Pour savoir que faire de ces affirmations, le tableau ci-dessous présente une mesure des indices du malheur pour chaque gouvernement des Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale:

Misery Index

Le premier indice du malheur avait été développé par feu Arthur Okun, éminent économiste qui fut Président de la Commission des Conseillers économiques du Président sous le règne de Johnson. L’indice d'Okun est la somme du taux de hausse des prix et du taux de chômage.

Même si l'indice d'Okun mesure un niveau absolu de «malheur» dans l'économie, il nous en dit trop peu sur la question de savoir si les choses s’améliorent, ou se détériorent. C’est pourquoi Robert Barro, professeur à Harvard, a prétendu améliorer l'indice d'Okun dans Getting It Right (1996).

L’indice de Barro, qui mesure la variation des malheurs au cours du mandat d'un président, est la somme des quatre paramètres suivants :

-la différence entre les taux moyen de hausse des prix pendant le mandat d'un président et pendant la dernière année du mandat du président précédent,

-la différence entre le taux de chômage moyen pendant le mandat d'un président et au cours du dernier mois du mandat de son prédécesseur,

-la variation du rendement des obligations à 30 ans pendant le mandat d'un président,

- et la différence entre le taux de croissance tendanciel, à long terme, du PIB réel (soit 3,1%) et le taux de croissance effectif pendant le mandat d'un président.

Ces modifications ont eu plusieurs effets : les données étaient plus lisses et plus complètes, peignant un tableau plus précis de la situation économique vécue par la majorité des Américains. Elles ont également permis à Barro de mesurer plus précisément l'évolution relative de l'économie au cours des quatre années d'un mandat présidentiel.

Les données du tableau parlent haut et fort : contrairement au dogme gauchisant, les années Reagan, celles du « libéralisme à tous crins », étaient parmi les meilleures. De même de la vertu fiscale victorienne pendant les années Clinton – lorsqu’en janvier 1996 le Président Clinton avait proclamé, dans son Discours sur l’état de l'Union : "l’époque du tout-Etat est derrière nous" n’étaient pas moins excellentes.

Les indices du malheur devraient faire l’effet d’une douche glacée sur la critique actuelle du libéralisme – laquelle prend les traits d'une religion adoptée sans examen. En effet, c'est à se demander si ses critiques ont jamais mis leurs idées à l’épreuve de ce qui s'est réellement passé.

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Steve Hanke est professeur d'économie appliquée à l'Université Johns Hopkins de Baltimore et Senior Fellow au Cato Institute de Washington. Ce texte est paru dans le numéro de GlobeAsia de septembre 2009 sous Le titre :"The misery index: A reality check"