Quoique moins pittoresques, les déclarations officielles font écho aux messages que l’on entend dans la rue. Par exemple, les "Principes du Trésor américain" pour réformer le cadre réglementaire américain et international du capital des établissements bancaires déclaraient (en 2009) qu’

« il est absolument essentiel d’exiger des établissements bancaires qu’ils aient davantage de fonds propres. »

Comme on pouvait s’y attendre, les vingt-six autres pays membres de la Banque des Règlements Internationaux à Bâle ont abondé dans le sens du Trésor américain. Et en septembre 2010, dans le but d'améliorer la sécurité des banques, Bâle III était finalisé. Cette réglementation, entre autres, exige des banques des pays membres qu’elles conservent encore davantage de fonds propres que sous le régime de Bâle II en vigueur.

Cependant le professeur Tim Congdon – autorité sur la monnaie au sens large – démontre de façon convaincante que Bâle III mérite qu’on l’appelle de la « surréglementation »

Le Professeur Congdon attire l’attention sur le paradoxe d’une réglementation bancaire excessive : alors que les ratios plus élevés de fonds propres exigés par Bâle III sont censés renforcer les banques (et les appareils productifs), ces hausses-là détruisent de la monnaie. Il s’ensuit qu’une hausse dans le taux des fonds propres implique une impulsion à court terme – impulsion qui est d’affaiblir et non de renforcer l& conjoncture : c’est le paradoxe de la surréglementation bancaire.

Pour montrer pourquoi ce paradoxe se manifeste, nous n’avons qu’à partir d’une identité comptable aussi connue qu’éprouvée : à savoir que l’actif est nécessairement égal au passif. Pour une banque, l’actif (ses réserves, et son portefeuille de prêts et de titres) doit forcément être égal au passif (ses fonds propres, ses emprunts obligataires et ses engagements vis-à-vis de ses actionnaires et de ses clients). Dans la plupart des pays, la plus grande partie du passif (quelque 90 %) de la banque est faite de dépôts. Etant donné qu’on peut se servir de ces dépôts pour faire des paiements, ceux-ci constituent de la « monnaie ». Il s’ensuit que la plus grande partie des passifs bancaires est faite de monnaie.

Sous le régime de Bâle III, il faudra que les banques accroissent encore le rapport de leurs fonds propres par rapport à leurs actifs. Et cela, elles peuvent le faire soit en accroissant leur capital, soit en réduisant leurs actifs. Or, si les banques réduisent leurs actifs, leurs dépôts au passif vont diminuer. Ce qui veut dire que des soldes monétaires vont être annulés. Donc, paradoxalement, la volonté de désendetter les banques, qui réduit leurs bilans sous couleur de réduire le risque bancaire, détruit de la masse monétaire. Ceci, à son tour, affecte la liquidité des sociétés ainsi que les prix des actifs. Cela réduit également les dépenses, par rapport à ce qu’elles auraient été sans ces ratios plus élevés de fonds propres.

L'autre manière d'augmenter le ratio de fonds propres d’une banque est de lever de nouveaux capitaux. Or, cela aussi détruit de la monnaie. En effet, quand un investisseur achète de nouvelles actions émises par une banque, les investisseurs échangent des fonds tirés de dépôts bancaires contre les nouvelles actions. Cela réduit les dépôts dans le système bancaire et fait disparaître de la monnaie.

A mesure que les banques accélèrent la mise en œuvre de Bâle III pour janvier 2013, nous observons une stagnation dans la croissance des indicateurs de la monnaie au sens large. On ne devrait pas s’en étonner vu le paradoxe de la surréglementation bancaire. Comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous, la quantité de monnaie et le revenu national nominal sont étroitement liés. Money and Nominal GDP in the US

C’est pourquoi une réglementation bancaire trop zélée, telle que Bâle III, représente une mauvaise nouvelle économique, dans la mesure où elle crée une entrave généralisée à la croissance de la masse monétaire au sens large et de l'activité économique.

Pour mesurer à quel point les agrégats monétaires étendus ont stagné, et à des niveaux relativement faibles, nous présentons les taux de croissance de la masse monétaire pour les États-Unis, le Royaume-Uni, en Europe et au Japon dans le graphique qui suit.

Broad Money USA

Et si ce qu’il nous faut est une représentation plus spectaculaire de ce qui se passe aux États-Unis (où l'assouplissement quantitatif a été mal conçu et mis en œuvre), il n’est que d’observer le graphique d’un multiplicateur monétaire poussif.

Money Miltiplier

La Fed n’obtient que très peu d’effet pour la monnaie de base à haute puissance qu'elle émet..

Un multiplicateur monétaire aussi anémique, c’est carrément à Bâle III qu’il faut l’attribuer, ainsi qu’aux nouvelles réglementations bancaires dans les différents pays. Lorsqu’à propos de Bâle III nous passons de la sphère internationale à une variété purement nationale de la réglementation bancaire, c’est un véritable monstre que nous découvrons.

L'été dernier, une loi de réglementation financière de 2 319 pages, la loi Dodd-Frank, a été signée par le président Obama. Cette loi s’accompagnera d’une pléthore de nouveaux règlements et d’une armée de nouveaux fonctionnaires. Combien? Personne ne le sait parce que le processus complexe de réglementation qui s’associe à une législation aussi byzantine vient à peine de commencer, et prendra des années. Parlez d’engendrer une incertitude évitable !

Le président Obama et Ben Bernanke, le président de la Fed, tous deux partisans de Bâle III et d’une réglementation bancaire aggravée, voudraient nous faire croire que la reprise est juste au coin de la rue. Mais ne vous y attendez pas de sitôt. C’est la faillite de l’état qui a plongé le monde dans crise la plus grave depuis la Grande Dépression, et une réglementation bancaire trop zélée – autre faillite, en effet, de l’état – a mis sous l’étouffoir la croissance monétaire au sens large. C’est pourquoi nous pouvons nous attendre, au mieux, à une période de taux de croissance modestes en tendance.

Et cela, c'est exactement ce que nous signale le National Activity Index de la Banque de Réserve Fédérale de Chicago, qui se compose de quatre-vingt-cinq indicateurs.

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Steve Hanke est professeur d'économie appliquée à l'Université Johns Hopkins de Baltimore et Senior Fellow au Cato Institute de Washington. La version originale de ce texte a été publié dans GlobeAsia daté avril 2011, sous le titre "On the Paradox of Excessive Banking Regulation".