Diaporama Concurrence by Henri Lepage

L'exposé était structuré autour de quatre thèmes :

1/ - Le modèle de l'économie mixte. Ni les déréglementations, ni le retour de la concurrence dans des secteurs dont elle avait depuis longtemps été exclue, n'empêchent que le modèle théorique de "l'économie mixte" reste la pierre angulaire de toutes les interventions de l'Etat moderne dans l'économie. Retrouver l'usage de ce concept n'est donc pas un anachronisme.Celui-ci est confronté à la théorie cognitive du marché et de la concurrence et revu à la lumière des pratiques de capture de l'intervention de l'Etat par les intérêts particuliers : "le vocabulaires extrêmement sophistiqué qui justifie ces politiques réglementaires n'est en réalité qu'un écran de fumée pour dissimuler les choix éminemment politiques produits par la concurrence que se font sur le marché politique les divers groupes de pression organisés".

2/ - Rappel historique. Pour les fondateurs de l'économie politique (Cantillon, Turgot, Smith, Say...,) parler de "libre concurrence" n'est pas autre chose que de se référer à cet état du monde qui existe naturellement lorsqu'il y a "liberté du commerce et de l'industrie", c'est à dire lorsqu'est reconnue la liberté de chacun d'exercer la profession ou l'activité de son choix. La concurrence a une dimension éthique et civilisationnelle (cf Comte et Dunoyer). Cependant, vers la fin du XIXème siècle, une acception différente se développe où le concept de 'marché concurrentiel' cesse de se définir par référence à des critères de nature juridique pour se rattacher désormais à des critères abstraits exprimant les conditions théoriques qui seraient nécessaires pour qu'il y ait 'optimum économique' (Théorie néo-classique de la concurrence parfaite).

3/ - Examen critique des étapes du développement de la théorie moderne des marchés : Sherman Act, l'affaire de la Standard Oil, le concept de monopoles naturels, concentration croissante, théorie des prix administrés, barrières à l'entrée (publicité, marketing), abus de position dominante... Conçue pour justifier de manière théorique l'intervention de l'Etat dans le domaine des économies de réseau (téléphone, électricité), la théorie du monopole naturel n'est qu'un alibi qui dissimule les véritables processus de capture qui ont conduit à sortir des pans entiers de l'économie du jeu de la concurrence. Quant à la Market Concentration Doctrine, elle a été adoptée comme vérité incontournable sur la base de travaux empiriques dont il a été démontré par la suite que les résultats étaient faussés par le refus idéologique a priori d'admettre que l'on puisse expliquer les corrélations observées (par exemple part de marché/profits) par une relation causale différente de celle enseignée par les modèles de concurrence imparfaite.

4/ - Le retour de la concurrence . Le domaine de l'économie-mixte a sensiblement reculé. Mais les grandes dérégulations et déréglementations qui ont marqué les trente dernières années sont moins le résultat d'une volonté politique explicite (l'ultra libéralisme) que la conséquences d'innovations technologiques majeures qui ont déclenché, d'abord de façon marginale mais ensuite cumulative, des processus inattendus d'ordre spontané au sein même du système réglementaire en place (effet gruyère). Quant aux grandes affaires anti-trust récentes (Microsoft, Google par exemple) elles montrent à quel point les autorités de la concurrence restent prisonnières de modes de pensée statiques qui facilitent la capture des procédures pour des fins purement privées.

Conclusion. La lutte contre les "imperfections" de la concurrence se fonde sur un appareillage intellectuel dont, en réalité, on n'a pas le droit de tirer des règles normatives (cf Buchanan et Hayek sur la théorie de l'optimum), et dont l'usage est détourné pour camoufler la poursuite d'autres finalités politique ou sociales (inégalités, considérations électorales, jeux de pouvoir, réglements de compte...). Il semble qu'au moins aux Etats-Unis (ce n'est pas vrai en Europe) les "oligopolo-sceptiques" ont intellectuellement gagné la partie.

Bibliographie

Pour une étude plus approfondie des thèmes abordés au cours de cette conférence, voir les livres d'Henri Lepage :

Demain le Libéralisme (1982)

La Nouvelle Economie Industrielle (1989)

EDF et la tarification au coùt marginal, Ministère de l'Industrie, février 1988

La libéralisation des marchés de l'électricité, Institut Economique de Montréal, 2001