La « règle d’or », une niaiserie ?
Par Drieu Godefridi le jeudi 1 septembre 2011, 11:38 - Article - Lien permanent
Dans son essai fondateur "L’homme versus l’État", publié en 1884, Herbert Spencer considérait que, de même qu’il avait fallu apporter des limites aux prérogatives royales, la grande question des démocraties modernes serait celle des limites à apporter aux majorités parlementaires
Considérons, dès lors, avec bienveillance, l’idée d’insérer une « règle d’or », pour contraindre les gouvernements à l’équilibre budgétaire, dans la panoplie constitutionnelle de la Ve République (via la technique de la loi-cadre à valeur constitutionnelle, nouvel échelon de la hiérarchie des normes !).
L’idée est qu’en amendant la Constitution en ce sens, les gouvernements ne pourront plus creuser le déficit de l’État qu’en réunissant des majorités plus exigeantes que les majorités parlementaires ordinaires.
Trois remarques.
D’abord, constatons que cette consécration de la vertu budgétaire pour l’avenir aurait plus de crédibilité si la majorité parlementaire qui la porte commençait par se l’appliquer à elle-même. Ce n’est pas le cas.
Relevons ensuite qu’aucune règle ne vaut qui ne comporte la possibilité d’une exception législative ou prétorienne, laquelle, s’agissant d’un sujet aussi extensif que le budget de l’État, qui définit l’État lui-même, ne peut se concevoir qu’en termes très généraux et abstraits, type « circonstances de crise exceptionnelle » (par exemple, « lutter contre une perturbation de l’équilibre économique global », comme le stipule la Constitution allemande).
On devine sans peine qu’il ne faut pas être capable de réciter la Rhétorique d’Aristote en grec ancien pour arranger de telles circonstances qui permettront de tourner la règle aussitôt qu’on l’aura entérinée — ce que fit, par exemple, la France lorsqu’il s’est agi de piétiner cette préfiguration de la règle d’or qu’était le Pacte de stabilité européen, à valeur pourtant supraconstitutionnelle, ainsi que l’avait relevé à l’époque, en termes cinglants, la Cour de Justice des Communautés européennes (CJCE).
Ces exceptions à la vertu relèveront toujours d’un jugement d’opportunité que l’on va demander au Conseil constitutionnel, institué en gardien de l’équilibre budgétaire ( !), de poser en lieu et place de la majorité parlementaire (pour mieux s’indigner ensuite, on le devine, du « gouvernement des juges »).
Notons surtout que les États-Unis nous ont montré la voie en adoptant un plafonnement contraignant de la dette fédérale, dont l’effet principal ne fut pas d’amener le fort prodigue gouvernement américain à la rigueur budgétaire, mais d’en bloquer régulièrement le fonctionnement, le temps que soit votée, au terme d’un grand festin médiatique, une nouvelle dérogation au plafond théorique (trente-neuf dérogations depuis 1980).
Concluons-en que la règle d’or revient à décider fermement d’arrêter de fumer dans trois ans, sous réserve des circonstances particulières qui ne manqueront pas de surgir d’ici-là. Alors, que faire ?
L’Inspection générale des Finances nous montre la voie, qui vient de conclure à la piètre efficacité, en terme d’emploi et de lutte contre le travail au noir, de la moitié des niches fiscales et sociales, pour 52 milliards d’euros par an, soit la moitié du déficit budgétaire prévisionnel pour 2011.
Plutôt que de « raboter » par coups successifs et arbitraires lesdites niches, le temps n’est-il pas venu de les supprimer, quitte à en phaser la sortie ? Si l’idée d’une flat tax, un impôt à taux unique sans la moindre exception ni variation, paraît un objectif irréaliste à court terme, le démontage des niches fiscales permettrait de renouer, non seulement avec l’équilibre budgétaire, mais avec le principe d’égalité des Français devant l’impôt, et de simplifier la formidable usine à gaz du droit fiscal de la République.
L’Assemblée nationale en avait d’ailleurs pris la voie, notamment dans le domaine des services à la personne, avant que le lobbying forcené d’une seule entreprise ne conduise le Sénat à redécouvrir les mérites de cette niche fiscale qui obère cruellement les finances de l’État.
À l’instar des Républicains américains, qui refusaient récemment encore de réviser ne serait-ce que la niche fiscale dont bénéficient les propriétaires d’avions d’affaires, la droite française devra renoncer aux privilèges fiscaux et sociaux d’une partie de ses clientèles si elle souhaite qu’on la prenne au sérieux dans le débat budgétaire, plutôt que de s’abriter derrière l’absurdité juridique et politique d’une règle qui ne règlera rien du tout.

Philosophe et dirigeant d’entreprise, Drieu Godefridi est l'auteur de La réalité augmentée" (Texquis, 2011).
Commentaires
Bref papier effectivement (comme vous le disiez dans votre commentaire à l'article précédent), mais complet, tout y est, tout en pointant les seules voies réalistes : simplifier la fiscalité, ce qui aura en plus l'immense avantage de diminuer le risque et les variations permanentes liés à la complexité du système. Bizarrement, je crains que Bercy préfère monter une nouvelle usine à gaz..
Bravo et merci.
Alex
Merci pour cette analyse concise! Mais combien de temps faudrait-il pour que de telles mesures commencent à avoir une action? Le temps nous étant compté, je ne suis pas certain que nous puissions seulement en voir les effets positifs, d'autant que ce n'est pas le chemin proposé par aucun des candidats actuels à la prochaine élection...
Merci pour cette analyse aussi brillante que définitive ! Turgot devrait organiser une conférence avec vous, je serais présent !
@M. Godefridi
Je comprends la suspicion générale que peut susciter l'idée même de la règle d'or au sein des lecteurs de ce blog mais je ne partage pas le pessimisme ou le cynisme ambiant.
Certes l'instauration d'une règle ne remplace pas la vertu, mais convenons qu'elle est un premier pas dans la bonne direction.
Inscrite dans la constitution, cette régle ne pourra pas être bafouée facilement malgré les exceptions qu'elle pourra comporter .
L' exemple du pacte de stabilité européen que vous citez n'est pas significatif à mes yeux car il n'existe pas de constitution européenne à laquelle les peuples qui composent l'Europe adhèrent véritablement. Il est des lors facile pour tous les gouvernements de bafouer les accords divers sans se soucier des lamentations de la Cour Européeene. Quant au plafond de la dette US, il n'est pas inscrit lui même dans la constitution américaine.
Il ya des gens qui se font interdire eux-même des casinos. On en est là.
Il me semble qu'avec les monceaux de dettes accumulées dans le monde occidental, publiques et privées, un problème encore plus important que le contrôle des dépenses des états est la quasi certitude de défauts massifs de nombreux pays, et pas que des petits, ainsi que d'entreprises ou individus.
Arrivera-t'on à organiser ces défauts pour éviter un effondrement généralisé et anarchique ?
ça commençait bien, un argumentaire net et précis, et puis boum, le fantome étatiste, sorti par la porte, rentre par la fenêtre: "supprimons les niches fiscales", et pour la simplification de la fiscalité, on verra plus tard.
Supprimer les niches fiscales= augmenter les impots. Point barre. Peut on se payer ce luxe à l'aube d'une récession qui s'annonce carabinée ? NON.
Donc pas le choix: ce sont les niches dépensières qu'il faut raboter. Grand emprunt, dépenses d'avenir, poles de compétitivité, grenelleries, salaires des fonctionnaires, tout doit passer à la moulinette. Et comme cela ne suffira pas, un grand changement de paradigme fiscalo-social s'imposera:
fin de toutes les niches fiscales mais, en contrepartie, privatisation de nombre de dépenses sociales (y compris éducatives) et fiscalité "plate" ou "faiblement progressive".
Drieu nous dit que "c'est irréaliste", cantonant son propos à la flat tax. On en reparle dans 6 mois, quand l'état devra piteusement annoncer qu'il ne peut plus ni payer ses fonctionnaires, ni assurer ses transferts aux collectivités locales...
@ toto: vous posez la seule question importante.
Il faudrait que la réponse soit oui, il y a eu ici même des propositions en ce sens.
Mais la réponse des états sera "non", je le crains, incompétence et inféodation à des intérêts qui s'opposeront à une restructuration à leurs dépens...
Si au lieu de chercher à suivre la vertu budgétaire dans la règle d'or on regarde le niveau de corruption des pays européen(1) on découvre sur la "Carte du monde évaluant l'indice de perception de la corruption selon transparency International en 2010"(2) une forte corrélation entre endettement publique dans la CEE et corruption.
La chute de notre pays dans ce classement depuis la dernière présidentiel est inquiétante. (2)
A la lecture de l'article sur la corruption (3), j'ai retenu 2 points :
Corruption = Monopole + Pouvoir - Transparence
Népotisme
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Indice...
(2) http://www.transparency.org/policy_...
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Corrup...
Il me semble que la crise actuelle est une crise du manque de liquidité.
Un autre éclairage sur cette crise est l'article 104 du traité de Maastricht, qui interdit aux états d'accéder à ces liquidités.
http://www.dailymotion.com/video/x7...
@ Real : merci pour votre critique argumentée et votre intéressante comparaison avec l'interdiction de casino. Le problème, ce sont les exceptions. Ainsi la Constitution allemande permet de déroger à la RO en cas de perturbation de l'équilibre économique global : y a-t-il une seule minute, dans l'histoire économique, où l'on puisse conclure à l'absence de perturbation ?
@ Vincent : d'abord, la fin des niches fiscales t'apparaît comme un "fantôme étatiste" puis tu la préconises; quelle est exactement ta position ? Supprimer les niches fiscales = augmenter les impôts. Oui, augmenter les impôts des "nichés" en les ramenant à la règle d'imposition commune applicable à tous les Français. Si ton IRPP est à 40 et celui de ton voisin, revenu identique, à 25, ne serait-il pas préférable de vous mettre tous les deux à 32,5 ? La niche fiscale constitue le vecteur par excellence des privilèges que le pouvoir politique distribue à ses clientèles, particulièrement à droite (la gauche privilégiant la dépense étatique brute); toutefois il n'existe, entre les deux, qu'une différence de modalité, et non de nature : il est bien évident que c'est VB qui paie la niche fiscale de son voisin.
@ autres : merci pour vos commentaires :-)
Tout le monde se focalise sur le déficit budgétaire en s’alarmant sur le niveau des dettes publiques calculé en % du PIB. D’abord, le PIB est un instrument approximatif qui ne représente la réalité que de très loin en survalorisant toute sous-traitance, et en sous-évaluant toute autoconsommation. Il est de plus exprimé dans la monnaie du pays concerné et donc pas nécessairement dans la monnaie des emprunts. De plus on ne comprendrait pas de laisser de côté la dette privée. Il serait étrange de bâtir une règle d’or à partir d’un instrument aussi contestable.
Les inquiétudes des créanciers ont trouvé leur origine dans la mauvaise gestion économique des pays emprunteurs constatée par le creusement de leurs déficits commerciaux. Ceux-ci sont la mesure brutale non pas seulement du dérèglement financier, mais beaucoup plus concrètement de la désindustrialisation, et de la délocalisation des services. L’origine de ces pertes de substance est certainement à trouver pour partie dans des dumpings de quelques pays (social, environnemental, monétaire), mais aussi dans l’inefficacité de la gouvernance publique des pays occidentaux. La source de nos maux n’est pas que le fait de pays cyniques qui abusent des règles de libre-échangisme commercial et financier. Elle provient aussi de l’hypertrophie d’états qui ont brouté la laine sur le dos des producteurs. S’il faut pourfendre l’ultra-libéralisme qui a ouvert nos frontières à des produits et services bas de gamme, et à des capitaux errants, il faut également s’attaquer à l’ultra-étatisme qui sous couvert de « principe de précaution », de « sécurisation » conduit à une mise en tutelle de tous les citoyens, la prolifération de l’esprit de rente (pour ceux qui en bénéficient et qui s’y accrochent) au détriment du développement de l’esprit d’entreprise et d’audace.
@olivier seutet
Les dépense de sécurité sociale augmente régulièrement elle représente 22% du PIB soit 2/5 des dépense de l'état : dont 11% pour la santé, 7% pour la vieillesse et 5% pour la famille.
En 2004 les dépenses de sécurité sociale ont dépassé celle de l'état.
Il me semble qu'il faut précis quelle part de l'état est hypertrophié.
L'écologie fait grand bruits, mais elle ne représente moins de 1% du PIB.
Il y a des coupe dans les effectif de la police qui ne représente que 1% PIB.
L'éducation coute 6% du PIB, mais sa faible efficacité produits 150 000 jeunes sans diplômes qui seront chômeur à 45%. On réduit le budget de l'éducation.
La France investi de plus en plus dans la santé et les retraites. Cela ne permettra pas de préparer l'avenir. La pression du vote des personnes âgés est de plus en plus important d'année en année.
@Drieu Godefridi
Tant que l'électeur voudrait plus de clientélisme la « règle d’or » restera une niaiserie.
La règle d'or va-t-elle être inscrite dans la constitution de la Grèce ?
La Grèce respectera-t-elle un jour la règle d'or ?
La Grèce remboursera-t-elle ses dettes ?
Vendredi 2 septembre 2011 :
Grèce : taux des obligations à un an : 72,054 %. Record historique battu.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Grèce : taux des obligations à 2 ans : 47,202 %. Record historique battu.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 18,282 %. Record historique battu.
Pour aider nos politiques dans leur soudain élan de "vertu budgétaire", soyons créatifs !
Plutôt que la règle d'or dont on devine les difficultés d'application, surtout en l'absence de sanction du personnel politique, il existe un moyen simple d'équilibrer les comptes. Il s'agit de la compensation des déficits de l'année N par l'augmentation en N+1 d'une taxe portant indifféremment sur toute la population, typiquement la TVA. Déficit de 10 milliards en N ? La TVA passe automatiquement de 19,6 à 20,6 pour l'année N+1. 150 milliards de déficit en N ? Etc.
La compensation informerait précisément la population sur les conséquences de l'action du personnel politique, éclairant son choix lors de l'élection suivante.
Ceci dit, cette proposition ne contribue pas au nécessaire dégonflement de l'Etat providentiel.
@ olivier seutet : merci pour vos réflexions nuancées. S'il y a un facteur que j'exclurais, toutefois, dans la misère budgétaire de l'Occident, c'est le libre-échange. C'est sûr que de le pratiquer avec des Etats cyniques tels que la Chine n'est pas ce qu'il y a de plus recommandable, car nous dotons de facto ces héritiers non repentis du totalitarisme de pouvoirs phénoménaux (not. en devises), mais fermez les frontières et nous serons tous plus mal lotis. Renforcer l'OMC serait plus intéressant.
@ bubulle : excellente idée, comme tout ce qui va dans le sens d'une plus grande lisibilité de la prédation fiscale : une niche est tellement plus sympathique qu'un privilège. On vous rétorquera que la TVA, qui frappe mêmement le pauvre et le riche, est socialement injuste, et que donc s'impose de répartir la charge plus équitablement entre TVA, IRPP, imposition du capital, des super-riches, etc., bref le grand mille-feuilles qui masque tout.
Il est aussi frappant de constater qu'une fois qu'on les a institués, ces privilèges ou niches fiscales occupent régulièrement la presque totalité de l'espace médiatique. Exemple : la TVA sur la restauration; les restaurateurs se sentaient légitimement lésés de payer plus de TVA que les fast-foods, qui ne les comprend ? N'eut-il pas été préférable de ne pas "nicher" les fast food en premier lieu ?
Autre exemple, plus dérisoire encore : la TVA sur les parcs à thème, qui occupe ces jours-ci les unes des journaux !!! Evidemment, dès lors qu'un secteur économique s'est développé à l'abri d'une niche fiscale, dès qu'il s'agit de la lui retirer, le lobbying se fait furieux : question de survie ou, à tout le moins, de rentabilité. Et nos serviteurs de l'Intérêt général d'adopter de mâles postures : ON MY DEAD BODY l'augmentation (ie, retour au droit commun) de la TVA sur les parcs à thème !! NO PASARAN, riposte le Président, il faut augmenter la TVA sur les parcs à thème, vous êtes irresponsable, etc. Nous n'échapperions à ces sarabandes médiatiques grotesques que par l'abolition constitutionnelle du principe même des niches fiscales. Une belle nuit fiscale du 4 au 5 août. Déjà, les privilèges qui avaient été abolis étaient de nature essentiellement fiscale. Je n'ai aucune sympathie pour ce cortège d'abjections, humaines et intellectuelles, qu'aura été la Révolution française, sauf précisément cette salutaire abolition des privilèges. Les privilèges agissent toujours, à la longue, comme un dissolvant sur le fragile tissu des solidarités interpersonnelles (ie dans le sens le plus élémentaire, celui de supporter la vie en commun !). Les niches fiscales sont et ne sont QUE cela : des privilèges. Il faut les abolir.
http://tinyurl.com/429x63r
Cher Drieu
"N'eut-il pas été préférable de ne pas "nicher" les fast food en premier lieu ?"
Bien sùr. Bien sûr que les niches fiscales sont des privilèges qu'il faut supprimer. Mais le vrai problème, le problème essentiel est celui de la fiscalité globale dont les niveaux trop élevés conduisent précisément à multiplier ensuite les "cadeaux" électoraux sous forme de niches et franchises. C'est politiquement très rentable. On comprend alors pourquoi les hommes politiques tardent tant à s'attaquer au problème global et préfèrent s'en prendre directement aux niches qui apparaissent à l'évidence comme les plus injustes.
Ceci dit, je crois que c'est une erreur de stratégie politique. Si les cadeaux rapportent des voix sectorielles, leur suppression mobilise les clientèles des avantages acquis qui forment précisément les lobbies les mieux organisés de la majorité (sinon ils n'auraient jamais acquis ces privlèges). C'est ce que l'on voit actuellement avec la réaction de Raffarin, qui risque de faire un tort considérable à la cause du Président.
A mon avis il vaudrait mieux poser d'emblée le problème des niches et de leur suppression dans le cadre d'un projet de changement paradigmatique de la fiscalité (pour reprendre l'expression de Vincent) et de révision des dépenses publiques, que de séparer les deux problèmes et de les aborder séquentiellement sans faire de lien direct. Le scandale des niches est précisément un bon argument pour justifier une projet de révision fiscale plus radical. Vue l'évolution de l'opinion publique qui semble réagir plutôt dans la bonne direction, dixit les sondages, il n'est pas évident que ce soit nécessairement une mauvaise stratégie électorale. Mais ce n'est pas vers quoi, semble-t-il, on s'oriente.Dommage. Une nouvelle occasion de gâchée ?
@ l'auteur :
Sur la question des niches fiscales, je crois modestement dénoter une contradiction dans vos propos (entre l'article et vos réponses aux commentaires des lecteurs).
Oui à une grande réforme fiscale ; synonyme de justice et de simplicité. Les citoyens français globalement fortement taxés (cf. taux des prélèvements obligatoires) doivent percevoir avec précision le niveau et la nature de la prédation fiscale de leur Etat (sans oublier les dépenses sociales et les dépenses des collectivités locales). Je suis bien d'accord.
Mais, ensuite, je ne comprends plus : comment pouvez-vous affirmer que " le démontage des niches fiscales " accompagné de l'instauration d'une flat tax permettrait de " renouer avec l'équilibre budgétaire " ! Si je reprends votre exemple ci-dessus (une de vos réponses @ vincent) : l'IRPP des 2 voisins à 25 % et 40 %. En premier lieu, pour avoir " avant application des niches " un taux d'IRPP moyen de 40 %, il faut - eu égard à la progressivité des taux de l'IRPP et à la valeur maximale du taux de 41 % - disposer de revenus très importants (sauf erreur de ma part : de l'ordre de 1 M€ / an). Je ne suis pas fiscaliste mais pour que le voisin " niché " ait un taux ramené " après application des niches " à 25 %, je ne sais pas trop comment il fait ! ... Mais passons sur les calculs artithmétiques. Plus fondamentalement, dans votre exemple, je comprends bien le gain d'égalité fiscale arithmétique mais en quoi les recettes de l'Etat sont-elles améliorées ? Après réforme, les gains des uns ne sont-ils pas globalement égaux aux pertes des autres ? N'est-ce pas justement le but de la flat tax ?
En réalité, la question des niches fiscales est avant tout politique. Est-elle vraiment économique ? Beaucoup de commentateurs / journalistes parlent du rapport de l'Inspection des Finances sur les niches fiscales mais combien d'entre eux l'ont lu de façon détaillée. Comment est-il réellement démontré que telle ou telle niche fiscale est pas / moyennement / peu efficiente ?
Par ailleurs, je trouve un peu troublante votre comparaison avec l'abolition des privilèges d'août 1789 !
Je suis également étonné par la négligence que vous semblez entretenir vis-à-vis du vrai fait fiscal majeur : la fiscalité française est très lourde, les taux de prévèlements obligatoires sont très élevés, et les dépenses de l'Etat (au sens large) représentent 56 % du PIB national !
La vraie urgence fiscale n'est-elle pas la réduction progressive mais certaine et sensible des dépenses publiques ?
Le sujet politique et médiatique des niches fiscales n'est-il pas entretenu pour dérober l'attention des citoyens sur une question de fond : le train de vie inadapté de notre Etat et de nos collectivités ?
En 1967, le gouvernement de l'époque a procédé, par ordonnances, à la division de la Caisse nationale de sécurité sociale créée en 1946 en quatre branches et a mis à la tête de chacune une caisse nationale - accidents du travail, maladie, vieillesse, famille - dans le premier but de connaître les chiffres de chacune et dans le second qu'il y ait équilibre financier - REGLE D'OR ad usum SECURITE SOCIALE -.
La Cour des comptes a reçu mission de veiller à ce que l'équilibre soit réalisé.
Pour qu'il n'y ait pas de "perte en ligne", au sommet des URSSAF a même été créée l'ACOSS.
En 1973, la Cour des comptes explique dans un rapport qu'elle n'est pas en mesure de remplir sa mission !
En 1978, Raymond Barre, Premier ministre, crée la Commission des Comptes de la Sécurité Sociale pour essayer d'y voir clair !
On sait la suite :cf. mon livre http://blog.georgeslane.fr/post/200...
La règle d'or inscrite dans la Constitution est un nouveau leurre... dans un contexte où le discours admis consiste à parler d'un déficit de l'Etat exprimé en pourcentage du PIB et non pas en pourcentage des vols légaux - i.e. des impôts -.
Seule une diminution des dépenses de la galaxie étatique est la solution. Peu importe l'égalité de comptabilité publique des dépenses et des vols légaux, curieusement dénommée "recettes fiscales"
D'ailleurs, il y a une autre curiosité : pourquoi parler d' "équilibre".et non pas d'égalité de comptabilité publique ? Parce qu'il y a des "forces " qui doivent être équilibrées ? Quelles "forces" ? A priori, les dépenses publiques et les vols légaux ne sont pas des forces, mais des résultats d'actions d'hommes de l'Etat..
@ Benoît : je suis d'accord avec vous, tout le monde veut une baisse de la fiscalité et je ne conteste pas que les prélèvement obligatoires ont atteint, en France comme dans d'autres Etats européens, des niveaux obscènes et contre-productifs. Toutefois on ne changera pas de paradigme simplement en baissant les impôts, encore moins en s'en tenant au registre verbal comme le fait si bien la droite depuis 1945 (mieux encore, depuis Giscard). La constitutionnalisation de l'égalité devant l'impôt en la forme d'une flat tax marquerait un changement paradigmatique. Ce qui se rapproche le plus d'une flat tax (sur la consommation) à l'heure actuelle est la TVA : et voyez comme chaque dérogation, et retour sur la dérogation, suscite d'intenses controverses. Je lis ce matin que Sarkozy serait revenu sur la fin de la niche fiscale des parcs à thème suite à l'intervention de JP Raffarin : si c'est vrai, les parcs à thème seront à la droite française ce que la niche fiscal des avions d'affaire est aux Républicains américains. D'une flat tax constitutionnalisée, on peut attendre moins de manipulations et une plus grande lisibilité.
Quant aux niches fiscales. Pardonnez le simplisme de mon exemple chiffrée, qui n'avait aucune prétention d'exactitude, seulement de faire sentir que, du point de vue du non-niché, subvention publique et niche fiscale, c'est blanc bonnet et bonnet blanc : c'est le Français ordinaire qui paie (ordinaire, c'est évidemment ce que Vincent Bénard n'est pas !).
La dette de l'Etat est ce qu'elle est. Indépendamment de la question de savoir s'il est encore possible/souhaitable de la rembourser - ce que je crois, ne serait-ce que par égard aux conséquences cataclysmiques d'un défaut, même partiel - tout le monde s'accorde à dire qu'il faut, à tout le moins, cesser de la creuser, donc revenir à l'équilibre (égalité, © GL !) budgétaire. Alors oui, il faut réduite les dépenses publiques, et drastiquement : tout ce qu'a fait Sarkozy, de ce point de vue, n'est pas méprisable; je songe notamment au non-remplacement d'une partie des fonctionnaires.(On nous dit que cela ne représente qu'un chiffre dérisoire par rapport à la dette; un argument qui n'est pas sans évoquer le surendetté qui se refuse aux économies "bout de chandelle" ! Idem pour le retour au taux ordinaire de la TVA pour les parcs à thème, qui n'aurait rapporté "que" 90 millions : et alors ? Qui payera ces 90 millions, en cas de dérobade présidentielle, si ce ne sont les Français et les entreprises soumis au droit commun ?) Mais comment imaginer de réduire les dépenses publiques de 100 milliards d'euros par an, d'un coup ? D'autant que les meilleurs économistes (Lepage, M. Wolf du FT, etc.) nous mettent en garde contre le double dip auquel nous condamnerait une découverte trop précipitée de la vertu ? AUCUN Etat occidental n'y est parvenu ni ne l'a même imaginé. Dès lors, en plus de la réduction des dépenses, le choix se résume à : brûler les niches fiscales, ou augmenter les impôts des Français. L'abolition des premières me paraît nettement préférable.
Pourquoi tant de niches fiscales? c'est pourtant très simple.Sans leurs existences la seule application du droit commun conduirait à la diminution voir la disparition des activités économiques nichées et à la multiplication du travail au noir( j'espère que l'on peut encore écrire cela??)
une niche fiscale c'est la fuite en avant et la création ou le maintient d'activités non concurrentielles.La fiscalité verte existante et à venir que nous promettent les verts illustrent à merveille mon propos .on peut les prendre une par une elles entrent toutes dans ce moule :le clientélisme ,l'opportunisme et trop souvent l'ignorance de ce qui se voit et ne se voit pas sont à la base de nos stupidités hexagonales