L'effondrement annoncé de l'Europe
Par Philippe Simonnot le lundi 24 mai 2010, 21:42 - Article - Lien permanent
Il y a vingt ans le bloc soviétique s’effondrait, non pas sous le coup d’une attaque militaire des capitalistes-impérialistes, mais sous le poids de ses propres contradictions économiques, comme eût dit Karl Marx lui-même.
Cette dislocation, inévitable au bout de deux ou trois générations, n’avait été prévue par personne, sauf par une poignée d’économistes imperturbables qui accordaient foi aux lois du marché libre.
Aujourd'hui, les mêmes lois permettent d’annoncer l’effondrement de l’Europe, la crise de l’euro en étant le signe avant-coureur.
On reproche souvent aux marchés leur courte vue, leur « vision short-termiste », pour employer le jargon boursier. C’est bien mal connaître ce qu’est un prix de marché, fût-il spéculatif - surtout s’il est spéculatif. Un prix, sur un marché libre, concentre en lui toutes les informations disponibles non seulement sur le présent, mais aussi sur le passé et l’avenir. En d’autres termes, moins sophistiqués, on dira que ceux qui ont de l’argent, les « riches », qu’ils soient de bons ou de mauvais riches, se soucient d’un avenir beaucoup plus lointain que ne le font des politiques, inquiets de leur prochaine réélection. Le célèbre « mur de l’argent » est un mur où s’écrit l’avenir - comme celui de Balthazar (Daniel, 5, 25) !
Or, aujourd'hui, les marchés anticipent, non pas seulement les conséquences désastreuses au jour le jour des remèdes censés hâter la fin de la crise financière démarrée aux Etats-Unis il y a déjà deux ans, mais aussi et surtout l’incapacité de l’Europe à affronter le marché mondial, handicapée qu’elle se trouve par le fardeau des dettes publiques qui ont fait un énorme bond en avant grâce aux remèdes susdits.
Les « affreux spéculateurs » ont aussi mis dans leurs programmes d’ordinateurs les dettes générées par le système de retraite par répartition, dettes de plus en plus énormes et de moins en moins financées à mesure que la réforme du système est repoussée ou ratée. L’auto-destruction d’un Etat-Providence engendrant moins d’enfants et plus de chômeurs, moins d’épargne et plus d’impôts, est aussi prévisible au bout de deux ou trois générations que le fut la faillite du système soviétique, et si les politiques le nient ou le dénient, les marchés, eux, le savent fort bien et en tiennent compte.
A vrai dire, les politiques ont conscience de cette (d)échéance prochaine. Si le président de la République française se précipite au chevet de la Grèce, s’il pousse à l’instauration d’une improbable gouvernance économique européenne, si en même temps il se hâte de faire aboutir l’ultime réforme des retraites, quel qu’en soit le prix électoral, c’est pour tenter de prévenir une dégradation humiliante de la note de la France sur les marchés financiers, qui se traduirait par un alourdissement supplémentaire de la dette et une claque énorme sur le plan politique, et personnel. Combat d’arrière-garde, le dos au mur, c’est bien le cas de le dire. A moins d’un miracle sur le « front social » (retraites, marché du travail, assurance-maladie) que rien ne permet d’attendre, ou à moins qu’on ne casse le thermomètre des agences de notation, la dégradation de l'Etat français est inéluctable puisque la dette publique actuelle n’est tout simplement pas soutenable.
Ce qui vaut ici de la France peut être dit pour la plupart des Etats européens, embourbés dans les mêmes ornières.
Les grands événements historiques conjuguent le plus souvent le hasard et la nécessité : une étincelle met le feu au baril de poudre. L’étincelle, ce fut l’affaire américaine des subprime (encore un fruit de l'Etat-Providence). Le baril, ce sont des déficits publics accumulés pendant trente ans. L’explosion, nous la vivons en ce moment même, plaçant pour un long temps l’Europe aux anciens parapets hors de la compétition mondiale.
Philippe Simonnot est directeur de l'Atelier de l'économie contemporaine et Directeur du séminaire monétaire de l'Institut Turgot.
Commentaires
La Bourse de New York a terminé en nette baisse lundi, au terme d'une séance morose face aux nouveaux épisodes de la crise de la zone euro en Espagne : le Dow Jones a perdu 1,24 % et le Nasdaq 0,69 %.
Les inquiétudes des investisseurs se sont concentrées sur l'Espagne, où la banque centrale a dû procéder au sauvetage samedi de Cajasur, une caisse d'épargne du sud du pays que contrôlait jusqu'à présent l'Eglise catholique.
"La crainte d'un effet domino ressurgit", a estimé John Wilson, de Morgan Keegan. "Malheureusement, il semble qu'il soit trop tôt pour fêter la fin de la crise".
http://www.boursorama.com/internati...
Mardi 25 mai 2010 : tous les regards sont tournés vers l’Espagne, vers la situation catastrophique de l’Espagne.
Les pays d’Europe du sud sont en train d’entraîner toute la planète dans leur chute.
Lisez cet article :
Les bourses asiatiques en forte chute à mi-séance.
Les bourses asiatiques étaient en forte chute mardi à mi-séance, dans un contexte toujours marqué par les craintes pesant sur l’euro et sur la dette de certains pays européens.
L’indice Nikkei perdait 2,4 % à 9,526.97 points.
L’indice sud-coréen Kospi perdait 3 % à 1.556,28 points.
Les bourses néo-zélandaises, australiennes et taïwanaises étaient également en baisse.
http://www.boursorama.com/internati...
C'est étrange de parler de "marchés" comme d'intervenants extérieurs et en quelque sorte objectifs, alors que dans la réalité les principaux détenteurs de dette européenne sont des européens eux-mêmes, par l'intermédiaires de structures, banques et compagnies d'assurance, qui ont des liens puissants avec les états.
Bizarre aussi de parler de la "compétition mondiale" dont nous serions exclus, comme s'il s'agissait aussi d'un monde sain qui ne voudrait plus de nos corruptions. Alors que si on regarde de près, ce monde extérieur est dominé principalement par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon et la Chine, à propos desquels on pourrait énoncer au moins autant de faiblesses et de problèmes à venir que dans le cas de l'Europe.
Toto n’a pas tort.
Les Etats-Unis sont plombés par l’insécurité juridique et leur dépendance aux financements extérieurs.
Le Japon est malade de sa démographie et son absence invraisemblable de solidarité.
La Chine va devoir jongler entre l’accroissement brutal des inégalités et le problème menaçant du remplacement des générations actuelles.
Tous les pays ont à gérer un futur obscur. La seule différence que je soupçonne est que les européens partent battus (nous sommes des pays « vieux »), doutant de leur identité, sans fierté de leur histoire. Ce n’est pas le cas des habitants des Etats-Unis (la fierté, l’attachement à leur jeune histoire), du Japon (l’attachement à l’originalité de leur culture), de la Chine (fière de toutes ses réalisations, et pourtant un pays « vieux « s’il en est).
Mardi 25 mai 2010 :
La Banque centrale européenne (BCE) a alloué mardi environ 106 milliards d'euros aux banques implantées en zone euro dans le cadre de son appel d'offre hebdomadaire.
Au total, 83 établissements ont demandé des liquidités, au taux fixe de 1 % au cours de cette opération, précise la BCE dans un communiqué aux marchés.
Toutes les demandes ont été honorées, comme le veut la règle depuis la fin 2008.
Après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, la BCE avait décidé de mettre à la disposition des banques autant de liquidités qu'elles le souhaitaient afin d'éviter une asphyxie du marché monétaire, et par ricochet une pénurie du crédit.
http://www.lesechos.fr/info/finance...
Ce pauvre Jean-Claude Trichet ne sait plus quoi faire pour empêcher le naufrage du Titanic "ZONE EURO".
C'est la panique, Jean-Claude !
C'est la panique à la Banque Centrale Européenne !
Dans les cales du Titanic "ZONE EURO", l'eau s'engouffre de toutes parts.
Vas-y Jean-Claude !
Balance encore plus de liquidités !
Comme si ça pouvait empêcher le Titanic de couler !
La "joie froide", "schade freude" de M.Simmonot à prédir la fin de l'europe fait plaisir à voir.
Mais avait-il prédit la crise des "subprime".Le nombre de diafoirus qui n'avait rien vu venir et qui maintenant prédise la fin de l'Euro est impressionant.
Cela ne veut malheureusement pas dire qu'il ait tort
Mais à qui profite le crime?.