Sortie de crise : l'austérité plaide non coupable
Par Steve Hanke le vendredi 25 mai 2012, 15:06 - Article - Lien permanent
Steve Hanke raisonne principalement à partir de l'exemple américain et anglo-saxon. Mais son analyse nous concerne tout autant, nous français et européens.
"Mr Wrong Way" (M. Fausse Route), tel était le sobriquet dont la presse avait affublé Douglas Corrigan, un jeune aviateur américain qui connut son heure de gloire en 1938, lorsqu'il traversa l'Atlantique de New York à Dublin dans un petit avion totalement bricolé par ses soins et bénéficiant seulement d'une autorisation de vol limitée et provisoire.
Son plan de vol indiquait qu'il devait repartir plein ouest pour rentrer en Californie, mais il s'envola plein est, et expliqua plus tard que c'était une erreur de navigation due au mauvais temps qui l'avait empêché de se rendre compte qu'il volait au dessus de l'Océan au lieu de survoler le continent. Personne ne l'a jamais vraiment cru, mais son surnom est passé dans le langage commun pour désigner (ou se moquer d')une personne qui a la réputation de choisir un peu trop systématiquement le mauvais chemin. (C'est ainsi que même Murray Rothbard s'est à plusieur reprises retrouvé affublé du surnom « Wrong Way Rothbard » - en référence à certaines de ses prises de position politiques en contradiction avec ses idées libertariennes. N.d.t.).
Le "factoïd" keynésien
S'il y a quelqu'un qui, aujourd'hui, mériterait ce sobriquet, en compagnie de tous ses collègues keynésiens, c'est Paul Krugman, le professeur de Princeton, Prix Nobel d'économie, et chroniqueur éditorialiste hyperproductif du New York Times. Sa thèse est que la seule voie pour remettre l'économie mondiale sur le bon chemin est que nos Etats hyper-endettés procèdent à une relance via l'accroissement des dépenses publiques. Mais il n'y a qu'un tout petit problème : cette recette de Krugman et de ses collègues keynésiens n'est pas autre chose qu'un remède de charlatan. Si le succès de l'abondante littérature krugmanienne prouve au moins quelque chose, c'est la justesse de cette remarque de Peter Drucker qui, lors d'une déjeuner en 1988, m'expliquait que
« la vertu d'un bon vendeur est avant tout d'enfoncer constamment le clou, de répéter ad infinitum la même chose, en y ajoutant tout juste à chaque fois un tout petit plus marginal ».
A chaque fois qu'un Prix Nobel s'exprime, ses déclarations pèsent lourd, même s'il s'agit d'affirmations qui ne sont rien moins que des "factoîds" – c'est à dire des erreurs patentes et avérées mais si souvent répétées et si largement diffusées qu'elles finissent par être admises pour vraies et évidentes aux yeux du plus grand nombre. Rappelons-nous cette autre anecdote, celle de ce fameux Dr Fox invité à donner une conférence à la Medical School de l'University of Southern California et qui illustre comment l'avis de soi disant experts peut influencer et convaincre une foule, même de gens très sérieux. L'annonce de cette conférence présentait le Dr. Myron Fox comme un « poids lourd » de sa discipline, et il fut largement applaudi et même ovationné par le public qui était venu l'écouter. Ce que personne ne savait est que ce Dr. Fox n'était en réalité qu'un comédien professionnel que l'on avait doté d'un curriculum vitae faux mais impressionnant, et qui avait été entraîné pour prononcer une conférence complètement bidon, remplie d'affirmations contradictoires, de raisonnements illogiques et de double-sens. La preuve par l'absurde que quand on fait jouer les gros calibres, tout le monde les écoute.
Ce factoîd keynésien est de nouveau en pleine ascension dans la sphère du monde politique. La France, par exemple, vient de se débarrasser d'un Nicolas Sarkozy totalement incohérent sur le plan économique, au profit de François Hollande qui est le premier socialiste français à résider au Palais de l'Elysée depuis que François Mitterrand l'a quitté il y a dix sept ans. C'est sans surprise que l'on vient de voir le nouveau Président Hollande reprendre fièrement et agiter bien haut la bannière de la relance keynésienne. Mais ce n'est pas tout.
La Grèce vient d'annoncer que, vu l'incapacité de ses dirigeants politiques à former un nouveau gouvernement à la suite des élections du 6 mai dernier, les électeurs seraient de nouveau convoqués pour élire le Parlement le 17 juin prochain. Le grain de sable qui a tout bloqué est venu du succès électoral remporté par la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) menée par Alexis Tsipras. Que veut SYRIZA ? L'un des principaux conseillers de M. Tsipras, le Professeur Euclid Tsakalotos, ne pouvait être plus clair lorsqu'il a réclamé le rejet des récentes mesures d'austérité, proclamant par là même son attachement à l'illusion imaginaire des solutions budgétaires de type keynésiennes. Pour que l'Etat puisse accroître ses dépenses et les financer, a-t-il expliqué,
«nous avons besoin d'une banque centrale qui imprime de la monnaie, nous avons besoin d'euro-bonds, ainsi que d'un système qui assure un transfert permanent d'argent des pays riches vers les pays pauvres de l'Europe».
Il semble que « Wrong Way Krugman» a trouvé son homme en la personne du Professeur Tsakalotos. Tous deux ont clairement besoin d'un bon cours de recyclage sur l'efficacité économique des politiques de relance budgétaires.
Le preuve par les faits
Revenons sur les faits et ce que disent les chiffres sur l'efficacité de l'élixir budgétaire keynésien. Dans un article du Wall Street Journal publié en 1999, Milton Friedman s'était penché sur le problème. Voici ce qu'il écrivait (8 janvier 1999) :
« La thèse keynésienne est que les politiques de déficit budgétaire permettent de relancer la conjoncture quelque soit leur mode de financement, que ce soit par l'endettement ou par la création monétaire. La thèse des monétaristes est qu'une relance conjoncturelle financée par la création monétaire est efficace que cet argent soit dépensé par l'Etat ou par le secteur privé. En revanche les effets de relance sont indéterminés et incertains lorsque le financement de la dépense publique se fait par la dette, tout dépendant de la manière dont la dépense publique suscite un effet d'éviction au dépens de la dépense privée. Ces effets peuvent être positifs ou négatifs selon les circonstances. »
Il n'est pas facile de trouver des preuves empiriques qui permettent vérifier qui a raison ou qui a tort parce que, dans la vie réelle, on fait le plus souvent simultanément appel à des modes d'action tant par la relance budgétaire que par la relance monétaire. La seule façon de s'en sortir est de trouver des périodes au cours desquelles le réglage de ces deux modes d'action conjoncturelle est conçu pour entraîner des effets de sens opposés.
A titre de test pour vérifier si les faits collent mieux avec l'une ou l'autre des deux thèses, le professeur Friedman se réfère à deux épisodes de l'histoire économique récente répondant à cette condition.
Le premier se rapporte à l'expérience du Japon au début des années 1990. Afin de relancer la machine économique japonaise, les autorités ont alors mené une politique budgétaire « expansionniste ». Mais la politique monétaire a conservé son orientation « restrictive », et l'économie n'est jamais repartie.
Le second exemple invoqué par Milton Friedman concerne la politique américaine des années 1990. Quand le Président Clinton est arrivé à la Maison Blanche, le déficit budgétaire structurel représentait 5,3 % du PNB potentiel. Au cours des huit années qui ont suivi, Clinton a fait la chasse aux déficits ; politique qui s'est révélée très efficace puisque, à son départ, en 2000, le déficit avait fait place à un excédent budgétaire structurel de l'ordre de 1,5 %. Très curieusement, j'observe que pour les deux années pendant lesquelles le Professeur Lawrence Summers – un keynésien convaincu – occupa le poste de Secrétaire au Trésor du gouvernement Clinton (1999/2000), les Etats-Unis ont enregistré un excédent budgétaire égal respectivement à 0,9 % et 1,5 % du PNB. Au cours de ces deux années, les autorités américaines ont choisi un réglage qui consistait à appuyer sur le frein budgétaire, tout en menant une politique monétaire laxiste. Ce furent des années de reprise et d'expansion économique .Ce qui, notons-le, n'a pas empêché le professeur Summers de renouer, depuis depuis cette période particulièrement excitante des années 1999-2000, avec ses vieilles habitudes charlatanesques.
Le Professeur Friedman termine son article du Wall Street Journal par la remarque suivante :
« Il y a quelques années, j'ai recherché tous les épisodes au cours desquels politique monétaire et politique budgétaire exerçaient des effets de sens opposés. Le résultat de cette recherche montre que, pour toutes ces périodes, comme pour les deux exemples précédents, les effets de la politique monétaire ont toujours pris le pas sur ceux liés à la politique budgétaire ».
Une autre façon de faire la démonstration est de comparer l'évolution du déficit potentiel de production (« output gap », c'est à dire la différence entre la production réalisée et ce qu'aurait été potentiellement le PNB si la croissance avait continué à son rythme moyen de long terme) avec celle des comptes budgétaires du gouvernement fédéral. Dans le tableau ci-dessous, la première colonne présente les chiffres du déficit (ou excédent) potentiel de production. Lorsque la différence est positive, cela veut dire que l'économie progresse à un rythme supérieur à son potentiel de long terme ; et l'inverse, lorsque le chiffre est négatif : la croissance est inférieure au rythme normal de croissance de long terme. La seconde colonne présente l'état structurel des comptes publics. Quand le chiffre est négatif cela veut dire que les comptes sont en déficit. L'inverse (excédent) lorsque le chiffre est positif. Les colonnes 3 et 4 montrent comment ces chiffres ont évolué chaque année. Une progression positive de l'output gap implique que ce fut une année d'expansion économique. L'inverse lorsque le chiffre est négatif : une économie récessive. Quand aux comptes budgétaires, un chiffre négatif est le signe d'une politique budgétaire « expansionniste » (relance), et un chiffre positif le signe d'un évolution budgétaire de nature « récessive ».

Si les keynésiens avaient raison, nous devrions observer une relation inverse entre les chiffres qui figurent dans la colonne 3 et ceux qui apparaissent dans la colonne 4. Or ce n'est pas ce qui se voit sur le tableau. Pour la période 2001 à 2016 – les derniers chiffres étant ceux qui proviennent des projections publiées par le Fonds monétaire international – les chiffres font apparaître que l'économie américaine ne se comporte pas du tout de la manière dont le Professeur Krugman et ses coaccolytes keynésiens ne cessent de nous affirmer péremptoirement qu'elle devrait se comporter. Ce tableau révèle en fait que le nombre d'années pour lesquelles l'économie US a répondu aux signaux envoyés par la politique budgétaire d'une manière inverse à celle décrite par le dogme keynésien , a été le double du nombre d'années où la réponse des aggrégats macroéconomiques a été conforme aux anticipations des keynésiens.
Ce tableau fait apparaître que, pour toute cette période, c'est bien l'austérité qui est plutôt la règle. Mais, d'une manière générale, pas une « austérité keynésienne » commandée par l'évolution de la politique budgétaire, et qui serait le résultat de véritables coupes dans les dépenses publiques, comme les keynésiens le supposent (par exemple lorsque l'Etat dépense un milliard une année, et seulement 900 millions l'année suivante). Ce qui nous ramène au rôle de la monnaie et à la politique monétaire.
La responsabilité de Bâle III
Comme Milton Friedman nous l'a enseigné, la monnaie n'est jamais neutre. Quand on parle de monnaie, il y a deux graphiques à regarder. Le premier donne l'état des bilans des banques centrales. Ils ont littéralement explosé depuis la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. Si l'on se concentre sur ces bilans et l'extraordinaire croissance de la base monétaire qui en est résulté, il serait logique d'en conclure – comme beaucoup le font – que nous sommes aujourd'hui confrontés à une avalanche de monnaie et de liquidités annonciatrice d'un retour prochain de l'hyperinflation. Mais cette conclusion est fausse.

Le second graphique, qui présente l'évolution de l'aggrégat M3 (une mesure dérivée de la base monétaire), montre que ce qui caractérise la situation actuelle est paradoxalement une croissance très ralentie de la masse monétaire. Au Royaume-Uni, M3 est même négatif. Rien d'étonnant à ce que l'économie anglaise s'enlise dans une double récession. Cela n'a rien à voir avec la soi disante austérité budgétaire que le gouvernement Cameron imposerait au pays, mais est simplement la conséquence de sa double politique monétaire et financière, notamment vis à vis des banques ; ce qui échappe à la sagacité de la plupart de nos économistes pour la bonne et simple raison qu'il raisonnent le plus souvent sur la base de modèles où le secteur bancaire n'apparaît même pas.

Dans la foulée de la crise financière qui nous a frappé de plein fouet, nos intellos de service ont sélectionné toute une série de mesures supposées renforcer les banques pour les mettre à l'abri du retour de tels événements, mais qui jouent en réalité à contre-sens. L'un de ceux qui a mené la charge est l'ancien Premier ministre Gordon Brown. Dans l'introduction de son livre « Beyond the Crash » il fait l'apologie du jour où il souligna publiquement, et avec frénésie, que le devoir des banques était de se recapitaliser « sans attendre ». Monsieur Brown a été suivi par de nombreux émules, parmi lesquels son successeur David Cameron lui-même, ainsi que les dirigeants de banques centrales qui ont entériné « Bâle III » avec ses diverses dispositions visant au relèvement des ratios de couverture des actifs des banques par leurs fonds propres.
En réaction à Bâle III les banques ont réduit leurs portefeuilles de crédits et considérablement augmenté leurs encaisses monétaires ainsi que leurs avoirs de titres publics (deux catégories d'actifs « sans risque » non soumises aux nouvelles normes de capitalisation imposées par Bâle III). Cela explique pourquoi l'explosion de la base monétaire ne se retrouve pas dans les mesures de la masse monétaire au sens large et pourquoi nous ne sommes pas encore définitivement sortis du marasme économique dans lequel nous ont gentiment précipité nos amis des banques centrales.
Nous sommes actuellement en plein pétrin ; une situation qui n'a rien à voir avec une quelconque austérité budgétaire qui nous serait imposée. En réalité la véritable origine des dysfonctionnements économiques que nous subissons se trouve dans le surplus de réglementations que nos Etats ont décidé d'imposer aux banques et dont le résultat a été de semer le bordel au cœur du système bancaire. « Wrong Way Krugman » et ses accolytes devraient définitivement renoncer à leur factoîd budgétaire et concentrer leur attention sur la seule chose qui compte véritablement, à savoir la monnaie. Et pour commencer ils feraient bien de suivre attentivement ce qui se passe actuellement en Grèce avec une contraction monétaire qui, l'an dernier, a atteint les -17 % (au niveau de M3).

Steve Hanke est professeur d'économie appliquée à l'Université Johns Hopkins de Baltimore et Senior Fellow au Cato Institute de Washington. La version originale de cet article a été publiée dans le Journal GlobeAsia daté juin 2012 sous le titre : "Wrong Way Krugman flies again, and again. Traduction par Henri Lepage".
Commentaires
Parce que c'est le sens même de leur vie et de leur carrière qui est en jeu, nos dirigeants politiques (mais aussi les experts économiques qui les conseillent) s'accrochent à l'idée qu'il doit bien y avoir une solution à la crise, et que le tout est de la trouver. C'est ainsi qu'à travers le débat sur « jusqu'où faut-il aller dans l'austérité », nous les voyons aujourd'hui revenir à grandes enjambées vers les solutions d'une relance traditionnelle à la Keynes via les dépenses budgétaires, même là où les pouvoirs publics sont hyper endettés.
A l'adresse de ceux qui, comme Obama, Hollande et leurs conseillers croient que Paul Krugman, actuellement le plus lu et le plus écouté de tous les chroniqueurs économiques, est plus que jamais le grand gourou de la politique économique, Steve HANKE adresse un message limpide : ce retour à la relance budgétaire keynésienne est une illusion dont la seule chose dont on puisse être sùr est qu'il ne délivrera jamais ce que l'on attend de lui. Cette illusion est le produit d'un « factoîd », néologisme que l'on trouve également en français, qui s'applique à une vision des faits dont il existe suffisamment de preuves démontrant l'erreur, mais qui à force d'être répétée et répétée finit par être admise par tous comme une vérité incontestée . Dans le monde réel, les effets de la situation monétaire l'emportent toujours sur les conséquences espérées du maniement des instruments budgétaires. En conséquence, puisque le monde réel est un monde où les enchaînements ne correspondent pas à ceux décrits par la théorie (fausse) qui les désigne comme bouc émissaire, il est absurde de faire porter aux politiques actuelles d'austérité l'entière responsabilité de nos malheureuses déconvenues.
Ceci dit, il faut bien voir que cette critique du retour des idées keynésiennes n'implique pas qu'une autre approche, reposant par exemple essentiellement sur le maniement des outils monétaires, aurait, dans le contexte actuel, plus de chance de nous apporter cette sortie de crise que les dirigeants recherchent désespérément. Il est en effet certain que lorsque les taux d'intérêt sont quasiment nuls (pour la raison évoquée par Steve Hanke dans la seconde partie de son papier) on ne peut plus rien espérer d'une quelconque politique monétaire puisqu'on ne peut plus faire baisser davantage les taux. Nos politiques économiques sont donc totalement dans l'impasse. La recherche d'une sortie de crise compatible avec les impératifs court termistes du marché politique est désormais sans espoir. Comme l'exprime Charles Wyplosz, dans un excellent papier disponible sur le site voxeu.org ( http://voxeu.org/index.php?q=node/7... ), nos dirigeants politiques doivent se résoudre à admettre que la solution qu'ils recherchent désespérément, et qui correspondrait à leurs vœux, n'existe tout simplement pas.
Il n'y a donc pas à débattre des limites à mettre aux politiques d'austérité puisqu'il n'y a pas d'alternative disponible (sauf dans l'hypothèse sans doute utopique d'une réforme globale du système monétaire international, ou en cas de détricotement du système mondial d'échanges libres). Ces politiques sont un préliminaire indispensable au redressement de nos économies, mais ce n'est pas sur deux ou même trois ans que l'on peut être en mesure de juger de leur efficacité. Il faudra au moins cinq à dix ans, peut-être même davantage, pour en cueillir les bénéfices, tout en sachant qu'elles ne serviront à quelque chose que si, simultanément, une active politique de réforme et de déréglementation libère parallèlement l'offre productive.
La certitude que j'en tire est que nous sommes désormais condamnés à une longue période de quasi non-croissance « à la japonaise ». Ce n'est que dans une dizaine d'années que, comme au lendemain de la dernière guerre, nous pourrons enfin commencer à bénéficier pleinement des promesses que porte en elle la formidable révolution technologique en cours de développement, mais vraisemblablement dans un nouvel environnement international où les rapports de force économiques auront, entretemps, été profondément basculés.
Tel est le message que, personnellement, je retire de ce texte de notre ami Steve Hanke.
Je ne sais pas qui vous êtes, M. Helpage, mais j'ai trouvé votre texte en réponse à M. Hanke tout aussi intéressant et instructif que le texte du blogue. Mais malheureusement, il semble que vos opinions soient mises en minorité tant par les médias généraux que par les politiciens. Cette crise sera longue et pénible.
@ GM
Merci de votre aimable appréciation. Je suis tout simplement l'éditeur de ce site.
Je connais bien Steve Hanke et j'ai essayé de clarifier un peu plus avant l'essence de son message.
Etre dans la minorité, et même l'ultra minorité n'est pas une tare quand la majorité est victime d'illusions.
Ma conviction sur ce qui nous attend est maintenant faite, et mes idées se clarifient - grâce notamment aux apports de gens comme Hanke ou Wyplosz. L'an dernier, j'ai écrit un long papier dans la revue POlitique Internationale (numéro du mois d'octobre) dont les conclusions se confirment au fil des mois (même si les événements se déroulent toujours selon un tempo plus lent que ce que l'on écrit généralement). Il faudrait que j'en fasse prochainement un autre. Les échanges de commentaires sont un bon moyen de faire progresser la réflexion et d'y contribuer.Merci.
OK! Ça explique la qualité du texte. Mais comme je l'ai déjà signalé, les textes gauchistes semblent être plus populaires. Il faut dire qu'ils promettent la facilité accompagné de propagande haineuse anti-capitaliste très populaire. Leur style populiste (caché sous de soi-disant "information de première main") est efficace. Expliqué les réalités économiques de Bastiat, Friedman (ou plus vivant, de Nicolas Doze) est beaucoup plus difficile (car elles impliquent des efforts individuels) que que les inventions de Keynes ou de Marx qui parlent de multiplication des petits pain! Les petits Jésus de l'économie favorisent le rêve et vilipendent le grand Satan de l'économie de marché. Pas facile de lutter contre ça. Mais continuez votre excellent travail car je crois que tôt ou tard, les réalités décrites par les blog Libéraux comme le votre finiront bien par triompher.
Tout en adhérant sur le fond de l'article, je suis interpelé par le lien de cause à effet entre Bâle III et la baisse majeure de la masse monétaire, particulièrement en Grèce.
Olivier Berruyer, sur son blog consacré aux crises, se livre actuellement à une série de posts sur le système financier européen, et notamment sur l'évolution de la masse monétaire.
Je cite Berruyer dans ce post-ci: http://www.les-crises.fr/depots-eur...
"Bien évidemment, si les dépôts stagnent alors que l’activité économique n’est pas en forte récession, et bien entendu s’ils baissent, cela signifie qu’une partie de la monnaie quitte le secteur bancaire pour s’investir sur des actifs tangibles (immobilier, etc.) mais surtout qu’une partie importante d’entre eux quitte le pays…"
Cette explication me semble bien plus plausible que celle avancée ici impliquant Bâle III.
@Morziloeil
Le lien entre Bâle III et l'évolution de la masse monétaire est simple. Il s'agit d'une affaire d'effet de levier et de multiplicateur bancaire. Si les banques sont contraintes à relever fortement leur rapport fonds propres/engagements, cela entraîne une baisse du multiplicateur bancaire, et donc une destruction de monnaie. Vous trouverez l'explication complète du mécanisme dans cet autre article de Steve Hanke publié au début de l'été dernier (http://blog.turgot.org/index.php?po... ).
Pour la Grèce, il est clair effectivement que l'ampleur de la déflation est la conséquence de la sortie massive de capitaux. Mais cet argument particulier n'est pas valable pour tous les pays, notamment les USA. Ce sur quoi l'auteur attire notre attention est le rapport qui existe entre la morosité de la conjoncture et l'évolution des aggrégats monétaires. C'est cette dernière qui explique les déceptions de la croissance, et non l'inverse. C'est donc dans les origines de la faible croissance des aggrégats qu'il faut rechercher l'explication de la faiblesse de la croissance économique globale (Hanke n'est pas keynésien, et il vous explique pourquoi).
Ce que Steve Hanke met en cause n'est pas le principe de la recapitalisation. Après une aussi forte secousse financière que celle de 2007/2008 il faut que les banques recapitalisent et qu'elles réduisent leurs coefficients de levier. Recapitaliser est bien, mais jusqu'où et à quel rythme ? La contrepartie de la recapitalisation est que cela a un effet négatif sur la croissance de la masse monétaire. Il faut donc en tenir compte. Recapitaliser trop fortement et trop vite dans une conjoncture déprimée peut avoir des effets qui entrent en conflit avec par exemple une politique de relance.
Hanke reproche aux autorités, notamment et surtout celles des banques centrale, d'avoir, à contretemps, fait frénétiquement pression sur les banques pour qu'elles se donnent des objectifs de recapitalisation trop élevés et trop rapides dans le contexte conjoncturel du moment - d'où un effet pervers dépressif sur une économie qui ne s'était pas encore totalement relevée de la grande récession qui a suivi la crise financière.
L'éditeur @ Henri Lepage : pourquoi ne pas envisager, plutôt qu'un article qui passe inaperçu, la publication rapide d'un bref essai prospectif ? Nous sommes à votre disposition.
L'article est intéressant, particulièrement en ce qui concerne le tableau sur l'Output Gap.
Mais... le titre français de l'article me laissait croire que nous avons un argument supplémentaire contre les politiques d'austérité. Malheureusement, l'article ne permet pas de trancher définitivement.
Si j'ai tendance à croire que les politiques de relance keynésiennes sont inefficaces ...
T. Randolph Beard, George S. Ford, Hyeongwoo Kim, and Lawrence J. Spiwak, Can Government Spending Get America Working Again? An Empirical Investigation, PHOENIX CENTER POLICY BULLETIN No. 31.
http://www.phoenix-center.org/Polic...
The U.S. Experience with Fiscal Stimulus : A Historical and Statistical Analysis of U.S. Fiscal Stimulus Activity, 1953–2011 (Antony Davies, 2012)
http://mercatus.org/sites/default/f...
Did stimulus dollars hire the unemployed? Answers to questions about the American Recovery and Reinvestment Act (Garett Jones, 2011)
http://mercatus.org/sites/default/f...
No Such Thing as Shovel Ready: The Supply Side of the Recovery Act (Garett Jones, 2011)
http://mercatus.org/sites/default/f...
Et qu'il existe d'autres moyens de sortie sans doute plus efficaces ...
Regulatory Expenditures, Economic Growth and Jobs: An Empirical Study, T. Randolph Beard, George S. Ford, Hyeongwoo Kim, & Lawrence J. Spiwak.
http://www.phoenix-center.org/Polic...
Regulatory Expenditures, Economic Growth and Jobs: A Reply to Comments, George S. Ford.
http://www.phoenix-center.org/persp...
Je suis néanmoins surpris par la situation économique de Latvia. Et il est dommage que les libertariens/autrichiens n'en parlent pas, malgré tous mes efforts de recherches.
http://www.cepr.net/documents/publi...
Si l'on en croît les auteurs de l'article ci-dessus, la politique d'austérité aurait eu des effets néfastes, et serait responsable de leur taux de chômage de 20% bien qu'il est tombé à ~10% tout récemment. L'autre point important évoqué serait que le taux officiel sous-estime la réalité : "If we take into account those who are involuntarily working part-time and those who have given up looking for work, we get peak unemployment/underemployment of 30.1 percent in 2010, declining to 21.1 percent in the third quarter of 2011". Si ces chiffres sont véridiques, c'est pire encore que durant la Grande Dépression US. Je ne connais pas beaucoup Latvia, et il est possible qu'il y ait eu des facteurs confondants. Je cherche encore des réponses. J'ai envoyé mail hier à Veronique de Rugy, qui est actuellement très active (sur Mercatus Center notamment) en ce qui concerne le débat politique keynésienne versus austérité. J'espère une réponse bientôt, mais ma conclusion actuelle, jusqu'à ce que j'en sache davantage sur Latvia, est mitigée.
A propos sinon de l'Output Gap, le blog Sober Look a publié quelques billets intéressants il y a quelques mois. Ça me semble d'ailleurs en ligne avec la théorie autrichienne des cycles économiques.
http://soberlook.com/2012/01/struct...
http://soberlook.com/2011/12/govern...
http://soberlook.com/2012/02/flaws-...
Le probleme de Basle 3, comme Solvency 2 dailleurs, n est pas qu il diminut le multiplicateur de credit (ce qui au final est benefique pour la stabilite du systeme financier), mais qu il va drainer l epargne vers le secteur public et les grandes entreprises ratees non speculatives (selon les agences de notation) au detriment du secteur prive. Ce n est pas la taille du bilan qui compte (du moins a long terme, car en effet a court terme cela va necessiter un ajustement), c est la repartition des actifs que la reglementation va modifier. En tout cas ca prouve bien l hypocrisie de la BCE car des operations de refinancement ne sont absolument pas diriges pour financer l economie mais pour permettre aux banques d acheter des govies europeenes et donc aux etats de roller leurs dettes.
@ hlepage
"Hanke reproche aux autorités, notamment et surtout celles des banques centrale, d'avoir, à contretemps, fait frénétiquement pression sur les banques pour qu'elles se donnent des objectifs de recapitalisation trop élevés et trop rapides dans le contexte conjoncturel du moment - d'où un effet pervers dépressif sur une économie qui ne s'était pas encore totalement relevée de la grande récession qui a suivi la crise financière."
TOUT A FAIT EXACT! L'idée de recapitalisation est bonne mais appliquée au mauvais moment. Il aurait fallu le faire avant les Subprimes ce qui nous aurait éviter une crise de cette ampleur. Mais c'est bien connu, c'est quand le déluge est passé qu'on se demande comment l'éviter.
Sur l'austérité, dernier anti concept de la pseudo démocratie socialiste, on peut écouter :
http://lumiere101.com/2012/02/23/au...