Cette manipulation date de l'imposition des monopoles d'émission de billets dès l'invention de la chose à la fin du XVII° siècle, mais s'est accélérée depuis la décennie 1920 et jusqu'à l'expérience actuelle de l'euro, dernière grande expérience monétaire à nos dépens, sans précédent et "sans filet".

Pour comprendre comment échapper aux catastrophes que l’on doit à ces ingérences, il faut comprendre comment on produit de la monnaie sur un marché libre, et pourquoi cette production ne pose aucun problème qui justifie l’intervention de l’état, cette dernière étant au contraire la seule cause des crises récurrentes.





Définition de la monnaie



La monnaie est un bien, que l'on souhaite posséder comme moyen de réduire le coût de l'échange en raison de son "pouvoir d'achat"1. C'est pour cela, c'est comme cela que la monnaie est apparue, sous les formes qu'on lui a successivement connues.



Comment la monnaie réduit le coût de l'échange

Comme toute action humaine, cela coûte quelque chose d'échanger : on doit pouvoir trouver quelqu'un qui a ce qu'on veut obtenir, et qui est prêt à accepter ce qu'on offre en échange, et on doit passer du temps pour s'entendre avec lui.

Ce coût de la recherche et de la négociation associé à l'échange, que l'on appelle le coût de l'échange, les gens cherchent à réduire, et ils ne cessent de trouver de nouveaux moyens de le faire. La monnaie est née de cette recherche d'une réduction du coût de l'échange en tant qu'activité humaine.

Il faut aussi s'attendre à ce que de nouvelles formes de monnaie apparaissent encore dans l'avenir



Pourquoi la monnaie réduit le coût de l'échange

Leurs utilisateurs ont découvert que certains biens ont des caractéristiques telles qu'ils sont plus facilement vendables que d'autres, de sorte qu'on peut compter pouvoir les vendre à toutes sortes de gens si on veut acheter d'autres produits en échange. Pour que ces biens-là puissent ainsi faciliter les échanges, il faut que leur valeur soit comparable à celle de ceux qu'ils doivent permettre d’acheter. Et cette valeur-là ne doit pas trop changer, sinon il faudrait sans cesse renégocier les termes des échanges, et le bien en question ne servirait pas correctement sa fonction d'instrument d'échange. Pour que ces changements soient les plus petits possibles, il vaut mieux que le bien qui sert de monnaie soit demandé par une proportion substantielle de la population, et qu'on ne puisse pas en produire trop par rapport au stock existant : ça tombe bien, puisque c'est ce qui arrive généralement aux produits que l'on peut facilement conserver, et que la monnaie doit justement pouvoir se conserver pour qu'on puisse s'en servir plus tard. C'est à cette condition que le produit qui sert de monnaie peut servir d'unité de compte (au sens juridique premier de l’expression "compte" , c'est-à-dire en droits constatés).



Les prix en monnaie sont les seuls repères observables de la valeur

En effet, en servant pour la plupart des échanges, la monnaie permet de donner un prix commun aux produits qui rendent les mêmes services. Le "prix en monnaie" n'est en effet rien d'autre qu'une "quantité de monnaie" échangée2. Alors, les unités de monnaie dont ces prix sont faits permettent permet de recenser à leur "prix en monnaie" convenu, les échanges – achats ou ventes, paiements – de biens faits par chacun, voire d’actualiser ceux que ce dernier envisage de mener dans l'avenir : c'est ce qui permettra aux propriétaires d'associer à chacun de leurs biens un nombre qui repère sa valeur, et qui se prêtera aux comparaisons, additions et autres opérations qui permettent de rationaliser la gestion et que l'on appelle le calcul économique - le prix est le seul repère de la valeur que l'on puisse observer puisque le jugement de valeur est un acte de le pensée et ne se mesure pas, ne peut pas se mesurer : la plupart des rationalisations contemporaines de l'étatisme reposent sur un refus de tirer les conséquences de ce fait. Le prix en monnaie, puisqu'il désigne une certaine quantité d'un produit homogène, peut se mesurer et s'additionner ; et il est crucial qu'il traduise toute l'information possible sur la rareté des autres produits.

Ces prix en monnaie permettent donc aussi de repérer la valeur par rapport aux autres des autres biens que la monnaie : chacun des innombrables prix relatifs traduit le rapport entre les prix en monnaie de deux différents produits autres que la monnaie. Alors que "prix en monnaie" d'un bien est la quantité du "bien monnaie" donnée en échange du bien en question et mesurée en unités de celui-ci, les "prix relatifs" des biens autres que la monnaie ne désignent pas des quantités de produits mais des rapports entre les quantités de monnaie échangées contre les autres produits. Ils ne correspondent donc pas non plus aux rapports d'un échange direct, puisque ce n'est pas par le troc que ces produits acquièrent leur valeur par rapport aux autres, et que la monnaie affecte les rapports de leurs échanges en facilitant ceux-ci.



On invente sans cesse de nouvelles formes de monnaie

C'est ainsi que la monnaie est apparue sous des formes tangibles et variées, et qui ont changé au cours du temps, à mesure qu'on découvrait de nouvelles formes de monnaie : on a connu les coquillages, le bétail, les briques de thé, et bien sûr les masses métalliques frappées d'un poinçon témoignant de leur teneur et de leur masse, poinçon qui va finir par couvrir toute la surface.

Il n’est pas d’époque où on ne puisse pas observer d'innovation en matière de monnaie. La nôtre est extraordinaire avec l’apparition de la forme "monnaie électronique".

C'est que la monnaie, bien entendu, coûte quelque chose à produire, et ne réduira jamais à zéro le coût de l'échange : c'est pour cela que l’effort de recherche continue3, et qu'il faut donc s'attendre à ce que de nouvelles formes de monnaie apparaissent encore dans l'avenir.





La demande de monnaie



Dès lors que les gens demandent certains produits non seulement pour leurs services propres, mais comme moyen de réduire le coût des échanges lors d'un échange à venir, cette demande supplémentaire et particulière est une demande monétaire. Ainsi, on peut demander de l'or comme parure ou comme matière première, mais dès lors qu'on s'en sert comme instrument d'échange, ceux qui ne se soucient ni de se parer ni de fabriquer des objets en métal demanderont quand même de l'or, pour pouvoir l'échanger dans l'avenir. Cigarettes.jpgDe même, dans les camps de prisonniers, on voit des gens accumuler des cigarettes, alors qu'ils ne fument pas : c'est que, dans de telles circonstances, la cigarette devient un instrument d'échange, de sorte qu'il apparaît pour elles une demande monétaire. C'est dire la facilité avec laquelle un bien peut devenir une monnaie dès lors qu'il n'y en a pas de meilleure disponible : on a même vu, lors de l'hyperinflation allemande de 1923, des billets démonétisés resservir d'instrument d'échange, parce qu'on savait au moins que leur quantité à eux ne pourrait pas augmenter.



Offre de monnaie et quantité de monnaie en circulation

Une fois produite, la monnaie perdure, puisqu'on l'a choisie pour ça : elle doit être telle qu'on puisse la conserver, et qu'on ne la consomme pas mais la conserve ou la vend quand on se sert comme instrument d'échange. En conséquence, on peut parler à tout moment d'une certaine quantité de monnaie en circulation, laquelle correspond à la quantité des biens qui servent de monnaie. Comme on n'a besoin de monnaie que pour faciliter les échanges qu'on a l'intention de faire à l'avenir, le bien qui sert de monnaie est plus ou moins demandé : ceux qui achètent cette monnaie accroissent leur demande de monnaie et ceux qui la dépensent réduisent ipso facto leur demande de monnaie. L'offre de monnaie est donc faite de tous les actes de dépense de cette monnaie, et cette offre-là dépend donc de deux choses :

  • de la disponibilité existante de cette monnaie-là, et
  • du choix de ses utilisateurs d'en détenir plus ou moins.

Le prix de la monnaie est, comme celui de tout bien, fixé lors d'une confrontation entre ses offres et ses demandes, et comme on ne demande la monnaie que pour la détenir et pas pour la manger, il y a deux manières d'envisager les déterminants de son prix : ou bien on envisage la confrontation des offres et des demandes, ou on envisage la demande totale de détention face à la quantité existante. Or, la première approche ne peut être que théorique dans la mesure où la monnaie est toujours en possession de quelqu'un : mesurer la quantité de monnaie disponible, c'est mesurer la quantité détenue. D'où l'intérêt de la seconde approche pour repérer les conditions de l'ajustement monétaire : on recense assez facilement la quantité des monnaies existantes, et pour repérer les variations de leur demande on a imaginé de repérer la quantité de monnaie qui change de mains au cours d'une période déterminée, qu'on a pris l'habitude d'appeler "vitesse de circulation" : lorsque la demande baisse ladite "vitesse de circulation" augmente , et réciproquement. Ainsi, chaque fois que quelque part la disponibilité d'une monnaie, ou la "vitesse" de sa "circulation", augmentent, on pourra en déduire que le prix d'ajustement de cette monnaie en termes des autres biens doit baisser, et inversement.



L'ajustement des offres aux demandes d’une monnaie

Les offres et les demandes d’une monnaie ne sont pas indépendantes entre elles, ne serait-ce que parce que c'est pour son pouvoir d'achat qu'on détient de la monnaie : le choix d'en offrir et d'en demander dépendent donc de ce pouvoir d'achat. Dans la seconde approche que nous venons de voir, la disponibilité d'une monnaie a deux manières de s'ajuster d'elle-même à sa demande totale :

- par le prix, c'est-à-dire le pouvoir d'achat, du bien qui sert de monnaie, et dont la variation fera changer le pouvoir d'achat total de cette monnaie, et

- par la quantité disponible, qui elle aussi peut varier.

A long terme il n'est pas très important que l'ajustement se fasse de l'une de ces deux manières ou de l'autre ; et il se fera forcément : contrairement aux discours récurrents des inflationnistes, il ne peut pas exister de pénurie de monnaie qui soit durable. Cependant, si ces discours fallacieux ont la vie dure, c'est parce qu'à court terme, étant donné la lenteur avec lesquels les prix s'adaptent et le rôle social de ces prix comme repère des raretés relatives, il vaut mieux que l'ajustement se fasse par les quantités que par les prix.

Une variation brusque de la quantité de monnaie se fait toujours à un certain endroit



La quantité, en soi, ne compte pas

Etant donné que l'ajustement entre les offres et les demandes de monnaies peut toujours à la longue se faire par une variation de leurs prix en termes des autres produits, et que les produits qui servent de monnaie sont choisis pour être indéfiniment divisibles, n'importe quelle quantité de monnaie peut rendre tous les services de la monnaie : tant que ses diverses formes permettent d’acheter tous les autres produits, peu importe qu’il y en ait plus ou moins, ça ne changera que son prix en termes des autres biens.

C'est pour cela que les discours sur une "pénurie de monnaie" que l'on entend à certaines époques, ou à propos de certaines époques, ne traduisent que des problèmes temporaires d'adaptation des offres aux demandes étant donné les prix pratiqués jusqu'alors, ou alors une confusion entre la monnaie et la richesse qui a été réfutée au XVIII° siècle, mais dont certaines manifestations ont la vie dure4.

Même si on ne pouvait pas accroître la quantité matérielle de la monnaie, si sa demande augmentait massivement son pouvoir d'achat augmenterait aussi dans des proportions comparables : chaque unité du bien qui sert de monnaie pouvant acheter davantage, le fait qu'on ne puisse par hypothèse pas augmenter la quantité totale ne contraindrait pas les transactions.

Cependant, c'est aussi pour cela que manipuler l'offre d’une monnaie ne peut pas augmenter la richesse comme certains le disent et surtout, hélas, le croient. Toutes choses égales par ailleurs, accroître la quantité d’une monnaie ne fait à terme qu'abaisser son prix exprimé en termes des autres biens ou, si on préfère, ne fait qu'augmenter les prix de ces autres biens dans cette monnaie-là.

Comme les prix de tous les produits substituables entre eux ont tendance à s'égaliser, quand le rapport des offres aux demandes de monnaie ne varie pas sensiblement, on peut parler d'"un pouvoir d'achat" "uniforme" d’une monnaie : la même quantité de monnaie peut à peu près s’échanger contre la même quantité de produits5.



Ce qui importe dans la quantité d’une monnaie c’est le caractère imprévisible des effets de ses variations

Cependant, quand les rapports de ses offres et de ses demandes varient rapidement, les pouvoirs d’achat d’une monnaie diffèrent suivant les lieux et suivant les produits qu'on échange contre elle. Et pour cette seule raison, ces variations font apparaître des différences de prix dans cette monnaie entre les produits substituables entre eux : ces différences, même si pour cette raison même elles ne peuvent pas durer, font apparaître des occasions de profit, et font subir des pertes, qu'on ne doit qu'à ces changements dans les conditions de l'ajustement monétaire, et qui ajoutent singulièrement à l'incertitude des entrepreneurs.

Dans la mesure où, dans ces conditions, les prix ne fournissent plus d'indicateurs vraiment fiables des raretés relatives sous forme de relations d'échange en monnaie raisonnablement uniformes dans l'espace et dans le temps, ces désajustements transitoires compromettent le rôle des prix en monnaie comme moyen du calcul économique ; ils affaiblissent leur capacité à indiquer les raretés relatives des autres produits en termes de leur disponibilité actuelle, de la plus ou moins grande difficulté à les produire, ainsi que de l’importance qu’ils tiennent dans les projets des gens.



Une variation brusque de la quantité de monnaie se fait toujours à un certain endroit de "l'économie"

Elle gonfle la demande des autres biens à cet endroit, y fait monter les prix en monnaie de ces biens avant que la hausse se propage ailleurs dans le système des prix, affecte les prix relatifs des autres produits et fausse ainsi l'ensemble des informations sur l’offre et la demande spécifiques des ces produits.

Une variation brusque de la quantité de monnaie fausse donc le système de prix relatifs des autres produits dans l'espace et dans le temps et, par conséquent, fausse avec lui l'information que ce système fournit sur la rareté de chacun telle que la perçoit l’économie dans son ensemble.

Ce brouillage conduit ainsi à des erreurs massives d'investissement, la plupart dans le même sens, qui se traduisent par une crise quand disparaissent les changements de prix relatifs d'origine monétaire qui avaient donné lieu à croire que ces investissements seraient rentables, alors que ces changements étaient forcément temporaires parce que c'était le passage de la monnaie en excédent qui les avait causés.

Les prix relatifs jouent un rôle essentiel dans l'économie en ce qu'ils expriment la rareté d'un produit par rapport à un autre. Cette rareté dépend de la plus ou moins grande disponibilité des produits en question, de la facilité à les produire, de l'intensité à court terme de leur demande, etc. Les prix relatifs, cependant, ne peuvent être des rapports de prix qu'en monnaie, et à ce titre dépendent aussi des conditions de l'offre et de la demande de monnaie qui, du côté de la monnaie, affectent les prix en monnaie : si ces conditions-là faussent les prix en monnaie, localement ou temporairement, alors cela faussera automatiquement les prix relatifs ; et comme ces écarts-là ne peuvent pas durer indéfiniment, leur effacement à terme laissera dans son sillage les erreurs de prévision, avec les mauvais investissements que ces écarts auront conduit à faire.

Ce rôle de brouillage des prix relatifs attire l'attention sur l'importance de l'ajustement entre les offres et les demandes de monnaie - à court et moyen terme, étant entendu que tout le monde finira tant bien que mal par s'adapter aux effets d'un désajustement donné.



Les conditions normales de l'ajustement monétaire



Heureusement, comme on l'a vu, l'une des caractéristiques matérielles des biens qui servent de monnaie - à savoir qu'on peut facilement les conserver - a pour conséquence que les quantités supplémentaires produites peuvent rester marginales par rapport aux quantités déjà existantes.

Heureusement aussi, sur un marché libre, l'ajustement des offres aux demandes se fait spontanément - et on verra comment : par conséquent ce problème-là ne se pose que lorsque le marché n'est pas libre.

Malheureusement, si le marché n'est pas libre, alors l'intervention de l'état qui empêche ce marché d'être libre peut empêcher l'ajustement monétaire, et d'autant plus si le type de monnaie produite, ou le type d'intervention imposée, peut provoquer de larges écarts dans la quantité de monnaie disponible, donc considérablement fausser le système de prix relatifs.

Or, c'est précisément depuis une quarantaine d'années que les caractéristiques de la production de la monnaie, ainsi que le caractère massif des interventions de l'état sur ses marchés, se prêtent aux plus grandes variations de la quantité de monnaie.

D'autant plus que les hommes de l'état n'ont pas compris que c'est leur intervention qui empêche l'ajustement et provoque les désordres qui en résultent dans le système de prix, et qu'ils s'imaginent au contraire qu'elle lui serait nécessaire.



L'ajustement par les prix en monnaie

L'ajustement le plus évident, on l'a aussi déjà mentionné : à terme, les prix en monnaie finissent toujours par s’ajuster aux nouvelles conditions des offres et des demandes qui régnaient à un certain moment.

Avec cette réserve qu'une variation trop rapide de ces conditions peut temporairement brouiller les indicateurs de prix relatifs, si ces variations sont trop rapides pour qu’on ait pu prévoir leurs effets sur les prix.

Alors, naturellement, on se demandera comment ajuster les offres aux demandes de monnaie du seul côté de la monnaie, c'est-à-dire sans passer par une variation des prix des autres produits, pour éviter que les conditions de la production et de l'achat de la seule monnaie ne faussent, au moins temporairement, un système de prix qui ne devrait, pour pouvoir guider l'offre et la demande des autres produits, ne refléter que les conditions qui déterminent leurs offres et leurs demandes à eux.



Comment se fait cet ajustement par les prix

Lorsque la demande de monnaie augmente, cela augmente le prix d'ajustement de la monnaie par rapport à celui de n'importe quels autres biens, et encourage l'offre de cette monnaie ; alors, le pouvoir d'achat du stock total de monnaie augmente, non seulement parce que chaque unité du bien qui sert de monnaie peut acheter davantage des autres biens, mais parce que cette augmentation de son prix rend sa production plus rentable, de sorte qu'on en produit davantage.

A l'inverse, lorsque la demande d'une monnaie diminue, cela diminue le prix d'ajustement de cette monnaie par rapport à celui des autres biens -c'est-à-dire que le prix de ces produits dans cette monnaie doit augmenter ; et cette diminution du pouvoir d'achat de cette monnaie diminue le pouvoir d'achat total du stock total de cette monnaie. En même temps, la baisse du prix de cette monnaie en terme des autres produits diminue la rentabilité de sa production, décourage celle-ci et encourage au contraire à employer ailleurs les moyens qui servaient à la produire.

Ce sont d'abord ces deux procédés-là : ajustement du pouvoir d'achat du bien qui sert de monnaie, encouragement ou découragement subséquent de la production de ce bien qui sert de monnaie, qui finissent par rapprocher le pouvoir d'achat du stock total de cette monnaie à ce que désirent réellement ses détenteurs.

L'inconvénient est que cet ajustement-là ne se fait qu’au bout d’un certain temps, et il passe par l'intermédiaire des prix, ce qu'on voudrait justement éviter parce qu'il peut temporairement les fausser, ces prix.



La production de monnaie par les banques

Lorsque les banquiers se sont rendus compte que certains des titres financiers qu'ils avaient vendus - essentiellement leur promesse de payer à la demande une quantité fixe de la monnaie d'alors - pouvaient rendre les mêmes services que la monnaie en question, ils ont découvert un moyen de produire des biens servant de monnaie pour un prix de revient très inférieur à son prix de vente.

Et ce type-là de monnaie (s'il permet aujourd'hui aux hommes des états de provoquer des désajustements massifs sur les marchés de la monnaie) permettait à ces producteurs d'ajuster immédiatement les offres aux demandes de monnaie, c'est-à-dire de réaliser l'ajustement monétaire idéal, celui qui ne passe pas par des variations de prix sur les marchés des autres produits.

C'est pour cela que, dans un système "moderne" - postérieur au XVII° siècle, où la plus grande partie des monnaies est produite par des banques – il existe une autre source d’ajustement des offres aux demandes des ces monnaies, c’est la concurrence entre les banquiers comme producteurs de monnaie.

cet élément de convertibilité, associé à la concurrence entre les "banquiers", est ce qui ajuste les offres aux demandes de monnaie



Ajustement par la concurrence et la convertibilité

Les banquiers produisent ces formes de monnaie en s'engageant à la racheter à un prix fixe contre la forme de monnaie plus généralement acceptée au départ de l'innovation, que Ludwig von Mises a appelé "la monnaie", par opposition aux "substituts monétaires": c'est ce qu'on appelle aussi la convertibilité monétaire. C'est une monnaie produite par des banques qui, au départ, avait pris la forme de morceaux de papier ou d'écritures comptable.

C'est ainsi que, grâce à l’évolution technique, la plus grande partie de la monnaie se trouve avoir bien plus de valeur que son prix de revient : c’est cela qui permet les ajustements –comme les désajustements— rapides entre les quantités offertes et les quantités demandées d’un certain type de monnaie.

La plus grande partie de la monnaie prend alors la forme de ces substituts monétaires :

Vous pouvez alors employer ces produits-là comme moyen d'échange, donc de paiement - et ces moyens de paiement sont à peu près interchangeables dans un système fondé sur la propriété et la liberté des contrats - par opposition à un système où les hommes de l'état monopolisent une de ces formes de monnaie produites par des banques.

Le "banquier" qui s'engage à racheter sa propre monnaie dans celle qui est plus généralement acceptée doit de ce fait conserver des " réserves" dans cette "monnaie" plus généralement acceptée, et dont la valeur de la sienne dépend.

D'où l'appellation de "monnaie de réserve" de cette dernière : qui dit monnaie produite par les banques ou "monnaie de banque" dit "convertibilité", "substituts monétaires" et "monnaie de réserve". C'est même encore le cas dans les systèmes actuels monopolisés, où la monnaie de réserve est une fabrication des monopoleurs d'état, et n'est pour sa part plus convertible en rien depuis 1971.

Dans tous les systèmes bancaires cet élément de convertibilité, associé à la concurrence entre les "banquiers", est ce qui ajuste les offres aux demandes de monnaie. Il assure un ajustement complet dans les systèmes libres, un ajustement partiel dans les systèmes monopolisés.

Lorsque je fais un chèque sur ma banque à un "fournisseur" qui n'est pas son client, ma banque est obligée de payer la sienne dans la "monnaie de réserve" : parce que ma demande de monnaie a baissé, ma banque a immédiatement perdu un même montant de sa "monnaie de réserve". Et, pour conserver un taux de réserves raisonnable, elle doit réduire la quantité de sa propre monnaie c'est-à-dire réduire le montant des formes de monnaie à son passif.

C'est uniquement si ceux à qui je fais un chèque sont également clients de ma banque qu'elle n'est pas obligée de faire cette réduction.

Alors, plus la clientèle de la banque est étendue, plus tard celle-ci devra payer avec la monnaie en réserve, mais il viendra forcément un moment où on lui présentera sa propre monnaie à la conversion : c'est ce délai qui explique les crises financières dans les systèmes monopolisés, parce que dans les systèmes monopolisés la contrainte réglementaire, en interdisant la concurrence entre les émetteurs de certaines monnaies, permet à ceux qu'elle n'interdit pas de produire temporairement de la monnaie en excès, sans que le mécanisme de retour les contraigne à limiter cette production.

Dans un système de banques libres, en revanche, la concurrence entre les banques ajuste la quantité de monnaie à la quantité demandée : et c’est pourquoi dans un système de banque libre il n'y a pas de problème d'ajustement à court et moyen terme.

C'est ainsi que les systèmes bancaires libres d'Ecosse, de Nouvelle-Angleterre, d'Afrique du Sud - plus généralement les régions de l'empire britannique au-delà des 100 km autour de Londres qui marquaient le monopole de la Banque d'Angleterre jusqu'au Banking Act de 1844, n'ont jamais connu de crise : celle-ci n'aurait pu naître que d'un excès de l'offre sur la demande de monnaie, et c'est précisément ce à quoi la liberté des contrats, c'est-à-dire la liberté de concurrence, ne permet pas d'apparaître.

Pendant les 150 années de banque libre d'Ecosse, il n'y a eu qu'une seule banque d’émission qui ait jamais fait faillite, celle de ''Douglas, Heron & Company'' à Ayr en 1773, et parce qu'elle était gérée par des incompétents : dans ses Conseils d'administration il n'y avait que des notables, et aucun banquier de profession.



Mainmise des hommes de l'Etat sur la monnaie



Malgré tout cela, les hommes de l'état se mêlent de la production de monnaie, et force désajustements s'ensuivent.



Depuis toujours, un but essentiellement fiscal

Au départ, le but des monopoles monétaires est essentiellement fiscal : il ne s'agit pour les hommes de l'état que de voler les autres ; c'est sur le tard, à la fin du XIX° siècle, parce que les monopole institutionnels sur production de la monnaie-banques -- notamment la production des billets, provoque des paniques bancaires et des crises financières, qu'est apparue la présomption, si caractéristique aujourd’hui, d'agir sur l'offre de monnaie, pour soi-disant "réguler" sa production.

But parfaitement illusoire puisque, comme nous allons le voir, cette intervention est aveugle alors qu'à terme, l'ajustement se fera de toutes façons par les prix, n'importe quelle quantité de monnaie pouvant alors rendre l'ensemble des services que rend la monnaie.



Le monopole de la frappe des pièces métalliques

La première grande mainmise des hommes de l’état sur les monnaies connue de l'histoire, c'est la monopolisation de la frappe des monnaies métalliques, laquelle donne l'occasion d'abord de faire payer trop cher la transformation des lingots en pièces, puis d'altérer les monnaies en y mélangeant des matériaux de moindre prix.

En outre ces monnaies dévalorisées, lorsque les hommes de l'état en ont le pouvoir, ils imposent en plus aux gens de s’en servir de ces monnaies dévalorisées à un prix officiel plus élevé que celui de leur masse de métal. Ils y sont aidés par la Loi de Gresham qui fait disparaître de la circulation les monnaies officiellement sous-valorisées par la réglementation.



Le vol des métaux précieux

Il ne faut pas oublier le vol direct, au sens commun, comme source de désajustement entre l'offre et la demande d’une monnaie : l'arrivée en Europe de l'or et de l'argent volés en Amérique y a finalement multiplié les prix par 8, et les auteurs de l'époque, notamment les Scolastiques espagnols, avaient bien remarqué que cette hausse se produisait d'abord dans les lieux où débarquait la monnaie volée, et le désordre que ce désajustement provoquait dans la marche des affaires.



La course-poursuite entre la prédation étatique et l'innovation privée

Chaque fois qu'apparaît une nouvelle forme de monnaie, les hommes de l'état cherchent à la monopoliser, tandis que les gens honnêtes tentent d’inventer des formes qui échappent à leur prédation. Aujourd'hui, par exemple, il y a sur Internet des monnaies virtuelles qui échappent à la réglementation de la production de monnaie par les hommes de l'état. Elles n'en sont pas moins convertibles en monnaies étatiques, de sorte que cet exemple n'est là que pour montrer que - dans ces limites-là - la régulation monétaire se fait toujours sans réglementation, comme elle se fait entre les banques privées dites "de second rang6".

Cependant, les hommes de l'état répriment férocement toute tentative pour mettre en circulation des monnaies parallèles qui échapperaient à leur contrôle, comme une monnaie électronique convertible en or qui serait aujourd'hui, probablement, la meilleure monnaie possible7.



La monopolisation partielle de la monnaie de banque par le monopole d'émission des billets

La production par les banques de monnaies valant bien plus que leur prix de revient ne pouvait qu'attirer la cupidité des hommes de l'état.

Par exemple, toujours dans un but fiscal, la Banque d'Angleterre a été créée avec un monopole en 1694 et en 1717 le monopole de Law a été institué en France - système dont la faillite en 1720 reportera l'imposition d'un nouveau monopole d'émission des billets jusqu'aux assignats de 1790, censés permettre d'"acheter" les biens volés à l'église catholique par les hommes de l'état.

Comme le but est fiscal, c'est pour affaiblir politiquement l'Ecosse que la législation refuse d'y instituer un privilège de monopole d'émission et y permet a contrario la concurrence entre les banques d'émission, avec un seul privilège, celui de la responsabilité limitée pour la Bank of Scotland, les autres banquiers étant responsables sur leurs biens propres (deux autres banques d'émission y auront par la suite le même privilège de responsabilité limitée, ce qui leur permettra d'étendre le nombre de leurs actionnaires au pêcheurs et aux boutiquiers : la Royal Bank of Scotland et la British Linen Company).

dans un système bancaire monopolisé, l'ajustement de l'offre à la demande de monnaie ne se fait plus automatiquement



Le monopole des billets

Comme par nature ils sont en retard dans la course-poursuite entre l'innovation et la prédation, les hommes de l'état ne comprennent pas que les billets et les dépôts sont, sur un marché libre, quasiment la même forme de monnaie. Et ils ne vont monopoliser que l'émission des billets8, ce qui va donner à ceux-ci un rôle économique entièrement différent.



La monopolisation des billets de banque inaugure l'ère des crises périodiques



Le problème est qu'en monopolisant l'émission des billets, les hommes de l'état retardent les ajustements des offres aux demandes de monnaie. En effet, cela conduit les banques du système monopolisé à traiter les billets du monopole comme une monnaie de réserve. Cela conduit à une surproduction temporaire de monnaie par rapport à ce que permettent réellement les vraies réserves, en monnaie acceptable par tous. Et la surproduction conduit à une fuite de ces vraies réserves à l'extérieur de la zone où sévit le monopole.

Il vient forcément un moment où cette fuite des vraies réserves compromet la capacité des émetteurs de substituts monétaires à tenir leurs engagements contractuels : alors, pour revenir à un niveau de réserves compatible avec la tenue de ces engagements, le système bancaire monopolisé se voit obligé de réduire la quantité de monnaie produite. Il diminue donc ses crédits, privant en contrepartie ses utilisateurs d'une monnaie qui était abondante ; certains entrepreneurs font faillite, entraînant une nouvelle diminution des moyens de paiement. L'"argent" manque de toutes parts et, dans les systèmes où la vraie monnaie de réserve c’est l’or, on en conclut que c’est parce qu’il n’y a pas assez d’or.

C'est ce phénomène, plusieurs fois répété aux XIX° et XX° siècle puisqu’on n’avait pas remis en cause les monopoles, qui conduira au début du XX° siècle à mettre en cause la prétendue "pénurie d'or" et plus généralement à invoquer le "manque de monnaie" comme une prétendue "entrave au développement". C'est le thème récurrent d'une certaine tradition du charlatanisme économique, des Mercantilistes à Keynes en passant par la "monnaie fondante" (Schwundgeld) de Silvio Gesell.

Et ce slogan d’une prétendue "pénurie d’or" servira de prétexte, soi-disant pour "économiser" celui-ci, à l'imposition du système de la réserve fédérale aux Etats-Unis en 1913, et à l'instauration de l'étalon de change-or à l'échelle internationale en 1922 (conférence de Gênes).



Le monopole empêche l'ajustement des offres aux demandes

Donc, dans un système bancaire monopolisé, l'ajustement de l'offre à la demande de monnaie ne se fait plus automatiquement : lorsque la production de la monnaie de réserve échappe au monopoleur d'état, comme ce fut le cas jusqu'à l'abolition de l'étalon de change-or en 1971, c'est-à-dire historiquement lorsque la monnaie de réserve est métallique, c’est en même temps que les demandes de remboursement en monnaie de réserve se présentent au système bancaire : cela met en cause l'exécution de leurs engagements par les banquiers, donne l'impression d'une "pénurie" générale de la monnaie de réserve, et oblige à réduire fortement les quantités de monnaie auparavant produites par les banques.

Lorsqu'il n'y a pas de monnaie de réserve comme c'est le cas aujourd'hui dans un système de changes légalement flottant, c'est la crainte d'une hausse incontrôlée des prix qui oblige le monopoleur à freiner la production de monnaie : il la freine en augmentant les taux d'intérêt à court terme.

Dans l'un et l'autre cas, le système de prix existant ne correspondant plus aux conditions de l'ajustement monétaire, cela provoque cet ensemble de pertes que l'on appelle une crise.



La politique monétaire



Au XIX° siècle, tous les économistes sérieux savaient que c'est le monopole étatique qui provoque les crises financières.

On fait - faussement - d'Adam Smith le père de la science économique, mais on se garde bien de rappeler que celui-ci faisait l'éloge des banques libres d'Ecosse et vouait aux gémonies le monopole de la Banque d'Angleterre.

Pour sa part, Jean-Baptiste Say pouvait faire ce qui se rapproche le plus d'une expérience contrôlée en la matière : il avait pu constater que l'imposition du monopole de la Banque de France en 1803 avait été suivie d'une crise quelques mois plus tard, et il pouvait toujours comparer le système anglais, alors monopolisé dans un rayon de 100 km autour de Londres, au système écossais.

Seulement, parce qu'en 1844 les législateurs britanniques ne comprenaient toujours pas la quasi-identité de nature entre les dépôts et les billets dans un système de banque libre (la Currency School ne voyait que les billets, la Banking School ne voyait pas le rôle central de la création de monnaie par les banques dans le déclenchement des crises), la législation britannique a tué la banque libre en Ecosse, étendant à toute la Grande-Bretagne le monopole de la Banque d'Angleterre.

on voudrait éviter que les désajustements sur le marché de la monnaie ne débordent sur ceux des autres biens, et brouillent ainsi les signaux de prix comme indicateurs des prix relatifs



La rationalisation de la banque centrale'

En 1873, dans un ouvrage fameux intitulé Lombard Street - l’adresse de la Banque d’Angleterre, Walter Bagehot9 constate qu'on ne peut plus remettre en cause son monopole et, comme celui-ci continue évidemment à provoquer des crises à répétition, Bagehot propose de mettre les monopoleurs en face de leurs responsabilités en leur demandant d'éviter de provoquer ces crises, en s’abstenant de produire trop de monnaie d’un seul coup.

C'est à ce moment, et à ce moment-là seulement, qu'apparaît la notion de "banque centrale" appliquée à un monopole qui dure alors déjà depuis près de deux siècles, et la rationalisation de son prétendu rôle comme prétendu "régulateur" de la production de monnaie en même temps que "prêteur de dernier ressort".



L'enjeu de la politique monétaire



Rappelons qu’à long terme l'ajustement se fait nécessairement par les prix, mais que c'est justement ce qu'on voudrait éviter : on voudrait éviter que les désajustements sur le marché de la monnaie ne débordent sur ceux des autres biens, et brouillent ainsi les signaux de prix comme indicateurs des prix relatifs.



La politique monétaire est aveugle

Comme l'ingérence étatique dans la production de monnaie empêche certains des ajustements spontanés qui existent naturellement dans les systèmes bancaires, elle doit s'en remettre à des substituts, à des Ersatz, pour savoir si elle fait trop ou pas assez de monnaie, et ces Ersatz ne sont pas efficaces : dans une large mesure, c'est par nature que la politique monétaire est aveugle.

Un élément bien connu de cet aveuglement - notamment grâce à Milton Friedman, qui l'a fait connaître, c'est que la plupart des Ersatz dont elle peut se servir ne sont disponibles que quand il est déjà trop tard. Si ce sont des hausses de prix excessives que l'on cherche à éviter, celles qu'on observe traduisent une politique déjà vieille de plusieurs mois : il est donc trop tard pour revenir dessus ; il est même possible qu'en tentant de "corriger" ces effets tardifs-là, on provoque un nouveau désajustement pour dans six mois ou dans un an.

Cependant, cet aveuglement est l'effet d'une destruction irrémédiable des indicateurs nécessaires de l'ajustement par le privilège de monopole, et par conséquent s'étend bien au-delà d'un simple retard - même si celui-ci est suffisant pour garantir que la politique monétaire sera mauvaise : on peut en trouver une illustration récente dans le fait que Ben Bernanke, le Président de la Banque de Réserve fédérale aux Etats- Unis, non seulement a vu en 2002 une "déflation" qui n'existait pas, non seulement a fait en 2003-2006 de l’inflation sans s'en rendre compte, mais il ne s'en rend toujours pas compte aujourd'hui : il persiste à nier sa responsabilité dans la crise financière et invoque à la place comme “ "cause de la crise” " un prétendu “ "excès d’épargne mondiale” " qui est une impossibilité théorique, et absurde comme explication d’aucune crise - en outre, comme l'a fait observer George Selgin, on n’a même pas observé un maximum de cette épargne sur la période en cause.

c'est sur le marché des biens de production - marché des matières premières et marché des capitaux, que le brouillage des prix par la politique monétaire provoque le plus de désordres



La politique monétaire comme tentative de planification centrale

Dès lors que l'on empêche les ajustements automatiques des offres aux demandes d'une monnaie, on en est réduit à observer les mouvements de prix en cette monnaie, comme indicateurs de son pouvoir d'achat, pour voir dans quelle mesure ils s'écartent d’une certaine norme. Le problème, c'est qu'on ne sait plus ce que c'est que la norme, puisque les seuls prix qui existent sont des prix en monnaie : entre autres distinguer, dans les cours de la bourse, ce qu'on doit à un brouillage d'origine monétaire et ce qui ne lui doit rien, c'est un jugement spéculatif.



La destruction de l'information nécessaire par l'intervention de l'état et le vol du concept de valeur commis à cette occasion

Donc, comme dans le cas de la planification centrale soviétique c'est l'institution étatique elle-même qui détruit l'information nécessaire aux ajustements qu'elle voudrait faire, et qui se feraient naturellement n'étaient ses ingérences : elle prétend raisonner sur les prix dans des conditions institutionnelles où c'est elle-même qui rend ces prix vides de sens. Comme la planification centrale généralisée, la politique monétaire détruit le rôle des prix comme indicateurs de ce qu’il faudrait faire ; et comme les rationalisations du socialisme soviétique, celles de la politique monétaire "volent" le concept de valeur qui lui serait nécessaire pour que ses interventions puissent avoir un sens, puisque cette politique fausse l'appréciation de cette valeur dans la mesure même où elle agit sur les marchés. Parce qu'elle fausse par nature ces indicateurs de rareté que sont les prix du marché en monnaie, la politique monétaire, comme toute forme de planification centralisée, détruit par son existence même l'information qui lui serait nécessaire pour savoir ce qu'elle fait.

Elle en est donc réduite à des Ersatz, dont le dernier en date est la "règle de Taylor10", qui tient compte à la fois de l'indice officiel des prix à la consommation et d'un indicateur de la productivité ; cependant, ces statistiques grossières et contestables ne font que limiter les désajustements sans pouvoir les éliminer. Et il faudrait en outre qu'elle s’y conforme seulement, ce qui n’a pas été le cas de la politique monétaire de la Fed au début des années 2000.



Falsification de l'information pertinente par la macroéconomie : collectivisme et infradéterminisme.



Pour comprendre les effets de la politique monétaire comme pour guider celle-ci, il faut évidemment comprendre que ce qui compte ce sont ses effets sur les prix relatifs, le brouillage des informations de prix par les désajustements entre les offres et les demandes de monnaie qui résultent nécessairement de son imposition.

Alors qu'on peut aujourd'hui trouver les instruments financiers qui permettent de se couvrir contre une baisse du pouvoir d'achat de la monnaie, les effets des politiques monétaires sur le systèmes de prix relatifs sont trop indirects, trop complexes, détruisent trop l'information pour qu'on puisse se prémunir contre ceux-ci : tout au plus sait-on qu'un excès de monnaie produite, dans la mesure où elle a aujourd'hui des prêts pour contrepartie, va gonfler artificiellement les prix de biens de capital en donnant à croire qu'il y a plus d'épargne qu'il n'en existe réellement ; lorsqu'on s'aperçoit de l'erreur, il est trop tard et ceux qui ont investi en fonction d'indicateurs de disponibilité du capital faussés à la hausse, voient baisser la valeur de leurs investissements.

L'indice des prix à la consommation est donc un indicateur trop tardif, trop grossier et pas assez pertinent parce que c'est sur le marché des biens de production -- marché des matières premières et marché des capitaux que le brouillage des prix par la politique monétaire fausse le plus l'information sur la rareté.

A cet égard, la démarche dite "macroéconomique" passe à côté de l'essentiel - l'information - et dans son obsession de mesurer des corrélations, toujours changeantes, entre des agrégats eux-mêmes non pertinents, entretient une illusion de savoir et de pouvoir prédire en lieu et place d'une analyse réaliste que Hayek a justement dénoncée dans son discours du prix Nobel en 197411.

L'infradéterminisme, c'est-à-dire l'idée fausse suivant laquelle on pourrait identifier des relations stables entre les agrégats statistiques qui permettrait la prévision est le contrôle - alors que ce dont ces agrégats statistiques prétendent faussement rendre compte, ce sont des conséquences de la pensée - est donc un trait commun aux politiques dites "macroéconomiques", et en particulier aux politiques monétaires :

cet infradéterminisme-là est, avec le refus de mettre en cause l'intervention de l'état -- de reconnaître que la régulation sociale passe par la responsabilité c'est-à-dire par le respect du Droit de propriété, ce qui explique le maintien d'institutions aussi malfaisantes et criminelles que les monopoles monétaires, et le Charlatanisme Ordinaire12 des économistes qui prétendent le rationaliser.



Pourquoi "infra"-déterminisme ?

On dit "infradéterminisme" parce qu'aujourd'hui, même les physiciens ne raisonnent plus en termes de déterminisme strict mais en termes de lois de probabilité pour décrire les lois naturelles, ce qui a conduit en économie à une certaine mode de faire de même pour impressionner le gogo ; en fait, l'erreur est bien plus profonde, puisqu'elle consiste à croire que la théorie économique dépendrait de l'observation statistique pour sa validation, et à faire comme si les corrélations observées pouvaient être stables "pendant un délai raisonnable" alors qu'on sait parfaitement qu'elles ne peuvent pas le demeurer --c'est un autre aspect du charlatanisme ordinaire en économie contemporaine.

En science économique, refuser de tirer les conséquences de faits parfaitement avérés, et même expressément reconnus, est la définition même du Charlatanisme Ordinaire -- ordinaire parce qu'il y est presque totalement prépondérant.



Conclusion : La "dé-régulation" de la production de monnaie par la violence des hommes de l’état



Pour conclure, il n'y a pas de "régulation", mais une "dé-régulation" de la monnaie par les hommes de l'état : c'est-à-dire une destruction de la régulation sociale : tous les palliatifs que les hommes de l'état prétendent imposer par la force ne pouvant avoir pour effet que d'aggraver les choses en aggravant l'irresponsabilité des acteurs et leur obsession de disposer du bien d'autrui ou, au contraire, d'échapper à la prédation.

Ce n'est donc pas la liberté résiduelle, mais la prétention aveugle à "réguler" la société qu'ont les Voleurs et Irresponsables Institutionnels de l'état, qui cause des concentrations d'erreurs dont l'ampleur est telle qu'on peut dénommer celles-ci des "crises", car c'est la propriété avec son corollaire, la responsabilité personnelle, et elles seules, qui peuvent régler l'ordre social.

La "régulation" par la violence - ce qu'est la politique monétaire, autoritaire et prédatrice – est une contradiction dans les termes13.



Notes



1 La "capacité d'achat" de la monnaie est une considération peu envisagée. On lui préfère celle de "pouvoir d'achat", bien qu'il faille employer celle-ci avec précaution, voire avec réserve, car l'expression de "pouvoir d'achat" est galvaudée en français : n'est-il pas question de pouvoir d'achat du revenu ou d'un salaire ? De fait, la monnaie est un "pouvoir d'achat" qui a… un pouvoir d'achat... Des économistes de langue anglaise ont introduit au XIXème siècle la notion de "purchasing power of money" et des économistes francophones, par exemple Vilfredo Pareto, parlaient à la fin du siècle de "puissance d'achat" de la monnaie (cf. en 1896-97 son Cours d'économie politique). Entre-temps, dans son analyse de l'échange, Carl Menger a mis en parallèle la "vendabilité" de certains biens et leur "pouvoir d'achat". Aujourd'hui, les économistes français ont abandonné la traduction de Pareto et parlent de "pouvoir d'achat" de la monnaie malgré toute la vulgate discutable attachée au mot "pouvoir", en particulier l'opposition entre "pouvoir" et "droit". Le "pouvoir d'achat" en question est synonyme de capacité d'acheter, d'achat potentiel des biens. Reste que Pareto avait aussi introduit la distinction entre "vraie monnaie" et "fausse monnaie" - qui paraît inutile à certains - de même que, un demi siècle plus tard, Jacques Rueff parlera de "vrai droit" et de "faux droit" pour évoquer un rapport - ou son absence - entre la quantité de monnaie et ce qu'elle est censée pouvoir acheter. Pour éviter d'entrer dans tous ces détails et dans la discussion qu'ils ouvrent, tout en refusant la vulgate marxiste qui amène, par exemple, un soi-disant "économiste" à la française à parler de la "violence de la monnaie", il est possible de parler du "pouvoir-puissance-droit" d'achat de la monnaie (sigle "PPDA").

2 A mesure que les gens s'habituent à raisonner sur les prix en termes de quantité de monnaie, ils oublient la double coïncidence des besoins dont la monnaie permet de se passer, et peuvent en venir à prendre l'unité de monnaie pour une unité de mesure. L'unité de monnaie prend alors le caractère d'une convention sociale, ce dont les hommes de l'état peuvent tirer parti pour détacher celle-ci de la quantité de marchandise qu'elle représente forcément au départ. Ainsi, par exemple, au XXème siècle et jusqu'à 1971, le "franc français" n'avait jamais été qu’un nom donné à un certain nombre de milligrammes d'or ou d'argent, c'est-à-dire une masse d'or ou d'argent mesurée en milligrammes. Certains diront que le "franc français" était une unité apparente, l'unité réelle étant le milligramme d'or ou d'argent. Derrière des mots, l'unité "franc français" "voilait" de fait l'unité de quantité, de masse qu'est le milligramme d'or ou d'argent au point, un jour, de le faire oublier. Il n'y avait qu'un pas à franchir pour faire disparaître ce qu'elle dénommait, et ce pas a été franchi en 1971-73 : désormais, l'unité "franc français" ne représentait plus rien en termes de marchandise produite, alors qu'il était légalement l'unité de monnaie circulant en France. En 1971, donc, les hommes de l'Etat français ont tiré non pas sur le double voile, mais ce qu'il cachait : le prix en "francs français" (FF) d'un produit est simplement devenu un nombre de "francs français" donnés en échange de ce produit.

3 Le fait que les problèmes d'ajustement monétaire ne sont pas durables et se résolvent de toutes façons par des changements de prix est l'argument que Jacques Rueff et Ludwig von Mises objectaient aux élucubrations de Keynes sur le prétendu "équilibre de sous-emploi" de sa prétendue Théorie générale. Trop compétents et trop déférents pour soupçonner l'énormité élémentaire de son erreur ce qu'ils lui reprochaient c'était d'avoir postulé la possibilité d'un désajustement monétaire durable, en l'espèce d'une insuffisance durable de l'offre de monnaie par rapport à sa demande. Or, ce n'est pas d'un désajustement monétaire que Keynes tirait sa prétendue "fuite permanente" dans le circuit de la dépense, il ne raisonnait pas sur l'offre ni la demande de monnaie. Non, il bafouait simplement les lois élémentaires de l'arithmétique en disant en substance que "1 est égal à 0,8". Il était trop incompétent en économie pour raisonner en termes de désajustement monétaire, seul capable de réaliser sa fameuse "fuite dans la dépense", et trop prétentieux pour se rendre compte de la grossièreté de son erreur logique. Ce sont ses successeurs qui ont permis d'escamoter cette grossièreté-là en raisonnant en inflationnistes ordinaires, comme ses adversaires le lui avaient reproché ; et il en est d'autant plus faux de prétendre, comme le fait Paul Krugman, que reconnaître la possibilité d'une insuffisance temporaire de monnaie étant donné les prix existants serai une idée keynésienne : non seulement cette idée-là était admise bien avant lui, mais lui-même avait été incapable de la comprendre ! Sa contribution à lui à la science économique c'était de bafouer les lois de l'arithmétique pour rationaliser des dépenses inconsidérées de la part des hommes de l'état --et ceux-ci, depuis, le prennent apparemment au mot.

4 De fait, le PPDA qu'est la monnaie perdure en principe, mais le coût de l'échange qu'il cache diminue progressivement.

5 Il y a des services qui, localement, peuvent coûter plus cher ici que là : notamment le prix payé pour l’utilisation du sol. L’intervention de l’état raréfie aussi ces services-là, les rendant artificiellement plus chers ; cependant, comme elle appauvrit aussi ceux qui voudraient utiliser les terrains en question, on ne sait pas a priori si ces ingérences, finalement, font monter ou baisser ces prix-là. A l’inverse, lorsqu’en Nouvelle-Zélande le gouvernement a supprimé des subventions aux agriculteurs, les prix des terrains agricoles ont baissé mais, comme par ailleurs l’ensemble des activités étaient libéralisées, ils ont fini par reprendre leur valeur.

6 Les "banques de second rang" sont, dans un système monopolisé, celles qui demeurent concurrentielles entre elles mais sont forcées de se servir de la monnaie du monopole comme monnaie de réserve. C’est en raison de la régulation monétaire par les banques de "second rang" que Milton Friedman disait qu’on pourrait tout aussi bien se contenter de fermer la Fed, et laisser les banquiers se débrouiller avec la monnaie de réserve qui resterait à leur disposition

7 Même s'ils se posent beaucoup de questions à son sujet : cf. par exemple : http://www.federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2001/20011205/default.htm

8 Quand ils auront compris ce sera trop tard, ils n’auront pu accaparer que la production des billets mais -nonobstant les exhortations faites aux hommes de l'état de mettre la main sur la totalité de la production de monnaie comme celle énoncée par Maurice Allais- ils ne pourront pas mettre la main sur la production de monnaie par les banques sous forme de dépôts. Plus tard, lorsque à l’intérieur de la zone du monopole les banques se seront habituées à traiter sa monnaie comme une monnaie de réserve au même titre que la monnaie-marchandise, elles en viendront à considérer les comptes à vue qu’elles détiennent auprès de la banque monopoliste comme autant de réserves -- illustrant d'ailleurs en cela l’équivalence pratique des billets et des comptes à vue lorsqu’ils sont produits selon les mêmes règles. Depuis que les hommes de l’état ont éliminé les monnaies métalliques, dans la zone d’un de leurs monopoles la monnaie de réserve n’est plus faite que de la monnaie produite par ce monopole. Et quant à la forme de cette monnaie de réserve, elle est principalement constituée de compte à vue, les billets ne jouant plus qu’un rôle secondaire. Ce qui provoque les variations erratiques de la quantité de monnaie, ce sont donc principalement celles de ces réserves sous forme de comptes à vue auprès du monopole. Face à ces écarts, la régulation par la concurrence entre les banques non monopolistes qui les utilisent comme réserves ne peut plus suffisamment ajuster les offres aux demandes.

9 "Bagehot" se prononce : "Badgett".

Walter Bagehot est à la mode aujourd'hui comme en témoigne par exemple Madigan B. F. (2009) dans son intervention intitulé "Bagehot's Dictum in Practice: Formulating and Implementing Policies to Combat the Financial Crisis" (At the Federal Reserve Bank of Kansas City's Annual Economic Symposium, Jackson Hole, Wyoming), August 21.

10 La règle de Taylor a été fortement discutée ces derniers temps, y compris par son propre auteur : "Taylor Rule Change Will Hurt Fed’s Inflation Fight: John Taylor”

A faire suivre par ces commentaires retenus parmi bien d'autres :

--Michael McKee, “Taylor Says Fed Gets Rule Right, Goldman Doesn’t” --Bo Nielsen, “Taylor Rules Currencies, Not to Be Confused With the Other Guy”

11 Cf. Friedrich Hayek, “La Falsification de la science”

12 Cf. François Guillaumat et Georges Lane : "Le Charlatanisme Ordinaire"

13 Cf. François Guillaumat et Georges Lane : "La 'régulation' par l'état est impossible" Ecouter aussi "La Monnaie 2"