Par exemple, nous croyions savoir que c’était le duc de Wellington qui avait rossé Napoléon à la bataille de Waterloo.

Or, d’après Peter Hofschröer, spécialiste de cette bataille, jusqu’à la fin de cet après-midi du 18 Juin 1815, c’est dans un pat sanglant que les 68 000 hommes de l'armée de Wellington se trouvaient bloqués contre les 73 140 de Napoléon.

C'est alors que les 47 000 troupes prussiennes du Maréchal Blücher pénétrèrent sur le champ de bataille et changèrent le cours des événements.

Or, le rapport officiel du Duc de Fer ne fait pas arriver le Prince Blücher avant le début de la soirée, et avec 8000 hommes seulement.

Tout à coup, ce sont 39.000 Prussiens qui avaient simplement disparu.

Comme on dit, le reste appartient à l'histoire – littéralement, l'histoire à la manière de Wellington.

En économie aussi, les compte-rendus retravaillés jouissent d’une vaste diffusion dans le domaine de l'économie.

Malheureusement, il est très difficile de réfuter les fausses croyances avec des faits, de sorte que les raisonnements fallacieux jouent un rôle important dans les discours de politique économique.

La dérobade de Greenspan

Comme exemple premier de ce type de malhonnêteté, nous n’avons pas besoin de chercher plus loin que l’article d’Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve fédérale, dans le Wall Street Journal du 11 mars 2009 : "Ce n’est pas la Fed qui a causé la bulle immobilière".

Ce titre-là résume de façon frappante la version de Greenspan ; mais celle-ci résiste-t-elle à l’examen ?

Sous Greenspan et son président actuel Ben Bernanke, la Fed s’est entichée de l’idée suivant laquelle la stabilité de l'économie et la stabilité des prix seraient mutuellement compatibles.

Tant que la hausse des prix à la consommation demeure égale ou inférieure au taux visé, le modus operandi de la Fed est donc de paniquer face à la perspective de difficultés économiques réelles ou seulement perçues, et de se dépêcher d’y porter remède.

Et elle le fait en poussant les taux d'intérêt à la baisse, en-dessous du niveau où le marché les aurait placés. Avec ces taux d'intérêt artificiellement bas, les consommateurs réduisent leur épargne pour consommer davantage, et les entrepreneurs accroissent leur taux d'investissement.

Alors, nous avons un désajustement entre l'épargne et l'investissement. Et une économie sur une trajectoire de croissance intenable.

Ceci résume les conclusions de la critique de la banque centrale mise au point par les économistes autrichiens dans les années 1920 et 1930.

Les économistes autrichiens avaient signalé qu’une stabilité des prix à la consommation pourrait être incompatible avec la stabilité de l’économie. Ils avaient beaucoup insisté sur le fait que ce qu’on mesure généralement comme « le niveau des prix » ne désigne que les produits et les services. Les prix des actifs n’en font pas partie (en plus, bien entendu, la mesure « fondamentale » de la Fed pour les prix à la consommation ne comprend même pas l'ensemble des biens et services).

Les autrichiens en avaient conclu que la notion de stabilité monétaire doit inclure une prise en compte du prix des actifs, et que les changements des prix relatifs entre les différents groupes de produits, de services et d’actifs sont de la plus haute importance.

Pour les autrichiens, une stabilité de l’économie pourrait n’être compatible qu’avec une politique monétaire qui laisse régulièrement baisser les prix à la consommation.

Quant à la crise financière actuelle aux Etats-Unis, elle est conforme au modèle classique de la Fed.

La panique de la FED

En novembre 2002, celui qui était alors le gouverneur Bernanke avait tiré la sonnette d’alarme : la déflation menacerait l'économie américaine. Et il avait convaincu ses collègues de la Fed de ce danger. Comme le disait alors le président Greenspan :

"Nous sommes confrontés à de nouveaux défis dans le maintien de la stabilité des prix, notamment pour empêcher l'inflation de tomber trop bas" (alors que, compte tenu des progrès spectaculaires de la productivité de l'économie américaine, les autrichiens envisageaient la perspective d'une baisse des prix à la consommation comme exactement ce qu’il fallait au patient).

Face à l’éventualité d’une déflation, la Fed fut prise de panique.

Dès juillet 2003, le taux des Fed funds était à un point bas record de 1%, où il est demeuré pendant un an.

Cela a déclenché comme aurait dit Saddam Hussein la mère de tous les emballements monétaires et, comme l’avaient prévu les membres de l'école autrichienne, cette débauche de crédit s’est mal terminée.

Tant que les banquiers centraux n’accepteront pas d’avouer que ce sont leurs mauvaises politiques qui sont la cause première de la succession actuelle d’emballement et de récession, on continuera à se tromper sur les causes de la crise.

Et les remèdes prescrits – avec toujours plus de plans de relance budgétaire, une réglementation étatique accrue dans sa portée et dans sa gravité, et un accroissement inexorable des prêts du Fonds monétaire international – demeureront le fardeau qu’ils sont pour l'économie.

Alors que si les banquiers centraux passaient aux aveux, c’est cela qui discréditerait radicalement toutes ces poudres de Perlimpimpin.

Steve H. Hanke est professeur d'économie appliquée à l'université Johns Hopkins de Baltimore et Senior Fellow au Cato Institute à Washington. . Cet article a été initialement publié dans GlobeAsia daté avril 2009. Traduction de François Guillaumat.

Autres liens concernant la responsabilité des banques centrales et l'analyse autrichienne des cycles économiques