Islam, islamisme, musulmans et liberté
Par Yves Montenay le mercredi 3 juin 2009, 10:09 - Article - Lien permanent
Profondément libéral de conviction, j’enseigne, débats et écris sur le monde musulman du point de vue géopolitique, économique et socioculturel. Je critique donc vivement les restrictions des libertés politiques, intellectuelles et économiques de ces pays.
Je suis néanmoins de plus en plus souvent en butte à des critiques virulentes me traitant de dangereux inconscient, voire de complice des « musulmans » gratifiés en bloc de « noms d’oiseaux » que je ne saurais reproduire ici. Certains vont jusqu’à proposer d’interdire l’islam en France et de presser lesdits « musulmans » de choisir entre la valise et l’apostasie.
Ces affirmations fourmillent d'inexactitudes et d'approximations, qui, les unes au bout des autres, finissent par fausser les données d’un très réel problème. Elles sont de plus contre-productives car le péril vient des islamistes qui menacent d'abord les autres musulmans et il ne faut donc surtout pas rejeter ces derniers dans leur camp en les ostracisant (1).
Enfin elles ont contraires aux principes du libéralisme : en tant que libéral, je me refuse à cataloguer un individu. Le terme "musulman" ne peut être utilisé que de façon impersonnelle, par exemple "les musulmans doivent en principe jeûner pendant le ramadan" ou " il y a 1,5 milliards de musulmans". Et non "les musulmans pensent que .." ou "sont anti-démocratie, intolérants, fanatiques … », cela d’abord par de qu’on ne réduit pas un individu à une communauté, mais aussi parce que c'est faux, leurs opinions ou leur conduite sur tel ou tel point étant très variées.
Pour comprendre cette variété, il faut déblayer l’imprécision du vocabulaire et l’ignorance des faits qui empêchent toute discussion sérieuse. Je commence donc par quelques rappels techniques sur les islamistes et « l’invasion musulmane ». Des justifications détaillées peuvent être trouvées sur mon site www.asso-iceg.fr ou en me contactant directement à iceg@noos.fr.
Les islamistes
Le terme « islamiste » est souvent employé comme épouvantail en dehors de son sens précis. On dit par exemple : « les musulmans sont par nature islamistes », glissant souvent de « islamique” (quasi synonyme de “musulman”) à “islamiste”, adjectif qui qualifie des mouvements politiques (comme “communiste », “gaulliste”, “socialiste”).
Politique d’abord
Ces mouvements sont donc d’abord politiques. Ils ont en commun de vouloir “mettre la religion au pouvoir” et leur slogan est "le Coran est notre constitution", c'est à dire doit être la source du droit, par opposition à des lois votées par les hommes. Un islamiste conséquent est donc hostile à la démocratie, bien que ce point de dogme reste discret là où il pourrait être mal vu.
Ces mouvement islamistes sont très variés : charitables (les plus nombreux), identitaires, légalistes, violents, terroristes (les « djihadistes », dont El Qaïda). En Occident on parle tout naturellement surtout des deux derniers ; le terme « islamiste » est donc devenu négatif chez nous. Cela amène des malentendus si l’on discute au Sud avec des musulmans “de base” ne connaissant pas le sens que nous donnons à ce mot : votre interlocuteur, s’il est pauvre, sera à la fois vigoureusement opposé “aux terroristes” et positif pour “les islamistes”. En effet il les connaît d’une part comme étant “la meilleure opposition” au gouvernement dictatorial, corrompu, prédateur et calamiteux de son pays, et d’autre part comme faisant du soutien scolaire bénévole et jouant une part du rôle qui est rempli chez nous par “l’État Providence” (2). Ce dernier point grâce aux fonds très importants découlant de l’obligation religieuse de charité à laquelle on se plie par conviction, pression sociale ou « assurance » jusqu’au sommet des familles royales.
Enfin, la majorité des musulmans ne sont pas islamistes et encore moins djihadistes. Les résultats des élections, quand elles sont précédées de débats suivis d’un vote libre (en Turquie, en Indonésie, au Koweit, au Bengladesh …) donnent certes une place notable aux islamistes légalistes, surtout en Turquie. Mais cette place reste minoritaire (20 à 40 %) et est très faible pour les « djihadistes ». Là où les élections sont plus discutables (du moins mauvais au pire : Maroc, Algérie, Liban, Pakistan, Tunisie …) la situation semble analogue, même si la minorité violente est très active (surtout au Pakistan). La situation est indécise en Égypte, où les Frères Musulmans sont puissants, mais divisés, partiellement en voie d’embourgeoisement non violent et durement réprimés. Les régimes islamistes (Iran, Arabie) sont contestés par une partie importante, mais non dénombrable, de leur population.
Mais qui dit « pas islamiste » ne dit pas pour autant « laïque ». La « laïcité » est une notion française qui n’a pas d’équivalent en anglais ni en arabe (ni probablement dans la plupart des langues non influencées par le français). On débat plutôt de « sécularisation » ou « d’usage politique de la religion » ou encore de « tolérance ». Disons qu’il y a plusieurs tendances contradictoires quant à l’imprégnation religieuse en Islam (3) : une forte influence de l’islam traditionaliste, voire wahhabite sur la société et notamment sur l’enseignement (qui est à mon avis le problème n°1), le contrôle musclé du religieux par l’exécutif pour écraser l’islamisme et surtout l’occidentalisation par les médias et la meilleure formation des élites : même les islamistes sont « contaminés ».
Économie et politique
Une autre facette de la question est que l’islam en général et les islamistes en particulier sont économiquement libéraux (4). Mahomet était commerçant. Les islamistes se sont positionnés contre les élites gauchistes occidentalisées, les gouvernement socialistes et le monde communiste. Leur implantation et leur dissémination ont donc été soutenues de mille façons par les Américains, par ailleurs moins choqués que les Français par le fondamentalisme religieux. La fin de la guerre froide puis une série d’attentats d’une part, le passage de nombreux gouvernements musulmans dans le camp du libéralisme économique d’autre part, a changé politiquement cette donne. Elle pourrait la faire évoluer intellectuellement, ce qui serait encore plus important, avec la réintégration économique des « élites pieuses » et donc, à mon avis, leur modération corrélative. « Réintégration », car elles ont été longtemps écartées par les élites « militaro-socialistes », souvent encore puissantes (Algérie, Turquie, Pakistan, Égypte …). Mais nous sommes là dans le long terme, même si cette évolution est nette dans certains pays.
A cette occasion, remarquons que le retard économique du monde musulman est largement dû à sa période socialiste et que ses progrès économiques s’accélèrent (comme ailleurs) au fur et à mesure de la concrétisation de la libéralisation. Cela affaiblit la thèse de « l’islam facteur de sous développement ». Mais, à mon avis, pas celle du rôle négatif de la fermeture humaine et intellectuelle, qui fait notamment fuir les élites locales, chrétiennes comme musulmanes, après avoir bloqué tout développement pendant 7 à 8 siècles.
« Considérations intellectuelles » me dit-on, « qui détournent l’attention de l’invasion que nous subissons ».
Un islam envahissant ?
C’est une affirmation très répandue : populations galopantes, richesse pétrolière, attentats, immigration, banlieues, multiplication des mosquées … Nuancer tout cela fait passer pour un dangereux inconscient. Le sujet est très vaste et je vais me borner à le survoler.
D’abord beaucoup de ces points ne sont pas spécifiquement musulmans : l’explosion démographique a touché tout le Sud. Combinée avec l’effondrement des naissances européennes et japonaises (mais pas françaises ni américaines), elle a accru considérablement le poids de l’ex-tiersmonde, musulman ou pas. Cette « explosion » est maintenant terminée en Asie, en Amérique latine et dans la plupart des pays musulmans : il y a à peu près autant d'enfants par femme en France qu’au Maghreb, en Turquie, en Iran5… Il n’en reste certes pas moins que nous ne sommes plus au XIXe siècle et que ces pays ne sont plus « vides »(6).
Passons sur le pétrole, qui n’est pas spécifiquement musulman non plus : s’il finance les missionnaires wahhabites et le terrorisme (deux problèmes très graves), son coût pénalise les musulmans non producteurs (la grande majorité) sans bénéficier pour autant à la masse de la population des pays producteurs (demandez aux Iraniens ou aux Nigérians !)
Plus généralement, la visibilité de l'islam vient de la fin d'une ignorance européenne (et réciproque), chacun étant auparavant "dans son coin", géographiquement, socialement et médiatiquement. En fait on pourrait soutenir que, loin de se renforcer, l'islam est plutôt en train d'éclater. Passons maintenant aux questions plus spécifiquement françaises.
Les mosquées
Nombreux sont ceux qui s’offusquent de la multiplication des mosquées en France (et ailleurs). Or d’une part, tant au nom de la liberté qu’à celui de la laïcité, je ne vois pas pourquoi on interdirait des lieux de culte « décents ». D’autre part, et d’un point de vue pratique, une mosquée peut être la meilleure ou la pire des chose, tout dépend de ce que l'on y prêche. Il est tout à fait important qu'un imam s'oppose à la propagande haineuse de certains missionnaires, chaînes de télévision et sites internet. La formation d’imams en France a heureusement enfin commencé, avec un volet relatif aux institutions et valeurs françaises (confié, à Paris, à l’Institut Catholique !), ce qui est préférable à « l’importation » d’imam wahhabites financés par l‘Arabie. Beaucoup d’imams sont actuellement « nationaux » (marocains pour les immigrés marocains par exemple, et dans ce cas choisis, dit-on, par Rabat comme non islamistes). Bref le nombre de mosquées n'est pas un indicateur univoque, car mieux vaut un lieu public que clandestin et la nature du prêche n'est pas indépendante du contrôle sociétal, voire policier, plus facile « en plein jour ».
Il faut également savoir qu'il n'y a pas une majorité de pratiquants chez les musulmans français (tout comme chez "nos" chrétiens). Si l'on pointe les critères qui défissent un musulman, beaucoup, en France, ne le sont pas plus que ne sont chrétiens des Européens se bornant à "fêter" (et non à célébrer) Noël et Pâques. Certaines « grandes » mosquées ne seront pas forcément pleines.
La France envahie ?
C’est une affirmation fréquente. Mais sur quels chiffres s‘appuie-t-on ? Si on veut compter « les musulmans », il faudrait commencer par les définir. D’un point de vue libéral, n’est musulman que celui qui se considère comme tel. Mais la définition "musulmane dogmatique", celle des théologiens et des pays de départ, est la même que celle des tenants de l’invasion : "est musulman tout descendant de musulman" (plus les quelques dizaines de milliers de convertis, soit par conviction, soit de pure forme pour se faire accepter comme mari d’une musulmane). Ces deux définitions ne donnent pas du tout les mêmes chiffres ! Ou plutôt ne les donneraient pas s’ils existaient.
Il y a certes des moyens indirects de les approcher. Passons les détails techniques (7) pour dire que les migrants venant de pays musulmans et leurs descendants seraient 4 à 6 millions dont 1 à 2 millions de musulmans « engagés » (synthèse personnelle de sondages sur « les valeurs »). La différence entre ces deux chiffres comprend une vaste gamme d’individus allant des athées et des convertis au christianisme aux musulmans « identitaires » dont beaucoup se bornent à fêter le ramadan et aux « bricoleurs de religion » retenant « ceci » et non « cela », mais prenant néanmoins feu si on critique l’islam. Donc que signifient ces chiffres qui mettent la quasi-totalité des « voyous » dans les « non engagés » (voir plus bas) et font figurer l’individu pieux, charitable et tolérant dans la même rubrique que le djihadiste ?
Mais, disent certains, ces chiffres évoluent rapidement. Peut-être. En tout cas pas du fait de la fécondité, qui n’est pas très différente de celle du reste de la population. Reste la différence entre les flux d’immigration (officielle plus clandestine) et ceux d’intégration, voire d’assimilation. A ceux qui disent « un musulman est inassimilable » et étendent cette appréciation à ses descendants (toujours la réduction de l’individu au groupe ), un collègue du sud, musulman identitaire, répond « il n’y a pas de gène de l’islam ».
Croyants et voyous
Il y a quelques années, un tabou a sauté. Écrire que « les musulmans » sont très sur-représentés dans les prisons françaises n’est plus « politiquement incorrect » et « à garder secret pour ne pas susciter le racisme », mais est devenu « nécessaire à l’analyse d’un problème aigu ». Les uns en induisent que l’islam pousse à la délinquance, d’autres soulignent au contraire que c’est la perte de la religion ; des élus locaux vont même jusqu’à aider des associations pas vraiment laïques en espérant qu’elles contribueront au maintien du calme.
S’agissant « des banlieues », des journalistes étrangers, donc supposés ne pas avoir nos préjugés contradictoires, ont remarqué que les groupes étaient pluri-ethniques (ce qui a surpris les anglo-saxons) et que les appels au calme des « musulmans engagés » n’avaient aucun effet sur les jeunes.
Ne faudrait-il pas cesser de s’envoyer à la figure des généralités contradictoires et examiner les trajectoires individuelles ? Leur grande variété rend un peu vaine la discussion sur l’origine du « machisme » des traditions des pays de départ et de son rôle (voir ci-après), et s’il est impliqué ou entretenu par l’islam ou indépendant de lui. Les aspects concrets de la question sont géographiques (moyens de transport), scolaires ou relatifs à l’ordre public, dont la vieille idée libérale de légalisation de la drogue pour en arrêter le trafic.
Que faire ?
L’immigration en provenance des pays musulmans suscite des réactions violemment opposées pour des raisons culturelles et historiques. Cette immigration est importante et vraisemblablement durable (situation dans les pays de départ, État-Providence, traités internationaux contraignants quant au regroupement familial, filières claniques ou mafieuses, poids des « associations de défense »). Il faut donc l’étudier très sérieusement et ne pas en rester à des réactions épidermiques à l’emporte-pièce.
Par ailleurs, cette immigration est liée pour certains au problème islamiste et surtout djihadiste, qui est grave. On a vu qu’à mon avis ce lien est exagéré, mais il faut veiller à ce qu’il ne se renforce pas. Certes les islamistes, comme tout parti politique, veulent prendre le pouvoir. Cela dans tous les pays musulmans au sud, sur des îlots qu'ils cherchent à créer au nord, notamment en "contrôlant les femmes". Raison de plus pour être ferme sur les libertés, la laïcité et l'emploi, ce qui nécessite de ne pas ostratiser par origine. C'est ainsi que nous rallierons les musulmans anti-islamistes qui sont fatigués des traditionalistes et révoltés par les djihadistes. Ils n'ont pas quitté leur pays pour voir réintroduire des pesanteurs socio-religieuses dont ils se sont dégagés.
Pour cela, la première chose à faire est d’éviter de monter les Français contre eux. Il faut donc les traiter en individus et non en masse indifférenciée. Très concrètement, il faut « donner du boulot » aux beurettes, qui ont souvent un bon cursus malgré des conditions scolaires épouvantables. On cassera ainsi la chaîne "femme ignorante et enfermée, garçons gâtés et mal préparés à l’école, au travail et aux « rapports de genre », donc plus tard « humiliés » par le monde extérieur, puis se mariant à une ignorante qu'ils enferment pour (penser) retrouver une supériorité" (cas traditionnel, mais loin d'être général). Le nombre des beurettes derrières les ordinateurs de nos bureaux montre que l'évolution est largement commencée, ainsi que les mariages "hors communauté" et les conversions discrètes qui en découlent. Bien sûr, embaucher plus souvent les garçons qui ont réussi de bonnes études ne serait pas mal non plus, mieux en tout cas que de les renvoyer cuver leur fureur au ghetto.
Or « donner du boulot », c’est améliorer le marché du travail, et, en amont, le système scolaire. Les libéraux se retrouvent là en terrain familier.

Notes
(1) Idée particulièrement bien documentée par Daniel Pipes, directeur du Middle East Forum et membre de l’US Instiute of Peace dans "L'islam militant à la conquête du monde", traduit par Guy Millière et Alain Jean Mairet pour l’Institut Tugot et Cheminements.
(2) Voir notamment http://web.me.com/labor3/M/Lilamisme_radical.html
(3) Avec un « I » majuscule, ce terme désigne les régions de religion musulmane et non la religion.
(4) Voir http://www.euro92.com/new/dossier.php3?id_article=132 et plus récemment les travaux de Patrick Haenni sur « l’islam de marché », ainsi que http://www.observatoiredesreligions.fr/
(5) Emmanuel Todd et Youssef Courbage, Le rendez-vous des civilisations, http://www.clionautes.org/revue/2008_3/Le_Labo_5_toddcourbage.pdf
(6) Voir le point démographique sur http://www.clionautes.org/spip.php?article1771
(7) Cf. notamment Alfred Dittgen, point sur la situation démographique des religions en France et notamment de l’islam dans Population et Avenir, http://www.population-demographie.org/ et mon résumé et analyse de cet article dans le n°6 de www.echosdumondemusulman.net
Commentaires
Et le droit naturel dans tout ça ?
- "Très concrètement, il faut « donner du boulot » aux beurettes" --> Affirmative action
- "« donner du boulot », c’est améliorer le marché du travail"
Bonjour, je ne vois pas en quoi les finances islamiques ou la doctrine économique de l'islam en général est libéral, sa relation à la propriété privée notamment est trés complexe et assez peu libéral. Le livre de Haeni cité en note ne dit d'ailleurs pas que l'islam est libéral, mais qu'il peut le devenir ou plus exactement pallier les carences de l'Etat en matière de santé, d'éducation, etc. ce qui est différent. Il est intéressant aussi de constater que les pays de l'aire musulmane n'ont jamais adopté les institutions de la liberté économique ni autrefois ni aujourd'hui, ce qui est un signe. Les travaux de Kuran sont sur ce point assez important. Bien Cordialement, François Facchini
Pour les "beurettes" derrière leur écran d'ordi, je rappelle que plusieurs participants aux attentats qui ont touché New York en 2001 étaient intellectuellement dotés. Ils avaient les facultés intellectuelles, mais elles furent été subjuguées par leurs délires de l'âme.
Dans le même ordre d'idée, quel intérêt de cultiver une place à des individus si la vague "islamiste" peut toujours déferler et les récupérer au reflux un peu plus tard ?
A quoi sert-il d'entamer un rapport de jeu, un "spectacle de la normalité", avec ces immigrés remarquables, si non seulement ce spectacle ne sert pas sa propre survie, mais également si la pérennité de ce spectacle est de toutes les façons conditionnée par le préalable de la survie du milieu où il est représenté ??
La "modernisation des beurettes" ne doit pas être vue comme une fin ni un moyen ou une "piste" mais comme une conséquence éventuelle. Cette modernisation n'a en effet aucun pouvoir, aucune valeur, aucune chance de se réaliser pour toujours, si elles se contentent de 'mimiquer' nos méthodes aujourd'hui défaillantes* plutôt que d'engendrer leurs propres anticorps. Or, comment pourraient-elles sécréter des anticorps quand on attend d'elles qu'elles nous singent ? Quand on tricherait par de l''affirmative action' à l'américaine ? Je veux dire par là que, pour créer ex-nihilo des anticorps (ou une "pilule") anti-islamisme, il faut d'abord croire que suffit la seule influence bénéfique du milieu où elles évoluent (et croiser les doigts ?). Il y a pourtant une autre condition nécessaire et indispensable : empêcher la vague islamiste de court-circuiter les efforts d'indépendance de ces beurettes. C'est à dire maintenir la stabilité du milieu, et garantir sa pérennité suffisamment longtemps. Or cela, c'est NOTRE travail, à nous Français, pas le leur, à elles beurettes (ou autres immigrés moins emblématiques).
On revient donc toujours au point de départ : la condition principale [rester (ou redevenir) maîtres chez soi] garantit la possibilité de toutes les autres. Tant qu'elle ne sera pas atteinte, soit les objectifs secondaires (ici, l'accès des beurrettes à l'indépendance) ne seront pas atteints, soit ils seront atteints MAIS cela reviendra concrètement au même que s'ils ne l'étaient pas puisque l'échec de l'objectif principal signifiera la submersion de ces succès secondaires à plus ou moins brève échéance (Ils auraient été donc accomplis en pure perte, au nom de la bien puérile "beauté du geste").
Et cet objectif principal, c'est rester (ou redevenir, c'est pareil) Maîtres Chez Soi. (et pour de vrai, pas qu'en paroles). Point.
*(entre autres, celle de faire l'autruche ; ou celle de tricher et de croire à ses mensonges, de faire "comme si" on n'avait pas triché)
Je voulais sûrement dire non pas qu'on ne peut pas (car on le peut encore pour le moment) mais qu'on ne DOIT pas aujourd'hui courir deux lièvres à la fois, le principal, pas très sexy voire franchement rebutant, et le secondaire, toujours plus attrayant (dans la lignée du "jardin paradisiaque des branches secondaires", où l'on tentera toujours de joindre l'utile à l'agréable ; une méthodologie née du progrès en général).
Aujourd'hui, je dis que notre société doublement affaiblie affronte UN SEUL défi, qui est de faire face à une PENURIE de (vraies) priorités. Ou plutôt "à l'absence d'une priorité commune, collective".
Pour illustrer ce que je dis, disons que "Aujourd'hui, Chacun y va de SA solution". On est tous des Léonard-de-Vinci + Mermoz + Montesquieu + etc. Certains se prennent même très au sérieux. Donc ok, ce n'est PAS un mal en soi. (D'ailleurs, ma solution ici est aussi l'expression de quelqu'un qui "y va de sa solution". Je plaide mea culpa devant cette objection). Sauf qu'il existe aussi des solutions "remarquables", caractérisée par le fait de remplir deux missions en même temps là où les autres en remplissent une seule. Et que c'est cet indice qui doit nous faire trier et renoncer -temporairement- aux "propositions séduisantes" pour ne distinguer que les "propositions principales" (celles dont peuvent découler toutes les autres, car elles garantissent la pérennité d'un milieu), c'est tout. La modernisation des beurettes par l'affirmative action (privé ou public) n'en fait actuellement pas partie (comprenez bien que je distingue ce qui doit être fait de ce qui peut être fait, dans l'idée qu'ils ne doivent surtout pas être confondus).
Quant à s'étonner de trouver chez moi tant d'insistance à énumérer des évidences, je vous renvoie à mon blog, ici ce serait trop long.
Je réponds à Antoine : mon texte porte sur l'importance du travail féminin salarié comme déstructurant de l'islam traditionnel et non sur le marché du travail. J'ai donc utilisé comme raccourci une expression populaire "donner du boulot". S'il faut l'expliciter, je suis d'accord avec vous : pas de "discrimination positive" ; les beurettes trouvent d'ailleurs du travail toutes seules comme la suite du texte le suggère. C'est plus dur pour les garçons, soit pour des raisons objectives d'inemployabilité (question à creuser , mais ce n'est pas le sujet), soit par ce que "les bons" pâtissent de l'image des autres. Si les principes sont clairs, la pratique rend la frontière floue entre "discrimination positive" et "non discrimination négative".
J'en profite pour dire que ce rôle de l'emploi salarié féminin est fondamental, même au Sud et est peut-être même plus important que l'éducation : réduction brutale de la fécondité, changement des rapports "homme-femme" et probablement des rapports "mère-fils" qui posent tant de problèmes aujourd'hui.
Réponse à François Fachini
Vaste débat ; 2 remarques seulement :
- je parle des musulmans, individus variés et non des dictatures socialisantes qui n'utilisent l'islam que pour "couper l'herbe sous le pied" des islamistes ; c'est à mon avis une erreur stratégique, car cette "réislamisation" d'État ne fait que renforcer celle "par la base " des islamistes
- les travaux de Haenni portent sur l'émergence d'un groupe social puissant qu'il compare aux "Élisabetains" anglais du XIXè : pieux, traditionalistes, entreprenants. Mon pari est que leur activité économique et l'éducation internationale qu'ils donnent à leurs enfants déclenchera (déclenche déjà ) une évolution importante et positive de leurs pays, y compris religieusement
Réponse à YannC
Les islamistes ne sont ni plus ni moins qualifiés que les autres. On a tendance à les prendre pour des sauvages par ce qu'ils agissent sauvagement (du moins les djihadistes : attention aux amalgames), mais beaucoup connaissent bien l'Occident et sont de bon niveau, comme Lénine et Trotski. Ce sont des idéologues, pas des "demeurés".
Le fait que des beurettes aient de bons cursus scolaires et du boulot a des conséquences d'ensemble sur la société musulmane traditionnelle que je décris plus haut, ce qui n'empêchera pas que telle ou telle devienne militante islamiste (ou FN, il y en a pour des raisons tout à fait logiques). Ce n'est pas une raison pour critiquer une évolution globalement si positive ... y compris pour les retraités français, mais c'est une autre question.
Merci pour ce super blog. Je l'apprecie enormement. J'attend les nouveaux posts avec impatience
Super sympa cet article. J'espere que vous posterez de nouveaux articles prochainement.
la baisse de la natalité est la conséquence directe de la formation des femmes et surtout de leur autonomie économique (et culturelle). Elles prennent leur vie en main. Les y aider éventuellement ne peut que bénéficier à toute la société.
Sur le mot "laïc" qui n'aurait pas d'équivalent dans aucune autre langue me fait poser la question : comment peut-il être appliquée une notion sans mot en Turquie depuis les années 30 ? (avec à la clé le vote des femmes bien avant la France)
On ne peut que constater que la majorité (que je situerais autour de 80%) des musulmans de France sont laïcs. Ils y ont trouvé l'avantage de la liberté d'actions ou non de leur pratique religieuse, qu'ils n'ont pas eu dans leur pays d'origine. Ils le font "naturellement", en ayant une position d'indifférence. Et même de passivité face aux islamistes. Dans ce contexte, plutôt que de les écarter il vaudrait mieux favoriser leur intégration.
La raison principale de la difficulté d'intégration des générations depuis (environ) les années 80 est commune à toute la société française : l'ascenseur social a arrêté de fonctionner. C'était ce qui permettait aux immigrations précédentes de s'intégrer facilement.
Et donc le plein emploi (dont vous parlez) serait LA solution à tous nos maux.
Cependant… rien de semblable à l'horizon, voire l'inverse, surtout depuis la crise financière en cours.
Je suis tout à fait d'accord avec le message d'Annie
Une précision sur "laïc" : à l'étranger, on parle de "sécularisation", qui me paraît être le bon terme, plus général que "laïc", même si on le traduit (à tort) ainsi dans certains textes français.
La Turquie, qualifiée de "laïque", serait plutôt concordataire (on peut en discuter à l'infini) vis à vis du sunnisme, et en pratique intolérante avec les autres cultes, musulmans (Alévis par exemple) ou non
Yves Montenay