Afin prendre de bonnes décisions, il est essentiel de bien identifier les scénarios, les relations, les connections et les structures qui ont toutes chances de prévaloir. Il faut disposer de modèles topologiques suffisamment précis – autrement dit, de bons schémas et de bons graphiques – pour se donner une image utile de l'avenir. D'où la série de graphiques que nous présentons ci-dessous, pour les Etats-Unis et pour l'Europe.

Depuis 1987, la demande globale aux Etats-Unis – mesurée par le volume nominal des ventes finales aux acheteurs américains – a progressé en moyenne de 5,1% par an. Il y a eu des hauts et des bas.

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La période a notamment été marquée par trois grandes bulles conjoncturelles qui ont marqué les années pendant lesquelles Alan Greenspan a régné sur la FED. L'effondrement le plus spectaculaire est celui qui a suivi la panique financière de 2008. Bien que la demande globale ait connu un fort rebond à partir du point bas du second trimestre 2009, depuis lors son rythme de croissance reste inférieur au trend moyen de long terme, ce qui signifie que l'économie américaine n'est pas encore sortie de sa phase cde roissance ralentie.

C'est ce que confirme l'indice d'activité national (National Activity Index) publié par la Federal Reserve Bank de Chicago.

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Cet indice correspond à la moyenne pondérée de 85 indicateurs conjoncturels mensuels. Lorsqu'il est à zéro, cela veut dire que l'économie américaine croît à son rythme moyen de long terme. Lorsqu'il est au dessus de zéro, que la croissance est supérieure au trend de longue durée, et lorsqu'il est en dessous que la croissance est inférieure à cette tendance. Le graphique ci-dessus montre que l'économie US est toujours en difficulté.

La progression de la masse monétaire (ou plutôt son absence) explique pourquoi le profil de la croissance US reste toujours aussi plat. Le meilleur indicateur pour mesurer la croissance de la masse monétaire est ce que l'on appelle « Divisia M4 » (voir ci-dessous). A la différence des mesures habituelles de la masse monétaire à partir de la simple somme de ses composants (chacun d'entre eux pesant d'un même poids dans l'aggrégat final), Divisia est indicateur qui attache un poids spécifique et différent à chacun. Les pondérations dépendent de l'utilité attachée à chacun des éléments qui entrent dans la définition de la masse monétaire en tant que moyen d'échange. Par exemple, les chèques de voyages et les dépôts à vue sont affectés d'un coefficient élevé, alors que les fonds monétaires institutionnels ne bénéficient que d'une relativement faible pondération.

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Comme on peut l'observer, bien que la masse monétaire ait cessé de se contracter – comme elle le fit immédiatement après la panique de 2008 -, elle reste voisine de zéro. Dès lors, il ne faut pas s'étonner si la croissance économique continue de faire du sur-place.

Et si l'on se projette vers l'avenir, les perspectives n'apparaissent guère meilleures. L'indice hebdomadaire des indicateurs avancés pour les USA pointe non pas vers un « boom », mais plutôt vers un nouvel accès de faiblesse, voire une autre récession.

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Il faut savoir qu'il ne s'agit pas de n'importe quel indice, mais de celui produit par l'Economic Cycle Research Institute, l'institution fondée par le Dr Geoffrey H. Moore, l'un des premiers économistes à avoir développé la technologie des indicateurs avancés. Cet institut a correctement prédit le début et la fin de la dernière récession et, au cours des quinze dernières années, a bien repéré les premiers signes avant-coureurs de chaque récession, sans faire de fausses annonces.

Ce qui va se passer aux USA, mais aussi ailleurs, dépendra de la suite des évènements en Europe. Si l'on se fonde sur la simple mesure des M3 pour les principaux pays européens et la zone euro (les indicateurs Divisia ne sont pas publiés), les perspectives sont plutôt inquiétantes.

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La masse monétaire diminue en Espagne, au Portugal et en Italie ; et elle croît à peine pour l'ensemble de l'euroland. Ce qui laisse penser qu'une récession/déflation est sans doute en train de se préparer en Europe. Moyennant quoi nous ne devrions pas être surpris que le top des instituts de recherche américain spécialisé dans l'analyse du cycle des affaires nous annonce à nouveau des problèmes pour l'économie US.

Qu'est-ce que cela donne pour le Président Obama et son futur rival républicain aux élections présidentielles de novembre ? Depuis mes dernières estimations de ce que donnait le Misery Index américain sous Obama (publiées en septembre 2011), celui-ci s'est amélioré de plusieurs points, ce qui est plutôt bon pour lui et augmente ses chances de réelection.

Cet indice est calculé en additionnant : 1) la différence entre le taux d'inflation moyen depuis l'élection du Président et l'inflation de la dernière année du mandat du précédent Président ; 2) la différence entre le taux de chômage moyen enregistré depuis l'élection du Président en exercice et le chômage du dernier mois du mandat du précédent Président ; 3) l'évolution du rendement des obligations d'état à 30 ans depuis la dernière élection présidentielle ; et 4) la différence entre le trend de croissance à long terme de l'économie et le taux de croissance moyen pour la durée du mandat présidentiel. J'ai calculé à quel niveau cet indice devrait, selon toute probabilité, se situer à la fin du mandat du Président Obama. Le résultat – 2,15 % - n'est pas fameux, mais c'est mieux que le chiffre auquel j'étais arrivé en septembre dernier (3,9 %).

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Sous Obama, ce Misery Index est en quelque sorte passé de « très, très mauvais » à juste « très mauvais ». Cela explique peut-être pourquoi les parieurs qui, en septembre 2011, ne lui donnaient que 50 % chances d'être réélu, et misaient leur argent dessus, lui en donnent aujourd'hui 59,9 %. En politique, comme sur les marchés des changes, tout est relatif. On a souvent pas d'autre choix que de comparer deux alternatives aussi peu attrayantes l'une que l'autre. Trait.jpg

Cet article a été traduit par Henri Lepage. Pour davantage de précisions sur le "Misery Index", cliquer ici.