surplus sans perspective de rétablissement économique tant qu'ils conserveraient l'euro surévalué qui plombe leur compétitivité, faire défaut sur lesdites dettes. Tout en revenant à leurs monnaies nationales, qu'ils pourraient alors dévaluer pour retrouver quelque marge de croissance, leurs dettes souveraines étant alors converties dans leurs monnaies nationales,donc devenues à moyen terme remboursables parce que diminuées du montant de ces dévaluations. Pendant que leurs économies seraient placées sous perfusion du FMI, lequel les aiderait à se restructurer tout en leur prêtant les fonds nécessaires pour ne pas sombrer. Exactement comme cela a fonctionné dans un passé récent pour plusieurs Etats d'Amérique du sud, eux-aussi alors confrontés à un problème de faillite pour cause d'endettement étatique devenu non remboursable. Méthode qui aurait isolé le problème d'endettement des Etats du sud de la zone euro sans mettre en péril tout l'euroland et donc permis à l'euro, allégé de ses poids morts, de se stabiliser contre les principales monnaies. Tout en mettant fin au krach des obligations de ces Etats. Ce qui aurait alors laissé le temps aux Etats du nord pour réformer l'euro.

En revanche, nous estimions que, à l'opposé de l'organisation des défauts grec, portugais, voire espagnol, la mise en place d'un vaste plan de reprise des dettes des Etats du sud de la zone euro par les autres Etats du nord de cette zone -qui n'en n'ont d'ailleurs pas les moyens financiers étant eux-mêmes dans des situations très critiques d'endettement public- ou par la BCE - alors contrainte de monétiser les dettes publiques, ce qui lui est interdit par les traités européens, après qu'elle ait monétisé les dettes privées - détruirait à terme la crédibilité de l'euro. Puisque cette monnaie deviendrait alors aussi mauvaise que le dollar et la livre sterling, dont les banques centrales qui les émettent font aussi fonctionner sans limite la planche à billets pour acheter massivement les emprunts publics sur ordre des gouvernements au risque de provoquer à terme l'hyper-inflation. Quant à la blague de la "stérilisation" de la monétisation des dettes publiques, supposée empêcher tout dérapage inflationniste, c'est le sempiternel argument des banquiers centraux faux-monnayeurs pour perpétrer leur crime!

Finalement, les dirigeants européens, mus par leur réflexe interventionniste keynésien et centralisateur, leur idéologie européiste, comme par leur orgueil démesuré, niant les déséquilibres intenables de la zone euro et pensant triompher des forces du marché, se sont lancés dans le gigantesque bluff du Plan de sauvetage des pays du "Club Med" à 1.000 milliards d'euros! Plan qui était supposé mettre un terme à la double chute de l'euro et des actions européennes (que l'on a en outre, en Allemagne, interdit de vendre à découvert) et à la hausse des taux sur les obligations des Etats du sud de l'euroland. Evidemment, le bluff a déjà échoué puisque c'est le contraire qui s'est produit. Ce qui a conduit ces dirigeants européens à concocter dans la panique certaines mesures de diminution de leurs endettements publics pour tenter de regagner la confiance des marchés. Ce qui est aussi en train d'échouer, puisque ces mesures sont trop minimes pour résoudre le problème de l'endettement public en Europe - lequel va continuer irrémédiablement de croître- mais déjà suffisamment venimeuses pour casser la faible croissance économique partout en Europe!

Sans compter que la méthode employée par ces dirigeants, en contradiction avec les dispositions constitutionnelles prévues par les traités européens et la supposée "indépendance" de la BCE, qui s'apparente à un coup d'Etat, discrédite l'ensemble de la construction européenne laquelle n'a plus rien à voir avec un processus démocratique. Au risque d'un rejet massif de l'Union européenne par les citoyens - qui a déjà commencé en Allemagne et ailleurs - que l'on va plonger dans une paupérisation accélérée, dans un contexte de chômage de masse et de cassure de la protection sociale, pour tenter de sauver un mécanisme monétaire dépassé ! On a déjà fait des révolutions pour moins que cela... Sans parler de l'avancée vers le "gouvernement économique" (c'est-à-dire le Super Etat) européen que les dirigeants vont accélérer pour imposer tous les interdits qu'ils vont maintenant mettre en place en complément de leur Plan, alors que l'Union européenne était supposée constituer une association d'Etats-nations souverains.

Le gâchis est donc complet. L'euro actuel n'y résistera pas. On reviendra rapidement aux monnaies nationales ou bien on ira à la scission de l'euro actuel en deux euros (l'un pour les pays du nord et l'autre pour les pays du sud), à moins que l'Allemagne abandonne elle-même la monnaie unique européenne. En attendant, si l'euro/dollar casse son support vers 1,2150 il s'effondrera vers 1,07 voire plus bas, les actions européennes continueront de chuter puisque tout cela se conjugue avec un krach boursier mondial qui vient de commencer et les pays du "Club Med", dont la note sera abaissée par les agences de notation, soit feront défaut dans la panique, soit verront certaines de leurs banques faire faillite, à moins que les deux processus se réalisent ensemble. La contagion entre les systèmes bancaires ne conduira pas seulement à la faillite de banques au sud de l'euroland mais aussi au nord, voire aux USA et en Asie. Quant au dollar, étant donné qu'il ne monte que par défaut en sa qualité de monnaie de réserve mondiale et non pas parce qu'il offre de meilleures perspectives, cette crise monétaire ne pourra que bénéficier à l'or, la seule valeur refuge par temps troublés.

La conclusion à tirer de tout cela est que la reprise économique ne pourra venir que d'un retour à la confiance envers un Système monétaire international assaini. Ce qui implique que les dirigeants politiques se saisissent d'urgence de cette question au plan international pour y apporter une réponse équilibrée, en cessant de manipuler les monnaies pour les gager une fois pour toutes sur l'étalon le plus stable possible en valeur (c'est-à-dire l'or), reconnu mondialement, dans lequel elles seraient librement convertibles. Si les pouvoirs publics ne vont pas dans ce sens, ce sera le marché qui finira par le leur imposer. Mais il faudra d'abord en passer par la destruction successive de toutes les monnaies fiduciaires de papier, avec le cortège de drames inutiles que cela signifiera ! Trait_html_691a601b.jpg Pierre Leconte est président du Forum monétaire de Genève, gérant de fortune auprès de Fuchs & Associés Finance (Suisse) SA.