Simple pause ? Ou l'amorce d'un renversement radical du mouvement des températures, comme certains l'annoncent déjà ? Faut-il continuer d'appeler à mobiliser une part croissante de nos ressources pour lutter contre l'effet de serre ? Quelles leçons en tirer pour la politique du climat ? Et sur la manière dont les médias se font le relais de l'information scientifique ?

Sous la signature de David Whitehouse, la Gobal Warming Policy Foundation » de Lord Lawson vient de publier un remarquable document ("The Global Warming Standstill" ) qui tente de répondre à ces questions, et dont nous présentons ci-dessous un montage qui en résume les principales conclusions.

L'une des conclusions les plus importantes et les plus discutées des différents rapports du GIEC (1990, 1995, 2001 et 2007) était qu'à l'avenir le monde devait se réchauffer d'environ 0,2° par décennie en raison des effets sur le climat des émissions de gaz à effet de serre. Depuis que ces prévisions ont été faites, il est clairement apparu que le réchauffement climatique ne s'est pas poursuivi au rythme annoncé, ce qui conduit à se demander si l'absence de réchauffement observé sur les 16 dernières années n'est qu'une pause temporaire par rapport au trend prévu, ou si ce n'est au contraire l'amorce de quelque chose d'autre.

Que cet arrêt de la hausse des températures se poursuive, ou que le mouvement de réchauffement reprenne (comme le prédit le GIEC), écrit David Whithehouse, seul l'avenir nous dira ce qu'il en est. Il n'en reste pas moins que la longueur de cette période d'arrêt (16 ans) représente déjà un véritable défi pour les modèles de prévision de l'évolution future du climat et les explications du réchauffement sur lesquels ils sont fondés ; un défi que l'on ne peut plus ignorer et qui atteint maintenant une limite à partir de laquelle c'est tout la crédibilité des modèles qui risque d'être définitivement remise en question.

Ce rapport raconte comment la communauté scientifique – même si elle reste encore divisée sur la signification qu'il convient de lui prêter - a progressivement pris conscience de cette « pause » dans le mouvement de réchauffement des températures, et comment les médias en ont rendu (ou pas rendu) compte. Il analyse les rapports scientifiques de cette période ainsi que les articles de presse qui leur ont été consacrés, et décrit la manière dont une simple observation d'abord ridiculisée, puis purement et simplement rejetée, a progressivement été acceptée comme un fait scientifique et s'est malgré tout imposée comme une découverte majeure touchant au débat sur le réchauffement climatique.

Rétrospectivement, il est clair que personne n'avait prévu que la moyenne annuelle des températures resterait inchangée pendant une période de temps aussi longue.

Au début ce n'était qu'une observation provisoire, mais qui est devenue l'un des sujets majeurs de recherche dans le domaine des sciences du climat, et l'un des points de débat les plus discutés parmi tous les savants qui s'intéressent à l'avenir de notre planète et sur ce qu'il faudrait faire.

Les premières observations datent de 2006. C'est alors qu'un article publié par un australien dans le Daily Telegraph a attiré l'attention du public sur le fait que, depuis huit ans, on n'avait plus enregistré de hausse de la température moyenne du globe bien que la plupart des spécialistes des sciences du climat et les médias continuent de parler de manière insistante d'un réchauffement continu et certain de la planète provoqué par les émission anthropiques des gaz à effet de serre.

Dès le départ, cette découverte a été formulée en termes scientifiques extrêmement prudents mais, comme elle allait à rebours de l'opinion publique, elle fut rapidement rejetée en même temps qu'était mise en cause la sincérité des intentions de ceux qui en étaient les auteurs. Mais, à la surprise de beaucoup, et pour le plus grand désagrément de certains, au fur et à mesure que les années ont passé les nouvelles observations ont confirmé que la pause du réchauffement s'appliquait finalement à l'ensemble de cette première décennie du 21ème siècle, et même débordait au delà. L'étude du GWPF fait clairement apparaître qu'au fur et à mesure que la valeur statistique des données observées se confirmait, la discussion scientifique sur leur implication s'est intensifié au sein des différentes disciplines concernées, bien que la plupart des savants et des institutions impliqués dans le débat climatique, et bien sûr quasiment toute la presse, aient continué de fermer résolument les yeux.

Avec le recul, il apparaît qu'un certain nombre de chercheurs se sont laissés entraîner par l'intensité du phénomène El Nino en relation avec l'oscillation australe de la pression atmosphérique observé en 1998 et en ont déduit que les futurs changements de température seraient à l'avenir relativement simples à prédire et toujours fortement orientés à la hausse. Aujourd'hui, après toutes ces années sans hausse de la température moyenne, certains pensent que le très fort Nino de 1998 aurait affecté les statistiques des années qui ont suivi au point de donner l'illusion d'une stabilisation, ou même d'une légère baisse. Mais, affirme David Whitehouse, si on lit attentivement les preuves publiées dans ce rapport, force est de constater que ce n'est pas le cas ; le phénomène de stabilisation est indépendant de ce qui s'est passé en 1998.

Il est désormais irréfutablement établi que la moyenne annuelle des températures mondiales au cours de la dernière décennie – et même pour les quinze dernières années – n'a pas augmenté.

Les variations annuelles enregistrées, continue David Whitehouse, restent très en deçà des marges d'erreur possibles. La seule manière de décrire la réalité statistique des variations de la température mondiale au cours de cette période est celle d'une constante. C'est indéniablement ce que l'on observe dans les ensembles statistiques produits par les grandes sources de données que sont la National Oceanic and Atmospheric Administration, la NASA, le consortium BEST (Sustainable Built Environment Research), la base de données HadCRUT3 de l'Office météorologique britannique, et en particulier HadCRUT4 qui lui a succédé. Fait particulièrement notable, à souligner, cette stabilisation du réchauffement des températures s'est produite alors même que, durant la même période, la teneur en CO2 de l'atmosphère est passée de 370 parts par million (ppm) à 390 ppm, ce qui, en toute logique, en augmentant l'effet de forcing des gaz à effet de serre, aurait du produire une augmentation des températures observées.

Il y en a qui pensent que la période d'observation est beaucoup trop courte pour qu'on puisse en tirer la moindre signification. Ils affirment que le minimum nécessaire pour donner un sens aux évolutions climatiques doit être d'au moins trente années, et que quinze ans est beaucoup trop court. La réponse de David Whitehouse et de son rapport est que quinze ans est loin d'être une durée négligeable, et qu'il n'en reste pas moins que cette phase de stabilité des températures requiert une explication. Les informations produites par l'observation des températures pendant cette périodes ne doivent pas être mises de côté et considérées comme dépourvues d'importance pour l'analyse des phénomènes climatiques. On oublie que l'actuelle phase de réchauffement dont le début date de 1980 est intervenue au terme de quatre décennies continues pendant lesquelles les températures sont restées à peu près stables, et qu'au jour d'aujourd'hui, pour la période allant de 1980 à 2012, on observe donc un nombre à peu près égal d'années marquées par un stabilité de la température moyenne du globe et d'années où ces températures augmentent. Il s'agit là d'une observation qui mérite d'être soulignée.

Personne n'a jamais pensé que le réchauffement climatique devait se produire de manière progressive et sans à coups. Le rythme du réchauffement varie nécessairement tant au niveau global que régional. Depuis vingt ans le GIEC s'accroche à la prévision que le réchauffement devrait être en moyenne de 0,2 degré Celsius par décennie. Ce 0,2°C par décennie a en effet correspondu au trend moyen observé pendant les années 1980 et la première moitié des années 1990. Mais pour la seconde moitié des années 1990 et les années qui ont suivi, la moyenne a été zéro. Ce qui signifie, insiste David Whitehouse, que le GIEC devrait songer à réviser ses prévisions à la lumière de ces observations.

Des calculs opérés sur la base d'ensembles de modèles climatiques confirment qu'il est parfaitement vraisemblable qu'une décennie sur huit corresponde à une phase de pause. En revanche, il est beaucoup plus difficile d'y faire apparaître la possibilité de phases d'arrêt d'une quinzaine d'années. D'où la conclusion du Dr Whitehouse que si ce n'est pas encore tout à fait le cas, nous ne sommes certainement pas loin de passer le cap à partir duquel les données effectivement observées deviennent de plus en plus difficiles à faire coller avec la théorie du changement climatique qui est l'objet du consensus actuel.

Pour que le fait nouveau que représente la pause climatique soit compatible avec les modèles de réchauffement du GIEC il faudrait admettre la réalité d'une hypothèse hautement invraisemblable.

La recherche d'une explication pour la pause de ces dernières années a conduit de nombreux chercheurs à focaliser leur attention sur la nature des phénomènes de variabilité décennale dont l'étude ne fait que commencer. Celle-ci s'intéresse en particulier aux variations provoquées par l'activité du soleil, le cycle des pressions océaniques et atmosphériques, ainsi que celles induites par les variations naturelles de la stratosphère. La prise en compte de toutes ces variations conduit à réduire la part de réchauffement explicable par des facteurs d'origine purement humaine.

Tout le monde est certes d'accord pour admettre que le climat terrestre change en permanence, à l'intérieur de certaines limites, du fait d'une combinaison de facteurs naturels et de facteurs anthropogénes. Mais on considère que ce sont les facteurs liés aux activités humaines qui sont la cause du changement climatique alors que les facteurs naturels seraient, eux, essentiellement à l'origine des phénomènes de variabilité climatique. L'effet additionnel des émissions de gaz à effets de serre causées par l'homme est donc considéré comme l'unique facteur de forcing climatique dont on pose qu'il ne peut s'exercer que dans une seule direction, celle d'une augmentation continue des températures. D'où le point clé des modèles qui fait dépendre l'effet de serre d'un seul élément, à savoir le taux de concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

Or, au cours de la dernière décennie, le taux de CO2 est passé de 370 ppm à 390 ppm. C'est sur la base de ces données que le GIEC a calculé que le climat devait se réchauffer d'au moins 0,2°C par décennie. Que l'on n'ait enregistré aucun réchauffement du tout au cours de cette période devrait donc impliquer logiquement que les autres facteurs agissant sur le climat ont eu pour effet net global de « refroidir » le climat terrestre dans une proportion équivalente, à savoir -0,2°C. Ce qui veut également dire que tous ces autres facteurs devraient compter au moins autant que les influences d'origine humaine pour déterminer l'évolution du climat.

Le fait remarquable des dix/quinze dernières années serait ainsi que les facteurs climatiques qui jouent naturellement en sens inverse de l'effet de serre d'origine anthropogène auraient eu non seulement pour conséquence de le contrebalancer en l'annulant, mais qu'en plus ils auraient, pendant toute cette période, maintenu constante la température moyenne du globe alors que précisément la seule augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère voudrait qu'elle augmente. Cette constante de la température moyenne est ainsi d'autant plus intriguante que l'augmentation parallèle du taux de CO2 dans l'atmosphère impliquerait qu'elle s'accommode d'un effet de forcing climatique plus fort en fin de période qu'au début.

C'est ce qui rend ce qui s'est passé depuis dix ou quinze ans d'autant plus fascinant. Puisque l'effet de serre conduit normalement à faire monter la température moyenne – ce qui se serait passé en l'absence d'effet contraire – le fait que celle-ci n'ait pas bougé signifie que l'influence des facteurs de refroidissement aurait du augmenter dans une proportion exactement égale à l'effet de réchauffement supplémentaire résultant du seul fait de l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère, de manière à garder la température moyenne constante. Ceci signifie que pendant à peu près quinze années, l'effet combiné de tous les facteurs contribuant à la variabilité du climat terrestre se serait aggravé de manière à contrebalancer exactement, et de manière continue, l'augmentation constante de température que l'accumulation supplémentaire de CO2 dans l'atmosphère aurait du provoquer. Il ne suffit donc pas de faire l'hypothèse que l'ensemble des facteurs cycliques décennaux s'ajouteraient pour produire un facteur de refroidissement constant, il faudrait également qu'ils produisent un important mouvement de refroidissement d'une force exactement égale à l'effet inverse de réchauffement produit par l'effet de serre.

Est-il véritablement réaliste d'imaginer que sur une période continue de quinze années, l'addition totale de toutes les variations climatiques naturelles, telles que les variations de l'irradiance solaire, les volcans, l'Oscillation Pacifique décennale, l'Oscillation Nord Atlantique, et l'Oscillation Arctique, toutes variations qui peuvent aussi bien provoquer des effets de refroidissement que de réchauffement au cours d'une période décennale, aurait joué de manière à produire un effet de refroidissement global dont la force correspondrait exactement à la force inverse de l'effet de réchauffement dont on pose par postulat qu'il résulte des effets de forcing climatique d'origine humaine liés aux effets du CO2 et autres gaz à effet de serre, qu'il s'agisse de la vapeur d'eau, de l'ozone dans la troposphère, ou encore de ce qui reste encore d'aérosols ? N'est-on pas en droit de se demander si, dans le cadre d'un système climatique global en perpétuel mouvement dynamique, une telle hypothèse extrême n'est pas scientifiquement suspecte, pour ne pas dire carrément fantaisiste ?

L'arrêt du réchauffement est également riche d'enseignement pour ce qui concerne les médias et la manière dont ils ont couvert l'événement.

Le rapport de David Whitehouse montre clairement que les journalistes ont consacré beaucoup trop de zèle à démolir les écrits scientifiques qui concernaient ce sujet et n'ont en revanche pas fait preuve de beaucoup de curiosité lorsqu'il s'agissait d'enquêter dessus. A leur grande surprise l'arrêt n'a pas été le feu de paille qu'ils anticipaient. Il ont généralement pris sans réserve fait et cause pour le camp des thèses réchauffistes et détourné leur regard lorsqu'une autre opinion était exprimée, assurés qu'ils étaient, sans raison, que ce ne pouvait être qu'un « truc » inventé par des climato-sceptiques. Sur ce sujet, les journalistes se sont toujours trouvés des années en retard par rapport à l'état du débat scientifique. Il serait temps qu'ils s'intéressent davantage à la recherche scientifique sur le réchauffement climatique elle-même plutôt qu'à ses seules querelles.

La conclusion de David Whitehouse est qu'il y a véritablement un arrêt du réchauffement climatique terrestre qu'on ne peut plus traiter comme une simple aberration statistique d'ordre mineur. L'explication de cette pause apportera tout un lot de nouvelles informations essentielles pour comprendre comment notre planète réagit à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Au minimum cela devrait nous aider à mieux apprécier toute la complexité des processus de changement climatique. Cela devrait aussi nous inciter à réfléchir davantage à la manière d'organiser le débat et de réagir politiquement devant le fait nouveau et inattendu que représente la découverte de telles observations jusqu'ici inexpliquées.

L'arrêt du relèvement des températures fait clairement apparaître que les modèles climatiques divergent des observations rassemblées alors que c'est d'abord et avant tout par l'observation des faits que la vérité se manifeste.

Quelles conclusions en tirer pour la décision politique ?

L'étude de David Whitehouse est précédée d'une introduction rédigée par Lord Turnbull, l'un des membres du Conseil d'administration (Board of Trustees) de la Global Warming Policy Foundation. Voici comment celui-ci en résume les principales conclusions :

  1. Elle détruit définitivement l'affirmation selon laquelle il y aurait un consensus général des scientifiques sur le profil d'évolution futur de la courbe des températures, et qu'aucun chercheur doté de titres de compétence sérieux ne saurait être d'un avis différent.

  2. Elle ne donne pas naissance à une nouvelle orthodoxie qui serait appelée à se substituer à la vision officielle du GIEC selon laquelle ce qui nous attend au cours du siècle à venir est une hausse moyenne de la température moyenne du globe d'environ 0,3° C par décennie ( avec une marge d'incertitude comprise entre 0,2 et 0,5°C). Tout ce qu'elle fait est de saper la certitude, et même l'arrogance avec laquelle cette vision des choses nous est régulièrement assénée, ainsi que de ruiner l'argument de pseudo urgence utilisé pour justifier qu'on se donne l'objectif impératif de décarboniser quasi totalement nos économies en moins de quarante ans.

  3. Elle conduit à se demander si le lien si souvent invoqué entre CO2 et températures, selon lequel un doublement du taux de concentration du CO2 dans l'atmosphère donne une hausse de 3°C des températures, est aussi robuste et prouvé qu'on le dit.

  4. Elle apporte de l'eau au moulin de ceux qui demandent qu'on renforce la recherche sur les autres facteurs de réchauffement en cause. Plus l'hypothèse d'un trend de réchauffement moyen autour de 0,3°C se confirmera, plus il faudra en effet se poser de questions sur ces autres facteurs qui sont intervenus en sens contraire des effets anthropogènes habituellement invoqués, dans la mesure où il est difficile d'admettre que, pendant seize années d'affilée, et alors qu'il n'y avait aucune décélération dans le rythme d'accumulation des émissions de gaz à effet de serre, leurs effets aient pu exactement contrebalancer le poids croissant des forces de réchauffement liées à l'augmentation du CO2 au point de transformer un trend de hausse des température de 0,3°C par décennie en un plateau d'arrêt décennal du réchauffement. Si ces autres facteurs – tels que le soleil, les océans, les nuages, etc... - exercent des effets aussi puissants, il en résulte logiquement que nous ne pouvons plus continuer à considérer le CO2 comme la seule et unique explication des phénomènes observés, et qu'il nous faut d'abord commencer par mieux comprendre quel rôle exact jouent ces facteurs naturels, et avec quelle intensité, avant d'en tirer des conclusions susceptibles de servir de base à une action politique.

    Le Dr Whitehouse est titulaire d'un doctorat en astrophysique. Journaliste à la BBC, il en était le correspondant en charge des questions scientifiques, avant de devenir le rédacteur "Science" du site BBC News Online. En 2002 il fut le lauréat du prix annuel décerné au meilleur journaliste européen sur internet. Il fut longtemps le premier et seul journaliste britannique à s'intéresser à l'émergence de l'idée d'une "pause climatique" et à écrire dessus, ce qui lui valut d'être évincé de son poste et remplacé par des confrères faisant preuve de bien moindres compétences scientifiques et journalistiques. Auteur de plusieurs livres sur l'astronomie du système solaire et l'histoire de l'astronomie, il occupe aujourd'hui le poste de Directeur scientifique de la Global Warming Policy Foundation. Traduction par Henri Lepage.