Contre tous les relativistes de gauche et de droite, Benoît XVI soutient que les économies de marché doivent être étayées par un engagement pour des biens moraux fondamentaux et une certaine vision de la personne humaine, si l’on veut que celle-ci serve l'humanité au lieu de nuire au bien commun:

« l'économie a besoin d’une éthique pour fonctionner correctement - pas n’importe quelle éthique, mais une éthique qui est axée sur les gens » (CiV, n° 45)

« Sans des formes internes de la solidarité et de la confiance mutuelle », écrit le Pape, «le marché ne peut pas complètement remplir son rôle économique » (CiV, n° 35).

Il est constant que cela est largement confirmé par la récente crise financière.

L’effondrement du marché des subprime aux Etats-Unis est au moins en partie attribuable au fait qu’il y a littéralement eu des milliers de personnes pour mentir sur leurs formulaires de demande de prêt hypothécaire.

Faut-il que nous soyons surpris que la violation massive de l'interdit moral contre le mensonge ait des conséquences économiques désastreuses ?

« La sphère économique », nous rappelle le pape, « n'est ni éthiquement neutre, ni intrinsèquement inhumaine et opposée à la société. Elle fait partie intégrante de l'activité humaine, et c’est précisément parce qu'elle est humaine qu’elle doit être structurée et régie de manière éthique »(CiV, n° 36).

Contrairement à la propagande, antérieure à l’encyclique, de certains commentateurs américains et de la presse britannique toujours aussi peu fiable, les anathèmes annoncés de l'autorité papale contre « le capitalisme mondial » y sont rejetés -- comme à l’accoutumée.

En termes économiques, le Pape décrit comme « erronée » l’idée éculée, que l'on entend habituellement chez des gens comme Hugo Chávez et ce qui peut rester de la bande rabougrie des théologiens vieillissants de la libération, comme quoi la richesse des pays développés dépendrait de la pauvreté des pays pauvres (CiV, n° 35).

C'est un coup pontifical à l’estomac contre une hypothèse de travail centrale de nombreux « militants » professionnels de la justice sociale.

Ils ne seront pas contents non plus du souci exprimé par le Pape sur la manière dont l'aide internationale peut engendrer des situations de dépendance (CiV, n° 58), sans oublier les critiques de Benoît XVI contre le protectionnisme (CiV, n° 42), ainsi que son insistance sur le fait qu’aucun degré de changement structurel ne saurait remplacer le libre choix du bien par les personnes :

« Le développement humain intégral suppose la liberté responsable de l'individu et des peuples : aucune structure ne peut garantir ce développement au-delà et au-dessus de la responsabilité humaine » (CiV, n°17).

Benoît ne considère pas non plus le marché comme moralement problématique en soi.

« En lui-même et par lui-même », dit le Pape, le marché n'est pas l’endroit où les puissants s’imposent aux faibles. La société n'a pas à se protéger contre le marché, comme si son développement devait ipso facto entraîner la mort de relations authentiquement humaines » (CiV, n° 36).

Ce qui compte, affirme Benoît, est la culture morale où subsistent les marchés.

Au cœur de l'économie il y a des personnes humaines. bDes gens dont l’esprit est dominé par une culture grossièrement hédoniste feront des choix économiques grossièrement hédonistes.

« Par conséquent », commente Benoît XVI, « ce n'est pas l'instrument qui doit rendre des comptes, mais les individus » (CiV, n° 36).

Cependant, les implications de la vérité pour la vie économique ne s'arrêtent pas là.

Pour Benoît, il s'agit d'une optique à travers laquelle il faut juger des idées telles que « l'éthique des affaires », l’« investissement équitable » et « la responsabilité sociale des entreprises. »

L'idée comme quoi les choix d'investissement et de gestion ont une dimension morale n'a pas grand-chose de nouveau. Ce qui compte pour Benoît XVI est de comprendre la morale qui sous-tend ces démarches. Le simple fait d'appeler « éthique » un plan d'investissement, note Benoît XVI, ne nous dit guère s’il est moral ou non (CiV, n° 45).

Une deuxième grande vérité, soulignée par Benoît XVI, est le caractère indispensable d'une forte société civile pour à la fois sous-tendre et limiter le marché et l'État.

Par ce terme, il ne désigne pas une multitude d'ONG entretenues par les hommes de l’état, dont Benoît XVI indique que certaines tentent d'imposer quelques-uns des pires aspects du mode de vie libertin de l’Occident aux pays en développement (CiV, n° 28).

Il existe certainement, estime Benoît XVI, un besoin de réévaluer (CiV, n° 24) la manière dont l'État réglemente les différents secteurs de l'économie.

En fin de compte, cependant, Benedict souligne que la vertu de la solidarité, comme il l’affirme, concerne des gens qui aiment véritablement leur prochain : on « ne peut donc pas être se borner à la confier à l'Etat » (CiV, n° 38).

Cela nous rappelle l'attention d’Alexis de Tocqueville à la manière dont l'habitude de la libre association limite la taille de l’état, tout en dissuadant les gens de se replier dans leur propre petite bulle.

L'économiste John Maynard Keynes est célèbre pour de nombreuses choses, y compris d’avoir dit que « dans le long terme, nous sommes tous morts. » La perspective de Benoît XVI sur la vie économique a un horizon plutôt différent.

Le pape demande aux gens de vivre leur vie économique à court, moyen et long terme, comme si vivre dans la vérité était éternellement important, pour ne pas dire éternellement pertinent pour le salut de leur âme.

Voilà un changement auquel nous pouvons tous croire Trait_html_691a601b.jpg

Ce texte a été publié sur le site de l'Acton Institute, sous le titre "Caritas in Veritate": Why Truth Matters", en date du 7 Juillet 2009