"La finance", c'est nous tous...
Par Michel Kelly-Gagnon le mercredi 26 octobre 2011, 15:08 - Article - Lien permanent
Ce que veut le mouvement "Occupy Wall Street" et ses émules n'est pas très clair, mais il semble que plusieurs de ses participants s'opposent à «la finance».
Je ne connais pas de meilleure définition de la finance que celle qu'en donne mon ami Pierre Lemieux dans "''Une crise peut en cacher une autre''" (Les Belles Lettres, 2010): la finance regroupe les institutions et autres moyens qui assurent le transfert des ressources des épargnants vers les emprunteurs.
D'une part, il y a des gens qui souhaitent épargner pour financer une consommation future. Ceux qui détiennent des régimes de retraite, privés ou publics, font partie de ces épargnants. Ce fait confirme que «la finance» ce n'est pas «eux» (les financiers) par opposition à «nous» car à peu près tout le monde, par le biais de ces régimes de retraites, fait partie de cette interaction.
Et, d'autre part, il y a des gens qui souhaitent emprunter, soit pour consommer maintenant et payer plus tard, soit pour investir. Plusieurs épargnants préfèrent, pour des raisons bien compréhensibles, confier leur épargne à une institution financière qui se chargera de la placer à profit. Ces transferts d'épargne constituent ce que l'on appelle les marchés financiers.
Aussi longtemps qu'il y aura des épargnants et des emprunteurs, il y aura des marchés financiers - à moins qu'ils ne soient interdits par la force. C'est notamment ce que les pays communistes essayaient de faire (certains essaient encore, tels la Corée du Nord et Cuba). Le résultat : l'État monopolisait et dilapidait l'épargne, et plusieurs individus, pour se protéger, devaient cacher leur épargne sous leur matelas, de préférence en devises étrangères. D'autre part, sous ces régimes communistes, les investisseurs ne pouvaient faire appel à l'épargne publique et devaient compter sur les bureaucrates du Plan. Le développement et la prospérité n'étaient pas tout simplement au rendez-vous.
L'un des slogans naïfs des occupants de Wall Street disait : «Emprunter, c'est de l'esclavage». Évidemment, si on interdisait aux gens d'emprunter, personne ne pourrait épargner et obtenir un rendement sur son épargne. Ceci dit, je suis néanmoins d'accord avec les protestataires pour dire que nous avons eu au fil des ans des politiques monétaires (fixées par des entités étatiques) qui ont favorisé l'endettement excessif et, inversement, qui ont découragées l'épargne. Mais il est difficile de blâmer le «capitalisme» ou la «finance» pour cet état de fait.
Le plus grand emprunteur par les temps qui courent est... l'État lui-même. Quand l'État emprunte, les épargnants lui confie une partie de leur épargne, et il y en a d'autant moins à emprunter pour les projets productifs des entreprises ou des particuliers. Comme Pierre Lemieux le fait remarquer, c'est justement la voracité des États emprunteurs qui provoque actuellement une nouvelle crise.
Les intermédiaires financiers essaient d'offrir aux emprunteurs et aux investisseurs des produits financiers adaptés à leurs besoins. Ceux-ci comprennent notamment les credit default swap et d'autres techniques de hedging - qui permettent notamment aux administrateurs de votre fonds de retraite, aux transporteurs aériens et aux agriculteurs de minimiser les risques.
Que l'on s'oppose aux firmes financières subventionnées par l'État ou trop copain-copain avec lui, je veux bien. Que l'on affirme que certains acteurs privés actifs dans le monde de la finance ont commis des erreurs de jugement et/ou des manquements éthiques, je veux bien. Mais il est par contre absurde de s'opposer à «la finance» comme telle, sauf si l'on favorise le sous-développement et la pauvreté ou si l'on est illettré économique.
Michel Kelly-Gagnon est Président de l'Institut économique de Montréal . La version originale de cet article a été publiée dans La Presse, un des principaux quotidiens francophones d'Amérique, en date du 22 octobre 2011.En complément, lire la longue interview de Michel Kelly Gagnon publiée dans Le journal de Montréal sous le titre Questions et réponses sur la crise financière
Commentaires
Je crois que chacun peut comprendre cette rationnalité
MAIS...
les mécanismes plus que bimillénaires décrits ci-dessus supposent que:
- les fourmis ne paient pas pour les cigales
- l'enrichissement des pauvres ne passe pas par l'appauvrissement des riches ( ça ne marche jamais)
- les gouvernements soient aussi "low" que possibles et ne puissent, au nom du fait du prince, se livrer à une dépossession systématique des sujets : l'impôt est précisément anti-financier
Au fond, le pape Alexandre VI ( "vedette des "Borgia") vendait au moins quelque chose - en l'occurence des indulgences- que beaucoup de clients désiraient acquérir.
Du vent, direz vous? Certes, mais que valent nos monnaies de singe?
Supposons que vous rencontriez ces gens et que vous leur expliqueriez ce que vous venez de démontrer, à savoir que le système financier tel que définit par le système capitaliste apporte, a toujours apporter et apportera toujours plus de bien fait que de mal. Et supposons aussi que vous leur prouviez, avec des preuves totalement irrefutables, que le système communiste, c'est le mal absolu. ILS NE L'ACCEPTERONT JAMAIS. La plupart de ces gens sont en fait des gens qui refusent la réalité des choses, .(à savoir que nous devons tous et chacun faire des efforts individuels pour se sortir et se maintenir hors de la pauvreté, car cette réalité est pour eux totalement innacceptable. Ils préfèreront toujours porter le blâme sur quelqu'un d'autre plutôt que de faire cet effort si nécessaire. Un peu comme les Nazis allemands et les musulmans du moyen-orient qui préfèrent accuser les juifs et/ou Israël de leur mauvais choix politique et économique. C'est tellement plus facile à faire que de se lever le matin pour sortir de leur misérabilisme.
"Plusieurs épargnants préfèrent, pour des raisons bien compréhensibles, confier leur épargne à une institution financière qui se chargera de la placer à profit."
Ceci n'est vrai qu'en théorie. En pratique les chose se passent autrement. En France vous n'êtes pas libre de choisir le gestionnaire de votre épargne. L'épargne de votre retraite n'est pas une épargne puisqu'elle sert à payer immédiatement le retraite des aînés. Aux USA il y a eu Enron, Madoff, les subprimes... quant à leur dette souveraine vaut-elle mieux que celle des européens ? Cela ne veut pas dire que tous les "financiers" sont véreux mais il est indéniable que ce genre de scandale ne peut que marquer durablement les esprits et les rendre d'autant plus méfiants qu'ils ont du mal comprendre un raisonnement qui VOUS paraît simple.
Pour assumer ses erreurs il faut être capable de faire un choix libre et surtout éclairé. C'est rarement le cas. Tout le problème tient dans ce "rarement". On peut rêver d'une population qui comprend facilement l'économie et la finance parce qu'elle a été bien formée, en attendant que faut-il faire ?
Une solution serait d'avoir un "ordre" avec conseil de l'ordre. Quand au XIX° siècle les notaires spéculaient avec l'argent de leurs clients il y a eu des scandales à répétition. C'est ainsi que la chambre des notaires s'est vue chargée de faire la police dans leurs rangs. Au point où nous en sommes cette solution devrait se mettre en place au niveau mondial. C'est un autre rêve qui me paraît cependant moins inaccessible que le précédent. Les "financiers" y auraient tout intérêt car les désordres actuels ne profitent pas à tous. L'accroissement des risques qu'ils encourent du fait des moins prudents les pousse à être plus gourmands, ce qui se retourne contre eux en freinant les mouvements de capitaux et les investissements.
tout est dit dans votre introduction
"pas tres clair" et" il semble"
je crois que c'est ce que la population reproche aux financiers justement , tout se passe très loin et à la fin on leur dit que ce sont eux qui devront payer , sans qu'ils aient vu ou fait quoique ce soit . Pour eux c'est injuste et ils se rebellent . Peut on leur donner tort ? Ils souhaitent changer de système financier car ils estiment que celui-ci ne profite qu'à un tout petit nombre au détriment de la population et même des états .
Enfin tout ce langage économique est pour eux du charabia , ils veulent juste vivre en "cultivant leur jardin "
C'est utopiste peut être , mais l'utopie précède les révolutions , alors ...
@ Olivier Ferry
Vous avez raison d’écrire que nous ne sommes pas libres de décider de l’usage d’une partie de notre épargne, ce qui je crois est le cas dans la plupart des pays développés qui ont divers modèles de régimes publics de retraite. Cette gestion étatique forcée contribue à la déresponsabilisation généralisée que l’on constate quant aux questions financières. Les plus jeunes commencent à se rendre compte que ces régimes publics ne leur en donnent pas pour leur argent puisqu’ils doivent subir des hausses de cotisations répétées pour subventionner la retraite des prestataires actuels et à venir. De nombreux pays (en particulier les États-Unis) devront faire des choix difficiles pour se sortir de cette situation délicate. Si le sujet vous intéresse, mon organisation, l’Institut économique de Montréal, a publié une Note économique pour suggérer des idées de réforme. Elle discute du cas du Québec, mais les mêmes principes peuvent s’appliquer ailleurs.
http://www.iedm.org/fr/659-reformer...
Je crois aussi qu’il faut porter attention au schisme qui devient de plus en plus flagrant entre les employés du secteur public, qui bénéficient souvent de régimes de retraite à prestations déterminées très généreux, et ceux du secteur privé qui ont rarement le même privilège et doivent en plus financer les premiers en payant de lourds impôts. À ce sujet, voir :
http://www.iedm.org/fr/654-les-regi...
En bref, la population a raison d’être inquiète et d’espérer des réformes en matière de politiques publiques, mais ces réformes doivent avoir comme objectifs principaux d’éviter une crise des finances publiques et un accroissement du fardeau fiscal, et non de tourner le dos au seul système économique compatible avec la croissance et la prospérité.
"Cultiver son jardin" est une utopie éminemment respectable, à condition de ne pas exiger une rente publique, "solidarité" à sens unique au détriment de ceux qui produisent, prennent les risques et font les efforts.
Il faut une bonne dose de mauvaise foi, et les hommes politiques n'en manquent pas, pour réduire le système financier au rôle de bouc-émissaire, alors que, précisément, ce système a permis à une bonne partie de la population de vivre sans travailler et aux hommes politiques d'acheter des voix en distribuant les rentes financées par la dette.
Le langage économique est simple, si on admet qu'aucun consommation n'est jamais gratuite. Quelques-uns s'indignent au moment de payer la facture. Mais parce qu'ils ne produisent pas grand-chose, ils n'ont aucune chance de voir "leur" révolution aboutir. Peut-être vivons-nous effectivement une révolution, mais c'est celle de la fin de la fiction de l'Etat providentiel, celle de la fin des utopies collectivistes du XXe siècle.
The focus of discussion should ever more center not on credit, which critics of the finance system often propone as the "proper function" of banking, but on risk management, where all the dreaded futures, swaps, puts and calls dwell. theres not much in defending credit; the real task is in persuading people that to put financial risk insurance in the hands of the state is a bad idea and the incentive for moral hazard that brought the crisis on us.
je suis d'accord avec toi bubulle sur les efforts réels de chacun et les bénéfices qu'il compte en retirer , et également sur la fin de l'Etat providentiel .
Malheureusement la loi du plus fort sera in fine celle du plus grand nombre , dirigé par de bons manipulateurs , on a vu par le passé ce que d'obscurs peintres pouvaient devenir. Les politiciens ont trop tiré sur la corde , ils le paieront probablement aux prochaines élections , la réction sera aussi forte que l'a été la dérive du système .
'Aussi longtemps qu'il y aura des épargnants et des emprunteurs, il y aura des marchés financiers - à moins qu'ils ne soient interdits par la force. '
Vous avez raison - mais aujourd'hui, grace aux taux d'interet tellement bas, que c'est difficile d'etre un epargnant. Qui peut obtenir un rendement sur son épargne?
La Banque Centrale Europeene a cree une situation qui, comme vous disez, a 'favorisé l'endettement excessif et, inversement, qui ont découragées l'épargne.'
C'est la BCE qui a encourage la Grece, l'Irlande, l'Espagne et la Portugal, et n'oublions pas l'Italie, de s'endetter.
Mais, grace a la structure opaque de la eurozone, personne ne sais qui est responsable. Je vous le dis, c'est la BCE.
En devenant parti de la eurozone, la France, et les autres membres de la zone, ont abandonnes le controle de leur propre monnaie et les taux d'interet qui l'accompagne.
Il faut recuperer le controle de votre monnaie.
Nous aimerions bien récupérer le contrôle de "notre" monnaie. A vrai dire, le verbe récupérer est impropre, puisque nous n'avons jamais pu choisir "notre" monnaie.
On nous a d'abord imposé l'étalon-or fixé arbitrairement, l'ancien franc, le nouveau franc, maintenant l'euro. A l'étranger, on nous a imposé le dollar, le DM, le yen et tant d'autres monnaies monopoles, mais jamais nous n'avons pu choisir librement "notre" monnaie. Subissant les monnaies étatiques imposées par la force, jamais nous n'avons eu la moindre possibilité de contrôler quoi que ce soit.
On peut en conclure qu'aborder le question monétaire sous cet angle, en prétendant contrôler une monnaie qui nous est imposée, n'est pas la bonne façon de la traiter.
on nous impose une monnaie parce que la mauvaise monnaie chasse la bonne.
ce qui importe c'est une bonne gestion des deniers publics.....
Pour le reste les financiers sont critiquables et c'est un doux euphémisme
car la seule chose qui les intéresse c'est l'argent pour l'argent , l'économie ne les concernent pas . toujours plus d'intelligence ( et de sottises) pour créer des modèles,des systèmes qui doivent aboutir à pile je gagne et face tu perds... ça devient tellement compliqué qu'eux mêmes finissent par se prendre les pieds dans le tapis
Sur le long terme la stupidité et la cupidité l'emportent toujours, ayant financé des "amis" au Pouvoir , ils ont créé les conditions de l'explosion finale..
comment diminuer les pouvoirs des financiers et des politiques quand ils détiennent la formation de l'opinion?
@konebien
La mauvais monnaie chasse la bonne quand la loi nous oblige à ne pas faire de différence entre la mauvaise et la bonne. Dans un régime de concurrence entre monnaies, la bonne chasserait rapidement la mauvaise, comme c'est le cas pour tous les autres produits.
mais si ça marche aussi avec l'euro, la preuve l'euro allemand s'emprunte moins cher que l'euro français....
Oui, la finance , c'est nous ...
On pourrait même dire le monde c'est nous , ... et Nous c'est nous !
Pensez vous vous vraiment qu'avec ce genre de tautologie, on puisse convaincre ? De plus dire que la finance est uniquement le transfert de l'épargne vers les emprunteurs est très très incomplet puisque précisément nous vivons dans un système de crédit à tire-larigot.
Par ailleurs, faire des leçons de morale économique et de réalisme aux indignés de cette façon là n'a pas de sens.
D'une part nos 'indignés' actuels sont bien timorés , modérés et brouillon par rapport aux mouvements de contestations dures qu'on a pu connaître dans le passé.
D'autre part, sans m'occuper de savoir si leurs arguments sont corrects ou pas, il est difficile de leur donner tort dans l'observation basique que quelque chose a vrillé d'une façon extrêmement importante et que dans le même temps on assisté à une concentration de valeur -permettant la concentration des richesses réelles ensuite- pour le moins excessive.
Qu'on demande au pékin moyen -même s'il a sa part de responsabilité- de 'payer' ne peut pas ne pas susciter des réactions.
Par ailleurs l'argument fondamental de la 'démocratie' qui accompagnerait naturellement le capitalisme finit par se retourner en ce sens que l'intégration de plus en plus poussé de tous les systèmes (politique,social,économique, culturel) rend la marge de changement de plus en plus réduite et en tout cas en dehors du processus démocratique.
Là aussi il n'est pas étonnant que ce sentiment d'impuissance débouche sur une indignation de principe, qui peine à se rationaliser et même à se comprendre, mais qui renvoie au 'système' son propre discours..
J'aime bien l'accent mis sur la gestion du risque par Mentha Terecenta.
Imaginez que l'état, au lieu de taxer les gestionnaires du Loto, se mette à le gérer lui même. Les gouvernants auront vite fait de considérer ses réserves comme leur propriété et d'y puiser à pleines mains, mais un jour le nième gagnant réclamera son dû et on découvrira brusquement qu'il n'y a plus de quoi le payer.
Il est bien vrai que transférer à l'état la gestion du risque est une mauvaise idée car le seul risque que sache gérer un homme politique est celui de ne pas être réélu.