Bien loin de représenter une avancée majeure, Copenhague — comme on pouvait s’y attendre — n’a strictement rien apporté de nouveau. La seule chose qui ressemble le plus à un engagement est la promesse des pays développés de payer 30 milliards de dollars d’« aide climatique » au monde en voie de développement au cours des trois prochaines années; aide censée passer à 100 milliards par an à partir de 2020. Non seulement elle n’est pas juridiquement contraignante (et c’est probablement tant mieux), mais il n'existe aucune espèce d’accord sur les pays vers lesquels elle est sensée être dirigée, pour quels montants, et à quelles conditions.

Les raisons de l'échec complet et absolu de Copenhague sont à la fois fondamentales et insolubles. La première est que le coût économique d’une élimination du carbone des économies de la planète est immense : au moins du même ordre de grandeur que tout avantage qui pourrait résulter d'un monde où il ferait moins chaud au cours du siècle prochain.

La raison pour laquelle nous nous servons principalement d'énergie à base de carbone ne tient pas au pouvoir politique des lobbies pétroliers, ni à celui de l'industrie du charbon. Elle résulte du fait qu'aujourd’hui celle-ci est de loin la source d'énergie la moins chère, et qu’elle a des chances de le rester, sinon pour toujours, du moins pour un avenir prévisible.

Passer à une énergie bien plus chère pourrait être acceptable pour nous, citoyens du monde développé (bien que je n’en aie encore vu aucune preuve à ce jour). En revanche, dans le monde en développement, y compris les pays en développement rapide comme la Chine et l'Inde, il existe encore des dizaines, sinon des centaines de millions de personnes qui souffrent d’une extrême pauvreté, et de ses conséquences en termes de malnutrition, de maladies évitables et de décès prématurés.

La priorité absolue pour le monde en développement devrait aller à la recherche du taux de développement économique le plus élevé possible; ce qui veut dire, entre autres choses, recourir aux sources d'énergie les moins chères qui soient disponibles : à savoir, l'énergie fondée sur le carbone.

En outre, l'argument selon lequel les générations d'aujourd'hui devraient faire ce sacrifice humain et économique au profit des générations futures, dans 100 ans et plus, est d'autant moins convaincant que ces futures générations, quels que puissent être les problèmes causés par le réchauffement, seront en fait beaucoup plus riches que les précédentes.

C'est d'ailleurs l'hypothèse sur laquelle les scientifiques du climat fondent leurs propres projections. Les prévisions en matière d'émissions de carbone sont déduites de projections portant sur la croissance économique, et ce sont ces émissions de carbone (calculées à partir de modèles informatiques quelque peu hypothétiques) qui, à leur tour, déterminent le niveau de réchauffement climatique anticipé (par ces mêmes modèles).

Tout cela se recoupe avec la seconde raison fondamentale pour laquelle Copenhague a échoué, et pourquoi Mexico (si nos dirigeants s’entêtent à prolonger cette futile mascarade) échouera tout autant. Cette raison-là, c'est le problème du partage du fardeau. A savoir : quelle part du coût économique de l’élimination du carbone faut-il mettre à la charge du monde développé (qui est à l'origine de la plupart des émissions passées) ? et quelle part imputer aux nations en développement (qui devraient représenter l’essentiel des émissions à venir) ?

Le Rapport Stern de 2006 - à l’évidence le plus minable document pseudo-scientifique et pseudo-économique qu’aucun gouvernement britannique ait jamais produit - prétend que la charge globale serait très faible. Si c’était vraiment vrai, le problème du partage serait rapidement résolu, comme cela s'est passé pour l'élimination progressive des chorofluorocarbones (CFC) en vertu du Protocole de Montréal de 1987. Mais la vérité est qu’éliminer le carbone implique un coût incommensurable, de sorte que répartir cette charge-là est un problème insoluble.

En outre, toute évaluation de l'impact d’un éventuel réchauffement à venir est inévitablement des plus hypothétique, étant donné qu'il ne dépend pas seulement des incertitudes de la science du climat, mais aussi de découvertes techniques à venir qu’on ne connaît pas encore. Par conséquent ce qui est en cause, c’est l’évaluation du risque.

Or ce risque-là ne saurait être à sens unique : le risque d'une flambée de protectionnisme à la manière des années 1930 — au cas où le monde développé en viendrait à abjurer l'énergie bon marché, et se retrouvait confronté à une concurrence accrue de la part de la Chine et d'autres pays en industrialisation rapide qui, comme elle, auront refusé de faire ce que nous faisons - est probablement plus grave que tout risque venant du réchauffement.

Ceci dit, il n'existe même pas de fondement théorique (et encore moins pratique) sur lequel fonder un hypothétique accord global sur le partage des charges, puisque, du moins pour le risque de réchauffement climatique (mais aussi dans d'autres domaines) l'intensité de l'aversion au risque n’est pas la même partout. Non seulement l'aversion au risque diffère selon les cultures, mais il est vrai aussi qu'en général les pays les plus riches ont tendance à craindre davantage le risque que les pays plus pauvres - ne serait-ce que parce qu'ils ont plus à perdre !

Le moment est donc venu d'en finir avec cette folie d'accord à la Kyoto (qui a connu son apothéose, la semaine dernière, à Copenhague), et de passer au plan B.

Les grandes lignes d'un tel plan sont faciles à énoncer. D'abord et avant tout, nous devons faire ce que l'humanité a toujours fait - c'est à dire chercher à nous adapter à tout changement de température qui pourrait se produire à l'avenir.

Cela nous permettra d'empocher les avantages liés au réchauffement (et il y en a beaucoup !) tout en en réduisant les coûts. Aucun de ces coûts n'est vraiment nouveau. Il s'agit le plus souvent seulement de l'intensification,ou de l'exacerbation de problèmes locaux que le climat nous cause déjà. Traiter directement ces problèmes-là, là où ils se posent, serait beaucoup, beaucoup plus efficace que tout ce dont on a discuté à Copenhague. Agir pour s'adapter ne nécessite aucun accord global, même s’il se peut que nous ayons besoin d'aider les pays les plus pauvres (mais pas la Chine) à mener des politiques de ce type.

Au-delà, le plan B devrait se limiter à envisager un accroissement relativement modeste des investissements publics dans la recherche et le développement des techniques — par exemple dans les domaines de l'énergie, des techniques d'adaptation au climat, ainsi que la géo-ingénierie.

Malgré la preuve évidente que Copenhague est une débâcle, il ne sera pas facile de convaincre nos dirigeants de passer au plan B. Il ne fait pas de doute que mettre un terme au tapage du grand Cirque Ambulant du Changement Climatique risque d'être la source d'un grave traumatisme pour tous les participants à la fête désormais privés de conférences. Même si cela nécessite un petit effort public pour leur assurer un soutien psychologique, ce sera en tout état de cause de l'argent bien dépensé.



Nigel Lawson, Baron Lawson of Blaby, était chancelier de l'Échiquier dans le gouvernement Thatcher de 1983 à 1989. Il est l'auteur de An Appeal to Reason: A Cool Look at Global Warming ( Overlook Duckworth, livre de poche 2009), et il préside la nouvelle Global Warming Policy Foundation (www.thegwpf.org). Le texte original a été publié dans le Wall Sreet Journal en date du 22 Décembre 2009.