L'histoire complète est longue et compliquée, mais la raison essentielle, je pense, est facile à comprendre. La raison essentielle en est le postulat comme quoi, si les gens ont en matière médicale des besoins qui ne sont pas satisfaits, il incomberait à la société de le faire. Dans le débat actuel sur la réforme des soins de santé, l'accès universel est devenu un objectif incontesté, auquel on pourrait sacrifier toutes les autres considérations. Ce qu’on postule, c’est que les besoins des récipiendaires l'emporteraient sur les Droits des médecins, sur les Droits des hôpitaux, sur les Droits des assureurs et des compagnies pharmaceutiques : de ceux qui produisent les soins de santé, de ceux qui font le boulot, en même temps que les Droits des contribuables qui sont censés devoir payer tout cela.

En d'autres termes, on obligerait à servir ceux qui ont la capacité de fournir des soins de santé, tandis que ceux qui auraient besoin de soins de santé auraient le droit d’imposer leurs exigences. En fait, on dit bien souvent qu’en matière de soins de santé, le besoin serait constitutif d’un droit. Le Président Clinton avait fait campagne avec le slogan : « il faut que les soins de santé soient un droit, et non un privilège. » Les sondages d'opinion montrent régulièrement que la croyance à un tel droit est très répandue, même au sein de la profession médicale. Le Patient's Bill of Rights (la « Charte des droits du patient ») de l’American Medical Association inclut l'affirmation comme quoi les patients auraient un « droit aux soins de base en matière de santé. »

Si les soins de santé sont un droit, alors c’est aux hommes de l’état de faire en sorte que tout le monde y ait accès, tout comme le Droit de propriété veut dire que les hommes de l’état doivent nous protéger contre le vol. Depuis trente ans, cette idée que les gens auraient un Droit aux soins de santé a conduit à des ingérences de plus en plus massives des hommes de l’état dans les professions médicales et l’activité des soins de santé. Les besoins des indigents, les besoins des personnes non assurées, les besoins des personnes âgées, entre autres groupes, ont été présentés comme autant de créances sur les ressources publiques. Les hommes de l’état y ont réagi en subventionnant les groupes en question, et en imposant en leur nom des réglementations aux médecins, aux assureurs et aux sociétés pharmaceutiques. Maintenant, le gouvernement se propose de rendre universel ce « droit », de créer un « droit » universel, pour accroître encore considérablement les ingérences de l’état.

Dans ce contexte, je peux exprimer ma propre opinion en une formule : ce prétendu « droit » n’existe pas. J’entends vous démontrer pourquoi la tentative pour mettre en œuvre ce prétendu « droit » conduit dans la pratique à la suspension des véritables Droits des médecins, des patients ainsi que du public en général. Et je montrerai pourquoi l’idée d'un tel « droit », en raison, est pourrie.

Je tiens à souligner d'emblée l'importance de cette question. L'orientation à long terme de la politique publique n'est pas fixée par la politique électorale, ni par des marchandages au Congrès, ni par tel ou tel précédent judiciaire. À long terme, fondamentalement, ce sont les idées qui déterminent la politique publique : des idées sur ce qui est juste et ce qui est digne d’intérêt, et sur les Droits et les obligations que nous avons en tant qu'individus. Et l'idée selon laquelle les gens auraient un Droit aux soins de santé est contraire à nos véritables libertés. Les politiques qui découlent de cette idée sont préjudiciables aux intérêts aussi bien des patients que des médecins. Pour lutter contre ces politiques-là, c’est à la racine que nous devons les attaquer.

La liberté contre les "droits sociaux"

Commençons par définir nos termes : un droit est un principe qui décrit une chose que l'individu doit pouvoir être libre d'avoir, ou de faire. Un droit est un droit : quelque chose que vous possédez librement et clairement, quelque chose que vous pouvez exercer sans demander la permission à qui que ce soit d'autre. Et parce que c'est un droit, et non un privilège ni une faveur, nous n’avons aucune dette de reconnaissance envers qui que ce soit pour avoir reconnu nos droits.

Lorsque nous parlons de droits, nous évoquons un concept qui est fondamental dans notre système politique. Notre pays a été fondé sur le principe selon lequel les individus possèdent des « Droits inaliénables à la vie, la liberté et la poursuite du bonheur ». En même temps que le droit de propriété, ces droits sont connus comme des Droits de liberté, parce qu'ils protègent le Droit d'agir librement. Les mots de la Déclaration d'indépendance américaine sont tout à fait précis à cet égard. Elle nous attribue le Droit à la poursuite du bonheur, non le bonheur lui-même. Le bonheur, la société ne peut pas nous l’assurer ; c'est notre responsabilité à nous ; tout ce qu'elle peut garantir, c'est la liberté de rechercher celui-ci. De même, le droit de vivre est le droit d'agir librement pour sa propre conservation. Ce n'est pas un droit d’échapper à la mort par des causes naturelles, quand cette mort serait prématurée. Et le droit de propriété est le droit d'agir librement dans ses effort pour acquérir la richesse ; le droit d'acheter, de vendre et conserver le fruit de son travail. Ce n'est pas un « droit » de s'attendre à ce qu’on vous donne de la richesse.

La raison d’être des Droits de liberté est de protéger l'autonomie individuelle. Ils laissent les individus responsables de leurs propres vies, de satisfaire leurs propres besoins. Cependant, ils nous fournissent le cadre social dont nous avons besoin pour exercer cette responsabilité : la liberté d'agir sur le fondement de notre propre jugement, à la poursuite de nos propres fins, et le Droit d'utiliser et de disposer des ressources matérielles que nous avons acquises par nos efforts. Ces droits reflètent le postulat comme quoi les individus sont des fins en eux-mêmes, qu’on ne saurait utiliser contre leur gré à des fins sociales.

Voyons ce qu’impliquent les Droits de liberté en matière de soins médicaux : si on les mettait en œuvre intégralement, les patients seraient libres de choisir le type de soins qu'ils veulent, et notamment les fournisseurs de soins de santé qu'ils veulent voir, conformément à leurs besoins et à leurs ressources. Ils seraient libres de choisir s'ils veulent ou non une assurance maladie, et si oui, en quelle quantité. Les médecins, et autres fournisseurs, seraient libres d'offrir leurs services à n'importe quelles conditions de leur choix. Les prix ne seraient pas déterminés par l’arbitraire des hommes de l’état, mais par la concurrence sur un marché.

Puisque c’est d'une situation imaginée qu’il s’agit, nul ne peut prédire quelle combinaison de praticiens privés, de groupes de soins coordonnés, et autres sortes de plans de santé apparaîtrait. Cependant, les forces du marché feraient en sorte que les patients aient davantage de choix qu’ils n’en ont aujourd’hui, qu'ils agiraient de manière plus responsable que beaucoup ne le font actuellement, et qu'ils payeraient un prix actuariellement équitable pour l'assurance maladie —des prix qui reflèteraient la réalité des risques associés à leur âge, à leur condition physique et à leur manière de vivre. Personne n’y pourrait faire assumer ses charges par quelqu'un d'autre.

Voilà donc ce que les Droits de liberté — les droits classiques à la vie, la liberté, et à la propriété— signifieraient en pratique. Le prétendu « droit aux » soins médicaux, c’est le jour et la nuit. Il ne se limite pas à un droit d'agir —c’est-à-dire de rechercher des services médicaux et d’entreprendre des échanges avec leurs fournisseurs, sans ingérence étrangère aucune. C’est censé être un « droit » à un bien : un service réel, que l’on puisse ou non se le payer. Le prétendu « droit à » des soins médicaux n’est qu’un exemple d'une catégorie plus vaste, connue sous le nom de « droits sociaux ». Les « droits sociaux » sont en général des prétentions sur des biens : par exemple, un « droit » à l'alimentation, au logement, à l'éducation, à un emploi, etc. C'est un aspect fondamental de la manière dont ils diffèrent fondamentalement des Droits de liberté, qui sont des droits d’agir librement mais ne garantissent pas que l'on parvienne à obtenir un bien particulier quelconque que l’on pourrait chercher.

Une autre différence tient aux obligations imposées à d'autres personnes. Tout Droit impose une certaine obligation aux autres. Les Droits de liberté imposent des obligations négatives : celle de ne pas s’opposer à l’exercice de cette liberté. Ces Droits-là sont garantis par des lois qui interdisent l’assassinat, le vol, le viol, la fraude et autres crimes. Pour leur part, les « droits sociaux » imposent aux autres l'obligation positive de fournir les produits en question. Or, les soins de santé ne poussent pas sur les arbres, et ne tombent pas du ciel ; l'affirmation d'un « droit aux » soins médicaux ne garantit en rien qu'il aura quelque soin que ce soit à distribuer. Les partisans de ces « droits » exigent, avec les apparences de la suppériorité morale, que tout le monde ait accès à ce type de service. Cependant, une exigence ne crée absolument rien du tout : les soins de santé, il faut bien que quelqu'un les produise, et que quelqu'un les paie.

L'un des grands arguments mis en avant par les partisans d'un « droit aux » soins de santé est que les soins de santé seraient un besoin essentiel. À quoi bon nos autres libertés, demandent-ils, si nous ne pouvons pas nous soigner en cas de maladie ? Mais nous devons absolument poser la question en retour : pourquoi le besoin de quelqu’un lui donnerait-il un droit ? Il y a cinquante ans, les gens dont les reins ne fonctionnaient plus avaient tout autant qu'aujourd'hui besoin d’une dialyse, mais des machines de dialyse, il n'y en avait pas. Avaient-ils un « droit à » l’immunité contre l'insuffisance rénale? Mère Nature violait-elle leurs « droits » en faisant que leurs reins cessent de fonctionner sans remède possible ? Cela n'a aucun sens de dire que le besoin en lui-même confèrerait un droit, à moins que quelqu'un d'autre n’ait la capacité de satisfaire ce besoin. Ainsi, tout «droit» à des soins médicaux impose forcément à quelqu’un l'obligation de fournir des soins à ceux qui ne peuvent pas se les procurer à eux-mêmes. Et si j'ai un « droit » de ce genre, il y a une autre personne ou groupe qui a l'obligation non voulue, non choisie, de le payer.

J'insiste sur « non voulue ». Un droit est un droit. Si j'ai « droit » à des soins médicaux, alors j’ai des droits sur le temps, sur l'effort, sur la compétence, sur la richesse de quiconque sera forcé de fournir ces soins. En d'autres termes, je suis propriétaire d’un morceau du contribuable qui me subventionne ; je suis propriétaire d'un morceau du médecin qui me soigne.

La notion d'un « droit aux » soins médicaux va bien au-delà de toute notion de charité. Un médecin qui renonce à ses honoraires parce que je suis indigent fait un don volontaire : il conserve son autonomie, et je lui dois la reconnaissance. En revanche, si c’est un « droit aux » soins que j'ai, alors il ne fait que me donner mon dû, et moi je lui dois rien. Si d'autres sont forcés de me servir au nom de mon « droit aux » soins, alors on s’en sert indépendamment de leur volonté en tant qu’instruments de ma satisfaction. J'insiste sur ce point parce que beaucoup de gens ne se rendent pas compte que la notion même de « droits sociaux », y compris le « droit aux » soins, est incompatible avec l’idée comme quoi les individus sont des fins en eux-mêmes.

Je pourrais ajouter que les promoteurs d'un « droit aux soins de santé » savent très bien quelle différence il y a entre les droits et la charité : l’un de leurs principaux arguments pour se servir d’un discours sur les « droits » est qu’il ferait disparaître le stigmate qui s’attache à la charité. Un droit est une chose pour laquelle vous ne devez aucune gratitude à quiconque. Cependant, remarquez la contradiction : la première raison pour proposer un tel droit est l'affirmation comme quoi certaines personnes ne pourraient pas subvenir à eux-mêmes, et seraient donc dépendantes des autres pour leurs soins médicaux. Et puis après, les partisans d'un « droit aux » soins de santé se retournent, et insistent pour se servir du concept de « droit » pour masquer le fait de cette dépendance, et permettre aux récipiendaires des subventions étatiques de faire comme s’ils avaient mérité ce qu’on leur donne.

Il vaut aussi la peine de noter que la Cour suprême US n'a jamais reconnu aucun fondement constitutionnel pour quelque « droit social » que ce soit, y compris le « droit aux » soins médicaux. Ce que la Cour reconnaît, c’est que le concept de Droits que consacre le système juridique américain est celui des Droits de liberté.

Les effets d'un « droit aux » soins de santé

Les « droits sociaux » sont le produit de mouvements plus récents pour élargir le rôle de l’état au-delà de la conception originelle de son rôle. Pour notre malheur, ces législateurs se sont montrés à la hauteur de la tâche : des droits de ce genre, ils en ont inventé à la pelle. Et cela m'amène au point suivant. Lorsque les hommes de l’état tentent de mettre en œuvre un « droit aux » soins de santé, le résultat sera d’abroger les Droits de liberté : comme pour la monnaie, les mauvais « droits » chassent les bons.

Passons en revue les principales conséquences de la mise en œuvre d'un « droit aux » soins médicaux. Je vais me servir d’illustrations tirées de notre situation actuelle, mais quel que soit le point de départ, c’est à ces conséquences-là qu’on arrive nécessairement : monopole d’état, « concurrence » gérée par les hommes de l’état, tout ce qu’on veut.

  • 1) Pour commencer, bien sûr, les hommes de l’état doivent bien infliger des impôts aux gens pour payer les subventions distribuées à ceux qu'ils considèrent comme étant dans le besoin médical. Donc, la première conséquence de la mise en œuvre d’un « droit aux » soins médicaux consiste dans les transferts forcés de richesse des contribuables vers la clientèle de programmes étatiques( tels que Medicare et Medicaid).

Et cela gonfle la demande pour les services de santé ; offrir des soins pseudo-gratuits ou fortement subventionnés va inévitablement accroître l'utilisation totale du système de santé. D’après une étude de la Brookings Institution, en 1964, avant que Medicaid ait pris effet, ceux qui se trouvaient au-dessus du seuil de pauvreté voyaient des médecins environ 20 % plus souvent que les pauvres ; dès 1975, les pauvres visitaient des médecins 18 % plus souvent que les autres. De même, avant Medicaid, les personnes à faible revenu avaient deux fois moins d’interventions chirurgicales que ceux qui avaient des revenus moyens ; or, dès 1970, le taux pour les personnes à faible revenu était supérieur de 40% à celui de ceux ayant des revenus moyens1. Lorsque Medicare a été institué en 1966, la Commission des Ways and Means de la Chambre des Représentants estimait que jusqu’à 1990, en tenant compte de l'inflation, le programme coûterait 12 milliards de dollars ; le montant réel a été de 107 milliards2 : jamais les prévisions par les hommes de l’état de la charge de leurs programmes sociaux ne se vérifient ; dans de nombreux cas, comme celui-ci, il n'avaient même pas l’ordre de grandeur.

  • 2) Cette explosion des charges amène à la deuxième grande conséquence de la mise en œuvre d'un «droit» aux soins médicaux : les restrictions à la liberté des fournisseurs de soins.

Au cours du débat sur la politique de santé dans les années 1960, les promoteurs de Medicare et de Medicaid avaient « garanti » aux médecins qu'ils ne voulaient que payer les soins des indigents, et n'avaient aucune intention de réglementer la profession. Abraham Ribicoff, alors secrétaire à la Santé, l’enseignement et les Services sociaux, avait déclaré :

« un médecin ne devrait absolument pas se soucier de savoir d’où vient l’argent de son patient. 3 »

Mais, bien entendu, l'augmentation de la demande pour les soins médicaux a provoqué une augmentation rapide des prix, à mesure que les clients des programmes étatiques, de même que certains médecins et hôpitaux sans scrupules, abusaient du système. Il fallait traiter ces problèmes d’une manière ou d’une autre, et ce qui s’en est ensuivi est un filet de réglementations toujours plus serré : organismes de contrôle des normes professionnelles, groupes de diagnostic, restrictions sur la facturation du solde (« balance billing »), revue de la consommation. Dans les systèmes de soins administrés qui prolifèrent du fait des efforts pour contenir les coûts, les médecins ont de moins en moins d'autonomie pour suivre leur propre jugement quant à ce qui vaut le mieux pour le patient. Le Docteur Maurice Sislen a écrit:

«Un système réglementaire immense et complexe a pris la place de ce qui était auparavant la responsabilité du médecin envers son patient. Il n’y a probablement qu’un praticien en exercice qui puisse apprécier pleinement l'ampleur du gaspillage économique et la dégradation morale que cela entraîne4 ».

  • 3) Une troisième conséquence majeure de la mise en œuvre d’un « droit » aux soins de santé est le fardeau accru imposé aux consommateurs de soins, ceux qui au départ n’avaient nul besoin que les hommes de l’état les subventionnent.

En tant que contribuables, bien sûr, ils doivent payer tous les programmes : c’est le point numéro 1. Mais c’est également en tant que consommateurs qu’ils sont affectés, par toutes les destructions de l’ordre du marché que causent ces programmes. Tout le monde paie des prix plus élevés du fait de l'inflation de la demande pour les services médicaux, ainsi que l'augmentation des coûts de la réglementation et de la paperasserie. Et comme les prix plus élevés excluent des gens du système, ceux-ci sont forcés de s’enrôler dans des groupes de soins administrés qui limitent leur liberté de choisir les médecins.

Les réglementations de l'assurance-santé par les Etats augmentent le coût de l'assurance, et découragent les employeurs d'embaucher certains types de personnes. Par exemple, les lois qui « interdisent la sélection » exigent des compagnies d'assurance qu’elles n’offrent des polices qu’au même tarif pour toutes les personnes, quels que soient leur âge, leur style de vie, ou leur condition physique. Étant donné que les risques réels dépendent de ces facteurs, ce que l’imposition d’un tarif identique veut dire, c’est que les jeunes payent trop cher pour subventionner les vieux, que les bien-portants subventionnent les malades, et que ceux qui vivent sainement subventionnent ceux qui vivent n’importe comment. Comme indication de la nature de la subvention en cause, la tarification uniforme, à New York a quasiment triplé le coût de l'assurance pour un homme de trente ans5.

  • 4) Une autre conséquence est une demande croissante pour l'égalité en matière de soins de santé.

Après tout, si c’est à un « droit de l’homme » que nous avons affaire, alors il faut l’assurer également à toutes les personnes : c’est sur l'idée d'égalité devant la loi que notre système est basé. Maintenant, si nous greffons sur ce système l'idée supplémentaire comme quoi nous aurions tous un « droit » à un produit quelconque du genre soins de santé, la conclusion naturelle est que nous devrions tous recevoir ce produit sur une base plus ou moins égale.

Par exemple, dans une enquête menée en 1989 pour le Harvard Community Health Plan, 90 % des répondants ont affirmé que tout le monde devrait avoir

« un droit aux meilleurs soins de santé possibles, aussi bons que pour un millionnaire. »

Voici un autre exemple, la déclaration d’un certain Deets Horace, Directeur exécutif de l'Association américaine des retraités:

« Finalement, nous devons reconnaître que la santé n'est pas une marchandise. Ceux qui ont davantage de ressources ne devraient pas pouvoir acheter des services, alors que ceux qui ont moins devraient s’en passer. La santé est un bien social qui devrait être accessible à toute personne sans égard pour ses ressources6. »

Et il est évident que le plan du gouvernement est égalitariste. L'un des objectifs exprès de sa proposition est d'éliminer tout système « à deux vitesses » où certains pourraient acheter davantage de soins de santé que les autres, ou de meilleure qualité.

  • 5) La cinquième conséquence - la dernière que je mentionnerai - est la collectivisation des soins de santé, et de la santé elle-même.

Tout comme une économie mixte traite la richesse comme un bien collectif, dont les hommes de l’état auraient licence de disposer comme bon leur semble au nom de l’« intérêt général », c’est comme une propriété collective qu’un système collectivisé des soins de santé traite la santé de ses membres.

Sous ce régime-là, ce n’est plus pour leurs patients, avec la responsabilité prépondérante d'agir dans leur intérêt, que travaillent les médecins. Bien au contraire, les médecins sont les exécutants de la "société", laquelle doit fixer le montant et la nature des soins qu'ils dispensent, et à un malade déterminé par référence à des « besoins sociaux », tels que la nécessité de limiter les charges du système dans son ensemble.

Dans un tel système, en effet, c’est l’individu même que l’on pousse à protéger sa propre santé non pas parce que c’est dans son intérêt à lui, mais parce qu'il aurait envers « la société » le devoir de ne pas « lui » imposer des coûts trop élevés.

Pour résumer, donc, un système politique qui tente de mettre en œuvre un « droit » aux soins de santé impliquera nécessairement : transferts forcés de la richesse pour financer ses programmes, la perte de leur liberté pour les fournisseurs de soins de santé, des prix plus élevés et un accès plus restreint pour tous les consommateurs, une tendance vers l'égalitarisme, et la collectivisation des soins. Ces conséquences-là ne sont pas accidentelles : elles procèdent nécessairement de la nature du prétendu « droit ».

Les fondements moraux

De toutes les manières que j'ai décrites, toute tentative visant à mettre en œuvre un « droit aux » soins de santé sacrifie nécessairement nos véritables Droits de liberté. __Entre les Droits de liberté et les « droits sociaux », nous devons choisir. Ils sont logiquement incompatibles.__ C'est parce que je crois aux Droits de liberté que j’affirme qu'il n'existe aucune espèce de « droit aux » soins de santé.

Donc, je voudrais terminer en expliquant pourquoi je pense que les droits de liberté sont primordiaux, et en essayant de prévenir certaines des questions et des objections que vous pourriez avoir. __Les Droits de liberté sont primordiaux parce que les individus sont des fins en eux-mêmes. Nous ne sommes pas des instruments de la société, ni ses possessions.__ Et si nous sommes des fins en nous-mêmes, nous avons le Droit d'être des fins pour nous-mêmes : de tenir nos propres vies et notre propre bonheur comme nos valeurs les plus élevées, à pas sacrifier à quoi que ce soit d'autre. Je pense que beaucoup de gens ont peur de faire valoir leurs Droits et leurs intérêts en tant qu'individus, peur de faire valoir ces droits et les intérêts comme des absolus moraux, parce qu'ils ont peur de se faire traiter d’égoïstes. Il est donc vital que nous établissions certaines distinctions. Ce que je préconise n'est pas l'égoïsme au sens conventionnel : la recherche du plaisir, de la richesse, du prestige ou du pouvoir par vanité, égocentrisme, avidité. Le véritable bonheur naît d'une vie de succès productif, de relations stables avec les amis et la famille, de commerce pacifique avec autrui. En ce sens, la recherche de notre propre intérêt exige que nous agissions en conformité avec les règles morales de la rationalité, de la responsabilité, de l'honnêteté et de l'équité. Si c’est selon ces valeurs que nous entendons la personne et ses intérêts, alors je suis heureux de reconnaître que c’est bien l'égoïsme que je défends.

Il nous faut faire les mêmes distinctions lorsque nous réfléchissons sur l'altruisme. Car c’est, en fin de compte, le principe moral de l'altruisme qui fait croire aux gens que le besoin serait premier, que ce besoin donnerait des « droits » sur la capacité et les efforts des autres. Au sens conventionnel du terme, « altruisme » veut dire bonté, générosité, charité, une volonté d'aider les autres. Ce sont certainement des vertus, tant qu'elles n’impliquent pas le sacrifice d'autres valeurs, et tant qu'elles sont question de choix personnel, et non une obligation imposée de l'extérieur. Je ferai remarquer à cet égard que les médecins ont toujours été extrêmement généreux de leur temps. Dans un sens plus profond, cependant, philosophique, l'altruisme est le principe comme quoi le besoin d'une personne serait une créance absolue sur les autres, une revendication qui l'emporterait sur leurs intérêts à eux, et leurs droits. Par exemple, un Dr Edmund Pellegrino affirmait, dans un article du Journal of the American Medical Association,

« un besoin médical est en soi constitutif d’un droit moral sur ceux qui ont les moyens de vous aider. » 7

Ce principe a souvent été affirmé par des penseurs opposés à l'individualisme, et c'est le fondement de la doctrine des « droits sociaux ». C'est la raison pour laquelle les partisans de l’ingérence étatique en matière de santé peuvent tenir pour établi que les besoins des patients seraient premiers, et qu’on pourrait forcer tous les autres à les satisfaire.

Jamais on n’a présenté aucun fondement rationnel pour ce « principe ». Le fait est que c’est à la production de satisfaire nos besoins, et non à la confiscation aux dépens d’autrui. Et la production vient de ceux qui prennent la responsabilité de leur propre existence, qui appliquent leur intelligence aux défis auxquels la nature nous confronte, et de découvrir de nouvelles manières de relever ces défis. C’est Ayn Rand qui l’a dit le mieux, dans son roman La source vive :

« On a appris aux hommes que la plus haute vertu ne serait pas de réaliser, mais de donner. Or, on ne peut rien donner de ce qui n'a pas été créé. La création vient avant la distribution, ou alors il y aura rien à distribuer. Le besoin du créateur passe avant le besoin de tout éventuel bénéficiaire. 8 »

Et ce dont le créateur a besoin, dans n'importe quel domaine, c'est la liberté d'agir, la liberté de disposer des fruits de son travail comme il le souhaite, et la liberté d'interagir avec d'autres sur une base volontaire, par le commerce et l'échange mutuel. Cette liberté est un besoin vital, non seulement pour les médecins mais aussi pour les patients. C’est seulement dans un contexte de liberté que les besoins d'une personne ne sont pas une menace pour les autres. C’est seulement dans un contexte de liberté que la bienveillance est authentique. C’est seulement dans un contexte de liberté que le progrès de la médecine, peut se poursuivre, qui nous a apporté tant de bienfaits à tous.

Ce sont les hommes de l’état qui ont causé les problèmes qui affectent notre système actuel. La solution n'est pas dans davantage d’état. Mais c’est par principe que nous devons nous opposer à l'expansion des ingérences étatiques, en rejetant l’affirmation sophistique d'un prétendu « droit » à la santé, et en insistant sur nos véritables Droits qui sont la vie, la liberté, la propriété et la poursuite du bonheur.

NOTES:

1 Karen Davis et Cathy Schoen, Health and the War on Poverty (Washington: Brookings Institution, 1978), cité dans Terree P. Wasley, What Has Government Done to Our Health Care? (Washington: Cato Institute, 1992), p. 61

2 Steven Hayward et Erik Peterson, "The Medicare Monster," Reason, janvier 1993, p. 20

3 Cité dans in Leonard Peikoff, "Doctors and the Police State", The Objectivist Newsletter, juin 1962, Supplément spécial.

4 The Wall Street Journal, 10 janvier 1990.

5 Michael Tanner, "Laboratory Failure: States Are No Model for Health Care Reform," Policy Analysis #197, September 23, 1993 (Washington: Cato Institute, 1993).

6 Letter to the Editor, The Wall Street Journal, 23 décembre 1992.

7 Edmund D. Pellegrino, MD, "Altruism, Self-Interest, and Medical Ethics," Journal of the American Medical Association, 258, 19 octobre 1987, p. 1939.

8 Ayn Rand, The Fountainhead (New York: Bobbs Merrill, 1943), p. 712 Trait_html_691a601b.jpg

Le texte original se trouve sur le site de l'Atlas Society. La traduction a été réalisée par François Guillaumat.