La légitimité de l'opposition au multiculturalisme
Par Alain Laurent le vendredi 18 novembre 2011, 16:53 - Article - Lien permanent
La première "chronique de l'1dividualiste" publiée initialement sur le site de l'Institut Coppet.
Le drame norvégien de juillet dernier a fourni aux suppôts bien-pensants du multiculturalisme (les « multikulti » comme on dit en Allemagne) l’occasion inespérée de se déchaîner contre l’anti-multicuturalisme (forcément « raciste » !) et le refus de l’islamisation des sociétés occidentales (forcément « islamophobe » !). En les accusant d’avoir inspiré le geste du meurtrier fou qui s’en réclamait.
D’autant qu’elle s’est élargie au néo-conservatisme défendant l’idée du « choc des civilisations » et au prétendu « populisme » de Geert Wilders ou Freysinger.
Mais le pire est bien que cette mise en cause digne des procès de Moscou invoque l’idéal pluraliste des sociétés ouvertes, alors que le multiculturalisme en est une caricature puisqu’il ne tend qu’à désagréger les sociétés ouvertes en leur substituant une juxtaposition de communautés closes sur leur « identité culturelle » particulière.
Cette accusation repose sur une grossière manipulation : assimiler une réalité multiculturelle récente qui, dans des limites bien précises, demeure compatible avec les normes et usages démocratiques des sociétés occidentales – et l’idéologie culturellement relativiste et sociologiquement collectiviste qu’est le multiculturalisme, principalement défendue par une bonne partie de l’intelligentsia gauchisante et les habituels « idiots utiles » d’un certain pseudo « libéralisme ».
Car ce que prône vraiment le multiculturalisme, c’est l’institutionnalisation, la légalisation de « droits collectifs » au développement culturel séparé de groupes nouvellement arrivés en Occident, pour s’organiser juridiquement et vivre selon leurs traditions, même quand elles contredisent ou détruisent les valeurs démocratiques occidentales : statut inégalitaire des femmes, conception tribale, théocratique et obscurantiste de la vie, muselage de la liberté de conscience et d’expression, priorité à des allégeances extérieures.
Ces dangers n’ont d’ailleurs finalement pas échappé à des dirigeants européens (Merkel, Cameron, Sarkozy…) qui sous la pression des faits et d’une grande partie des opinions publiques nationales ont dû convenir explicitement que « le multiculturalisme, ça ne marche pas ».
Mais on retiendra que par leurs complaisances et inconsciences passées ces politiciens ont également figuré parmi les premiers responsables de ce qu’ils dénoncent maintenant, et trop tard.
Il est en outre curieux et symptomatique que si les multiculturalistes s’indignent de toute référence à l’ « identité nationale », ils n’ont que tendresse pour la moindre revendication de protection et de promotion de l’ « identité
culturelle » et des particularismes ethno-religieux des groupes
nouvellement installés en Europe.
Á leur manière, ils sont tout autant
« essentialistes » (le nouveau terme à la mode dans ces milieux !) et
réactionnaires que les « identitaires » d’extrême droite qu’ils
dénoncent. Et il ne l’est pas moins de constater que ces thuriféraires
éperdus du « lien social » et du « vivre ensemble » s’accommodent si
aisément de la balkanisation induite par leur hypertolérance envers « le
despotisme des minorités »… visibles et le « droit » à n’importe quelle
différence.
Si combattre intellectuellement le
multiculturalisme, c’est être raciste, populiste (autre terme à la mode
pour tuer les esprits libres !) sinon « fasciste », alors le sont…
- Pascal Bruckner (« Le multiculturalisme contemporain est un racisme de l’antiracisme, il incarcère les gens dans leurs racines… (...) renforce le pouvoir de coercition du collectif sur les personnes privées », Le Monde, 20 février 2007),
- Élie Barnavi (« Le multiculturalisme est un leurre. On ne bâtit pas une société digne de ce nom en enfermant les gens dans leur propre langue, leur propre culture, leur propre mémoire (…) Qu’il soit pervers ou sincère, le multiculturalisme conduit au ghetto » (Les religions meurtrières, 2007),
- Alain-Gérard Slama (« Plus nos démocraties confondent la tolérance avec le relativisme, plus elles s’ouvrent au multiculturalisme, plus elles permettent aux terroristes de se mouvoir à l’aise dans la société d’accueil, plus elles facilitent la diffusion des propagandes qui les sapent » , La siècle de Monsieur Pétain, 2005),
- Pierre-Henri Taguieff (« Le triomphe du multiculturalisme implique l’autodestruction du pluralisme (…) Le multiculturalisme normalise un état de guerre ethnicisée, latente ou patente », La République enlisée, 2005),
- Alain Finkielkraut (« Les partisans de la société multiculturelle réclament pour tous les hommes le droit à la livrée », Défaite de la pensée, 1987)
- ou encore Ivan Rioufol dénonçant « trente ans de démission de la République face à la pression d’une immigration de peuplement, ghettoïsée par l’indifférence polie des belles âmes ne jurant plus qu’au nom du multiculturalisme », La République des faux-gentils, 2004).
On pourrait y ajouter les noms de Revel, Vargas Llosa, Ayaan Hirsi Ali, du grand libéral italien Giovani Sartori et bien d’autres encore…
Bien joué, camarades multiculturalistes : avec vous, l’inquisition et le goulag idéologiques arrivent à grande vitesse !
Note : un lamentable mais très éclairant exemple d’ « idiot utile » vient d’être offert par le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe Thomas Hammarberg dans son article paru dans Le Monde du 13 septembre, appelant à la « tolérance multiculturelle »…
Commentaires
Comme Alain Laurent j'ai été révulsé par les récupérations multiculturalistes du geste fou d'Anders Breivik (AB). C'est répugnant et ceux qui s'y livrent sont dénués d'honneur ou de jugement.
Surtout quand cette récupération dérive vers l'antichristianisme (bizarrement pas vers l'anti maçonnisme...), alors qu'AB, manifestement un psychopathe narcissique, a laissé des centaines de pages de réflexions où les références chrétiennes brillent par leur absence.
Pour ma part je serais encore plus politiquement incorrect, mais aussi plus rigoureux intellectuellement, qu'Alain Laurent: Je parlerais de légitimité de l'islamophobie.
Il faut pour cela définir ce terme: C'est la conviction que la pente naturelle de l'islam mène inévitablement à la théocratie totalitaire avec charia intégrale, et que lutter contre cette pente n'est possible qu'au prix de souffrances considérables.
Comme le dit Geert Wilders, c'est une mise en cause de l'islam et non des musulmans.
Le moteur de l'islamophobie n'est pas une théorie du complot, mais le discours islamiste.
Pour ces deux raisons l'analogie avec l'antisémitisme est fausse, l'islamophobie est en fait aux antipodes de l'antisémitisme.
Tout dans le manifeste d'AB découle du discours islamiste, y compris le titre revendiqué de croisé.
Mais l'islamophobie n'existe qu'en réaction au discours islamiste, et surtout au succès que ce discours rencontre chez les musulmans, et à son enracinement dans les références de l'islam, bien plus solides que celles du discours musulman modéré.
Comment, des centaines de musulmans affirment, coran et sunna à l'appui, que leur religion consiste à soumettre les mécrants à un ordre brutal et arriéré, voire à l'esclavage ou même à l'extermination; des centaines de milliers d'autres manifestent leur adhésion à ce programme; des pays entiers l'appliquent déjà et maltraitent voire persécutent les minorités non-musulmanes: Et être islamophobe relèverait de la paranoïa ? Du nazisme ?
Soyons sérieux, la grande maladie du monde est l'islamisme, et l'islamophobie n'est qu'une réaction normale à l'horreur qu'il nous promet et à l'adhésion massive qu'il suscite.
On nous vante le multiculturalisme et la diversité et en même temps le métissage ce qui semble contradictoire.
On peut individuellement pratiquer le métissage. Dans son lit par exemple...
Mais il est insupportable que l'Etat en fasse une nouvelle idéologie et un impératif catégorique.
Qu'on se souvienne du discours hallucinant d'un président de la république déclarant qu'il fallait pratiquer le métissage sinon l'état allait prendre tous les moyens à sa disposition pour nous y contraindre.
Mais là encore cette idéologie d'Etat n'est qu'un nouveau prétexte pour étendre son contrôle des consciences et son champ d'action. L'Etat se moque bien du métissage comme il se moque du sort des retraités, de la misère des pauvres ou de l'instruction des enfants.
Mais s'occuper des pauvres, des chômeurs, des retraités des enfants et des immigrés c'est toujours s'occuper. C'est toujours justifier son existence et l'extension de son domaine d'action.
L'Etat trouvera toujours un nouveau "problème de société" (ou il le créera ou bien il en exagérera l'importance) pour justifier son emprise sur nos âmes et notre portefeuille : mariages homosexuels, égalitarisme hommes - femmes, sexualité des bigorneaux, extinction de paupérisme après 6 heures du soir, suppression de la mention "mademoiselle" sur les formulaires administratif...
Fucius, pour le coup, vous vous égarez.
@bubulle
Eh! Bien détrompez-moi !
Si je m'égare, il doit être facile de le montrer...
Je rejoins Bruno sur l'invasion de l'Etat dans toutes les sphères sociales.
On a séparé l'Eglise et l'Etat, il faut aujourd'hui séparer l'Etat et la Nation, et réduire le premier de moitié au moins. L'Etat ne doit être que l'exécutif gestionnaire de la société où vit la seconde, mais surtout pas le philosophe officiel du pays (surtout quand on voit le niveau !).
La devise de l'Etat actuel pourrait être "Je suis partout".
@ Fucius. L'islamophobie n'est pas la solution. C'est par l'échange que la vérité apparaît alors que l'opposition frontale cristallise les différences. Pour évoquer la logique chrétienne, le pardon implique de respecter le fait que l'autre soit dans l'erreur selon son propre point de vue. Dans le cadre laïque, c'est la liberté et la concurrence des idées qui permettent à chacun, notamment à chaque musulman, de se faire une opinion sur l'islamisme radical. La grande maladie du monde n'est donc pas l'islamisme mais la dégradation progressive de l'Etat régalien au profit de l'Etat collectiviste qui renie ses racines, rejette la liberté et entrave la concurrence non seulement économique mais surtout des idées. L'islamisme radical importe peu : il ne peut pas résister à la concurrence.
Merci Bubulle pour ce remarquable paragraphe qui résume mieux que je n'aurais jamais su le faire le point de vue qui est le mien, mais aussi de notre ami Yves Montenay, et qui explique pourquoi j'ai persisté, malgré toutes les critiques et oppositions, à maintenir ce débat autour de l'Islam et de l'islamophobie.
Mais merci aussi à Fucius pour toutes ses interventions qui, tout en allant dans une direction différente, permettent de nourrir une discussion de haut niveau, et donc à tous les protagonistes de progresser eux-mêmes dans leur pensée.
@Catoneo
"On a séparé l'Eglise et l'Etat, il faut aujourd'hui séparer l'Etat et la Nation [...]"
Notre État va au contraire accentuer son emprise sur la nation, car, se disant soumis à sa volonté, il a besoin qu'elle perdure.
La morale chrétienne a joué un rôle fondamental dans la formation et la perpétuation de la nation: http://blog.lefigaro.fr/le-fol/2011...
L'État ayant chassé l'Église doit maintenant la remplacer, ce qui nous ramène à la situation usuelle de non-distinction entre autorités religieuses et régalienne.
Notez que cette distinction entre deux sphères de compétence est propre au christianisme et qu'il est absurde de la généraliser à l'ensemble des religions. On ne peut pas définir "de l'extérieur", et en toute généralité, le contenu des religions.
C'est une illustration du déni dans lequel nous sommes et qui nous prive de toute vision de, et de toute influence sur, notre propre devenir.
C'est ainsi que l'État s'emploie à enseigner la morale, donc une spiritualité (en l'occurence relativiste et nihiliste). Il est même l'objet de culte de la gauche athée, comme en témoigne l'extravagance des attentes placées en lui.
Je ne crois guère au succès de cette aventure (que voulez-vous construire sur du relativisme !) et je m'attends à ce que la nation se délite.
Voyez ce qu'en diait Malraux:
http://www.armees.com/1956-Conversa...
@bubulle
« Dans le cadre laïque, c'est la liberté et la concurrence des idées qui permettent à chacun, notamment à chaque musulman, de se faire une opinion sur l'islamisme radical. »
Vous êtes en plein dans l’illusion rationaliste : La raison aboutirait nécessairement à la tolérance et à la laïcité.
Il suffit donc de mettre les musulmans devant l’obligation de raisonner (par le seul moyen de l’expression d’un point de vue différent) pour qu’ils tournent le dos à tout ce qui dans l’islam s’oppose à la liberté individuelle.
Je ne sais si cette attitude relève du fatalisme, ou de la foi dans le « sens de l’histoire », cette providence des athées incohérents.
En tous cas je la trouve parfaitement irrationnelle, et un triomphe du préjugé sur l’expérience.
La grande question de l’islam est celle de savoir si cette religion peut se comprendre autrement que comme ce que les islamistes (les partisans de la charia) en disent.
J’ai scruté bien des argumentaires dans ce sens, et je n’en connais pas de convainquant. Bien au contraire, c'est le meilleur moyen de désespérer de l’islam. Ces théories se bornent généralement à prétendre qu’il suffirait de ne prendre en compte que la première période mecquoise, ce qui me semble aussi juste qu’absurde : Comment peut-on imaginer un nouvel islam qui rejetterait tout ce qui dans le Coran et la Sunna est postérieur à l’Hégire ?
« L'islamophobie n'est pas la solution. »
À quel problème ?
L’islamophobie est la réponse des non-musulmans aux questions : Ce que disent les islamistes est-il faux ? L’islam peut-il se développer dans mon pays sans en subvertir les valeurs, donc les institutions, sans exposer mes enfants à la violence et au totalitarisme islamique ?
Comme Geert Wilders, je réponds par la négative à ces questions, à mon grand regret, et conformément à l’injonction de Reagan : Don’t be afraid to see what you see.
Vous affirmez qu’affronter la question ne résout rien : L’éluder me semble encore moins pertinent.
L’incompatibilité entre islam et liberté est un constat qui n’est pas énoncé par les islamophobes mais par les autorités de l’islam. Ainsi l’OCI s’emploie, à l’ONU, à obtenir que la critique de l’islam devienne illégale, et a produit une déclaration des doits de l’homme en islam pour faire pièce à la déclaration universelle sur le même thème (qui n’est donc pas universelle).
L’exigence de taire cela par égard pour les musulmans est proprement exorbitante, totalement inacceptable, en contradiction avec les libertés de conscience et d’expression. Ils ont le droit d’être islamophiles, nous avons le droit d’être islamophobes.
Car quoi qu’on en dise, l’interdiction de l’islamophobie fait bel et bien partie de l’offensive musulmane contre ces libertés (d’ailleurs l’inventeur du terme n’est autre que Khomeiny, ce qui devrait suffire à l’identifier pour ce qu’il est).
« C'est par l'échange que la vérité apparaît alors que l'opposition frontale cristallise les différences. »
Dire clairement où nous en sommes n’est pas refuser l’échange, bien au contraire.
Éluder les questions est en revanche un moyen sûr de ne pas arriver à la vérité, qui peut très bien être que les « différences » entre islam et liberté sont insurmontables. Aux musulmans libéraux d’assumer leurs contradictions, plutôt que d'interdire une vérité qui les dérange.
"La grande maladie du monde n'est donc pas l'islamisme [...]"
Pratiquement, il est strictement impossible d’échanger dans les pays islamiques, même les plus modérés – dans les moins modérés il est impossible d’exprimer la moindre dissension et d’y survivre, vous le savez bien.
L’échange n’a donc lieu que dans les pays qui ne sont pas encore islamisés, et cessera dès qu’ils le seront.
Je ne vois pas de menace plus grande.
http://www.heritage.org/events/2011...
Je reviens sur l'islamophobie et le rejet de ce terme.
Voici un exposé (parmi bien d'autres) qui démontre que ce rejet fait partie du combat contre les libertés de conscience et d'expression engagé par les autorités de l'islam (OCI notamment):
http://www.heritage.org/events/2011...
Le but de cette campagne initiée par l'ayatollah Khomeiny est bien d'interdire la critique raisonnée de l'islam, y compris la citation de faits, en disqualifiant personnellent ceux qui s'y livrent à l'aide d'un terme articiflellement assimilé à des notions sans aucun rapport, entre novlangue et conditionnement pavlovien, pour employer des notions connues en occident.
Au vu de l'ampleur des menaces qui pèsent sur ces libertés fondamentales, il me semble qu'un Institut dont la devise est "Liberté, responsabilité", devrait sonner le tocsin; nommé après un contemporain de Voltaire, devrait s'alarmer au constat que nous sommes moins libres qu'il y a 250 ans.
Les heurts et malheurs de notre économie et de l'Euro sont roupie de sansonnet à côté des libertés qui fondent toutes les autres.
Les tartufes et idiots utiles qui ont le courroux facile contre les munichois de 1938 seront jugés plus durement encore: Nous non plus ne pourrons pas dire que nous ne savions pas
Multiculturalisme, Religions, Ultralibéralisme, Pseudo Humanisme (et non pas le vrai), Politique liberticide, destruction de la pensée ou plutôt restructuration de la pensée par les masses média au travers de techniques bien connues et éprouvées depuis longtemps... j'en passe et des meilleurs, ne sont en fait que des armes à disposition pour la pensée unique de la mondialisation pour le création de l'homme nouveau "post moderne". La convergence des divers facteurs actuels ne me semblant pas si désordonnés que l'on semble le faire croire... Reste à savoir alors, pourquoi, par qui, est dans quel but réel.