Briser les banques géantes
Par Drieu Godefridi le lundi 19 septembre 2011, 17:35 - Article - Lien permanent
Lorsqu’une entreprise fait de mauvais choix, elle tombe en faillite et ses créanciers se partagent les miettes.
Idéalement, il devrait en aller de même dans le domaine bancaire. Toutefois, la banque n’est pas une entreprise comme les autres.
Sa faillite implique que, du jour au lendemain, il reste aux déposants ordinaires la monnaie qu’ils ont en poche. Raison pour laquelle les faillites de banques, même petites, se sont régulièrement accompagnées de mouvements de panique et autres comportement irrationnels. Ce qui amena le gouvernement américain, par exemple, à instituer la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) qui, d’une part, préside à la faillite ordonnée des banques et qui, d’autre part, garantit les dépôts jusqu’à 200.000 US $. La FDIC se finance de manière exclusivement privée par les primes d’assurance que lui paient les établissements bancaires et d’épargne.
Cependant la planète Banque n’est pas semée que de modestes bâtisses, elle est dominée par de massives et arrogantes tours pharaoniques qu’on nomme « too big to fail » (TBTF) pour dire qu’on ne peut pas les laisser tomber en faillite, car leur affaissement entraînerait, par contagion, celle d’autres banques, d’une multitude d’entreprises et bientôt de pans entiers d’économie nationales.
Dans son célèbre ouvrage consacré au stade ultime du capitalisme, Lénine décrivait la concentration progressive de la finance mondiale dans les mains de groupes dominants.
Depuis un siècle, la finance engendre des titans qui ne cessent d’enfler, jusqu’à ce que l’État les brise. Ainsi du Glass-Steagall Act par lequel le Président Roosevelt ramena, en 1933, les banques américaines à de plus raisonnables proportions.
Car lorsqu’une banque dépasse le seuil critique, elle accomplit, du fait même, un changement de nature (une mutation ontologique), en se plaçant de facto sous la protection langoureuse de l’État. Ce qui lui permet de redoubler d’ardeur dans la prise de risques, gonflant dans des proportions gargantuesques, et rivalisant d’ingéniosité dans l’invention de nouveaux produits financiers. Ainsi des fameux dérivés, et dérivés de produits dérivés bientôt couplés à des crédits hypothécaires douteux, dont le retour au réel — la valeur de la brique sous-jacente — est à l’origine de la crise financière de 2008- (le tiret pour indiquer que nous y sommes).
Il apparaît en effet que ces mêmes banques qui, dans l’intervalle, se sont concentrées davantage encore (en récupérant les dépouilles de leurs sœurs tombées en 2008), et qui ont déployé des légions de lobbyistes généreusement stipendiés pour empêcher le pouvoir politique de porter atteinte à leur majestueuse énormité, se sont massivement, et tout aussi inconsidérément, investies dans d’autres produits, à la réputation certes meilleure que celle des produits dérivés, mais qui se révèlent à la sortie tout aussi toxiques : les bons de l’État grec et d’autres États aux finances publiques désastreuses.
Actuellement, les bons de l’État grec ne valent guère mieux, en fait nettement moins, que de vulgaires junks bonds d’entreprises en capilotade. Et nos États — le serpent se mord la queue, ressort, se remord la queue — de se précipiter au chevet du berceau de la civilisation, whatever it costs, car la chute de la Grèce entraînerait celles de plusieurs banques TBTF. Il s’agit, en somme, de secourir la Grèce pour éviter de ressortir le carnet de chèques au bénéfice des TBTF, une démarche qui ne serait pas très porteuse sur le plan électoral.
Les analystes divergent à maints égards, mais concordent sur un point : l’heure de vérité budgétaire approche, car se multiplient les États qui n’ont plus les moyens de cracher au bassinet, que ce soit d’autres États, ou des insatiables titans aux pieds d’argile de la finance.
La taille des banques géantes n’est pas un aspect du problème bancaire, elle est le problème bancaire.
À défaut d’avoir pu en prévenir l’avènement, nous devons les briser. Si les États n’en prennent pas l’initiative, comme le fit Roosevelt en 1933, c’est l’économie mondiale que ces dieux de la finance emporteront dans leur apothéose morbide.
''Philosophe et dirigeant d’entreprise, Drieu Godefridi est l'auteur de "La réalité augmentée" (Texquis, 2011).''
Commentaires
Vous devriez aussi soulignez que la Suisse a eu l'un des système bancaire les plus fiables du monde fondé sur la banque universelle et que le GSAct n'a pas empêché la faillite des Saving and Loans américains en 1985 (caisses d'épargne) et que ce là à conduit à un grand nombre de condamnations.
Au aujourd’hui vos banques de dépôts auraient probablement des bilans et des processus tout aussi risquées et possiblement investie dans les supprimes. Les condamnations d'il y a 25 ans n'ont servies à rien...
Quelle taille de bilan vous semble souhaitables, 100 banques de 100 Mrd de $ ? 10 000 à 1 Mrd ? 1 000 000 de 10 Millions ? De toute façon il faudra payer (150 Mrds pour les S&L) pour ces TOvermanningTF (trop nombreuses pour faire faillite).
La bonne question est, pourquoi les banquiers (au sens large, dirigeants et actionnaires) peuvent ils se permettre le luxe de prendre tant de risques ?
Deux références intéressantes pour appuyer les arguments de l'article : Lénine et Roosevelt. Le premier, fondateur de l'urss (no comment), le second étant sans doute le pire président des usa, après l'usurpateur gauchiste actuellement en poste.
Pour ce qui concerne le fond du propos, l'auteur semble ignoré que cette crise est avant tout celle de l'interventionnisme politique dans la sphère économique et financière. En remède, il propose une dose supplémentaire de contrôle. Décidemment, il y a beaucoup de gens qui doute des bienfaits du libre marché alors que ceux qui existent concernant les banques et les marchés financiers sont à l'opposé le plus extrême.
Il est bien possible qu'il y ait des barrieres a l'entree et que le marche bancaire ne soit pas en situation de concurrence. Cela dit est ce que le probleme ne provient pas de la reglementation qui empeche de nouvelles banques d'emerger et de rendre le systeme plus competitif ? Est ce qu'avec un marche bancaire plus competitif qu'actuellement les tailles des banques ne seraient elles pas plus petite ? La plupart des banques francaises etaient public et beneficient d'avantage que la lourde reglementation amplifie. L'intervention de l'etat a vouloir decouper les banques ne serait elle pas celle du pompier pyromane, qui en empechant la concurrence, essaie d'aboutir par la reglementation au meme resultat ?
Quelle bouillie intellectuelle ! Je rejoins totalement le scepticisme des commentaires précédents. Je loue l'ouverture d'esprit de l'institut Turgot, mais pour un site "libéral", l'argument développé ici parait très dirigiste.
Qui sont ces experts d'état qui "savent mieux" quel métier doit faire une banque ? Qui sont ces experts d'état qui "savent mieux" quand elle devient trop grande ?
Il y a sur Turgot des auteurs qui ont développé des visions bien plus intelligentes de la réglementation bancaire (Madrolle, Vuillemey et Poncet, Bénard, Leconte, Hanke), problèmes et solutions - Monsieur Godefridi devrait les lire.
@ tous : merci d'avoir pris le temps de ces commentaires critiques argumentés. pago4, on ne va pas rentrer dans une polémique stérile sur qui est le pire président des USA, mais l'un dans l'autre, en dépit d'énormes erreurs, je ne crois pas que Roosevelt qui n'a, il est vrai, gagné que la Seconde guerre mondiale après avoir hérité d'un pays en situation de bank run généralisé (Hoover attendait Godot), mérite cette distinction.
Quoi qu'il en soit, il semble bien que nous vivons actuellement les prémisses de l'un des plus fabuleux bank run de l'histoire européenne et nous allons dès lors connaître l'apothéose morbide des TBTF. Pour les motifs indiqués, nos Etats vont devoir renflouer, pour la seconde fois en trois ans, les banques géantes. Ils n'en ont plus les moyens. Que se passera-t-il ? Soit on concentrera davantage encore les banques (comme en 2008), soit on brisera les géantes (comme en 1933). Dans tous les cas, des pertes considérables seront prises et les Européens se tourneront vers la Chine et ses 3000 milliards de réserves de changes. Ne serait-il pas souhaitable d'avoir de banques de taille plus modeste qu'on pourrait laisser choir comme des entreprises ordinaires, quitte à en garantir partiellement les déposants (modèle FDIC) ?
"Ne serait-il pas souhaitable d'avoir de banques de taille plus modeste qu'on pourrait laisser choir comme des entreprises ordinaires, quitte à en garantir partiellement les déposants (modèle FDIC) ?"
Point de vue répandu, mais dirigiste. Peut être un moindre mal par rapport à la situation actuelle, mais pas la panacée.
Variante : "avoir une gestion des faillites bancaires qui fasse manger le chapeau aux détenteurs d'obligations plutôt qu'aux contribuables". Et donc "laissez les faire faillite", et peu importe leur taille.
Et accessoirement, interdire la réserve fractionnaire (ce n'est pas du dirigisme, c'est la fin d'un privilège bancaire qui viole les principes élémentaires du droit) - Question à M. Lepage: j'avais lu sur l'ancien site Turgot un bon article de Steve Hanke sur la réserve entière / fractionnaire. Il semble avoir disparu ?
Je ne comprends pas bien l'argument de Mr Godefridi. Il me semble que l'adage "ce que l'on espère le plus et ce que l'on redoute le plus n'arrive jamais" s'applique à tous les commentaires sur la situation actuelle des banques.
Je ne suis pas spécialiste, mais je pense que les pertes envisagées sur la Grèce sont relativement faibles au regard du capital des banques prêteuses. Certes, il en ira différemment si après la Grèce, les autres pays faibles font faillite. Est-ce dans cette dernière hypothèse que se place l'auteur ?
Par ailleurs, je crois savoir que les banques ont été OBLIGÉES de prêter aux états, et qu'on leur a un peu tordu le bras, sans quoi elles ne l'auraient certainement pas fait.
Il ne faut pas chercher de bouc émissaire. Nous sommes bel et bien dans une crise des états et pas autre chose. Chercher à responsabiliser systématiquement les banques (facile, puisque dans le passé elles ont fait des bêtises !), c'est se tromper d'ennemi, un peu comme accuser le thermomètre quand on a la fièvre..
Par ailleurs, il y a les banques d'affaires et les banques de dépôts, même si les frontières entre elles ne sont pas étanches. À l'évidence, les premières sont plus exposées que les secondes que nous avons en majorité dans notre hexagone préféré.
Propos étonnants de la part de libéraux.
Ces solutions "techniques" sont , me semble t'il, essentiellement de type technocratique, la garantie des "fonds propres" des déposants n'apparaissant que comme un problème "à la marge", dont il conviendrait ( d'ailleurs qui conviendrait?) de préciser le seuil maximal de garantie.
Sidérant! Oublier que ces fonds propres sont strictement INDIVIDUELS, propriété exclusive du détenteur, et non de la Banque qui n'en est que le dépositaire.
Je suis relativement affolé de voir à quel point le fondamental "sacré", le DROIT DE PROPRIETE, est reduit à la portion congrue, à une simple variable d'ajustement...
Les anglais s'engagent vers un GSact, augmentations des fonds propres à 10% (en quantité, en qualité on ne sais pas...).
http://www.lemonde.fr/economie/arti...
C'est un canada dry de la responsabilité, aucune disposition réglementaires ne peut prendre en compte les multiples aspects de la réduction du risque, parfois elles sont pro cycliques.
Il me semble qu'il faut chercher dans la discipline de l'étalon or et le spectre de 29 la stabilité du système financier jusqu'en 1971. Je veux bien croire qu'un GSact puisse avoir un effet positif à court terme, le temps que cette nouvelle réglementation soit contournée, mais si vous l'envisagez comme pérenne, il me semble que vous vous leurrez.
Les fonds propres ont baissé tout au long du 19e et du 20e, étaient de 50% en 1840 !!
p7 "Long-run capital levels for US commercial banks 1840–1993"
http://www.bankofengland.co.uk/publ...
Selon moi, voilà la piste à suivre.
Sociétés : pourquoi il faut revenir sur la forme "sociale" de la responsabilité limitée
http://blog.turgot.org/index.php?po...
Le retour à la responsabilité illimitée conduira d'office à une réduction de la taille des sociétés les plus grandes, surtout les banques.c'est pour l'essentiel un une reforme qui se compte en années...
Je souhaiterais ajouter quelques points à votre réflexion.
L'hypertrophie du système bancaire est le reflet de l'endettement massif des secteurs privés et publics. Dans un tel système ,comme dans tout industrie, il n'est pas surprenant qu'émergent des mega-banques . Introduire des législations brisant ou en empéchant leur formation ne résoud pas à mon sens le probleme de fond.
Par ailleurs, le phénomène de désintermédiation bancaire a conduit les banques de dépots traditionnelles à croitre leurs activités de marchés. Ces dernières bénéficient d'économies d'échelles importantes, ce qui explique la forte concentration dans ce domaine. U ne banque qui a une clientèle de grandes entreprises se doit de proposer une gamme large de produits.Cela ne serait pas un probleme, si les banques n'avaient pas développé en parallèle leurs activités pour compte propre, sans que cela n'impacte leurs ratios prudentiels. Les nouvelles normes Basle 3 corrigent le tir tardivement en pondérant significativement ces activites dans le calcul des ratios.
@ real : merci pour cette réflexion nuancée, savante et néanmoins compréhensible. Quant aux activités pour compte propre, il m'avait semblé que Dodd-Frank davantage encore que Bale III traitait le problème de manière crédible; mais peut-être me suis-je trompé. Les Anglo-Saxons ont pris une longueur d'avance dans le traitement de la problématique TBTF (Dodd-Frank, rapport Vickers). Toutefois les TBTF sont toujours là et nous entrons dans le vortex d'un bank run (Siemens chez Trichet !) donc il faudra, à nouveau, les renflouer. Cette crise nous offre l'opportunité de traiter le problème, en nous inspirant de Roosevelt en 1933 plutôt que de Paulson en 2008 ou John Pierpont Morgan, le plus grand concentrateur de l'histoire économique US (sous le premier Roosevelt), en 1907.
Faire "manger le chapeau aux détenteurs d'obligations plutôt qu'aux contribuables" est pure rhétorique : ce sont les mêmes ! Autant monétiser massivement ! La vision "positive" de la faillite des Etats ou des banques qui fait florès actuellement procède d'une illusion et d'une injustice. L'illusion, c'est de croire qu'il sera possible de construire quoi que ce soit sur des ruines. L'injustice, c'est de "donner quitus" aussi facilement aux gouvernements qui se sont endettés, sans les contraindre à la réforme.
La responsabilité illimitée, l'interdiction des réserves fractionnaires ou encore le retour à l'étalon placent la croissance et l'innovation dans les mains des principaux détenteurs de capitaux, en particulier ceux qui ont profité des dérives des législations actuelles pour accumuler. C'est alors toute l'activité économique que vous assujettissez à la volonté de cette nouvelle "aristocratie" (conforme à l'intuition de Tocqueville), source de dépression économique.
L'Etat-providence obèse est au coeur de la crise. La concentration bancaire était l'une des conditions du gonflement de la dette publique (non de la dette privée saine) et Drieu Godefridi a raison de souligner ce problème. Le banques TBTF se sont développées avec la complicité de l'Etat, matérialisée par des interventions financières ponctuelles, des accords de gré à gré entre administrations étatiques et bancaires et des législations favorisant l'oligopole. Seule une loi peut défaire une autre loi : libéraliser le secteur bancaire nécessitera un minimum de "dirigisme" initial qui n'a rien à voir avec un collectivisme (ne pas confondre la fin et les moyens).
S'attaquer à l'Etat providentiel implique de traiter la question des banques TBTF, indispensables à sa survie.
@ Merci à tous pour cette discussion de qualité qui réalise ce que je voudrais qu'on obtienne plus souvent sur ce site.
Je conçois effectivement ce site comme un espace de discussion ouvert à toute la famille des libéraux, et non comme un instrument veillant à enseigner ce que je pense, moi, être la vérité libérale. Je ne me sens pas une âme d'ayatolah.
J'ai ma conception du libéralisme, mais j'admet parfaitement que les autres, qui se disent tout autant libéraux que moi, aient d'autres réponses sur tel ou tel sujet. Cet espace de discussion leur est librement ouvert, même si je considère personnellement que leurs réponses souffrent, à mes yeux, encore de trop de relents étatistes, ou plus exactement de cette conception qui conduit à accorder encore trop de savoir et de sagesse à des gens simplement parce qu'ils bénéficient de leur appartenance à une certaine élite dont on imagine par définition, en raison de leurs expertises, qu'ils "savent". C'est tout le problème de certains des textes publiés sur Turgot qui restent marqués, à mes yeux, par une trop grande bienveillance à l'égard de cette classe de gens. Mais, précisément, c'est par la discussion que l'on progresse, l'un comme l'autre. Il me semble que c'est cela qui devrait faire la richesse d'un site - sans aller à devenir une auberge espagnole. Et c'est précisément pour cette raison que j'apprécie toutes les discussion que je peux avoir avec Drieu qui, parfois, m'ont forcé à aller plus loin dans l'analyse que je n'y étais arrivé.
Cette discussion sur les TBTF est un vieux sujet qui nous divise. Sans l'avoir particulièrement creusé, mon opinion est que TBTF ne doit pas être vu comme une "market failure", mais là aussi comme un produit de l'activisme économique de la puissance publique. Le problème des banques TBTF est à relier directement aux dysfonctionnements produits par l'existence du monopole des banques centrales dénoncé par les économistes autrichiens (voir en particulier l'analyse de Selgin), c'est le premier point; puis ensuite aux caractéristiques particulières des politiques monétaires suivies - c'est à dire l'abondance de liquidités générée par la conception particulière de ce que sont les instruments d'une politique "monétariste" adoptée depuis la fin des années 1980 -, c'est le second point.
Je m'en suis expliqué dans le papier sur la crise publié il y a deux ans. Cela fait partie des effets pervers que cette politique a suscité au niveau notamment de la conception du risque et de la responsabilité. Ce sont les pouvoirs publics les premiers qui ont encouragé la naissance et le développement des TBTF en donnant une prime à leur existence.
Maintenant qu'ils sont là que faut-il en faire ? Certains de nos amis (O'Driscoll) préconisent des les casser en plusieurs morceaux. Possible ! Mais pour une fois je vais surprendre nos amis les plus libéraux. Peut-être qu'après tout que la meilleure solution consiste à les réglementer, comme le fait par exemple aux USA le Dodd-Franck Act. Pourquoi ? Parce que, paradoxalement, c'est sans doute le meilleur moyen de les faire disparaître, et de régler la question.
J'ai en effet été marqué cet été par la lecture d'une étude publiée par l'Independant Institute d'Oakland (CA). La conclusion de ce papier peut être résumée de la façon suivante : en créant une catégorie officielle de banques bénéficiant du label TBTF, et en leur imposant par une réglementation étroite et tatillonne des charges supplémentaires, les autorités américains sont en train d'inciter ces établissements à développemer des stratégies d'éclatement et d'externalisation de leurs services, précisément pour échapper à ces charges.
Autrement dit, il n'y a qu'à attendre et faire confiance aux effets non anticipés par les auteurs du Dodd-Franck Act pour que le problème s'éteigne de lui-même. Ce n'est peut-être pas très satisfaisant du point de vue doctrinal, je le concède.
Ceci dit, que ceux qui ne sont pas contents lorsqu'ils trouvent sur site des textes à leurs yeux pas encore assez libéraux, n'hésitent pas à continuer de le dire, même en s'exprimant vertement.
Mardi 20 septembre 2011 :
Union Européenne : Bruxelles juge une recapitalisation des banques « peut-être nécessaire ».
Une nouvelle recapitalisation des banques européennes sera « peut-être nécessaire » en raison de l’aggravation de la crise de la dette, a déclaré mardi le commissaire européen chargé de la Concurrence, Joaquin Almunia lors d’une conférence de presse.
Il va proposer d’étendre les règles mises en place par la Commission en 2008 et 2009 pour permettre aux gouvernements d’apporter une aide publique à leur secteur bancaire.
« Malheureusement, avec l’aggravation de la crise des dettes souveraines, de nouvelles banques auront peut-être besoin d’être recapitalisées » en plus des neuf qui n’ont pas réussi les tests de résistance des banques effectués en juillet, a dit M. Almunia.
Dans ces circonstances, « je vais proposer cette année de prolonger les règles autorisant les aides d’Etat » mises en place en 2008-2009, « afin de permettre aux gouvernements de continuer à aider publiquement leurs banques au-delà de 2011″, a-t-il annoncé.
Ce recours au financement public doit intervenir « en dernier recours », a-t-il mis en garde, encourageant les banques à se « financer sur les marchés et à prendre toutes les mesures possibles, comme la vente de filiales et la limitation des dividendes, avant de se tourner vers le soutien public ».
« J’aurais préféré qu’on revienne plus tôt aux règles normales » de concurrence, « et c’était mon intention jusqu’à cet été. Mais la situation à laquelle nous sommes confrontés plaide pour une prolongation du régime existant » permettant aux Etats d’aider leurs banques, a-t-il expliqué.
http://www.boursorama.com/actualite...
En clair :
Contribuables européens, préparez-vous à payer.
Contribuables, vous allez payer pour recapitaliser les banques européennes.
@ henri : j'ai lu le papier auquel vous renvoyez; il est excellent et un must pour ceux qui s'intéressent à la problématique TBTF (de même que le rapport Vickers);
@ bubulle : d'accord avec vous sur l'insanité des appels à effacer la dette grecque. On croit rêver. Je crains qu'une introduction trop précipitée des eurobonds n'ait le même effet déresponsabilisant pour les PIGS.
@BA : vous avez tout compris
@Bubulle "La responsabilité illimitée,... placent la croissance et l'innovation dans les mains des principaux détenteurs de capitaux, en particulier ceux qui ont profité des dérives des législations actuelles pour accumuler."
Je serais curieux de savoir comment vous arrivez à cette conclusion pour le moins surprenante. Cette disposition visant simplement à rétablir du cout du risque pour l’investisseur là ou cette information est détruite. Elle lui permet de mieux guider ses choix, mais ne lui donne aucun ascendant particulier sur les innovateurs.
@real
entièrement d'accord il n'y a pas à limiter a priori la taille des banques à ceci prés que je suis sceptique sur le gain d’Échelle pour les banques, les couts d'organisation progressent sans doute bien plus vite un seuil de taille dépassé. Sans marchés publics (ici les emprunts d’état) bien des grandes entreprises feraient faillite.
Les banques, les banques... Tout est de leur faute.
Les banques ne sont pas des entités qui marchent seules dans le vide.
Il y a bien une demande de crédits et toujours plus de crédits. Quand une banque refuse des crédits, ceux qui fustigent les banques maintenant sont les premiers à pousser des hauts cris.
Arrêtons de fustiger les banques. Il faudrait aussi fustiger le comportement individuel des acteurs économiques, c'est à dire des individus et des entreprises qui vivent à crédit.
Le crédit est une drogue et on ne peut plus s'en passer.
De toute façon, fustiger qui que ce soit n'avance pas à grand chose. Et il ne faut pas oublier que le champion toutes catégories de la vie à crédit, c'est l’État.
L'intéressant, c'est de nous demander comment la société devrait s'organiser pour que, les humains étant ce qu'ils sont (pas question de rêver d'un "homme nouveau" !), le comportement des uns ait le moins possible de conséquences néfastes pour les autres.
@Patrick Madrolle. Il y a toujours un risque important à financer l'innovation (donc la croissance future), avec des taux de réussite de 1/10 par exemple (un projet survivra pour neuf qui échoueront). Si la responsabilité limitée est remise en cause, seul ceux qui peuvent supporter un coût illimité seront en mesure d'investir, en pratique uniquement les plus grandes fortunes, ce qui explique la dépendance des innovateurs. Le problème est identique en cas d'étalon ou d'interdiction des réserves fractionnaires.
@jojo. Le crédit aux individus ou entreprises ne pose pas de problème s'il est distribué raisonnablement (à l'inverse de ce qui a été fait pour les subprimes) car les individus et les entreprises créent la richesse contrairement à l'Etat. Un Etat peut ne pas rembourser ses dettes sans en subir de conséquence notable. Le risque de crédit lié aux Etats est proprement infini. Les agences de notation ne font pas leur travail en refusant de noter le risque souverain pour ce qu'il est. Toute dette publique doit être notée DDD. Les Etats sont des arbitres, pas des acteurs économiques : ils ne doivent jamais s'endetter.
* Financement de l'innovation.
Vous êtes vous demandé comment avaient été financées les grandes innovations ? La mongolfière qui n'a pas eu un grand avenir il est vrai, par les frères Montgolfier, papetiers à Annonay. Les premiers avions par des admirateurs des fous volants qui avaient peut-être un espoir de gain à long terme mais qui étaient surtout des passionnés acceptant le coût de leur passion comme d'autres celui de leur danseuse. L'autre source a toujours été l'armée : le chariot de Cugnot était destiné à tirer des canons. Enfin je conseille une lecture distrayante et instructive : "le testament de Mr Pump" suivi par "le stratonef H 22" d'Hergé. C'est une allusion au prix Deutsch de la Meurthe qui stimula beaucoup les constructeurs d'avion de l'entre deux guerres.
* J'aimerais par ailleurs comprendre comment la catégorie des détenteurs d'obligations peut coïncider avec celle des contibuables. Pour moi , il suffit de payer de la TVA pour entrer dans cette seconde catégorie. Autremment dit tout résident sur notre sol en fait partie, y compris le clochard qui va à la boulangerie acheter du pain ou un Coca avec les pièces qu'il a reçues. Je doute que tous détiennent des obligations.
L’émission d'infrarouge sur les pertes du trader UBS
http://infrarouge.tsr.ch/ir/1847-fr...
@bubulle
Je comprend l'argument, mais je le rejette.
si vous avez lu mon article, j'y propose une forme de société à responsabilité illimitée susceptible (sur le papier je l'admet) de remplacer la SA.
Cette proposition (qu'il faut voir comme une évolution de la SCA), permettrait de répartir la dette entre les actionnaires qui par leurs grand nombres sont capables d'encaisser les pertes et les dirigeants qui par leur position sont capable de la contrôler.
Mercredi 21 septembre 2011 :
Standard & Poor's déclasse 15 banques italiennes.
Standard & Poor's a annoncé mercredi avoir abaissé la note de crédit de sept banques italiennes, dont Mediobanca et Intesa Sanpaolo, au lendemain du déclassement de la note de l'Italie par l'agence de notation.
Cette dernière a également revu en baisse sa perspective, de stable à négative, sur huit autres banques, dont Unicredit, premier établissement bancaire du pays en termes d'actifs.
"Les perspectives négatives sur les notes à long terme des 15 banques reflètent la possibilité que nous pourrions abaisser encore leurs notes si, toutes choses restant égales par ailleurs, nous devions abaisser une nouvelle fois la note de l'Italie", précise S&P.
Les banques géantes vont être brisées.
Kenneth Rogoff : "Un fort défaut de paiement en Grèce et au Portugal est inévitable."
http://www.lesechos.fr/economie-pol...
Vendredi 23 septembre 2011 :
Le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF) Jean-Pierre Jouyet a parlé vendredi de «situation, très très préoccupante» sur les marchés et s'est inquiété d'un «risque de crise systémique» capable de faire plonger toute la planète dans la récession.
http://www.20minutes.fr/ledirect/79...
Les bourses tombent de Charybde en Scylla.
Les banques pourraient avoir besoin de 4000 milliards de dollars, selon la BRI.
Le secteur bancaire a été malmené alors que la recapitalisation de certaines banques européennes est désormais présentée comme inévitable. De plus, le spectre de l’assèchement de crédit a rejailli. Les banques européennes pourraient faire face à des besoins de liquidités à court terme d’au moins 4000 milliards de dollars, selon une étude de la Banque de règlements internationaux (BRI) rendue publique il y a une semaine, mais passée inaperçue.
En France, le président de l’Autorité des marchés financiers a parlé de «situation très, très préoccupante» et s’est inquiété d’un «risque de crise systémique» capable de faire plonger toute la planète dans la récession.
Source : Le Temps, samedi 24 septembre 2011.
http://81.27.130.64/economie_financ...
@BA : pourquoi ne pas diffuser vos infos, souvent intéressantes et de première main, via un compte Twitter ? Vous trouveriez rapidement une large audience. On peut y travailler ensemble si vous le souhaitez; Henri vous donnera mes coordonnées.
Vite un GLASS-STEAGALL Global > stricte séparation des activités bancaires, entre banques de dépôts (notre argent), banques d'affaires (leurs casinos) et assurances > mise en faillite organisée des banques hyper-intoxiquées adeptes des marchés libres qui ont ruiné le monde en pillant tout par la spéculation > retour du CREDIT PRODUCTIF PUBLIC (exit l'article 104 de Maastricht) pour des politiques de Grands Projets : pont ferroviaire Afrique-Europe-Asie-Amériques, exploration humaine du système solaire, remise en eau du lac Tchad .. du développement pour tous entre Etats Nations.
Je ne voit pas trop comment on peut décréter à partir de quoi une banque devient trop grande.
Le parlement suisse vient de prendre une décision qui oblige les grandes banques " to big to fail " de se constituer des fonds propres pour éviter un risque de faillite. Je pense que c'est une approche plus réaliste que de vouloir déterminer une taille dont je doute qu'un critère minimum puisse exister.
D.J