En fait, ce réveil de l’armée s’articule en trois séquences distinctes, chacune ayant ses motivations circonstancielles propres et ses liens de causalité avec la suivante. On peut ainsi considérer que le retour à l’OTAN rendait quasi inévitable l’engagement de la France en Afghanistan puis difficilement évitable la tentation de porter les armes en Libye.

Le retour à l’OTAN. Etait-il obligatoire ou nécessaire ? Comment l’expliquer ou le justifier ? De fait, cette décision, prise personnellement par Nicolas Sarkozy fraichement élu à la présidence, a procédé de deux types de motivations fort différentes (2). La première, commune à la plupart des chefs d’Etat en début de mandat, est de « faire différent » et, si possible, à moindre coût. Pour Sarkozy il convenait devant son électorat, de « marquer le coup », de faire montre, de façon spectaculaire, d’une volonté de rupture avec la position de ses prédécesseurs (3).

La deuxième motivation, plus sérieuse, a été la volonté de s’aligner sur l’Amérique, pour le meilleur et pour le pire. Ce n’est pas pour rien que la presse avait cru devoir affubler le nouveau président du sobriquet de « Sarko l’Américain ». En réalité, on aurait pu en dire presqu’autant de ses prédécesseurs à l’Elysée. Ces derniers n’avaient pas agi autrement lorsque l’heure était grave. Songeons au soutien inconditionnel du Général de Gaulle aux Etats-Unis à l’occasion de la crise des fusées à Cuba en octobre 1962 ou de l’attitude de François Mitterrand, bien des années après, dans des circonstances analogues, lors de la crise des fusées Pershing de 1983.

La différence, et elle est de taille, entre l’action de ses grands aînés à l’Elysée et celle de Sarkozy est que le geste de ce dernier relève largement de ce que les militaires appellent suavement de la « gesticulation » (4) .L’expression parle d’elle-même. C’est une démonstration de force sans substance réelle.

Ceci étant, le retour à l’Otan n’a guère été récompensé - quoiqu’en ait dit une presse ignorante des réalités militaires - d’une manière significative, si ne n’est par un commandement militaire d’importance secondaire. En d’autres termes, la question peut se poser de savoir si, en l’occurrence, la France n’a pas échangé son droit d’ainesse –sa liberté de manœuvre- contre un plat de lentilles (cf.la Génèse 25.29-34 )

Ce retour paraît, en effet, comporter dans le contexte actuel, - celui de l’extension quasiment à l’infini des engagements et des domaines d’intervention de l’Alliance Atlantique(5) - des inconvénients, voire des risques majeurs imprévisibles et non maîtrisables comme on va le voir.

En ce qui concerne les avantages, est-il possible sérieusement de se convaincre qu’une fois cette réintégration effectuée, la France pourra vraiment peser de tout son poids sur la prise de décision au sein de l’Alliance comme on l’a ingénument prétendu ? Et cela alors que notre pays, avec un effort de défense ramené à sa plus simple expression depuis des années avec 1,6 % du PNB, ne dispose désormais que de capacités de défense extrêmement réduites, et d’ailleurs tendues à l’extrême. D’autant plus qu’en cas de désaccord majeur, il ne sera plus question de s’en aller derechef.

En tout état de cause, la France, fraîchement réadmise, pouvait difficilement ne pas faire preuve de sa bonne volonté , à savoir un engagement renforcé aux côtés des « Alliés », c’est à dire des Américains. L’ Afghanistan a été, en quelque sorte, le « prix à payer » pour le retour de la France à l’OTAN.

L’OTAN et l’ Afghanistan

On quitte ici le domaine du virtuel pour s’engager sur le chemin, beaucoup plus caillouteux, de la réalité de terrain, coûteuse en hommes, en en matériels et en crédits.

Ces opérations extérieures, avec 3850 hommes sur le terrain (6) qu’il faut acheminer, entretenir, puis rapatrier à des milliers de kilomètres de la mère patrie, sont –chacun le sait- fort coûteuses en crédits militaires. Qui sont restés constants. De plus, bien que les pertes humaines restent, et fort heureusement relativement limitées, autour d’une cinquantaine de morts (7), mais bien plus de blessés, il ne s’agit pas du tout d’une simple promenade militaire mais bel et bien d’opérations de guerre, d’une guerre non déclarée.

Le malheur veut que cette guerre est d’évidence « ingagnable » sur le terrain (les Américains emploient le terme éloquent de « no win war »). Au bout de plus de dix ans de conflit, les Talibans restent encore fort capables de monter des opérations spectaculaires, comme tout récemment à Kandahar, et les zones sécurisées de jour restent périlleuses de nuit. Sans compter les innombrables attentats perpétrés au quotidien contre les civils comme contre les militaires. En réalité, selon les experts militaires les plus lucides (on songerait ici à l’ancien directeur de l’Ecole de Guerre, le Général Vincent Desportes dans son dernier ouvrage, Le piège américain (8), il faudrait, pour bien maîtriser le conflit, être capable de maintenir un ratio, exorbitant, de forces égales à 2 % de la population, soit pour une population afghane de 30 millions de personnes environ, 600 000 soldats. Où les trouver et comment les payer ?

Le malheur veut que l’OTAN soit désormais mise à toutes les sauces, y compris en Libye ( peut-être un jour avec Israël contre l’Iran, ou l’Egypte, que sais-je ?). Or l’Alliance Atlantique, si précieuse pendant la Guerre Froide, n’a nullement vocation à intervenir partout dans le monde sous le blanc manteau des Etats-Unis. A multiplier à l’infini les missions assignées à l’OTAN, l’on va inévitablement à un échec sanglant. Dès lors, la crédibilité de l’Alliance, jusqu’ici intacte, va gravement être mise en cause. L’OTAN va apparaître comme un « tigre de papier » comme le disent aimablement nos amis chinois qui, eux, ne s’en laissent pas conter. Et cela est grave. Or c’est bien ce qui risque de se produire en Afghanistan où les chances de remporter durablement la victoire sont manifestement ténues, voire inexistantes. La situation est inextricable avec une guerre que l’on ne peut pas gagner mais que l’on ne peut pas perdre non plus.

Il ne fallait pas que l’OTAN aille en Afghanistan, ce « cimetière » de réputations militaires, comme les Anglais puis les Soviétiques en ont fait tour à tour l’expérience amère. L’armée soviétique ne s’est jamais remise de son échec en Afghanistan et il faut y voir une des causes, et non la moindre, de l’effondrement de l’URSS. Dans le meilleur des cas, on pressent déjà le scénario de ce qui va se passer, comme naguère à la fin du conflit vietnamien. L’OTAN envoie des troupes supplémentaires. Puis on va former des forces locales qui seront supposées prendre la relève. Puis on déclarera solennellement que la guerre est gagnée sur le terrain(9). On évacuera enfin les troupes de l’Alliance. Et les Talibans seront de retour dans le quart d’heure suivant ( la « burka » aussi). Un beau gâchis. Comme au Vietnam

Mais d’autres considérations, beaucoup plus lourdes de conséquences pour notre pays, sont associées à la démarche adoptée. La France ne risque-telle pas, tôt ou tard, d’être impliquée dans un conflit où, pour s’exprimer brutalement, elle n’a aucun intérêt primordial ? Car derrière l’Afghanistan se profile la présence inquiétante, oh combien, du Pakistan, pays imprévisible et incontrôlable, car disloqué, fragmenté, traversé de courants contradictoires, mais doté de l’arme nucléaire. On apprenait récemment (de sources américaines) que le Pakistan, qui disposait déjà de 70 têtes nucléaires, en possède désormais une centaine, tout en se préparant à doubler ce chiffre. Ce qui le mettra d’abord à parité, puis au-delà des capacités de la France en ce domaine. En cas de conflit grave, la France sera désormais placée plus près encore de l‘épicentre d’un séisme majeur, alors que notre pays n’est nullement préparé, ni psychologiquement, ni militairement, à y faire face. Est-ce l’intérêt du pays ? La question mériterait au moins d’être posée (10).

En d’autres termes, avant, l’OTAN, c’était la garantie contre le risque ; après, l’OTAN, c’est le risque garanti.

La guerre avec la Libye. Comme si cela ne suffisait pas, voilà que la France s’engage, de façon gratuite pourrait-on dire, enfin, pour des considérations humanitaires, contre la Libye du redoutable Colonel Kadhafi. Enfin un ennemi à notre mesure. Pour quelles raisons ? Il est difficile de croire que la seule influence d’un chroniqueur mondain, Bernard Henry Levy, retour d’un voyage d’agrément en Libye, aurait suffit à pousser le président de la République à prendre une décision aussi grave. Alors pourquoi ?

En fait, on peut se demander si Nicolas Sarkozy, s’étant montré allié exemplaire en Afghanistan, ne s’est pas naïvement imaginé qu’il allait pouvoir pousser les Etats-Unis dans une intervention en Libye, à titre de réciprocité en quelque sorte. Si cela a été le calcul, il a été fâcheusement déjoué. On n’entraîne pas aussi facilement l’Oncle Sam dans une aventure militaire supplémentaire.

Peut-être alors le président français a-t-il voulu redorer son blason par cette action d’éclat  ? Faire grimper du nadir au zénith sa courbe de popularité ? Gagner l’affection des pays arables ulcérés par son coupable aveuglement lors des  révolutions   en cours au Moyen-Orient ?

Quoiqu’il en soit, il est permis de se demander par quel coup de baguette magique l’honorable Kadhafi, reçu en grande pompe à Paris en décembre 2007, gardes républicains sabres au clair, se sera mué dans l’instant en un personnage diabolique voué aux gémonies par la communauté internationale ? Ou alors , derrière les grands et nobles principes affichés à l’ONU, l’objectif n’est-il tout simplement de couper la Libye en deux en gardant le contrôle de la partie « utile », là où sont les champs de pétrole et de gaz naturel ?

Il n’en demeure pas moins que cette attaque de la Libye n’est, ni plus ni moins, qu’une agression de plus contre un pays souverain-à peine dissimulée sous la robe prétexte de la résolution 1973 de l’ONU. Au surplus, la reconnaissance officielle par l’Elysée du Comité de Transition nationale à la représentativité douteuse constitue une première en matière de droit international. (11)

Ceci étant, il apparait clairement à la lumière de cette affaire que le matériel militaire de la France n’est nullement adapté à ce genre de conflit. Il est un peu surprenant de voir notre imposant porte avion nucléaire, le Charles de Gaulle, envoyé combattre au sol des guérilleros libyens (12). Il est curieux de voir déployer des Rafales, volant à la vitesse du son, pour opérer des frappes, soi-disant chirurgicales, contre les forces du Colonel Kadhafi (13). Lesquelles se sont empressées, bien entendu, de se dissimuler au sein des populations civiles. Faut-il les massacrer aussi, en espérant que Dieu, enfin Allah, reconnaitra les siens ? On ne peut ici que déplorer une décision lancée sans réflexion préalable approfondie, sans vision stratégique d’ensemble, enfin, faut-il le dire, de façon quelque peu irresponsable.

Pour conclure, la France a-t-elle vocation à jouer les gendarmes du monde au nom d’une morale humanitaire aux contours incertains ? Ne faut-il pas rappeler que le recours à la force armée dans le cadre d’une guerre, déclarée ou non, ne peut se justifier que lorsque les intérêts fondamentaux de la nation sont en jeu. Est-ce le cas en Libye ? Il est permis d’en douter.

Le fond de l’affaire est que la France poursuit une politique militaire hors de proportion avec son effort de défense et avec les moyens militaires et financiers octroyés depuis près de 30 ans à son armée. Si bien qu’en dépit de chefs remarquables et de combattants valeureux, l’armée française est difficilement capable de mener des opérations militaires de quelque envergure au-delà d’une très courte période. C’est très exactement ce qui est en train de se passer en Libye. Alors que faire ? L’Europe de la Défense pourrait-elle offrir une alternative à l’OTAN ?

L’Europe sans défense

Le projet d’une Europe de la Défense évoque irrésistiblement la célèbre Arlésienne de légende dont on attend toujours l’entrée en scène sans jamais la voir apparaître. La raison en est simple. Une Europe de la Défense crédible devrait reposer sur deux piliers. L’un est une volonté de défense communet, l‘autre, des budgets militaires communs portés à un niveau décent. Depuis la création même de l’Alliance atlantique, et avant même que l’on parle d’une Europe de la défense, ces deux conditions n’ont jamais été réunies.

Le seul pays européen qui ait consenti sur le long terme un effort de défense un peu supérieur à la moyenne est la Grande Bretagne, sans doute en raison de ses liens privilégiés avec les Etats-Unis (et aussi le souvenir lointain de l’Empire britannique)(14). Tous les autres pays européens sans exception (sauf, pendant quelques années, la France pendant le mandat du Général de Gaulle), qu’ils soient ou non membres de l’OTAN, ont laissé tomber au fil des ans leurs efforts budgétaires à un niveau inacceptable. Cela leur a permis tout juste de disposer de quelques forces de maintien de l’ordre, pour le Kosovo par exemple, ou de fournir quelques maigres contingents à des opérations extérieures montées par l’Amérique –Irak, Guerre du Golfe, aujourd’hui Afghanistan - ou en Afrique pour la France. Mais que ce soit l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, ils ont tous réduit leurs crédits militaires au strict minimum. Et cela quelles que soient les récriminations plus ou moins stridentes des Etats-Unis perpétuellement lassés d’assumer à eux seuls l’essentiel du fardeau de la défense commune de l’Europe. Ce sujet a constitué, et constitue encore, une constante pomme de discorde au sein de l’Alliance.

En fait, une situation aussi paradoxale, et aussi durable, ne peut s’expliquer que par un consensus occulte entre les Alliés que l’on pourrait analyser de la façon suivante : les membres européens de l’OTAN font semblant de contribuer à la défense commune, et les Américains font semblant de s’en indigner. Car, en réalité, cette situation arrange tout le monde. L’Europe se sent protégée à moindre frais contre la menace extérieure - hier l’URSS, demain l’Iran ou la Chine - par la puissance militaire américaine, notamment nucléaire. Cela lui permet ainsi de réaliser de substantielles économies sur les budgets défense à hauteur de 1 à 2 points de pourcentage du PNB, voire davantage, chaque année. L’Europe est ainsi à même d’alimenter des budgets sociaux grands dévoreurs de ressources comme chacun sait (15).

Les Etats- Unis, eux, consacrent 2 ou 3 points de PNB de plus que l’Europe à leur défense au détriment de leur système protection sociale qui est, on le sait, dans un état déplorable. Mais, en contrepartie, ils exigent de l’Europe qu’elle engrange en permanence, et depuis toujours, de prodigieuses quantités de dollars qui gonflent d’autant d’excessives réserves de change. Ce que les banques centrales européennes hier, la BCE aujourd’hui, acceptent de faire sans broncher. L’équation peut ainsi s’analyser comme un échange équitable, sécurité contre réserves de change en dollars dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler le « contrat atlantique »(16).

Les Etats-Unis se satisfont de pouvoir exercer un contrôle permanent, d’autant plus efficace qu’il est occulte, sur les velléités d’indépendance diplomatique d’une Europe en tutelle, laquelle se voit cantonnée dans le rôle modeste de supplétif qui lui convient à merveille.

Les tentatives de rompre un système aussi satisfaisant et harmonieux, sous de Gaulle, ont promptement échoué. Il en est allé de même avec Dominique de Villepin, acteur innocent, qui a cru que les envolées lyriques de son discours sur l’Irak à l’ONU, le 14 février 2003, ferait se distendre ces liens de dépendance mutuelle, comme la muraille de Jéricho s’est effondrée sous l’écho des trompettes de Josué. Les velléités d’indépendance du Général, comme les incartades de Villepin n’ont pas perturbé bien longtemps ce petit jeu qui perdure depuis plus d’un demi- siècle.

Dans un tel contexte, l’Europe de la Défense était morte née avant même d’avoir vu le jour. On s’est contenté de l’apparence sans substance, traités et états majors sans troupes ni équipements ni budgets. L’Europe de la Défense, comme le Christianisme selon un humoriste anglo-saxon, est une belle idée qui n’a jamais été sérieusement tentée.

On en restera là aussi longtemps que l’Europe, peut-être un jour trahie et abandonnée devant le danger, va devoir se résoudre à reprendre en main son destin et sa sécurité. Mais combien de temps encore, une Amérique soucieuse elle aussi de réduire son déficit et son endettement, acceptera-elle de supporter le lourd fardeau de la défense européenne (17)?

La politique aventureuse de la France. En attendant , notre pays a décidé de faire cavalier seul. Il se lance donc dans des opérations risquées sans s’être doté des moyens suffisants pour y faire face. Avec 1,6 % seulement du PNB consacré à la défense, les limites en crédits, en hommes et en équipements sont rapidement atteintes(18).

Si le président de la République voulait sérieusement adapter les moyens aux fins, il lui faudrait augmenter de 1 ou deux points de PNB le budget de défense de la France. Il s’en gardera bien. Car cela risquerait de soustraire de précieuses ressources, toujours rares, au budget social, socle de la paix sociale en France. Or en matière de défense et de sécurité, le seul critère vraiment significatif est le montant du budget militaire en termes de pourcentage du PNB. Tout le reste est littérature.

Le malheur veut que les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, n’ont jamais pris vraiment au sérieux la défense nationale, ministère pourtant capital. Sur le plan des crédits, c’est le directeur du budget qui a trop souvent fait la loi en fonction des besoins financiers prioritaires du moment, avec une fâcheuse tendance à traiter le budget de la défense comme l’élément résiduel du budget général. D’où une orientation, qui ne s’est jamais démentie depuis 30 ans, à la réduction tendancielle des crédits militaires.

Par ailleurs, sur le plan des hommes, les ministres de la défense successifs ont bien souvent été mis en place parce qu’il fallait bien les « caser » quelque part, pour des raisons de politique interne, sans considération pour leurs motivations ou leurs compétences (avec une exception, notable, celle d’Alain Juppé, excellent gestionnaire, mais qui n’est resté en place que trop peu de temps). Ce n’est pas comme cela que l’on construit ou reconstruit des forces armées performantes.

Or le monde d’aujourd’hui demeure riche de menaces latentes lesquelles risquent fort, d’ailleurs, de se matérialiser tôt ou tard avec les séquelles du printemps arabe tant chanté. Combien de temps la frontière entre l’Egypte « démocratisée » et Israël va-t-elle rester tranquille (19)? Ou avec la Syrie ? Avec le Liban ? Tant qu’il ne s’agissait que de l’Afrique, le risque pour la France était quasi inexistant. Car aucune puissance ne se préoccupait sérieusement de ce qui se passe sur ce continent perpétuellement troublé20. Mais, s’agissant d’un Moyen-Orient en ébullition et de l’Afghanistan, aux portes du Pakistan nucléarisé, le cours des évènements peut changer dramatiquement. De même, les prises de positions fracassantes de la France vis-à-vis de l’Iran, bientôt sans doute nucléaire, ont une tout autre portée. Sans compter les autres menaces, et non des moindres, qui planent sur nos possibilités d’accès au pétrole et autres ressources rares indispensables à la croissance.

En conclusion, on est en droit de se demander si, en matière de défense nationale, le président Sarkozy n’est pas en train de jouer avec le feu, au risque de s’y brûler les doigts, si les choses venaient à tourner vraiment mal.

NOTES

1. L’opération Licorne en Côte d’Ivoire, entreprise à la demande de l’ONU, coûteuse mais indispensable, constitue naturellement un cas à part.

2. Rappelons que l'engagement en Afghanistan a été décidé en 2001 par Jacques Chirac. Mais il ne s’agissait que de l'envoi d'une poignée d'instructeurs (une centaine en fait).

3. C’est Jacques Chirac supprimant le service militaire, en l’absence de réflexion sérieuse, ou Valéry Giscard d’Estaing proclamant ubi et orbi son refus de recourir à l’arme nucléaire, quelles que soient les circonstances.

4. Il en va ainsi pour la création d’une petite base militaire avancée dans le détroit d’Ormuz face à l’Iran, laquelle n’a rigoureusement aucune portée opérationnelle, si ce n’est celle de créer des conditions idéales pour un « Dien Bien Phu » proche oriental en cas de coup dur avec l’Iran.

5. A quand l’Iran , la Syrie, Barheim, le Yémen ? Ce néocolonialisme atlantique connaîtra-t-il des limites ?

6. Au 15 novembre 2010

7. 55 morts en février 2011

8. Publié chez Economica. Le livre du général Jean Fleury, Ed. Jean Picollec, le Bourbier Afghan, va dans le même sens

9. La mort de Ben Laden servira de prétexte au retrait.

10. Le rapprochement entre la Chine et le Pakistan est lourd de menaces potentielles.

11. Mais , comme le disait le Sapeur Camembert, « passées les bornes, il n’y a plus de limites ».

12. L’expédition de Libye se terminera sans doute comme celle, plus lointaine, du Mexique sous Napoléon III, c'est-à-dire fort mal, surtout si la Chine ou la Russie se décident à soutenir ce pays.

13. L’envoi d’hélicoptères de combat va améliorer nos capacités, à condition que la Chine ou la Russie ne se décident à venir en aide à la Libye. Auquel cas, nous pourrions être confrontés à une crise internationale majeure.

14.Il faut rappeler que la défense, que l’on peut définir comme un « investissement pour la sécurité » est, par définition, coûteuse. Cela a été vérifié de tous les temps. Or cet investissement est financé au détriment d’autres dépenses sociales jugées également prioritaires. La dépense de défense peut ainsi apparaître superflue et non prioritaire,  particulièrement en temps de paix. D’où la perpétuelle tentation de la maintenir au niveau le plus faible possible au risque de compromettre la sécurité et l’indépendance nationale.

15. Paul Krugman, prix Nobel d’économie, qui admire hautement le modèle social européen, ne sait pas que c’est en fait l’armée américaine qui le finance indirectement.

16. On pourrait de même identifier un système analogue, le « contrat Pacifique », pour le Japon, 7° Flotte contre dollars et même « le contrat persique » au Moyen- Orient, pétrole saoudien à bas prix contre la protection américaine. Le trouble fête risque d’être la Chine qui n’a nul besoin de la protection militaire des Etats-Unis, ni même de dollars.

17. Une Amérique dont les intérêts stratégiques seront de plus en plus tournés vers le Pacifique et non vers l’Europe .

18. Nous ne sommes pas engagés seulement en Afghanistan et en Libye mais aussi au Liban, au Tchad, au Kosovo et au large de la Somalie, également présents dans les DOM-TOM, à Djibouti, au Sénégal, au Gabon et aux Émirats Arabes Unis.

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Yves-Marie Laulan a été successivement au cabinet de Michel Debré, secrétaire national du RPR, président du Comité économique de l’OTAN, conférencier à l‘Ecole supérieure de Guerre et professeur à Sc. Po et à Paris II. Il préside l’Institut de Géopolitique des Populations.