De même qu’il ne viendrait à l’idée de personne d’exiger d’un franc-maçon qu’il s’agenouille devant la Sainte Croix en gémissant des excuses au Seigneur pour s’être détourné de Sa Lumière, on ne voit pas ce qui légitime le non-catholique dans sa volonté de réformer la théologie chrétienne.

Par exemple, l’Eglise est contre l’avortement. Sujet difficile s’il en est. Même les politiques qui lui sont le plus opposés se sont bien gardés, aux Etats-Unis notamment, de l’interdire. C’est que l’avortement répond, dans des cas limités, à des exigences factuelles si pressantes, que sa prohibition intégrale serait nécessairement hypocrite. Toutefois l’Eglise n’est-elle pas fidèle à son enseignement lorsqu’elle combat l’industrialisation de l’avortement dans les pays occidentaux ?

Autre exemple, l’Eglise persiste à soutenir que la fidélité conjugale est un remède plus sûr contre la propagation des maladies sexuellement transmissibles que le préservatif. Il fut un temps où la question de la contraception a tant occupé les médias qu’on associait spontanément le Pape à l’image d’un préservatif souriant. On peut discuter de la pertinence de cette position, de son adéquation aux réalités de l’Afrique subsaharienne, etc. Reste qu’elle ne paraît pas totalement aberrante et que c’est bien le droit de l’Eglise, fidèle à sa tradition millénaire, que de la soutenir.

Domine aujourd’hui la question des prêtres pédophiles. Une fois encore, l’Eglise paraît seule contre tous. Monseigneur Léonard (l'archevêque de Malines-Bruxelles) refuse d’abonder dans le sens des commentateurs et de l’opinion qui exigent de lui une plus grande empathie à l’égard des victimes. Bref, qu’il fasse allégeance à la sphère médiatico-politique. Ce que l’évêque, mélange d’orgueil et d’intelligence médiatique, refuse.

Toutefois le sujet ne se traite pas comme les précédents. La sodomie des enfants est difficilement compatible avec les valeurs de l’Evangile. Catholique ou non, on est dès lors fondé à s’étonner que l’Eglise ne fasse pas preuve d’une meilleure cohérence. Qu’une organisation mafieuse privilégie les intérêts de ses membres plutôt que la morale ne stupéfie personne. Qu’une entreprise ou un club quelconque tente de "couvrir" ses membres déviants au prix de l’éthique, on pourra le déplorer, mais ce n’est pas contradictoire avec son objet. En revanche, son message moral est l’essence même de l’Eglise catholique, son core business; en le méconnaissant, elle renie sa raison d’être.

F. Delpérée (professeur de droit constitutionnel à l'Université de Louvain) suggérait récemment à Monseigneur Léonard d’agir dans cette affaire comme un pasteur et non comme un manager. C’est exactement le contraire : le Chief Executive Officer de l’Eglise catholique, Benoît XVI, devrait composer une task force chapeautée par une forte personnalité pour prendre, dans le respect des droits de la défense, les mesures qui s’imposent, en communiquant.

Foin d’arguties juridiques, fussent-elles canoniques, il n’est plus temps de faire le jésuite ! Certes, l’Eglise n’a pas à dire le droit mais ne dispose-t-elle pas, comme toute organisation, du pouvoir d’exclure ceux de ses membres qui en méconnaissent les règles ? Cette castration symbolique montrerait au milliard de catholiques que leur Eglise n’est pas devenue une vulgaire organisation criminelle.Trait_html_691a601b.jpg

Ce billet de Drieu Godefridi est initialement paru dans La libre Belgique en date du 6 mai 2011.