Modèle social français : le modèle que tout le monde nous envie, mais que personne ne copie
Par Nicolas Lecaussin le mercredi 15 juillet 2009, 12:03 - Article - Lien permanent
Notre modèle social nous protégerait mieux que les autres face à la crise. Les tenants de l’économiquement correct ont réussi à faire croire qu’on n’était pas si mal que ça dans une France étatisée et bureaucratisée. Le grand argument : nous avons des fonctionnaires en grand nombre, c’est autant de chômeurs en moins, nous avons beaucoup de dépenses publiques et de revenus de redistribution, donc la consommation se maintient à un haut niveau et joue un rôle de volant d’inertie. Un article paru dans « The Economist » laisse entendre que les Anglais nous envient notre système social.
Les statistiques montrent pourtant le contraire. Avec une croissance de 0.8 % en 2008 contre 2 % pour les Etats-Unis et des prévisions beaucoup plus sombres pour 2009 et 2010, la France ne s’en sort pas mieux que les Etats-Unis. Ces jours-ci, les chiffres ont montré une première baisse du chômage en Amérique après 4 semaines consécutives de réduction des inscriptions des demandeurs d’emploi. Par contraste, le dernier rapport de l’INSEE estime que la barre des 10 % de chômeurs sera dépassée avant la fin de cette année 2009. En Europe, la Grande-Bretagne a affiché une croissance positive au premier trimestre alors qu’on s’attendait à – 4 %.
De même, on oublie trop vite le passé glorieux de ce modèle social. Depuis la fin des années 1970, le pays s’est installé dans le chômage de masse à plus de 10 % et plus de 21 % pour les jeunes. L’insécurité dans les banlieues n’a cessé de croître, l’éducation nationale a sorti de ses rangs des centaines de milliers de jeunes sans diplôme et condamnés au chômage de longue durée. Au cours des 25 dernières années, parmi les jeunes qui échappent au naufrage des écoles, lycées et universités, beaucoup partent à l’étranger et leur nombre va croissant. Les contribuables qui fuient l’enfer fiscal sont de plus en plus nombreux, et la taxation de l’épargne freine les investissements. Le modèle français qui se veut « solidaire » est aussi celui des 15 000 morts provoqués par la canicule abandonnés par les services publics, ainsi que celui des syndicats, défenseurs de leurs privilèges et non pas des travailleurs.
Le modèle français, un énorme fromage
Enfin, le modèle social français est surtout celui des inégalités entre le public et le privé, entre ceux qui ont emploi protégé à vie et ceux qui se retrouvent sur le marché du travail. Il est paradoxal – voire grotesque – de parler d’égalité et de solidarité dans un pays où plus de 6 millions de personnes vivent grâce à l’argent public et s’opposent à toute réforme de l’Etat. Salaires, retraites, vacances, le secteur public est nettement mieux loti que le privé. Quand nous savons qu’une ouvrière qui cotise pendant 40 ans 1 euro par mois disposera à sa retraite à 60 ans, 1.60 euros et qu’un agent de la SNCF, pour 1 euro cotisé disposera de 3.20 euros à 50 ans et après seulement 30 ans de cotisations, on peut se demander où est la fameuse égalité à la française ?
Tout en battant le record des prélèvements obligatoires, la France redistribue moins que la plupart des autres membres de l’OCDE, les impôts affectent les Français, les jeunes sont « plombés » par la TVA et les impôts locaux, tandis que les niches profitent aux riches et l’ISF pénalise les classes moyennes. L’Etat français confisque plus de la moitié des richesses créées par les Français et en redistribue moins que les Américains qui ne prélèvent pourtant que 30%. Les écarts entre riches et pauvres se réduisent de 35 % en France et de 42 % aux USA. Où va l’argent ? La réponse tient au fait que le modèle français est devenu un énorme fromage. Il a engendré une énorme bureaucratie, plus d’un million de fonctionnaires en profitent, les politiques s’en servent à des fins électoralistes et les syndicats le brandissent comme le modèle à suivre. Il n’y a que les hauts fonctionnaires énarques de Bercy pour ne pas comprendre que l’impôt sur le revenu et les prélèvements obligatoires sont inefficaces et que ce n’est sûrement pas en augmentant le taux d’imposition qu’on fera baisser les déficits publics.
Qui plus est, faute de contrôle, les allocations distribuées ne vont pas toutes aux pauvres et sont largement grignotées par des armées de fonctionnaires « en charge de la redistribution ». C’est véritable caste profitant de l’Etat Providence qui est apparue et qui se reproduit. D’après Le Petit Robert, le « modèle » est un mot associé à un autre mot qui est celui de « copier ». Or, dans le cas du modèle social français on peut dire que c’est le modèle que tout le monde nous envie mais que personne ne copie !
Ancien président de l'iFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques) et Directeur de la revue Société Civile, Nicolas Lecaussin est Directeur du développement de l'IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales) Nicolas Lecaussin a reçu le Prix du livre libéral 2005, décerné par l'ALEPS (Association pour la Liberté Economique et le Progrès Social) pour son ouvrage "Cet Etat qui tue la France", édité chez Plon. Il vient de publier un nouveau livre : "Au secours, ils veulent le peau du capitalisme !"
Commentaires
Diatribe habituelle contre les fonctionnaires sans la moindre analyse à partir du budget de l'Etat et de la répartition entre dépenses pour la fonction publique et dépenses d'intervention.De méme , aucune analyse sérieuse sur la destination finale des prélévements sociaux.
La maxime bien connue : l'argent public finit dans les poches privées est pourtant bien mise en valeur en France.
Il y a fonctionnaires et fonctionnaires. Le cas des cheminots n'a rien à voir avec celui des enseignants, sauf pour la sécurité d'emploie. Mais retraites, salaires et conditions de travail n'ont rien à voir entre ses 2 catégories.
Plus près des cheminots, on peut trouver les fonctionnaires des impôts par exemple. Mais dans l'EN, après Bac+5:
- pas de salaires mirobolants mais une smicarisation qui s'installe.
- une entrée en carrière tardive à cause des études (qui peuvent être rachetées à un tarif décourageant) associée à une durée de vie active de 41 ans (en augmentation régulière) amènera plusieurs professeur à devoir enseigner au delà de 65 ans.
- une durée hebdomadaire de travail en hausse continue avec en cause une réunionite aigüe.
- des conditions de travail de plus en plus difficiles, car les professeurs ne transmettent plus leurs connaissances, mais gardent des fauves en cage.
Merci pour ce tres bon article. J'espere que d'autres suivront.
Merci pour cet article qui va enormement me servir.