La plus grande singularité de l'affaire Proglio
Par Antoine Jeancourt-Galignani le vendredi 5 février 2010, 23:54 - Article - Lien permanent
Que Monsieur Proglio ait conçu et défendu ce montage de la double présidence n’est pas vraiment surprenant. On en voit bien les motivations. Peut être ces étranges synergies ou projets communs. Mais on en voit mal la substance, et au surplus la double présidence les entraverait plus qu’elle ne les faciliterait.
Mais l’abondement de la rémunération, la conservation d’une base arrière sure en cas de virage politique, le souci d’éviter au successeur la tentation habituelle du coup de paille de fer sur les comptes sont assez de justifications.
Que le Prince ait accepté et imposé ce montage peut davantage étonner quand on songe au préjudice que l’affaire va lui causer.
Mais dans le système français – et cela ne date pas d’aujourd’hui – les nominations venant du sommet même, et surtout quand elles concernent des proches, ne sont pas discutées. Sans doute y eut il au Gouvernement des esprits plus avertis pour voir l’énormité, mais qui avait le poids politique pour vraiment s’y opposer ? Dans un système de plus en plus présidentiel la ratification parlementaire des plus hautes nominations , après débat public , est de l’intérêt général.
Le Conseil d’Administration de l’entreprise publique où les représentants de l’Etat sont nombreux ne peut jouer ce rôle
Mais ce qu’on ne peut comprendre c’est que le Conseil d’Administration de Veolia ait formellement mis en place le montage d’abord en modifiant le statut de la société vers une structure dissociée de Président et Directeur Général, puis en nommant Monsieur Proglio au poste de Président.
Le Conseil de Veolia n’est pas une instance obscure peuplée par son Président de créatures à ses ordres . C’est un éminent collège où siègent d’illustres représentants de la société civile et économique française . Beaucoup dirigent ou ont dirigé de grandes entreprises . Certains ont une autorité morale qui leur ont valu de se voir confier des missions éthiques de la plus haute importance. Ils n’ont pu prendre de telles décisions qu’à la suite d’un débat où les pour et les contre ont du être pesés et repesé. On ne peut croire qu’aucun ’ait eu assez de jugement pour discerner la bombe qu’on leur demandait d’amorcer. On lit parfois que certains Administrateurs craignaient de voir Veolia naviguer sans son ancien Président. Si c’est bien le cas, c’est que le Conseil n’a pas fait son travail en préparant l’avenir. Qu’aurait il fait si Monsieur Proglio –qu’il en soit protégé - -avait été renversé par un autobus ?
En tout état de cause, EDF de par son statut, de par son histoire, de par sa place en France et dans le monde, de par les défis majeurs qui sont les siens aujourd’hui ne peut avoir qu’un Président à plein temps et à l’abri de tout soupçon d’intérêt étranger au seules missions de l’entreprise.
Bien sùr les Administrateurs de Veolia savent cela aussi bien ou mieux que personne .Mais sans doute l’amitié pour le Président, la crainte de froissements de sourcils au Château ont il été plus forts que le plus élémentaire bon sens. Le capitalisme n’est pas justifiable si ses instances légitimes de décision ne jouent pas pleinement leur rôle. Un Conseil peut se tromper sur une stratégie industrielle, sur des risques , surtout s’il est mal éclairé par les experts, sur les choix d’hommes. Dans ses choix majeurs de gouvernance, il n’en a pas le droit

Antoine Jeancourt-Galignani fut pendant longtemps le Président du Groupe des AGF. Il est membre du Conseil d'administration de l'Institut Turgot. Le 24 septembre dernier, il était l'invité de notre séminaire monétaire, dirigé par Philippe Simonnot (voir la vidéo de l'évènement). Cet article a été initialement publié dans La Tribune.
Commentaires
Vous avez raison d'insister sur le comportement étrange du conseil d'administration de Veolia. Le scandale est peut-être dans ce comportement collectif aberrant et non dans la volonté de puissance d'un Président de la République, ou dans la satisfaction de ses intérêts pécuniaires d'un dirigeant. Il est l'image de la tentation de l'absolutisme qui prévaut dans toutes ces instances qui sont censées diriger les grandes entreprises. La seule échappatoire est de restaurer le pouvoir des actionnaires donc de leurs assemblées générales.
Ne pas comprendre que Proglio soit président de Veolia et -à préciser : pour assurer la transition-, dans un groupe qu’il a créé en en devenant président après 38 ans de travail dans le groupe et en ayant commencé en bas de l’échelle ? C’est un ex-président des AGF, un ex-président de l’ex-banque Indosuez, donc bien au courant des pratiques et mœurs dans la société française et des conseils d’administration, qui ne comprend pas ….