L’augmentation sans fin des dépenses que ce soit pour cause d’allongement de la vie ou d’innovation technologique est loin d’être avérée.

Les « progrès de la médecine » permettent des économies. Des pathologies disparaissent grâce à lui. On comprendra que, dans notre société prospère de haut niveau technologique, ces pathologies qui disparaissent ne coûtent plus grand chose (la tuberculose, la polio), voire rien (la variole). Dans une société pauvre leur coût était bien plus élevé que celui que constitue aujourd’hui, dans une société riche, des pathologies nouvelles. Les écologistes s’évertuent à nous effrayer avec, disent-ils, les morts prématurées attribuées à la pollution. Il faut se souvenir que l’eau non potable, les rues chargées d’immondices et l’air irrespirable dans les villes des sociétés moins technologiquement développées, tuaient massivement. On pourrait citer d’autres exemples. Ce n’est pas tout. Les innovations elles-mêmes permettent un progrès technologique à moindre coût. Mais en France l’innovation est bien malade !

« Dans les transactions ordinaires de la vie, on ne tient plus compte de l'utilité à mesure qu'elle devient gratuite par l'abaissement de la valeur. Pourquoi? Parce que ce qui est gratuit est commun, et ce qui est commun n'altère en rien la part proportionnelle de chacun à la richesse effective. On n'échange pas ce qui est commun; et comme, dans la pratique des affaires, on n'a besoin de connaître que cette proportion qui est constatée par la valeur, on ne s'occupe que d'elle. » Frédéric Bastiat « Richesse » dans « Harmonies économiques ».

Ainsi quand on considère une boîte de 12 comprimés de Paracetamol, on ne tient pas compte, on ne pense pas, à tout ce qu’elle contient et qui est devenu «commun ». Cette partie là est pourtant immense et nettement supérieure à la partie onéreuse qui se résume à moins de deux euros toutes taxes payées.

Pour en arriver là il aura fallu des siècles de progrès humain, d’investissements continus et spontanés dans une multitude de secteurs. Cette simple boîte dépend d’une chaîne ininterrompue d’une multitude d’innovations. La culture des forêts, l’invention des outils pour le faire, la découverte des minerais, leur extraction et les outils pour le faire, la sidérurgie, la chimie, la peinture, les teintures, les colorants, la biochimie, la pétrochimie, l’invention du papier, du carton, du plastique, des blisters, de la feuille d’aluminium, des fonderies, les moyens de transports, la machine à vapeur, les chaudières à charbon, à pétrole , l’hélice, le chemin de fer, l’énergie bon marché, l’électricité, les pneus, les voitures, le moteur à explosion, la vulcanisation du caoutchouc, les moyens de communications, le bitume, les bâtiments, les tuiles, briques et parpaings, la comptabilité etc. La liste n’est pas exhaustive mais donne le tournis.

Ces siècles de travail et d’innovation, de fatigue et de souffrance, ces sommes gigantesques ont été dépensées pour que cette boîte de Paracetamol arrive dans votre poche à moins de deux euros taxes incluses et permette au plus petit d’entre nous de calmer sa douleur avec un comprimé qui aujourd’hui ne coûte que quelques centimes. Tout le reste lui est offert, donné, redistribué en utilité gratuites. Seul compte dans le prix de cette boîte, sa fabrication et distribution aujourd’hui.

Comme l’écrivait déjà au XVIIéme Adam Smith dans "Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations" – chapitre « de la rente foncière : « Cependant, le progrès a pour conséquence naturelle de faire graduellement baisser le prix réel de presque tous les produits transformés ». Aujourd’hui l’on sait que cela concerne tous les produits transformés. Il suffit de se référer à internet, aux téléphones portables, aux ordinateurs, aux voitures, aux avions etc.

Si les Occidentaux bénéficient des meilleurs soins ce n’est pas grâce à la Sécu mais c’est parce que les innovations technologiques ont permis à l’humanité de vaincre bien des maladies et de réaliser des exploits impossibles.

L’anesthésie permet une chirurgie qui était inimaginable avant son arrivée, la fibre optique et la lumière froide permettent des endoscopies (examiner l’intérieur d’un organe). Les innovations technologiques suppléent aux organes défaillants, le cœur avec les stimulateurs ou les défibrillateurs implantables, le rein avec la dialyse. Le contrôle de l’immunité permet les greffes et le traitement de maladies auto-immunes. Les antibiotiques ont quasiment éliminé les infections des causes de mortalité alors qu’elles étaient premières avant leur arrivée. Toutes ces innovations peu disponibles et chères au début sont devenues abondantes et bon marché. Ce raisonnement est valable pour tout traitement, même celui qui paraît très cher aujourd’hui, jusqu’à plusieurs milliers d’euros l’unité. Aujourd’hui apparaissent les biotechnologies, les biothérapies, les nanotechnologies, la génétique, les robots qui aident désormais les chirurgiens, les télécommunications ultramodernes qui permettent les opérations à distance etc. Innovations récentes qui sont encore chères mais ne le resteront pas.

Or les coûts des nouveaux moyens diagnostics et thérapeutiques effraient les gens et les Français en particulier, habitués qu’ils sont à une Sécu en déficit permanent qui, pour soigner les uns, ne soigne plus les autres. Cette même Sécu s’affole à chaque nouveauté et en voit d’abord le coût. Les hommes de l’État brident la santé parce que les dépenses de santé sont collectivisées et vues d’abord par eux comme une dépense supplémentaire. De plus les ressources sont limitées car provenant de la spoliation légale. Les individus et les professionnels voient dans les innovations technologiques une liberté, une possibilité de soins nouveaux et de meilleure vie. Si les dépenses étaient individuelles et décidées par chacun à son niveau, il n’y aurait aucun problème. Aujourd’hui les Français n’ont plus la liberté d’affecter à leur santé les sommes qu’ils veulent.

L’objectif des collectivistes est de baisser arbitrairement les dépenses de santé parce qu’ils ont intégré la pénurie dont ils sont la cause. L’État, incohérent, veut soutenir l’automobile et brider la santé. Ni dans un cas ni dans l’autre il n’est dans son rôle.

La conséquence est que les Français vivent dans un système de pénurie. Pénurie dans le système de santé comme dans la société en général (pénurie de travail, de logements, de moyens pour les fonctions régaliennes etc.) La société, comme le système de santé, sont collectivisés et se contentent de redistribuer arbitrairement aux uns, ce qui a été pris tout aussi arbitrairement aux autres. Seule une petite partie de la population crée encore des richesses. Bien des Français ne conçoivent la vie en collectivité que comme un moyen de gestion de cette pénurie. La plupart des Français sont persuadés qu’ils ont le meilleur système du monde, toujours en déficit…et qu’il n’y a d’autre solution pour continuer à bénéficier de soins que de payer toujours plus. Payer toujours plus et être remboursé de moins en moins est ce qu’ils connaissent depuis des décennies. Les Français pensent que la spoliation et la redistribution sont la solution. Les politiciens leurs répètent sans cesse que c’est la seule possibilité pour soigner tout le monde. Ils ne relèvent pas la contradiction intrinsèque de cette affirmation. En effet la logique ultime de cette évolution est de payer de plus en plus cher, pour rembourser des soins de plus en plus réduits, de moins en moins innovants, à de moins en moins de gens. Ils omettent également la misère et le chômage en qui résultent. L’augmentation des dépenses de santé est un poids pour l’économie dans une société socialiste de pénurie financée par des charges sociales obligatoires et entravée par des réglementations démentes. C’est donc l’État qui transforme le secteur économique dynamique de la santé en poids. Dans un système de liberté économique il en va différemment. Aujourd’hui les Français dépensent moins pour l’alimentation et plus pour le logement. Si dépenser plus pour la santé résulte de leur libre choix où est le problème ? Dans ce système, qui entraîne croissance et prospérité, le coût qui semble élevé dans une société de pénurie est proportionnellement moindre dans une société d’abondance.

Ce n’est pas tout. Cette société de liberté économique permet des innovations qui permettent à leur tour de faire mieux et à moindre coût, d’abandonner des pratiques onéreuses obsolètes et ainsi libérer énergie, talents, moyens et main d’œuvre pour des services plus performants et moins chers. Il faut avoir conscience que si les gens vivent plus vieux grâce aux meilleurs soins, ils restent plus longtemps en bonne santé et performants. Ils participent donc pleinement à la création de richesses qui bénéficie à l’ensemble de la collectivité. Cela fonctionne d’autant mieux que la société est plus libre, permettant à chacun de trouver sa place, de participer à une prospérité accrue et de s’épanouir.

Dans une économie libre l’incapacité au travail liée à la vieillesse arrive tard dans la vie d’une personne et son coût en est réduit d’autant. Encore faut-il que la société soit suffisamment libre pour permettre aux individus de rester productif longtemps et d’avoir intérêt à le faire. Quand la société était plus pauvre, les personnes mourraient plus jeunes, leur capacité à produire des richesses était détruite précocement. Tout le monde y perdait. Statistiquement l’espérance de vie était basse. Le coût pour la société humaine de ces décès prématurés et des soins à assurer aux vivants, alors que l’abondance n’existait pas encore, était proportionnellement plus grand que dans la société actuelle. Cela bien que l’espérance de vie y soit aujourd’hui élevée. Les statistiques brutes des dépenses de santé au sein du PIB ne reflètent pas ce phénomène.

La solution aux difficultés de notre système de santé n’est pas de sauver la Sécu mais c’est l’économie de marché. Elle seule autorise les progrès et les innovations qui engendrent les utilités gratuites.

Elle seule permet la multiplication de l’offre (ici de soins) et son adaptation instantanée à la demande sans gaspillage. Elle seule traite naturellement, efficacement et instantanément les milliards d’informations simultanées qui font les relations interhumaines. Elle seule permet à tous d’avoir toujours accès aux meilleurs soins. Elle seule permet à tous de bénéficier rapidement des derniers progrès scientifiques.

Pour parvenir à cette privatisation il faut restituer aux individus la quasi-totalité de leurs revenus.

« Dans notre pays, le salaire complet est largement supérieur au salaire net avec lequel nos compatriotes sont habitués à vivre. Il faut y ajouter essentiellement les charges dites patronales et les charges dites salariales. Cette division est une illusion. Dans les faits elles sont prélevées toutes deux sur le travailleur. Raisonner à partir du salaire complet ouvre des perspectives inimaginables avec le système actuel. Il suffit de prendre sa feuille de paie pour le constater et percevoir l’immense horizon qui s’ouvre alors. C’est la vraie solution pour que les personnes soient responsables de leurs actes. Par exemple, si les travailleurs disposent de la totalité de leur salaire, ils peuvent choisir, pour leur assurance maladie et leur retraite, entre des prestataires mis en concurrence. Ils peuvent ainsi s'assurer mieux et à meilleur compte. Ils peuvent même changer de prestataire si les prestations diminuent et les cotisations augmentent. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.(1) »

Il faut donc rendre aux Français la libre disposition de la quasi-totalité de leurs revenus mais il ne faut pas reprendre d’une main ce qui a été donné de l’autre. Il convient donc de réduire drastiquement les dépenses publiques. « Ainsi les impôts financeront seulement l’État régalien et le filet de sécurité pour les plus démunis. Ils se limiteront à « une contribution unique, proportionnelle à la propriété réalisée

"Il n’y aura plus de niches, d’exemptions, de cas particulier etc. Tous les autres impôts, charges et taxes indirects n’auront plus de raison d’être. Les Français paieront les produits et services à leur véritable valeur. Pour en avoir une idée, il suffit que chacun enlève le montant de la TVA à ses achats ou, plus facile, divise par trois le prix des carburants. Les Français sauront alors ce que leur coûte vraiment leur État qu’il soit central, ou décentralisé. (...) Quel que soit le prélèvement considéré, il est toujours au final, payé par l’individu. Les impôts sur les entreprises ne sont pas payés par l’entreprise mais bien par le consommateur."

N’importe qui, avec un peu de jugeote, comprend qu’il faut équilibrer son budget, ne plus s’endetter et payer ses dettes. Dans le secteur de la santé comme ailleurs. Être rigoureux, ce n’est pas de traiter durement les populations qui ont fait confiance à l’État, en leur faisant supporter les erreurs de sa gestion. Être rigoureux c’est être économe de l’argent d’autrui. C’est ne pas dépenser plus que ce que l’on a. Les économies ne consistent pas à augmenter les prélèvements obligatoires mais à diminuer les dépenses publiques. Privatiser la protection sociale contribue à cette diminution.

« Tous les intérêts légitimes sont harmoniques. » écrit Frédéric Bastiat. L’État par ses interventions détruit cette harmonie, d’où les problèmes récurrents avec notre Sécu. Une fois que l’on comprend et accepte ce fait, la solution coule de source, c’est la liberté économique.

La liberté économique permet le libre choix et engendre la prospérité. Elle garantit la pérennité des moyens financiers, techniques et humains pour que l’ensemble des gens bénéficient toujours des meilleurs soins au meilleur coût. Tout est lié. Alors que la France s’enfonce inexorablement dans la crise, l’urgence est que les Français recouvrent la liberté économique. Malheureusement ce n’est pas la voie prise par les politiciens.

NOTE

(1) Passage extrait de Patrick de Casanove, "Sécu, comment faire mieux", éditions Tatamis Trait.jpg

Médecin généraliste dans le département des Landes, Patrick de Casanove est Président du Cercle Bastiat. Il est l'auteur de "Sécu, comment faire mieux", paru au début de l'été aux éditions Tatamis.