Une surprenante (et cohérente) défense "autrichienne" de l'euro
Par Jesus Huerta de Soto le jeudi 5 juillet 2012, 15:38 - Note de synthèse - Lien permanent
Voila un texte qui viendra comme un choc à beaucoup de nos lecteurs. Il est extrait d'une étude (ici en.pdf) dans laquelle Jesus Huerta de Soto, l'un des grands disciples européens de Ludwig von Mises, renverse les problématiques avec lesquelles nous, libéraux, jugeons habituellement l'euro. A lire absolument. H.L.
Les économistes de l’Ecole Autrichienne sont partisans de l’étalon-or parce qu’il freine et limite l’arbitraire des politiques et gouvernants : il discipline le comportement de tous les agents impliqués dans le processus démocratique et incite les individus à une action ordonnée et morale. C’est, en somme, un frein au mensonge et à la démagogie, car il propage et facilite la transparence et la vérité dans les relations sociales. Ni plus ni moins.
Mises l’a sans doute exprimé mieux que quiconque :
« The gold standard makes the determination of money’s purchasing power independent of the changing ambitions and doctrines of political parties and pressure groups. This is not a defect of the gold standard, it is its main excellence » (Miss 1966, 474).
Or la création de l’euro en 1999 et sa mise en place définitive en 2002 ont supposé la disparition du nationalisme monétaire et des taux de change flexibles dans la plus grande partie de l’Europe continentale.
Nous parlerons plus loin des erreurs commises par la Banque Centrale Européenne. Il s’agit maintenant de constater la façon dont les différents Etats de l’Union Monétaire ont cédé et perdu complètement leur autonomie monétaire, c’est-à-dire la possibilité de manipuler leur monnaie locale et de la mettre au service des besoins politiques conjoncturels. En ce sens, l’euro a dès lors agi, du moins pour les pays de la zone euro, d’une manière très semblable à celle dont agissait, en son temps, l’étalon-or.
C’est pourquoi l’euro doit être considéré comme un réel équivalent, quoiqu’imparfait, de l’étalon-or.
C’est d’ailleurs avec l’avènement de la Grande Récession de 2008 que la capacité de discipline de l’euro s’est manifestée le plus clairement à tous : pour la première fois, les pays de l’Union Monétaire ont dû faire face à une profonde récession économique sans politique monétaire autonome. Jusqu’à l’adoption de l’euro, les gouvernements et banques centrales adoptaient invariablement, en cas de crise, les mêmes mesures : ils injectaient toute la liquidité nécessaire, laissaient flotter à la baisse et dépréciaient la devise locale, différaient indéfiniment les douloureuses réformes structurelles de libéralisation économique, de dérégulation, de flexibilisation des prix et marchés (en particulier du travail), de réduction de la dépense publique et de repli et démantèlement du pouvoir syndical et de l’Etat-providence. Avec l’euro, et malgré toutes les erreurs, faiblesses et concessions dont nous parlerons, ces fuites inconscientes en avant ne sont plus possibles.
Ainsi, par exemple, en Espagne, deux gouvernements successifs ont été littéralement obligés, en l’espace d’un an, de prendre une série de mesures qui, bien qu’encore insuffisantes, auraient été considérées jusqu’ici comme utopiques et politiquement impossibles, même par les observateurs les plus optimistes : 1º- Le principe anti-keynésien de la stabilité et de l’équilibre budgétaires a été introduit dans l’article 135 de la Constitution ; il concerne le gouvernement central, les communautés autonomes et les municipalités ; 2º- Tous les projets pharaoniques d’augmentation des dépenses publiques, d’achat de votes et de subventions sur lesquels les gouvernants fondaient habituellement leur popularité et leur action politique ont été brusquement interrompus ; 3º- Tous les fonctionnaires ont vu leurs traitements réduits de 5 pour cent, puis congelés, tandis que leur temps de travail augmentait ; 4º- Les pensions de la Sécurité Sociale ont été congelées en pratique ; 5º- L’âge normal de la retraite est passé de 65 à 67 ans ; 6º- la dépense publique budgétisée a été réduite de 15 pour cent ; et 7º- le marché du travail, les horaires commerciaux et, en général, la règlementation économique ont été nettement libéralisés.
Ce qui s’est produit en Espagne se répète en Irlande, au Portugal, en Italie et même dans des pays qui, comme la Grèce, étaient jusqu’à présent des modèles de relâchement social, d’absence de rigueur budgétaire et de démagogie politique. En outre, les chefs politiques de ces cinq pays, ne pouvant pas manipuler la politique monétaire pour cacher au public le coût véritable de leurs politiques, ont été expulsés sans ménagements de leurs gouvernements respectifs. Et même, des Etats qui, comme la Belgique et, surtout, la France et la Hollande semblaient jusqu’ici à l’abri de la vague réformatrice, commencent eux aussi à devoir reconsidérer les fondements mêmes du volume de leur dépense publique et de la structure d’un état-providence hypertrophié.
Tout cela est indiscutablement dû au nouveau cadre monétaire introduit par l’euro que tous les défenseurs de la libre entreprise et de la limitation des pouvoirs du gouvernement doivent donc juger favorablement et avec optimisme. Car il est difficile de concevoir qu’on ait pu prendre de telles mesures dans un contexte de monnaie nationale et de taux de change flexibles : les politiques fuient, dès qu’ils le peuvent, les réformes impopulaires et le public tout ce qui implique sacrifice et discipline. C’est pourquoi, sans l’euro, on aurait assisté à ce qui était habituel jusqu’à lors : une fuite en avant consistant à augmenter l’inflation, déprécier la monnaie pour gagner à court terme en compétitivité et récupérer le « plein emploi » (en protégeant les syndicats, véritables responsables du chômage) et, en somme, à différer indéfiniment les réformes structurelles nécessaires.
Il convient ici de signaler deux différences significatives de l’euro par rapport, d’une part, au système de monnaies nationales liées entre elles par des taux de change fixes et, de l’autre, à l’étalon-or. Sur ce second point, il faut souligner qu’une sortie de l’euro présente beaucoup plus de difficultés que n’en supposa l’abandon de l’étalon-or. Les monnaies liées à l’or, en effet, conservèrent leur dénomination locale (franc, livre, etc.), de sorte qu’il fut assez facile, durant les années trente du XXº siècle, de rompre l’ancrage à l’or, car les agents économiques continuèrent, selon le théorème régressif de la monnaie énoncé par Mises en 1912 (Mises 2012, 83-134), d’utiliser la monnaie nationale, qui n’était plus convertible en or, en s’appuyant sur la capacité acquisitive qu’elle possédait juste avant la réforme.
Cette possibilité est aujourd’hui fermée pour les pays qui désirent, ou doivent, abandonner l’euro. Etant la seule dénomination monétaire commune à tous les pays de l’Union Monétaire, son abandon exige l’introduction d’une nouvelle monnaie locale, à capacité acquisitive beaucoup plus faible et inconnue, ce qui sera cause de troubles énormes pour tous les agents économiques du marché : débiteurs, créanciers, investisseurs, entrepreneurs, travailleurs.
Il faut au moins reconnaître, sur ce point précis, et selon la perspective autrichienne, que l’euro l’emporte sur l’étalon-or, et qu’il aurait été très utile que, dans les années trente du XXº siècle, les différents pays concernés fussent obligés de conserver l’étalon-or, parce que, comme c’est aujourd’hui le cas pour l’euro, toute autre option était irréalisable en pratique et devait avoir des conséquences et des effets beaucoup plus nocifs, douloureux et manifestes pour la société.
Il est quelque peu comique (et pathétique) de constater que la légion d’ingénieurs sociaux et politiques interventionnistes qui, dirigés autrefois par Jacques Delors, conçurent la monnaie unique comme un instrument supplémentaire de leurs projets grandioses d’union politique européenne, assistent aujourd’hui avec désespoir à ce qu’ils n’avaient nullement prévu, car l’euro a agi de facto comme l’étalon-or : il a discipliné société, politiques et gouvernants, neutralisé les démagogues et démasqué les groupes de pression (dirigés par les syndicats, invariablement privilégiés) et même contesté la durabilité et les fondements de l’Etat-providence.
C’est justement en cela que consiste, selon l’Ecole Autrichienne, le principal avantage comparatif de l’euro en tant qu’étalon monétaire, en particulier face au nationalisme monétaire ; et non pas dans les arguments plus prosaïques qui, comme celui de « la réduction des coûts de transaction » ou « l’élimination du risque cambiaire », ont été utilisés en leur temps par les ingénieurs sociaux, indéfectiblement myopes.
Notre second commentaire concerne la différence entre l’euro et un système de taux de change fixes, en cas d’ajustement provoqué par l’apparition de différents degrés d’expansion de crédit et d’intervention entre les divers pays.
Dans le système de taux fixes, ces différences se manifestent, naturellement, par de fortes tensions sur les taux de change qui aboutissent, le cas échéant, à des dévaluations explicites, lesquelles entraînent, fort heureusement, le discrédit des responsables politiques correspondants. Dans le cas d’une monnaie unique, comme l’euro, ces tensions se manifestent par une perte généralisée de compétitivité. Celle-ci ne peut être récupérée que si l’on procède aux réformes structurelles requises pour garantir la flexibilité des marchés et la dérégulation de tous les secteurs ainsi que les chutes et ajustements nécessaires dans la structure des prix relatifs.
Tout cela affecte, en outre, les recettes de chaque secteur public et leur cote de crédit. De fait, la cotation de la dette publique souveraine de chaque pays sur les marchés financiers recueille aujourd’hui, dans la zone euro, les tensions qui se reflétaient traditionnellement dans les crises des taux de change, lorsque ceux-ci étaient plus ou moins fixes dans un contexte de nationalisme monétaire.
C’est pourquoi, le rôle principal n’appartient plus actuellement aux spéculateurs en devises, mais aux agences de notation et, surtout, aux investisseurs internationaux qui, en achetant ou n’achetant pas de dette souveraine, marquent salutairement le rythme des réformes et disciplinent et dictent le sort de chaque pays.
L’on dira que cela « n’est pas démocratique » mais c’est, en réalité, tout le contraire. La démocratie était régulièrement viciée par l’action politique irresponsable fondée sur la manipulation monétaire et l’inflation, véritable impôt aux effets dévastateurs qui, en marge du parlement, s’imposait à la société de façon progressive et sournoise. Aujourd’hui et grâce à l’euro, le recours à l’impôt inflationniste est bloqué dans chaque pays, du moins au niveau local, et les politiques ont été soudain démasqués, obligés de dire la vérité et d’assumer l’usure que cela suppose.
La démocratie a besoin pour fonctionner d’un cadre qui discipline les agents qui y participent. Et ce rôle est aujourd’hui assumé, en Europe Continentale, par l’euro. La chute successive des gouvernements irlandais, grec, portugais, italien et espagnol, loin de prouver un déficit démocratique, montre le degré croissant de rigueur, transparence budgétaire et santé démocratique que l’euro fait naître dans leurs sociétés respectives.
Voir le texte complet de l'article de Jesus Huerta de Soto (.pdf)
Jesús Huerta de Soto, professeur d'économie politique à l'Université Rey Juan Carlos de Madrid, est en Espagne le chef de file des économistes "autrichiens". Comme auteur, traducteur, éditeur et professeur, il se classe aussi parmi les ambassadeurs les plus actifs du libéralisme classique européen. Il est l'auteur d"une véritable somme "Money, Bank Credit, and Economic Cycles", un livre dont une traduction française vient de faire l'objet de deux éditions consécutives chez L'Harmattan.
Commentaires
Cet article de Huerta de Soto est excellent. Je l'avais déjà lu en anglais sur le site le l'institut Cobden et attendais une traduction avec impatience.
Il jette une heureuse lumière sur la futilité des réactions des dirigeants face à la crise actuelle, qui est avant tout une crise budgétaire, une crise des Etats dépensiers, ainsi qu'une crise des rigidités. Sa solution n'est pas à rechercher dans des mécanismes centralisateurs ("toys for the boys" dirait Anthony de Jasay) qui aggravent les incitations à dépenser des gouvernements, ni dans un avilissement de l'euro, mais bien dans un assainissement financier : baisse réelle des dépenses, sans hausse des impôts.
De Soto was criticised here by Gary North. I don't necessarily agree with everything North writes, but it's really hard to see the euro, at least in its present form, as more optimal than a system of national currencies. De Soto doesn't seem to realise Spain is a major victim of the common currency as the country was flooded by cheap euro's - something which wouldn't have happened under the Peseta. Same for Greece (public spending boom & bust) and Ireland (like Spain, private spending boom & bust). Importantly, Spain was a victim of this not just because the ECB had fairly loose monetary policies but because it wasn't even possible for the ECB to be strict enough as this would have been distortive for the most important economy in the currency union, Germany.
North:
"De Soto opposes monetary nationalism. I say this: if monetary nationalism is the only available political option to fiat money and central planning by the New World Order's central bankers, then let us have monetary nationalism. If it is a question of the European Central Bank vs. the central banks of the European nations, let us have decentralization."
...
This is where Europe's bureaucrats learned the lessons necessary to create the euro. They copied the political revolution of the United States, which was the centralization of power in the name of establishing free trade, which was Madison's bait-and-switch operation. They copied this for the European Union. This was self-conscious. They claimed that they were creating a United States of Europe, which would be comparable to the United States of America. They were not lying in this case. Madison really did provide the political model. He engineered a coup d'état against the decentralized Articles of Confederation, all in the name of getting rid of tariff barriers between states: Annapolis Convention (1786), Philadelphia Convention (1787), and state ratifying conventions (1787-88). I have written a book about this strategy. You can download a free copy here. Monnet imitated this strategy, beginning in 1951. It is still going on.
De Soto wants us to believe that any call by European politicians and bureaucrats for the further centralization of Europe should be regarded as a move toward a workable gold standard, meaning an exclusively free-market system. This is way beyond my power of comprehension. I have spent 45 years watching these people, and the one thing we can be sure of is this: their goal is the centralization of power, the removal of individual liberty, and all in the name of monetary stability and free trade.
http://www.garynorth.com/public/970...
Merci M Lepage de nous faire partager ce texte.
Je suis très curieux de connaitre votre opinion sur la question ...
" (...) il aurait été très utile que, dans les années trente du XXº siècle, les différents pays concernés fussent obligés de conserver l’étalon-or (...)"
Que penser de la thèse d'Irwin selon laquelle la France aurait causé la Grande Dépression par le stockage massif de stocks d'or ?
Je pense que ce monsieur a du quitter la terre et faire un voyage dans l'espace pendant 4 ans. Il n'a pas vu les plans de relance, les plans de sauvetages, les nationalisations, les plans de sauvetage à nouveau des états européens au bord du gouffre, les 2 plans à 500 milliards accordés par la bce aux banques et tout récemment encore un plan à 120 milliards avec une pression terrible des politiques pour arriver à leurs fins, c'est à dire continuer à s'endetter pour pouvoir rembourser celles qui arrivent à échéance. Mises et Hayek doivent se retourner dans leur tombe, parce que leur préconisations en matière de monnaie est à l'opposé d'une décision politico-adminstrative qui a créée du néant l'euro. Enfin, les mesurettes adoptées ici ou la pour réduire l'état providence ne servent qu'à rassurer les horribles prêteurs, complices de l'esclavagisme fiscal en continuant à alimenter des états en situation de déroute financière
"Il est quelque peu comique (et pathétique) de constater que la légion d’ingénieurs sociaux et politiques interventionnistes qui, dirigés autrefois par Jacques Delors, conçurent la monnaie unique comme un instrument supplémentaire de leurs projets grandioses d’union politique européenne, assistent aujourd’hui avec désespoir à ce qu’ils n’avaient nullement prévu, car l’euro a agi de facto comme l’étalon-or : il a discipliné société, politiques et gouvernants, neutralisé les démagogues et démasqué les groupes de pression (dirigés par les syndicats, invariablement privilégiés) et même contesté la durabilité et les fondements de l’Etat-providence."
J'aime bien.
En réalité l'euro est actuellement entre les mains des allemands qui ont une approche budgétaire équilibrée. Ce n'était pas le cas des constructivistes deloriens. Le passage de témoin s'est fait en raison de la perte d'indépendance de la France qui est entre les mains des prêteurs par la faute historique de ses politiciens. Il y a du vrai.
Les anglosaxons ne comprennent pas car même libéraux ils sont hostiles au cut cap and balance budget sinon cela se saurait...
Article contrariant et bien sur pragmatique.
La thèse de l'euro comme contrainte disciplinaire, pis-aller pour l'étalon-or, peut se défendre. Tout ce qui contrarie l'irresponsabilité des politiques et de ceux qui sont en collusion avec eux est bon à saisir. Cependant les implications politiques s'accompagneront-elles d'une maîtrise constante des développements par les peuples concernés ? On peut en douter. Lors de la campagne pour le traité établissant une Constitution pour 'Europe, pratiquement toutes les élites ont fait le forcing pour le oui, accablant d'injures tout sceptique, et ce n'est qu'après le rejet par référendum en 2005 qu'on a consenti à évoquer, sous la forme d'une litote, d'un certain "déficit démocratique", ce qui est peu dire. La course vers une plus étroite union politique ne ressemble pas aux processus suisse et américain, voire italien et allemand, n'étant pas pilotée par les mêmes objectifs (qui, dans ces cas, était l'union vis-à-vis de l'extérieur, de fait le lien le plus efficace, même si on peut le déplorer).
@pago4
Oui absolument.
« l’euro a agi de facto comme l’étalon-or : il a discipliné société, politiques et gouvernants, neutralisé les démagogues »
Si c'était vrai, nous n'en serions pas là !
« La chute successive des gouvernements irlandais, grec, portugais, italien et espagnol, loin de prouver un déficit démocratique, montre le degré croissant de rigueur, transparence budgétaire et santé démocratique que l’euro fait naître dans leurs sociétés respectives »
Belle santé démocratique ! La ligne économique est choisie par Mme MERKEL.
L'euro n'a pas encore fini ses ravages et les démagogues sont toujours là.
GdG
"Les économistes de l’Ecole Autrichienne sont partisans de l’étalon-or "
Ce n'est pas tout à fait vrai. Beaucoup (voir Hayek) sont partisans de la libre concurrence entre monnaies, même si certains pensent, à tort ou à raison, que cette libre concurrence conduirait à la monnaie-or.
Ce qui en réalité fait problème, c'est le monopole monétaire. Que ce monopole soit exercé par la BdF pour la France ou par la BCE pour l'Europe ne change au fond pas grand'chose, si ce n'est qu'on aurait pu espérer qu'avec l'euro, les pays les plus raisonnables imposent aux autres de l'être un peu plus. Ca va nécessairement venir, mais dans la douleur.
Quant au commentaire de GdG, il est également erroné : Mme Merkel est soutenue démocratiquement par le peuple allemand, et plus que M Hollande l'est par le peuple français. Et il se trouve que sa ligne économique est la seule raisonnable, donc tant mieux si elle l'impose (en partie, car elle est bien obligée de composer avec les autres chefs d'Etat). Si elle l'avait imposée plus tôt, on n'en serait pas là.
Excellent ce texte!
@Gérard
Le problème n'est pas exactement ou les monnaies concurrentes ou l'étalon-or. Je suis frappé par le ralliement massif des auteurs autrichiens à l'idée d'une solution par retour à l'étalon-or (voir le dernier numéro du Cato Journal). Mais avec évidemment l'arrière-pensée de faire disparaître les banques centrales et leur monopole. Mais avant d'en arriver là, il faut commencer par quelque chose pour rétablir un début d'ordre dans le système monétaire international, et ce quelque chose est le rétablissement d'un étalon or dont on peut concrètement décrire le mécanisme et les étapes. L'idée sous-jacente est que sauf remède brutal de ce type, l'Occident (si ce n'est même le Monde) est condamné à s'effondrer dans les désordres politiques et économiques de l'hyperinflation (voir l'article de Kelvin Dowd dans ce même numéro). L'heure n'est plus à discuter du régime idéal, mais de savoir ce que l'on peut concrètement faire et envisager qui soit malgré tout réalisable - tout en étant pour l'instant politiquement impensable.
Je vous signale d'ailleurs que le gros livre de Jesus Huerta de Soto se termine par un plan, très intéressant car assez précis, pour réintroduire l'étalon-or. Je crois que cela va être le gros sujet de discussion des mois et années à venir.
@Peter Cleppe & Morziloeil
L'intérêt de ce texte est d'attirer l'attention sur un aspect de l'euro qui a jusqu'à présent été négligé, à savoir qu'après tout il semble en train de forcer les pays-membres - même si c'est avec beaucoup de réticences et de difficultés politiques et économiques auxquelles nous sommes bien sûr en premier sensibles - à entrer dans un cycle de réformes de fond réelles qui devraient conduire à une déconstruction au moins partielle de nos états providence contemporains. Jesus est parfaitement conscient des défauts et des cercles vicieux déclenchés par l'euro, mais il argumente qu'il faut tout de même équilibrer ceux-ci par l'espoir qu'en définitive tout ceci débouche sur une crise qui, malgré ses ravages très élevés, pourrait s'avérer en définitive plus salvatrice qu'on ne saurait l'espérer.
On peut évidemment arguer de ce que si l'on avait conservé des monnaies nationales, les contraintes de l'équilibre extérieur auraient très rapidement sanctionné les gouvernements trop dépensiers, et que nous n'aurions jamais accumulé les endettements et déséquilibres massifs qui aujourd'hui font craquer la zone euro.
Mais l'argument de Jesus, tel que je le lis, est que si cela aurait permis de remettre périodiquement à zéro les compteurs de la compétitivité (par des dévaluations), cela aurait eu aussi pour effet de diluer la pression sur les pouvoirs publics des différents pays concernés d'entreprendre une remise en question en profondeur de leurs modes de fonctionnement.
Autrement dit, on n'aurait peut-être pas les problèmes de déséquilibres massifs de compétitivité au sein de l'eurozone qu'on connait aujourd'hui, mais, même si les remises en cause de fond ne sont pas aussi radicales qu'on pourrait l'espérer, nous n'aurions pas encore même le début de commencement d'une amorce de réformes plus radicales.
Cette thèse est peut-être un peu trop optimiste. Peut-être surestime-t-elle la réalité de la volonté actuelle d'avancer dans la voie de réformes en profondeur. Mais je crois qu'elle vaut la peine d'être posée et considérée. En choisissant la voie la plus mauvaise à moyen terme - celle d'institutions conduisant au surendettement et au déficit massif des pays aux économies les moins solides - nous aurions en définitive opté pour un chemin qui nous met finalement face à nos réalités, alors qu'autrement nous aurions continué à esquiver indéfiniment les vraies questions - c'est à dire en particulier celle de la structure de nos états. Et nous serions donc sur la voie de la sortie de crise, mais une sortie qui ne sera pas vraiment effective avant que ces réformes n'aient produits pleinement leurs effets - c'est à dire vraisemblablement pas avant dix ans (pour les années 2020).
Ceci dit, reste un problème que Jesus n'aborde pas vraiment : celui du coût politique et social d'une telle séquence. Est-ce que nos sociétés sauront résister à un tel traitement ? La vérité est vraisemblablement que nous allons vivre au cours des années qui viennent une sorte de course poursuite entre deux scénarios possibles : d'un côté celui d'un processus vertueux avec des réformes de fond qui rendraient possible le retour à des taux de croissance élevés - donc la fin de la crise d'endettement - vers la fin de la décennie 2010/début 2020, mais pas avant; de l'autre, le scénario de nos politiques actuels qui est d'attendre le retour miraculeux de cette croissance, mais en réduisant au minimum les réformes afin de ne pas provoquer le corps politique et social, et qui, alors, ne peut déboucher, un jour, que sur un effondrement général des monnaies et l'hyperinflation. Lequel de ces deux scénarios l'emportera ? Impossible à dire pour l'instant.
@Gérard Dréan
A quel moment l'agneau à t-il mangé le loup ? Je ne pense pas que les pays "raisonnables" imposent quoi que ce soit à ceux dans une situation critique. 1) Comment les gouvernements grecs et irlandais pourraient-ils devenir aussi vertueux que ceux de l'estonie et de la finlande ? 2) La grèce et l'italie vont irrémédiablement plier sous le poids de leur dette colossale indépendament des mesures de "rigueur", ils ont atteint le point de non retour. 3) Sans la politique monétaire accomodante accordé par le pouvoir politique pour soulager les pays en grave difficulté pour s'endetter sur les marchés financiers, ils auraient été en cessation de paiement depuis belle lurette.
Finalement frau merkel a accepter d'avaler toutes les couleuvres pour soi disant sauver l'europe et l'euro. On voudrait nous présenter sa dernière défaite lors du 19 ème sommet européen comme un succès stratégique alors qu'elle a encore du faire des concéssions qui finissent par exaspérer de plus en plus de monde outre-rhin. http://www.latribune.fr/actualites/...
Vendredi 6 juillet 2012 :
Zone euro : la Finlande préfère sortir de l'euro que payer les dettes des autres.
La Finlande préfère se préparer à sortir de l'euro plutôt qu'à payer les dettes des autres pays de la zone euro, affirme la ministre des Finances Jutta Urpilainen, vendredi dans le quotidien financier Kauppalehti.
http://www.romandie.com/news/n/Zone...
http://us1.campaign-archive1.com/?u...
A vos écouteurs :
émission du 28 juin 2012 sur le texte intitulée "Protégez moi de mes amis..."
http://lumiere101.com/2012/06/28/pr...
Une surprenante défense autrichienne de l'euro : Jesus Huerta de Soto reconnaît les vertus de l'étalon-or et attribue les mêmes vertus à l'euro. Il tente de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. L'euro, comme toutes les monnaies papier imprimables à volonté, est une dette. L'or est un actif réel. Le MES est un système d'endettement généralisé destiné à aggraver la situation et pas à la résoudre. On ne sauve pas un pays surendetté en lui faisant de nouveaux prêts. Les Islandais l'ont bien compris : ils ont refusé de rembourser les banques anglaises et ils s'en sortiront mieux que les Grecs que l'ont coule volontairement en les "sauvant" avec de nouveaux prêts. Si l'euro avait toutes ces vertus, la situation n'aurait pas empirée depuis 2008 et les banques centrales ne seraient pas redevenues acheteuses d'or. La banque centrale chinoise a triplé son stock d'or, passé de 400 à 1200 tonnes en 5 ans et a pour objectif d'atteindre les 4000 tonnes en 2020...L'euro est une monnaie au service d'une élite mondialiste non élue. Henri Ford écrivait "L'unique objectif de ces financiers est le contrôle du monde par la création de dettes inextinguibles."
François Leclerc écrit cette analyse remarquable :
"Selon eux, c’est à ce même MES, c’est-à-dire aux États, qu’il revient de stabiliser le marché obligataire en achetant des titres sur le marché secondaire, la BCE ne voulant plus poursuivre et ayant arrêté."
http://www.pauljorion.com/blog/?p=3...
François Leclerc montre la folie suicidaire du système de la zone euro :
1- Le bilan de la BCE est déjà surchargé d'obligations d'Etats pourries. La BCE est au bord de l'implosion.
2- Donc la BCE ne veut plus acheter d'obligations d'Etats pourries.
3- Donc la BCE demande au MES d'acheter des obligations d'Etats sur le marché secondaire.
4- Problème : le MES est une coquille vide. Le MES n'a pas d'argent.
5- DONC les Etats européens qui sont déjà surendettés vont devoir emprunter des milliards d'euros sur les marchés internationaux.
6- Avec cet argent, les Etats européens surendettés vont pouvoir capitaliser le MES.
7- Ensuite, le MES pourra lever des fonds sur les marchés financiers pour un montant allant jusqu'à 500 milliards d'euros.
8- Avec cet argent, le MES pourra acheter des obligations d'Etats sur le marché secondaire.
9- Exemple : l'Espagne va se surendetter encore plus pour pouvoir fournir des milliards d'euros au MES, qui va ensuite pouvoir emprunter des miliards d'euros, et qui va enfin pouvoir acheter des obligations de l'Etat espagnol.
10- Conclusion : on va empiler des montagnes de dettes par-dessus les montagnes de dettes qui existent déjà. La zone euro fonce vers un effondrement systémique.
M. Lepage a raison. Le prof. Huerta de Soto n'est pas pour l'euro et sait bien que c'est une monnaie constructiviste, artificielle, et bien sûr défend la liberté bancaire (mais réserves à 100 %) et l'abolition des banques centrales.
Son propos est, considérant le régime actuel, avec l'euro, de montrer que la monnaie unique, dans son principe, comme l'étalon-or (et mieux car décréter l'inconvertibilité est impossible), n'offre qu'une voie aux Etats : faire, enfin, les seules choses qui s'imposent, i.e. les réformes structurelles pour supprimer les rigidités (les obstacles à l'emploi aurait dit Pascal Salin) et réduire les dépenses publiques.
Dire ceci n'est pas pour autant approuver le mécanisme de la BCE (il le critique) ni les expédients désespérés des Etats, en violation des traités européens. Par ces expédients illégaux les dirigeants cherchent justement à s'affranchir des réformes difficiles. Même M. Monti semble avoir renoncé à abolir les textes les plus nocifs du code du travail, peut-être parce qu'il sait que par des manoeuvres politiques, depuis l'élection de Fr. Hollande, il est plus facile d'obtenir un soulagement sur les taux via les achats par le MES des titres de dette de l'Italie.
La facilité des dévaluations n'étant plus permise, l'euro impose aux politiques ayant été irresponsables d'expier. Le danger est justement dans le non respect des dispositions interdisant la monétisation directe, l'abaissement du niveau des garanties et l'interdiction des renflouements. C'est un problème juridique où les pressions politiques ont raison du droit et sans sanctions. Là on peut regretter finalement l'euro. Et peut-être, comme le dit M. Lepage, Huerta de Soto est-il trop optimiste.
Le Conseil des experts économiques allemands regroupe les cinq économistes les plus respectés d'Allemagne : Wolfgang Franz, Wolfgang Wiegard, Peter Bofinger, Claudia-Maria Buch, Christoph M. Schmidt.
Sa mission est de publier des rapports pour conseiller le gouvernement allemand.
Vendredi 6 juillet 2012, le Conseil des experts économiques allemands publie son rapport sur la zone euro.
C'est une bombe.
"L'union monétaire européenne est confrontée à une crise systémique, qui menace la survie de la monnaie unique comme la stabilité économique de l'Allemagne."
"Die europäische Währungsunion befindet sich in einer systemischen Krise, die den Fortbestand der gemeinsamen Währung und die ökonomische Stabilität Deutschlands gleichermaßen gefährdet."
http://www.sachverstaendigenrat-wir...
Eux-aussi, ils parlent de la "crise systémique" en zone euro.
Pour éviter cette "crise systémique", je propose de réunir ce week-end un sommet européen de la dernière chance.
Après tout, le dernier "sommet européen de la dernière chance" a eu lieu il y a une semaine.
confondre en un tour de ligne une devise et une monnaie c'est tout ce que ce pseudo économiste trouve,effectivement Von Misses a du rock and roller dans sa tombe,cela suffit pour ne pas lire la suite de l'article.L 687 a bien vu la supercherie de ce raisonnement perverti
Jauns, pouvez-vous nous expliquer la différence que vous voyez entre une devise et une monnaie ? Pour moi et pour le dictionnaire, c'est la même chose sinon qu'on utilise le mot "devise" pour désigner les monnaies étrangères.
a Gérard Dréan:bonjour la différence entre une devise et une monnaie est l'absence de valeur intrinsèque de la deuxième ',seuls l'argent et l'or sont des monnaies.Les banquiers ne pouvant imprimer des lingots,à part quelques barres en tungstène,se sont donc approprié le droit d'imprimer des "devises",entretenant bien entendu la confusion entre devise et monnaie ";Les milliers d'années passées ont éliminé tout ce qui servit aux échanges pour ne garder que l'or et l'argent métal;parce ce que eux seuls ont les propriétés nécessaires à la définition d'une monnaie,à savoir : il faut que le moyen d'échange soit durable,divisible ,rare, homogène,transportable, sans aucun assujettissement possible,impossible a créer etc... qualités qui lui donne une valeur intrinsèque.L'euro n'est qu'une des devises parmi les autres:Dollar,pound ,yen... elles ne sont que des opérations scripturales qui ne sont basées sur aucune production de richesse depuis la rupture de leur adossement à l'or.les devises bien comprises lorsqu'elles étaient adossées à l'or ou argent métal étaient une reconnaissance de dépot de métaux précieux,une promesse écrite de récupérer l'or ou l'argent dans son intégralité.Leur valeur dépendaient directement du volume de métal en jeu et de la confiance en l'émetteur du papier.Il était alors bien compris également que ce papier n'avait intrinsèquement aucune valeur.Ce qui leurre les esprit se situe bien là,on ne procèdait pas a un troc or/papier ou l'inverse mais on instituait une promesse "papier" de recouvrer le métal précieux correspondant .L'habitude aidant,cette subtilité fondamentale s'est évanouit pour ceux qui l'avait assimilé,ou n'a jamais effleuré l'esprit des autres.Le principe de réserve fractionnée et la décorrèlation du dollar avec l'or par Nixon en 71 a rompu cette promesse de recouvrer l'or.Vol majistral! ,vous travaillez dur pour avoir du papier dont on décrète sa valeur selon des critères non gèrables.La perte de vue des principes de base,la tentation irrésistible d'une "richesse "illimitée,la fièvre du pouvoir emportent tout.Le monde vit donc ,depuis cette date sur un nuage virtuel,une économie irréelle,une supercherie mondiale. Comment du papier seul peut il devenir "réserve" de richesses ? Après l'expansion non maitrisée,la contraction non maitrisable est inévitable,nous vivons le retour au réel et l'atterrissage sera moins douloureux pour ceux qui déciderons d'arrêter de rèver; Un peu long et malgré tout insuffisant, je pense qu'une recherche internet devrait faire l'affaire avec des petites vidéos simples concernant votre question. Cordialement vôtre
Merci, Janus.
Je savais tout ça, et je suis en grande partie d'accord. Voyez ceci:
http://blog.turgot.org/index.php?po...
Il n'en reste pas moins que votre définition des mots "devise" et "monnaie" vous est tout à fait personnelle et crée forcément la confusion.
On peut ergoter sur la définition d'une devise et d'une monnaie, il n'en reste pas moins que l'euro est émis lors de la création d'une dette avec intérêt. C'est ce système même qui est frauduleux et mène à notre propre destruction. Il aura donc fallu instituer l'euro pour réaliser qu'il faut maîtriser ses dépenses. La belle affaire ! Le système étalon-or nous l'aurait rappelé bien avant d'atteindre la situation que nous connaissons.
Si l'euro venait à disparaître prochainement, ce que je ne souhaite pas spécialement, on pourra dire qu'il n'aura pas fait plus long feu que les anciennes devises nationales.
Il y a indéniablement une supercherie dans cet article.