Le grand échec du modèle monétaire occidental
Par Pierre Leconte le dimanche 13 mars 2011, 16:44 - Article - Lien permanent
«Le meilleur moyen de détruire un pays est de dévoyer sa monnaie », Lénine
Cela fait des années que nous exposons pourquoi la combinaison d'un Système monétaire monopolisé par les banques centrales et les Etats d'Occident, qui font nécessairement marcher sans limite la planche à billets au seul profit à court terme de quelques oligarques et institutions parasitaires via la surévaluation artificielle des actifs boursiers, structurellement inflationniste parce qu'orienté vers la destruction de la valeur réelle des monnaies c'est-à-dire du pouvoir d'achat de la majorité des populations, combiné au keynésianisme économique débridé, conduisant au surendettement croissant de tous les agents économiques comme des Etats, est complètement destructeur de tous les équilibres monétaires, économiques, politiques et sociaux.
Les équilibres monétaires et économiques ont déjà été détruits par la crise récente et ne sont plus maintenus que par des artifices grossiers comme les Quantitative Easing et les plans non financés dits de « relance » dans des économies occidentales dont la croissance effective est voisine de zéro.
C'est maintenant le tour des équilibres politiques et sociaux d’être atteints, ainsi que l'illustrent la révolte des peuples du monde arabo-musulman qui veulent eux-aussi accéder au mirage de la fausse prospérité occidentale, onde de choc qui atteindra nécessairement tous les pays occidentaux -USA au premier chef- ne serait-ce que par la hausse des prix du pétrole, mais aussi le chômage de masse et la paupérisation de plus en plus de gens dans tous les pays ayant adopté le système de contrefaction monétaire précité. Nous vivons un épisode historique majeur qui se traduira à terme par l'écroulement des structures économico-monétaires et politiques de domination occidentale (en particulier le pétrodollar), basées sur le crédit à tout-va et la dépense effrénée, au profit des valeurs et pratiques asiatiques d'efficacité du travail et de retenue dans la consommation, basées sur l'épargne.
Soulignant l’échec des politiques occidentales de destruction monétaire, le chef économiste de l’UBS Andreas Höfert écrivait dans le quotidien l’Agefi du 2 mars 2011 :
« L’assouplissement quantitatif mené par la Federal Reserve a inondé le monde de liquidités. Ces liquidités ont à leur tout poussé de nombreux prix d’actifs, dont les denrées alimentaires, à la hausse… Cette hausse peut être vue comme l’une des étincelles -à mon avis la principale- ayant précipité les événements en Afrique du Nord et au Moyen Orient ».
Dans l’édification de leur « nouvelle société », il faut espérer que les peuples de la région MENA (Middle East North Africa) s’inspirent des BRIC (Brésil Russie Inde Chine), faute de quoi ils ne sortiront pas de leur marasme économique et social sans l’éradication duquel ils n’accéderont pas non plus un jour à la démocratie réelle.
Les penseurs de l’Ecole autrichienne d’économie ont décrit et prévu l’écroulement du modèle occidental, constitué par le recours à la fausse monnaie et à l’économie administrée manipulée par leurs banques centrales. Il est temps de les écouter en procédant à une réforme drastique du Système monétaire en enlevant à ces dernières tout pouvoir d’émission monétaire pour le rendre aux forces du marché libre via le rétablissement de l’étalon-or ou du bimétallisme or argent-métal, au lieu de perdre encore du temps en essayant de mettre en place une nouvelle combinaison inflationniste constituée par les DTS du FMI qui n’est qu’une fuite en avant aussi nuisible que le sont les monnaies fiduciaires de papier, ainsi qu’hélas y travaille le G20. Puisque, de toutes façons, les dernières forces du marché libre encore en mesure de se manifester replaceront nécessairement l’or et l’argent-métal au centre de la construction monétaire en les faisant monter à des niveaux de prix si élevés que toutes les banques centrales du monde -et non plus seulement celles des BRIC- seront contraintes de les acheter pour reconstituer des réserves monétaires dignes de ce nom.
Le mouvement est irrésistible. Acheter l’or et l’argent-métal, ce n’est pas se réfugier dans des « reliques barbares », ainsi que le pensait faussement Keynes, c’est investir dans les instruments de stabilité du futur.

Pierre Leconte est président du Forum monétaire de Genève et gérant de fortune auprès de Fuchs & Associés Finance (Suisse) SA
Commentaires
Les profs de fac que je vois ont l'air de penser qu'une sorte de mega banque centrale mondiale résoudrait les problèmes monétaires. Je n'arrive pas à comprendre comment on peut s'imaginer que 10 mecs se tromperont moins que 100... Leurs remèdes seront encore pire que les maux aujourd'hui. Quand on voit les milliards injectés qui gonflent les bulles spéculatives... Comment s'imaginer une seule seconde qu'une mega banque centrale pourrait résoudre ces problèmes... C'est assez désespérant.
Vendredi 25 mars 2011 :
La Banque Centrale Européenne est incapable de stabiliser la zone euro. Le Portugal et l'Irlande viennent de battre leurs records : leurs taux à 10 ans n'ont jamais été aussi élevés.
Italie : taux des obligations à 10 ans : 4,758 %.
Espagne : taux des obligations à 10 ans : 5,173 %.
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 7,786 %.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Irlande : taux des obligations à 10 ans : 10,119 %.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 12,576 %.
Lundi 28 mars 2011 :
Les investisseurs internationaux n'ont plus aucune confiance dans la capacité du Portugal à rembourser ses dettes.
Conséquence concrète : les taux des obligations de l'Etat portugais explosent. Les taux atteignent des niveaux ahurissants.
Portugal : taux des obligations à 2 ans : 7,429 %.
Portugal : taux des obligations à 5 ans : 8,693 %.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 7,929 %.
Mardi 29 mars 2011 :
Standard and Poor's abaisse la note de la Grèce et du Portugal.
L'agence de notations Standard and Poor's a annoncé mardi avoir abaissé de deux crans la note de la Grèce à BB-, et d'un cran celle du Portugal à BBB-.
Les investisseurs internationaux n'ont plus aucune confiance dans la capacité du Portugal à rembourser ses dettes.
Les obligations de l'Etat portugais sont en train d'exploser.
Regardez ces trois graphiques :
Portugal : taux des obligations à 2 ans : 7,714 %.
Portugal : taux des obligations à 5 ans : 8,901 %.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 7,978 %.
- Emprunt à 12 mois :
En juillet 2010, le Portugal avait lancé un emprunt à 12 mois : le Portugal avait dû payer un taux d'intérêt de 3,159 %.
Vendredi 1er avril 2011, le Portugal a de nouveau lancé un emprunt à 12 mois : il a dû payer un taux d'intérêt de ... 5,793 % ! (Par comparaison, la France doit payer un taux d'intérêt de 0,475 % pour un emprunt à 12 mois).
Portugal : taux des obligations à 2 ans : 8,721 %.
Portugal : taux des obligations à 5 ans : 9,740 %.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 8,501 %.