Dans notre monde, la légitimité ne veut plus dire grand chose et pourtant, chez un homme comme de Gaulle, elle était indispensable à l’exercice du pouvoir.

D’où peut venir cette fameuse légitimité ?

  1. Du fait que ceux qui ont le pouvoir commandent aux tanks; le scénario le plus commun historiquement, voir Syrie, Myanmar etc. Légitimité douteuse a tout le moins.
  2. De la naissance, et nous nous trouvons dans des systèmes aristocratiques (Venise au Moyen âge) ou monarchiques (France de l’Ancien Régime). Cette forme de légitimité n’est plus guère acceptée de nos jours, si ce n’est dans certains pays à la pointe du progrès, du style Arabie Saoudite. Légitimité historique.
  3. De la religion . Dans ce cas, nous nous trouvons dans le cas d’une théocratie, très en vogue en ce moment du côté de l’Iran, et bientôt de la Tunisie et de la Lybie. Légitimité en dehors de ce monde, mais réelle pour les croyants.
  4. De la compétence technique de ceux qui exercent le pouvoir. Ce fut le cas de la défunte Union soviétique où les élites combinaient si bien la capacité technique sans pareil des membres du parti au fait que ces mêmes membres étaient les seuls à même d’interpréter pour le menu peuple les textes sacrés, tels que les évangiles selon Saint Marx. Cette légitimité là disparaît dès que les résultats techniques deviennent décevants, ce qui nous amène soit à une révolution cherchant une autre source de légitimité, soit à la solution numéro un, les tanks dans la rue et les pelotons d’exécution, ou l’exil pour ceux qui ne sont pas d’accord.
  5. Du vote libre exercé par une majorité . C’est ce qu’il est convenu d’appeler la démocratie, le pire de tous les régimes, si l’on exclut tous les autres comme le disait Churchill. La souveraineté appartient au peuple qui la délègue à ses représentants ou, mieux encore, l’exerce directement au travers de référendums. C’est dans ce système que la plupart des pays d’Europe ont choisi de vivre. Depuis un certain nombre d’années cependant croît à l’intérieur même du système politique un cancer à évolution lente où des métastases profondément antidémocratiques et technocratiques se répandent sous le couvert du nécessaire « approfondissement » de l’unité européenne. Ces métastases mettent en question la nature même de nos systèmes et amènent à se poser une question et une seule : en Europe, sommes-nous toujours en démocratie, ou avons-nous déjà basculé vers la technocratie ? la réponse devient, hélas ,de plus en plus évidente…

Ainsi nous venons de voir se jouer, sous nos yeux, l’un des plus beaux coups d’état contre la démocratie que j’aie vu depuis l’invasion de Prague en 1968 : deux premiers ministres, Papandreou et Berlusconi, parfaitement légaux, ont été débarqués sans autre forme de procès pour être remplacés par des personnalités bruxelloises qui n’avaient jamais été élues à quoique ce soit auparavant, au seul prétexte qu’elles étaient compétentes et favorables à l’Europe non démocratique.

Ce pronunciamiento ne s’est pas fait en envoyant des tanks, mais en menaçant de couper les crédits à ceux qui vivaient dans le péché, paniquant de ce fait tous les fonctionnaires dont les prébendes dépendent de ces versements et les amenant à supporter ces coups d’état.

Sous-jacents à ces coups d’état il y a deux PRESUPPOSES LOGIQUES qu’il faut être aveugles pour ne pas voir :

1. Les élus du peuple sont incompétents. Ce qui est parfaitement possible, mais la seule façon de s’en débarrasser, en démocratie ,est de voter pour quelqu’un d’autre lors d’élections tenus de façon légale.

2. Les technocrates sont compétents parce qu’ils ne sont pas sous la pression des élections ; la foutaise ultime, comme l’ont montré les exemples de Mussolini, de Staline ou, plus récemment, de tous nos braves technocrates français ou italiens (Prodi, Trichet, Delors) qui nous ont créé cette merveille de la technocratie qu’est l’Euro, en train de faire capoter l’Europe. Et c’est à ces gars là que l’on donne le pouvoir !

C’est un peu comme si les alliés avaient confié le commandement du débarquement en Normandie à Gamelin, le Général qui commandait les armées françaises et anglaises en 1940, et qui reçut la raclée que l’on sait. On imagine ce qu'eût été le moral des troupes en juin 1944 dans leurs péniches de débarquements…

La démocratie est en train d’être assassinée et tout le monde s’en fout.

J’enrage .