Les indices du malheur : une occasion de revenir au réel
Par Steve Hanke le vendredi 16 octobre 2009, 19:13 - Article - Lien permanent
Dans le sillage de la panique de 2008, la recherche des coupables est devenue à la mode. D’après certains éléments de gauche de la classe qui monopolise la parole, ce seraient le libéralisme, le capitalisme, les spéculateurs, qui auraient provoqué la crise économique.
Aux États-Unis, force politiciens ont enfourché ce dada-là. Le député Barney Frank, président haut en couleur de la puissante Commission des Services financiers à la Chambre des Représentants, s'exprimait de la sorte :
"C'est la fin de l’époque du laisser-faire extrême, du refus des impôts et de la réglementation. Ça s’est complètement évaporé."
Les éditorialistes sont également entrés en action. Par exemple Paul Krugman, chroniqueur du New York Times, a écrit:
"Car plus on se penche sur les origines de la catastrophe actuelle, plus il devient clair que le mauvais tournant - celui qui a rendu la crise inévitable – s’est produit au début des années 1980, pendant les années Reagan."
Pour savoir que faire de ces affirmations, le tableau ci-dessous présente une mesure des indices du malheur pour chaque gouvernement des Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale:

Le premier indice du malheur avait été développé par feu Arthur Okun, éminent économiste qui fut Président de la Commission des Conseillers économiques du Président sous le règne de Johnson. L’indice d'Okun est la somme du taux de hausse des prix et du taux de chômage.
Même si l'indice d'Okun mesure un niveau absolu de «malheur» dans l'économie, il nous en dit trop peu sur la question de savoir si les choses s’améliorent, ou se détériorent. C’est pourquoi Robert Barro, professeur à Harvard, a prétendu améliorer l'indice d'Okun dans Getting It Right (1996).
L’indice de Barro, qui mesure la variation des malheurs au cours du mandat d'un président, est la somme des quatre paramètres suivants :
-la différence entre les taux moyen de hausse des prix pendant le mandat d'un président et pendant la dernière année du mandat du président précédent,
-la différence entre le taux de chômage moyen pendant le mandat d'un président et au cours du dernier mois du mandat de son prédécesseur,
-la variation du rendement des obligations à 30 ans pendant le mandat d'un président,
- et la différence entre le taux de croissance tendanciel, à long terme, du PIB réel (soit 3,1%) et le taux de croissance effectif pendant le mandat d'un président.
Ces modifications ont eu plusieurs effets : les données étaient plus lisses et plus complètes, peignant un tableau plus précis de la situation économique vécue par la majorité des Américains. Elles ont également permis à Barro de mesurer plus précisément l'évolution relative de l'économie au cours des quatre années d'un mandat présidentiel.
Les données du tableau parlent haut et fort : contrairement au dogme gauchisant, les années Reagan, celles du « libéralisme à tous crins », étaient parmi les meilleures. De même de la vertu fiscale victorienne pendant les années Clinton – lorsqu’en janvier 1996 le Président Clinton avait proclamé, dans son Discours sur l’état de l'Union : "l’époque du tout-Etat est derrière nous" n’étaient pas moins excellentes.
Les indices du malheur devraient faire l’effet d’une douche glacée sur la critique actuelle du libéralisme – laquelle prend les traits d'une religion adoptée sans examen. En effet, c'est à se demander si ses critiques ont jamais mis leurs idées à l’épreuve de ce qui s'est réellement passé.

Steve Hanke est professeur d'économie appliquée à l'Université Johns Hopkins de Baltimore et Senior Fellow au Cato Institute de Washington. Ce texte est paru dans le numéro de GlobeAsia de septembre 2009 sous Le titre :"The misery index: A reality check"
Commentaires
Ce merveilleux indice semble très orienté : quid du rapport entre revenu moyen et revenu médian par exemple ou du rapport entre les 1% les plus riches et les 50% les plus pauvres qui permettent de bien mieux saisir ce qui se passe vraiment pour les citoyens.
Le libéralisme a certes permis aux riches de le devenir davantage, mais a appauvrit une écrasante majorité des populations.
Prétendre calculer un indice de malheur sans tenir compte de ces faits tient de la pure provocation.
Wouah! Tres Tres bon article que tu nous a ecris la. A quand la suite ?
Barney Frank ? Pas un avis valable, que je sache ! Une lavette au service des financiers.