L’IAC en appelle à une réforme structurelle radicale de l’organisation, comportant la création de nouveaux organes de direction et la réforme des organes et procédures existants.

Enfin, l’IAC suggère de limiter à la durée de production d’un seul rapport les fonctions de président du GIEC, et de présidents de ses Groupes de travail, suggérant ainsi, de manière implicite mais catégorique, la démission de M. Pachauri, président du GIEC depuis 2002.

La sévérité du Conseil interacadémique, présenté comme la quintessence de la science mondiale, peut surprendre.

Ce rapport est, en réalité, le fait d’un comité de douze scientifiques, issus des sciences humaines autant qu’exactes, présidés par un économiste; deux de ses membres (sur douze) ont été des experts du GIEC, et le savoir d’un troisième sera mis à profit pour la rédaction du cinquième rapport du GIEC.

Constatons également que M. Pachauri, le président du GIEC, était le coauteur d’un récent rapport du Conseil interacadémique, consacré aux énergies renouvellables (octobre 2007) et que le directeur général du Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE, dont le GIEC est une émanation), M. Achim Steiner, commentait déjà dans la presse mondiale le rapport du Conseil interacadémique sur le GIEC, avant que celui-ci ne soit diffusé : on ne saurait mieux illustrer les relations incestueuses du GIEC et de son « juge ».

Nemo iudex in sua causa, disaient les juristes romains, the censors cannot be judge and parties (E. Coke) : le principe est universel, on ne peut être juge de sa propre cause.

Pourtant, la critique est radicale et les réformes structurelles proposées vont incontestablement dans la bonne direction. Sans doute les carences du GIEC étaient-elles devenues trop évidentes pour que des scientifiques éminents s’abaissent à les nier.

Regrettons toutefois que la saisine, comme disent les juristes, du Conseil interacadémique, ait été limitée aux procédures du GIEC, et non élargies à son principe même. Car non seulement le rapport du Conseil ne mentionne-t-il qu’en passant, sans l’examiner, la suggestion (formulée notamment par l’auteur de ces lignes) de réduire le GIEC à son premier Groupe de travail, le plus proprement scientifique, encore le Conseil recommande-t-il au GIEC d’ « ''explorer les options structurelles de nature à prendre en compte le caractère de plus en plus interdisciplinaire de la science, sans être contraint par des précédents historiques''. » (p. 58).

Or c’est précisément le mélange des genres, la trop grande compénétration de savoirs disparates et hétérogènes qui, chacun pour ce qui le concerne, n’est pas encore arrivé à maturité, qui constitue la principale carence méthodologique, épistémologique, du GIEC.

Cette carence, le Conseil interacadémique, lui-même composé de scientifiques d’horizons divers, ne l’a pas identifiée - sans doute cet examen à la racine eût-il excédé son mandat.

Quoi qu’il en soit, saluons l’improbable indépendance et la qualité du travail du Conseil interacadémique et appelons les plus exposés médiatiquement des experts du GIEC à observer à tout le moins une période de latence, de réflexion, d’autocritique (et, dans le cas de M. Pachauri, de démission).

Osons également soumettre que le rapport du Conseil devrait amener certains faiseurs d’opinion à reconsidérer la ferveur passée de leur enthousiasme face au GIEC. Le contraste entre le quasiunanimisme dans la recension par la presse, depuis dix ans, des rapports du GIEC, et le caractère radical des critiques du Conseil intercadadémique, invite, en effet, à la réflexion. Trait_html_691a601b.jpg Drieu Godefridi est docteur en philosophie (Paris IV-Sorbonne) et essayiste ; il vient de publier « Le GIEC est mort, vive la science La version originale de cet article a été publiée dans Le Monde en date du 1 Septembre 2010, ainsi que dans La Libre Belgique.