23 mai 2012 : "Adam Smith a-t-il plagié Turgot ?" séminaire autour d'A.C. Hoyng et J. Gallais-Hamonno
Par Institut Turgot le jeudi 21 juin 2012, 23:36 - Réunions - Lien permanent
Passionnante soirée que cette rencontre avec Anne-Claire Hoyng et le professeur Jeanine Gallais-Hamonno, car la réponse nous a été donnée, sans ambiguité : oui, Adam Smith a copié les idées économiques de Turgot - c'est hors de doute -, mais cela ne retire rien à son génie.
La parution de "La richesse des nations" d'Adam Smith date de 1776. Neuf ans plus tôt, en 1767, Anne-Robert Turgot avait écrit ses "Réflexions sur la formation et la distribution des richesses". Dans quelle mesure Adam Smith a-t-il eu connaissance des travaux de Turgot ? Que leur a-t-il emprunté ? Quelle a été l'importance de ces emprunts ?
Il s'agit d'une question qui, depuis longtemps, interpelle les spécialistes de l'histoire de la pensée économique. L'enjeu n'est rien moins que de savoir où se situe le véritable berceau de la pensée économique : est-ce vraiment l'Angleterre, comme le laisse penser le culte voué à Adam Smith ? ou la France, si l'on admet l'hypothèse qu'Adam Smith aurait emprunté certaines de ses intuitions les plus importantes directement dans l'oeuvre de Turgot.
Anne-Claire Hoyng - née en 1980 - est néerlandaise, mais elle s'exprime parfaitement en français, ayant fait une partie de ses études au lycée international de Saint-Germain en Laye. Après avoir occupé un poste d'économiste pendant cinq ans à l'Autorité néerlandaise de la concurrence, elle travaille actuellement chez l'opérateur néerlandais de télécommunications KPN comme directrice de projet et habite Amsterdam. Sa thèse (Smith et Turgot, une étrange proximité) a été publiée l'an dernier en néerlandais, mais il en existe un résumé en anglais (cliquer ici pour accéder à la version .pdf), ainsi qu'une traduction française de ce résumé.
Au cours de cette réunion, nous avons également bénéficié de la présence du Professeur Jeanine Gallais-Hamonno, linguiste, secrétaire perpétuelle de l'Académie des Docteurs ès-lettres, auteur d'une thèse de très haut qualibre sur les rapports entre l'avancement du langage et le développement des théories scientifiques (avec comme champ d'application la science économique).
Pour le professeur Gallais-Hamonno il ne fait pas de doute qu'Adam Smith a volé les idées de Turgot. Sa conviction est fondée sur une analyse informatique des textes des deux auteurs à partir de logiciels conçus dans le cadre de sa thèse et qui comparent les syntaxes utilisées. Or, à la lecture de "La richesses de nations", il apparait que coexistent deux types de styles d'exposition très différents: l'un dans la continuité parfaite des oeuvres précédentes d'Adam Smith (notamment la "Theory of Moral Sentiments") et qui s'applique à chaque fois qu'il s'agit de développements philosophiques; l'autre, radicalement différent, que l'on ne trouve que lorsqu'il s'agit de théorie économique et qui rappelle étrangement les écrits précédents de Turgot. Le véritable génie de Smith, conclue jeanine Gallais-Hammono, est moins dans ses découvertes théoriques que dans l'art de les exposer, et ainsi dans la manière dont il a doté la pensée économique anglo-saxonne d'un véritable langage scientifique, inspiré lui-même par les avancées de Turgot en matière de réflexion sur la linguistique et l'expression des concepts.
Ecoutez les deux interventions de Jeanine Gallais-Hamonno. C'est passionnant, exprimé d'une manière courte et concise. Vous trouverez la première sur la vidéo ci-dessus ( début à 1'30", durée totale 9 minutes). La seconde sur la vidéo ci-dessous ( début à 1'30", fin 8' ), en introduction au débat qui a suivi.
Vous pouvez également télécharger l'enregistrement audio de la soirée, ou l'écouter en streaming
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Commentaires
"Où se situe le véritable berceau de la pensée économique : est-ce vraiment l'Angleterre ?" Malheureux, ne dites surtout pas à un Ecossais qu'Adam Smith était anglais ! Britannique, peut-être, mais traiter une des stars des Lumières écossaises de natif d'Angleterre, alors ça !
Eloge de Turgot par Rothbard, mais Rothbard estime que Smith n'a pas su suffisamment tirer parti de Turgot :
http://ami.du.laissez-faire.eu/_tur...
"L'influence de Turgot sur la pensée économique ultérieure fut sérieusement restreinte, probablement surtout parce que ses écrits furent injustement discrédités auprès des générations suivantes par son association avec les Physiocrates, et par le mythe suivant lequel Adam Smith serait le fondateur de l'économie politique. [...] Alors qu'Adam Smith connaissait Turgot personnellement, et qu'il avait lu les Réflexions, leur influence fut apparemment minime. Mis à part une approche vaguement laissez-fairiste, ses conclusions étaient singulièrement différentes. [...]
C'est sur le Français J.B. Say, officiellement adepte de Smith, que Turgot a finalement eu le plus d'influence, particulièrement en théorie de la valeur-utilité perçue, et dans une certaine mesure en théorie du capital et de l'intérêt. C'est Say qui fut l'héritier authentique de la tradition française, proto-autrichienne, du laissez-faire développée au XVIIIe siècle. Malheureusement, ces citations de Turgot minimisaient son influence, et ses références envers Smith étaient lourdement exagérées. L'une et l'autre attitude reflétaient probablement chez J. B. Say une réticence, caractéristique après la Révolution française, à se trouver étroitement associé à ces physiocrates partisans de la monarchie absolue et de l'agriculture, avec lesquels Turgot se confondait malencontreusement aux yeux des Français les plus éclairés. D'où les prosternations rituelles devant Adam Smith."
Sur l'influence de Turgot sur Smith, voir "From my notebook no 4 '", sur le blog de Gavin Kennedy, associé à un livre, Adam Smith's Lost Legacy, à propos d'un livre de Lundberg
http://adamsmithslostlegacy.blogspo...