Lancement du séminaire Santé

Avec Guy-André Pelouze, voilà plusieurs années que nous avons forgé le projet de lancer un grand programme de séminaire conçu pour présenter une analyse des solutions libérales à la crise de nos systèmes de santé.

En 2005, l'Institut Turgot a publié l'étude du professeur Jean-Luc Migué, "Santé publique, santé en danger", suivie par un colloque qui s'était déroulé dans la salle Colbert de l'Assemblée nationale, avec la présence notamment du professeur Bernard Debré ainsi que celle d'Edouard Balladur.

En décembre 2009, Alain Madelin et le Dr. Laurent Alexandre ont animé une passionnante conférence sur le thème des nouveaux défis que représentent pour l'humanité les biotechnologies et la biopolitique. Puis en janvier 2010, les docteurs Guy-André Pelouze et Alphonse Crespo nous ont présenté une première analyse du changement de paradigme qui s'apprête à bouleverser l'organisation même de nos systèmes de soins en conséquence de l'intensité des développements technologiques en cours dans le domaine médical.

Aujourd'hui nous sommes en mesure d'annoncer que Louis-Marie Bachelot, Président d'Alternative Libérale, par ailleurs consultant et entrepreneur en biotechnologie, a accepté d'animer une série de réunions d'analyse et de réflexion sur les perspectives de mutation de nos systèmes de santé au XXIème siècle. La réunion de lancement de ce séminaire, qui s'étendra sur plusieurs mois, est programmée pour le mardi 12 avril, à 19h30.

Afin de bénéficier d'un véritable fil conducteur, il a été décidé d'organiser les travaux en prenant comme point de départ le très remarquable livre publié en 2009 par le professeur de Harvard, Clayton Christensen, "''The Innovator's Prescription - A Disruptive Solution to the Healthcare Crisis''". (voir, ci dessous en vidéo, la présentation rapide qu'en a faite Jean-Pierre Chamoux au cours de la discussion qui, le 17 mars dernier, a suivi l'exposé de Guy-André Pelouze).

.

Le résultat de ces travaux fera ultérieurement l'objet d'une publication et de l'organisation d'un grand colloque, prévu courant 2012.

Tous les discours actuels sur la santé, son organisation et son financement reposent sur l'hypothèse d'une hausse exponentielle des coûts de production, entraînée par la sophistication croissante des technologies mises en oeuvre. Notre intention est de montrer comment l'intensité du progrès technologique dans ce secteur entraîne au contraire le développement de nouvelles façons d'approcher la maladie et la médecine, qui rendront possible l'accès général à des soins de meilleurs qualité et, surtout, finalement beaucoup moins onéreux (mais à condition que les pouvoirs publics acceptent de faire sauter les obstacles institutionnels qui s'opposent à la mutation des systèmes de soins et de leurs modes de financement).

L'objectif sera d'analyser le changement de paradigme qui révolutionne le "business de la santé" en expliquant notamment pourquoi une telle évolution devrait inévitablement sonner le glas de la manière dont nous concevons non seulement l'organisation des hôpitaux, mais également les modes de financement (socialisé) des dépenses.

Si vous êtes intéressé par cette démarche et si vous souhaitez participer à nos travaux, n'hésitez pas à prendre contact avec nous en envoyant un courrier à infoturgot@gmail.com.

Un système qui ne peut pas se perpétuer

La présente vidéo représente une première introduction à certains des thèmes qui seront traités au cours de ces réunions. Voici, sous forme de notes prises rapidement, un résumé des trois points autour desquels Guy-André Pelouze a structuré son exposé:

1 - le rappel que ce ne sont pas un bon médecin, ni une bonne médecine ou un bon système de soins qui font une bonne santé. Au niveau personnel, la santé est d'abord et avant tout une responsabilité individuelle liée à une bonne hygiène de vie. Au niveau collectif, elle est une conséquence de la capacité de nos sociétés à produire plus de richesses et à ainsi assurer une meilleure alimentation. A cet égard, la hausse du PIB est sans doute, pour l'allongement de la durée de vie (critère ultime des progrès de la santé), un bien meilleur facteur que le fait d'avoir un bon médecin et de bénéficier d'équipements médicaux de plus en plus coûteux.

2 - le rappel des raisons pour lesquelles notre système actuel d'assurance maladie national, fondé sur un monopole étatique de l'organisation des systèmes de soins, n'est pas "soutenable". Tel qu'il fonctionne actuellement, il ne peut plus durer longtemps. Le système de la gratuité généralisée recèle en effet un défaut rédhibitoire. Les soins les plus indispensables, ceux pour lesquels les services rendus sont vraiment efficaces, sont aussi ceux qui sont les moins sensibles à l'offre : les patients ne s'inventent pas; on ne se rend pas malade pour le seul plaisir de se faire soigner gratuitement. Alors que c'est exactement l'inverse pour les autres catégories de dépenses, les dépenses qui ne concernent pas le traitement directement, mais servent essentiellement à améliorer la qualité de vie de ceux qui sont tombés malades, qui présentent une très grande sensibilité à l'offre, et dont la preuve d'efficacité reste encore à apporter (exemple des remboursement de transport dont le montant global croît chaque année de 7 à 8%). Le résultat est que le système actuel de rationalisation budgétaire des dépenses de santé aboutit à écraser la part relative de la consommation médicale réellement utile et efficace au sein des enveloppes planifiées chaque année. Les décideurs politiques, pour des raisons bien compréhensibles, donnent en effet la priorité aux dépenses qui concernent le plus grand nombre d'électeurs, même s'il s'agit des dépenses médicalement les moins utiles. Quand au corps médical lui-même, son intérêt est de privilégier l'explosion des dépenses pour lesquelles la sensibilité à l'offre est la plus grande - mais d'efficacité thérapeutique faible, voire nulle - de manière à compenser par un effet volume les prix médicaux très bas qui lui sont imposés par l'Etat dans ce qui constitue le coeur même de l'activité médicale. Un tel mécanisme ne peut pas se perpétuer. Il ne peut que tuer le système.

3 - la question n'est pas de se demander comment en sortir, mais de constater que d'ores et déjà l'évolution technologique est en train de tracer la voie qui va nous en sortir en faisant éclater les ressorts de l'organisation monopolistique actuelle de l'assurance-maladie. Les immenses progrès de la biogénétique entraînent en effet une mutation radicale au niveau de la représentation du concept même de maladie et de la manière de la traiter. C'est un domaine où nous assistons à un véritable changement de paradigme. L'anatomie, base traditionnelle de la médecine classique, c'est terminé. C'est la cellule avec ses gênes, ses récepteurs, ses altérations qui trône désormais au coeur du processus médical. Cette révolution fait basculer le système de soins classique vers une forme de médecine personnalisée et hyper-ciblée qui sonne le glas des grands systèmes hospitaliers auxquels nous sommes habitués, au profit de formes nouvelles souples, hyper spécialisées et concurrentes de diagnostic et de traitement des maladies. C'est ici que nous retrouvons l'intuition centrale du livre du Professeur Clayton Christensen lorsqu'il montre comment l'accélération de l'évolution technologique va bouleverser l'organisation traditionnelle des professions médicales, et les contraindre à repenser leurs "business models".

Vous pouvez aussi télécharger et écouter uniquement la version audio de l'enregistrement