Rapport sur le GIEC : petit meurtre entre amis
Par Drieu Godefridi le samedi 4 septembre 2010, 17:44 - Article - Lien permanent
Le Conseil interacadémique (en anglais InterAcademy Council, IAC) vient de rendre
un rapport qui constate que le fonctionnement du Groupe d’experts
intergouvernemental sur le climat (GIEC) est lacunaire à tous les niveaux, du
traitement des sources à la communication, en passant par la prise en compte des
opinions scientifiques divergentes, la prévention et le règlement des conflits d’intérêt,
la transparence sur les données factuelles retenues, etc.
L’IAC en appelle à une réforme structurelle radicale de l’organisation, comportant la création de nouveaux organes de direction et la réforme des organes et procédures existants.
Enfin, l’IAC suggère de limiter à la durée de production d’un seul rapport les fonctions de président du GIEC, et de présidents de ses Groupes de travail, suggérant ainsi, de manière implicite mais catégorique, la démission de M. Pachauri, président du GIEC depuis 2002.
La sévérité du Conseil interacadémique, présenté comme la quintessence de la science mondiale, peut surprendre.
Ce rapport est, en réalité, le fait d’un comité de douze scientifiques, issus des sciences humaines autant qu’exactes, présidés par un économiste; deux de ses membres (sur douze) ont été des experts du GIEC, et le savoir d’un troisième sera mis à profit pour la rédaction du cinquième rapport du GIEC.
Constatons également que M. Pachauri, le président du GIEC, était le coauteur d’un récent rapport du Conseil interacadémique, consacré aux énergies renouvellables (octobre 2007) et que le directeur général du Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE, dont le GIEC est une émanation), M. Achim Steiner, commentait déjà dans la presse mondiale le rapport du Conseil interacadémique sur le GIEC, avant que celui-ci ne soit diffusé : on ne saurait mieux illustrer les relations incestueuses du GIEC et de son « juge ».
Nemo iudex in sua causa, disaient les juristes romains, the censors cannot be judge and parties (E. Coke) : le principe est universel, on ne peut être juge de sa propre cause.
Pourtant, la critique est radicale et les réformes structurelles proposées vont incontestablement dans la bonne direction. Sans doute les carences du GIEC étaient-elles devenues trop évidentes pour que des scientifiques éminents s’abaissent à les nier.
Regrettons toutefois que la saisine, comme disent les juristes, du Conseil interacadémique, ait été limitée aux procédures du GIEC, et non élargies à son principe même. Car non seulement le rapport du Conseil ne mentionne-t-il qu’en passant, sans l’examiner, la suggestion (formulée notamment par l’auteur de ces lignes) de réduire le GIEC à son premier Groupe de travail, le plus proprement scientifique, encore le Conseil recommande-t-il au GIEC d’ « ''explorer les options structurelles de nature à prendre en compte le caractère de plus en plus interdisciplinaire de la science, sans être contraint par des précédents historiques''. » (p. 58).
Or c’est précisément le mélange des genres, la trop grande compénétration de savoirs disparates et hétérogènes qui, chacun pour ce qui le concerne, n’est pas encore arrivé à maturité, qui constitue la principale carence méthodologique, épistémologique, du GIEC.
Cette carence, le Conseil interacadémique, lui-même composé de scientifiques d’horizons divers, ne l’a pas identifiée - sans doute cet examen à la racine eût-il excédé son mandat.
Quoi qu’il en soit, saluons l’improbable indépendance et la qualité du travail du Conseil interacadémique et appelons les plus exposés médiatiquement des experts du GIEC à observer à tout le moins une période de latence, de réflexion, d’autocritique (et, dans le cas de M. Pachauri, de démission).
Osons également soumettre que le rapport du Conseil devrait amener certains faiseurs d’opinion à reconsidérer la
ferveur passée de leur enthousiasme face au GIEC. Le contraste entre le quasiunanimisme
dans la recension par la presse, depuis dix ans, des rapports du GIEC,
et le caractère radical des critiques du Conseil intercadadémique, invite, en effet, à la
réflexion.
Drieu Godefridi est docteur en philosophie (Paris IV-Sorbonne) et essayiste ; il vient de publier « Le GIEC est mort, vive la science La version originale de cet article a été publiée dans Le Monde en date du 1 Septembre 2010, ainsi que dans La Libre Belgique.
Commentaires
SCIENCE SANS CONSCIENCE N’EST QUE RUINE DE L’ÂME !
On ne cesse de nous expliquer que le GIEC, qui rassemble des scientifiques dont la compétence parait indiscutable, fonctionne par « consensus ».
Selon le dictionnaire Larousse, un consensus est un accord de consentement du plus grand nombre.
Ceux que l’on appelle les climato sceptiques préfèrent la démarche qui comme le préconise Descartes doit mettre en doute toutes les connaissances qui nous semblent évidentes pour établir un fondement scientifique inébranlable dont sera déduit tout le reste.
Pour le GIEC le consensus, accord de la majorité sur des points que l’on ne met pas en doute, relève peut être de la science puisqu’il est pour partie le fait de scientifiques, mais il relève surtout de la politique et pourrait être obtenu par vote, par référendum et pourquoi pas par sondage.
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Notre bon François Rabelais aurait-il accepté de faire partie du GIEC ou d’en cautionner les oukases et autres conclusions péremptoires ?
Est-il possible et raisonnable en effet, ainsi que le fait le GIEC, de mélanger sans risque science et politique ?
Non ! Loin de moi l’idée de sous entendre que la politique se fait au plus grand mépris de la conscience, mais enfin ! Il y a quand même des arrangements, et l’exemple d’Albert Einstein dont les découvertes ont été utilisées aux fins militaires que l’on sait, et qui en a terriblement souffert, montre bien que les politiques sont parfois loin de considérer que pour être véritablement au service de l’Homme, la science doit être liée à cette conscience morale qui caractérise les vrais scientifiques, et peut-être pas toujours ces mêmes politiques.
On objectera certes que ce sont les tenants et conservateurs de l’ordre moral, qui s’opposèrent aux travaux de la première dissection humaine que fit à Montpellier, Rabelais, le célèbre curé de Meudon.
Ce sont les mêmes qui firent que Galilée condamné à la prison à vie par la Congrégation du Saint-Office aurait murmuré dans sa barbe, le 22 juin 1633 : « Mais pourtant elle tourne ! ».
C’est vrai ! Mais après tout n’y avait-il pas chez ces inconditionnels de la conscience morale un soupçon de comportement politique lié au fait qu’il faillait ménager la chèvre et le chou, en l’occurrence faire en sorte que l’école de médecine de Montpellier ne soit pas trop en avance sur les autres ; ou que les partisans du géocentrisme ne soient pas trop brutalement ridiculisés par Galilée.
Il a fallu la ténacité de Louis Pasteur pour que son vaccin de la rage passe outre le consensus du monde médical dont il avait le tort de ne pas faire partie.
Sans vous inviter Messieurs les scientifiques du GIEC à faire preuve d’un peu de conscience dont on ne veut pas croire que vous êtes dépourvus, pussions nous par contre vous inviter à un peu plus de modestie, en ne considérant pas, comme le firent les géocentristes, que la terre est le centre de l’Univers, et que les petits cirons que nous sommes sur cette terre ont tout pouvoir pour régenter cet Univers et notamment agir sur les facteurs qui gouvernent le climat.
Pour en revenir à la conscience et afin que la science ne devienne pas ruine de l’âme, il serait bon que cette science dirigeât ses recherches, non plus sur le rôle illusoire de l’Homme sur le changement climatique, mais sur les conditions dans lesquelles l’humanité peut s’adapter à ce changement auquel de plus en plus d’entre nous et surtout de grands scientifiques consensuso-sceptiques croient que ne pouvons rien.
N’oubliez pas que de cette adaptation au réchauffement, entre autres, dépend l’espoir que nous avons tous que ne meurent plus de faim ces malheureux petits dont des dizaines ont disparu dans le monde depuis que vous avez commencé à lire ce commentaire.