L'autre tragédie d'Haîti
Par Nathalie Elgrably-Lévy le samedi 30 janvier 2010, 19:02 - Article - Lien permanent
La tragédie haïtienne est inqualifiable. On ne peut qu’être anéanti devant l’horreur, la douleur, la faim et le désespoir causés par l’impitoyable séisme. Et on ne peut que saluer l’aide humanitaire déployée par la communauté internationale. Une aide qui, en regard des besoins immenses et de leur urgence, restera malheureusement toujours trop modeste et trop tardive.
Les premiers secours étaient à peine arrivés que l’on songeait déjà à rebâtir. Seize pays se sont d’ailleurs réunis le 25 janvier à Montréal pour discuter de l’effort de reconstruction. On ne cherche pas qu’à sauver des vies et à apaiser les souffrances, on espère également mettre le pays sur le chemin de la prospérité.
L’intention est noble, et l’aide envisagée est généreuse. Toutefois, il faut se demander si le simple fait de reconstruire est suffisant pour sortir le pays de la pauvreté. On peut en douter, car ce n’est pas l’absence d’infrastructures qui explique la pauvreté, c’est plutôt la pauvreté qui explique l’absence d’infrastructures. Et la pauvreté, c’est généralement le résultat d’un système économique qui empêche la création de richesse en décourageant la production et l’investissement.
Or, même avant le séisme, Haïti était déjà le pays de plus pauvre des Amériques avec un PIB par habitant d’à peine 1300$, un taux de chômage de 50% et l’absence quasi totale d’investissements étrangers. «Doing Business», une étude annuelle réalisée par la Banque mondiale, permet d’expliquer cette piètre performance économique. On y apprend, entre autres, qu’ouvrir une entreprise en Haïti exige 13 procédures administratives, 195 jours de travail et un coût équivalant à 228% du revenu par habitant. En revanche, dans les pays de l’OCDE, il ne faut que 5,7 procédures, 13 jours de travail et 4,7% du revenu par habitant. Pour construire un entrepôt, les procédures haïtiennes occasionnent 1179 jours de travail et un coût équivalant à 569,5% du revenu par habitant, contre 157 jours et un coût dix fois moindre dans les pays de l’OCDE. En Haïti, une entreprise qui souhaite enregistrer ses titres de propriété doit y consacrer 405 jours de travail, contre 25 jours dans les pays de l’OCDE. Qui voudrait donc faire des affaires en Haïti dans un pareil contexte?
Corruption généralisée, absence d’un État de droit fiable, analphabétisme, exportations limitées, tels sont les principaux obstacles à surmonter pour sortir cette république de la misère. Même si le défi semble colossal, il est possible de le relever. Le gouvernement haïtien a d’ailleurs récemment entrepris des réformes en ce sens. Mais surtout, le cas du Chili devrait servir de modèle.
Jusqu’au début des années 1980, le Chili était le parent pauvre de l’Amérique latine avec une économie pratiquement stagnante depuis 1913. Mais grâce à la libéralisation des marchés et aux réformes économiques adoptées en 1985 et 1990, l’économie chilienne a crû à un rythme de 4,2% par an, permettant ainsi au niveau de vie de doubler tous les 17 ans. Le 15 décembre dernier, le Chili a été invité à devenir membre de l’OCDE, officialisant ainsi son statut de nation industrialisée.
Secourir les victimes du séisme, cela va de soi! Contribuer à la reconstruction, c’est honorable, mais c’est insuffisant pour vaincre la pauvreté. Ce n’est pas en recevant de l’aide internationale qu’un pays s’enrichit, c’est en produisant et en vendant ses biens et services. Or, pour cela, il faut des réformes qui permettent de créer un contexte économique favorable aux affaires. Le Chili l’a compris et a réussi un véritable miracle économique en 20 ans à peine. Aider Haïti à en faire autant, n’est-ce pas également de l’aide humanitaire?

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l'Institut économique de Montréal. Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.
Commentaires
Nathalie Elgrably-levy est constante à elle même , un mélange de vrai et faux
pour nous assener le succès de la Politique Économique du Chili sous Pinochet.
Demain vite cherchons un Pinochet Haïtien pour sauver le Pays , donc les USA qui sont sur place vont vite gérer la cause , laisserons un beau trou de dettes pour enrichir les sociétés Etats-uniennes avec les "sous" du Fmi .Et même , pourquoi pas faire une virée du coté du Venezuela .Ces écrits sont une véritable provocation à L'Humanisme et je regrette que votre Tribune qui est quoi ? publie ce genre de contre-vérités sous le manteau du Net . Déja dans le boycott d 'Israël elle était pas mal , là je la découvre sous son Jour Néo-Fachiste Sioniste un comble .Je suis fatigué de ses manipulations , Il sera un jours le temps que Gog et Magog . Ézéchiel ton Tombeau sera t'il profané , peu importe tant que ton Nom vive et ton retour imposé .