Trait_html_691a601b.jpg Vidéo 2ème partie : La crise de la zone euro, un problème sans solution ?

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Vidéo de la discussion

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Extraits

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Il faut bien reconnaître, que les dix dernières années ont été marquées par des dysfonctionnements majeurs des marchés. Ceux-ci doivent leur supériorité à ce que leur fonctionnement fait apparaître et diffuse des informations qui n'existeraient pas en leur absence. C'est l'efficacité informationnelle qui est la caractéristique première, et la principale justification de l'économie de marché. Or ces fondements ont été détruits au cours de cette période par trois coups de boutoirs :

1) le premier tient au caractère désormais "instantané" de l'information. Cet instantanéisme a tué la qualité. Dans un univers où ce qui compte est de réagir avant que les autres ne vous aient pris de vitesse, la prime à la qualité de l'information ne présente plus d'intérêt.

2) le second élément vient de "la trahison des financiers". Ils ont oublié qu'ils avaient des clients, concentrant de plus en plus leur attention sur le compte d'exploitation de leurs activités financières. Le drame est venu de ce que les établissements financiers étaient désormais sous le contrôle de gens qui ne risquaient plus de se retrouver à la rue pour y mendier leur subsistence, comme cela s'est produit en 1929. Leur obsession était de se mettre à l'abri des OPA pour ne pas perdre leurs jobs. Il y avait clairement un manque de contrôle interne. Les banques familiales où le pouvoir restait directement dans les mains des principaux actionnaires n'ont pas eu de problèmes, elles.

3) Le dernier facteur est enfin la confusion des métiers de la banque, crédit et finance. La confusion des genres a facilité la transmission de la crise au secteur réel de l'économie. Leur séparation ne peut être que bonne pour les banques.

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Les établissements financiers ne devraient pas être côtés en bourse. La majorité du capital devrait être détenue par des gens réellement responsables, qui risquent réellement de se retrouver à la rue en cas de faillite. enfin qu'on réduise les possibilités de transfert de la crise financière vers l'économie réelle. Il faut le rétablissement d'une véritable responsabilité financière personnelle dans la gestion et le contrôle des banques.

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La crise laisse une grande impression de malaise. Il est peut-être raisonnable de sauver une grande institution en situation de faillite pour éviter une crise générale du système. Mais cela reste hautement contestable du point de vue moral. Comment justifier que l'argent des contribuables soit utilisé pour sauver des gens qui ont pris trop de risque ?

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Aux Etats-Unis l'Etat a investi 300 Milliards de dollars pour renfluer Fanny Mae et Freddie Mac, General Motors et AIG, mais en réalité il n'a pas perdu un centimes dans les banques. Aux Etats-Unis, comme en France, l'argent mobilisé pour le soutien des banques a été rendu, ou est revenu vers l'Etat, avec des gains souvent très significatifs.Il n'y a pas eu vraiment d'argent public perdu dans le secteur bancaire et financier.

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Il n'est pas tout à fait vrai que, du moins aux USA, la responsabilité des actionnaires n'ait pas vraiment joué. Dès le troisième trimestre 2007, avant même les grandes faillites et le déclenchement de la grande paralysie des marchés, les grands établissements bancaires et financiers américains qui avaient lourdement investi dans les subprimes ont cherché à se recapitaliser massivement. Pour cela ils sont allés démarcher les grands fonds souverains étrangers pour leur offrir d'importantes prises de participations. Autrement dit, on a assisté à une dilution massive de leur capital qui a donné naissance à une forme de capitalisme mixte transfontalier. Nul doute que leurs actionnaires aient subi à cette occasion une sévère punition. Ce n'est qu'ensuite, lorsque tout le système s'est retrouvé paralysé, qu'on est allé chercher le concours direct des Etats eux-mêmes, avec pour sanction, cette fois-ci, le limogeage des dirigeants qui se sont trouvés remerciés du jour au lendemain. La morale n'a donc pas été totalement trahie. Il a existé quand même des sanctions. Il est normal de diluer le capital d'actionnaires qui ont failli en laissant faire une situation où les profits étaient d'abord distribués aux dirigeants et aux opérateurs, au détriment des actionnaires, du personnel, et de l'économie.

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Milton Friedman, dans une interview qui date de 2002, n'hésitait pas à dire : "dans les dix ou quinze ans à venir, la zone euro finira par éclater". Le raisonnement de Milton Friedman se déroule de la manière suivante : "on peut avoir une unification économique sans unification politique à condition de combiner la liberté du commerce et des mouvements de capitaux avec des taux de change flottants, car cet arrangement préserve l'autonomie des politiques des pays concernés. Lorsque les changes sont fixes, cette autonomie disparaît. Il n'existe plus de politique économique spécifique à chaque pays répondant à des conditions particulières. Certains ont plus de chômage, d'autres davantage d'inflation, alors qu'ils auront perdu la possibilité de mener la politique économique la mieux adaptée. Puisque pour que cela marche, il faudrait qu'ils perdent cette possibilité, c'est un sacrifice considérable qu'ils devraient accepter auquel je ne crois pas que les européens soient prêts". En quelques lignes, c'est tout le débat d'aujourd'hui qui est posé. Comme l'annonçait Friedman, il est clair que les pays européens n'ont pas abandonné cette possibilité de mener leur propre politique nationale.

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Friedman continuait : "A l'intérieur d'un pays comme les Etats-Unis, ce sont les mouvements de population qui rétablissent les équilibres. On ne peut pas compter sur de tels mouvements dans un espace aussi disparate que l'Europe ne parlant pas la même langue. Faute de pouvoir, au sein de la zone euro, utiliser l'arme de la dévaluation, les pays qui seraient concurrencés par des pays plus compétitifs n'auraient de choix qu'entre abandonner une partie de leurs acquis en termes de salaires directs ou indirects, ou laisser inéluctablement gonfler le chômage - scénario insupportable en termes politiques".

C'est exactement ce que l'on demande aujourd'hui aux grecs - et qu'il faudra nous demander aussi à nous, un jour, les grecs n'étant jamais que l'avenir de la France !

Il n'y a rien à ajouter. Tout est dit. C'est tout à fait le type de situation à laquelle les européens se trouvent aujourd'hui confrontés.

La vraie question qu'il faut se poser est pourquoi il se fait qu'il ait fallu attendre aussi longtemps pour y arriver. La réponse tient à ce que Alan Greenspan a appelé le "conundrum" - c'est à dire la baisse très importante des taux d'intérêt intervenue dans le monde depuis les années 1990, et qui trouve son origine dans le déversement sur les taux longs des excès d'épargne chinoise et pétroliers.

Les taux courts sont passés de 4 % au début des années 1990 à zéro aujourd'hui; les taux longs de 8 ù à 3 % . Ceci signifie que le poids de la dette française a diminué (de 3% à 1,5% du PIB) alors que, globalement, le niveau de la dette publique, lui, a doublé depuis le début des années 1990. Tout gouvernement a le choix entre faire des cadeaux au corp électoral ou perdre les élections. Si le cadeau ne lui coûte rien, ou presque rien, on ne voit pas pourquoi il se priverait de faire ce qu'il peut pour gagner les prochaines élections.

On assiste ainsi à une certaine vengeance de l'histoire. L'euro ayant bénéficié de la crédibilité allemande, nous avons vu dans l'ensemble de la zone euro des pays s'endetter aux taux allemands, au lieu de s'endetter à des taux grecs, italiens, espagnols ou français. Ce qui a facilité l'accumulation des déficits publics ainsi que de l'endettement privé (dans l'immobilier).

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Nos hommes politiques ne cessent de nous rappeler que, macroéconomiquement, nous avons fait plutôt mieux que l'Allemagne. C'est vrai, mais c'est grâce aux taux allemands que nous l'avons fait. Ce n'est pas grâce aux mérites de notre gestion publique. Le problème est qu'aujourd'hui, avec des taux d'intérêt courts à zéro, et des taux longs à 3 %, nous sommes arrivés au bout de cette extraordinaire avantage. Nous en avons tiré tout ce que nous pouvions en tirer. Nous ne pouvons pas aller plus loin. Au cours des dix années qui viennent, dans toute l'Europe, nous allons devoir vivre avec une tendance exactement inverse à celle que nous venons de connaître : les taux d'intérêt vont inévitablement remonter, et la charge de la dette, au lieu de diminuer, comme nous venons de le voir, va se mettre à croître plus vite que le PIB. Ceci est une certitude avec laquelle il nous va falloir vivre, qu'on le veuille ou non.

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Il n'y a pas d'union monétaire viable sans qu'il y ait un pouvoir économique central, avec un budget central, et l'interdiction aux différentes parties de s'endetter librement. C'est la seule solution possible. Mais c'est politiquement impossible. Ni Angela Merkel, ni Nicolas Sarkozy, ni même les deux ensemble ne pourront jamais convaincre l'ensemble de leurs partenaires européens qu'il convient que l'Europe soit désormais gérée centralement par un Monsieur van Rompuy.

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Et les autres solutions possibles ? La première est celle de l'éclatement de la zone euro, avec par exemple l'expulsion de la Grèce. On peut menacer les grecs. Mais il faut noter qu'une telle éventualité n'est pas prévue dans les traités, ce qui, d'un point de vue politique, rend l'éclatement rationnellement impossible. Par ailleurs, il s'agit d'une solution dont personne, parmi les partenaires de la Grèce, ne voudra. Pourquoi ? Parce qu'un tel scénario ne présente que des inconvénients. Les taux d'intérêt payés par les grecs flamberont. La charge de la dette sera multipliée par deux. La dette deviendra ingérable. Plus personne ne voudra prêter aux grecs. Ceux-ci se verront obligés de rétablir un contrôle des changes, et leurs partenaires pourront difficilement garder leurs frontières ouvertes à des produits grecs qui auront dévalué de 60% !

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Et si c'était l'Allemagne qui sorte de l'euro, cela ne serait-il pas mieux ? Imaginons ce cas de figure. Immédiatement l'Allemagne se retrouve la seconde monnaie de réserve du monde. Le nouveau DM réévalue de 60 %, avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer...

D'où la conclusion : nous sommes actuellement dans une situation à laquelle il n'y a, au sens propre, aucune solution. Le système actuel est invivable, mais toute solution est insupportable.

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La crise est d'abord et avant tout une crise de l'endettement : endettement des particuliers (aux USA, mais aussi en Espagne, en Italie...., un peu moins en France); endettement du système bancaire et financier (problème de Bâle II et de ses conséquences sur les effets de levier : pour 100 d'engagement, seulement 2,5 de capitaux propres dans certaines banques !); endettement des états enfin.

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Nombre de responsables veulent nous faire croire que l'essentiel de la dette française est un produit de la crise, et donc que le problème disparaîtra avec le retour de la croissance. Mais en réalité les deux tiers du déficit qui s'ajoute chaque année à la dette sont essentiellement d'origine structurelle, et seulement un tiers de nature conjoncturelle. Et cela dure depuis 35 ans. Pour régler le problème il faudrait diminuer les dépenses publiques de 30 %. Cela, on ne sait pas le faire.

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Le paradoxe de la zone euro vient de ce que nous avons cru, ou feint de croire que, puisque nous avions la même monnaie, toutes les dettes publiques bénéficiaient de la même fiabilité, de la même crédibilité, quelque soit le pays qui en était l'auteur. C'est ainsi que, par exemple, la BCE, au réescompte, acceptait aussi bien, de manière indifférente, de la dette souveraine grecque ou allemande. On voit ce qu'il en est aujourd'hui.

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C'est un problème sans solution. Il est bien de croire qu'il suffirait d'exclure les grec parce qu'ils se sont particulièrement mal comportés. Mais il ne faut pas oublier qu'en matière de montages acrobatiques ils n'étaient pas les seuls experts. Tout le monde était de ce point de plus un peu coupable. Donc, expulser les seuls grecs ne résoud fondamentalement rien. Faudrait-il alors que ce soient les plus vertueux qui s'en aillent pour donner naissanance à un super-euro entre les plus sérieux seulement ? Le problème reste toutefois qu'il n'y a jamais eu de dette européenne émise. Dans quelle monnaie les dettes passées seront-elles remboursées ? Comment les paiera-t-on ?

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Le vrai problème aujourd'hui est celui de la dette des états. Cette dette est-elle finançable ? est-elle tenable ? Est-elle refinançable ? Ces besoins de refinancement sont aujoud'hui considérables et, dans un monde où on ne peut plus guère compter sur les banques pour le crédit, on est en droit de se demander ce qui va rester pour financer les entreprises. La véritable interrogation aujourd'hui concerne le financement de l'économie pour les dix prochaines années. Il est à craindre que les papiers d'état ne préemptent massivement les prêteurs et t que les marchés ne privilégient la dette souveraine. Que restera-t-il alors pour financer la croissance ?

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